Le préfet Qian interroge des oies

Le petit cartable
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Cette histoire provient d’un ancien ouvrage de la dynastie des Qing en Chine et relate un véritable procès survenu sous le règne de l’empereur Wanli de la dynastie des Ming, lorsque Qian Ruogeng officiait comme magistrat à Linjiang. Respecté de tous, le préfet Qian était réputé pour son talent exceptionnel à résoudre les affaires criminelles. Mais cette fois-ci, les « suspects » étaient des oies muettes… Parviendra-t-il à leur faire avouer la vérité ?
🍄 Réalisation de cet épisode :
Voix : Cyn Su
Montage : Lina
Traduction : Réjean Jean, Lina
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Écoute cette histoire, et après, il faudra aller dormir
Dans le tribunal d'un district de Chine
une plaque portant l’inscription « Justice éclatante comme un miroir »
était accrochée au mur
Le préfet Qian
vêtu de sa robe officielle bleue
siégeait dans la grande salle
Quand on parlait de lui
les huissiers levaient toujours le pouce en disant
Notre magistrat est vraiment compétent
et agit pour le bien du peuple
Car lorsqu’un grand voleur sévissait à Linjiang
le préfet Qian résolut rapidement l’affaire
arrêta le chef des bandits et mit fin à leurs méfaits
Un jour, bang bang bang bang
un bruit pressant de tambour retentit devant la salle
Un huissier sortit en courant
et fit entrer un paysan en sueur
avec ses vêtements couverts de poussière
Le préfet Qian demanda
Qui est cette personne au pied de la salle d'audience ?
De quelle injustice te dis-tu victime ?
Votre Honneur, je m'appelle A Niu
Le patron de l’auberge a pris mon oie blanche
En fait, ce jour-là
A Niu était venu en ville pour régler des affaires
en emmenant avec lui son oie blanche
Cette oie, bien dodue
était le trésor de sa famille
Mais marcher avec elle dans la rue n’était pas pratique
il devait sans cesse s’arrêter pour l’attendre
En levant les yeux, A Niu aperçut une auberge
et demanda au patron de garder l’oie
Mais quand il revint après ses affaires
et voulut récupérer son oie, le patron répondit
Quelle oie ?
Les oies dans la cour de mon auberge
sont toutes élevées par moi
Le patron nia tout
Affolé, A Niu hocha la tête et protesta
Non, non, j’ai bien laissé une oie chez vous
pour que vous la gardiez
Mais le patron refusa de l’admettre
Rouge de colère et d’inquiétude
A Niu alla porter plainte au tribunal
Le préfet Qian ordonna alors
que le patron vienne avec les oies
Peu après, il arriva
avec quatre grosses oies blanches
qui avancèrent en se dandinant
Toutes semblaient blanches et dodues
Le patron, l’air innocent
affirma qu’elles étaient toutes issues de son propre élevage.
Que faire ? murmuraient les agents
Elles se ressemblent toutes
Comment savoir à qui appartient chaque oie ?
Le préfet se caressa la barbe
puis dit après réflexion
Si les hommes ne peuvent pas donner d'explications
laissons les oies parler
Il frappa du marteau et ordonna
Séparez ces quatre oies et enfermez-les séparément !
Qu’on donne à chacune une feuille blanche
un pinceau et un encrier
et qu’elles écrivent leur déposition !
Quoi ? Demander aux oies d'écrire leur déposition...
Mais elles n’ont même pas de mains ! Comment écrire ?
Tu crois que c’est possible, toi ?
Pourtant, parmi les huissiers et les badauds
personne ne se moqua de l'ordre
car cela venait du respecté préfet Qian
Au bout d’un moment
Le préfet Qian demanda
Les oies ont-elles avoué ?
Un huissier répondit
Votre Honneur
il n’y que des crottes d’oie sur les feuilles, pas de déposition
Le préfet descendit
et observa chaque oie
Puis, il lissa sa barbe et dit en souriant
Très bien, très bien
Les quatre oies ont toutes avoué
Quoi ? Tout le monde fut stupéfait
Avoué ? Mais il n’y a rien d’autre
que des crottes !
Le préfet pointa la quatrième oie et dit avec fermeté
Celle-ci appartient à A Niu
Le patron protesta
Sur quelle preuve vous basez-vous ?
Le préfet ne s'est pourtant pas énervé
Il invita tout le monde à observer les feuilles
Y a-t-il des différences ?
Ce n'était qu'alors qu'on remarqua
que les crottes sur la quatrième feuille était différente
Le préfet expliqua
Regardez bien
Ses déjections sont vertes
avec de petits cailloux
cela signifie qu’elle mange de l’herbe sauvage
Et en picorant le sol
elle avale aussi de petits cailloux
C’est ainsi qu’on élève les oies à la campagne
Puis, il se tourna vers le patron
Les tiennes sont élevées dans la cours et mangent du grain
leurs déjections sont donc jaunes
Après l'avoir écouté, tout le monde comprit aussitôt
Le patron, lui, semblait s'être dégonflé comme un ballon
Le visage blême, il ne pouvait plus nier
Il s’agenouilla en implorant
Pardonnez-moi, seigneur !
Pardonnez-moi !
J’ai été trop avide
Cette oie n’est pas à moi
Le patron reçut la punition méritée
et A Niu repartit avec son oie
La vérité éclata enfin
et toute la ville en parla
On disait en riant
Le préfet Qian est un grand magistrat justicier
capable de juger grâce aux crottes d’oie
A Niu rentra chez lui avec son oie
et s’endormit paisiblement
Son oie aussi se tut
baissa la tête et s’endormit
La lune s’endormit aussi
