Du mainstream à la résistance : l'itinéraire passionnant de Guillaume Prébois

Tocsin
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1 Vues de vidéo·1 janv. 2025
Chers amis de Toxin, bonjour à tous. Et oui, Toxin est déjà de retour. Nous sommes le lundi 30 décembre 2024.
On est encore en 2024. En tout cas, j'espère que vous avez tous passé de très belles fêtes de Noël.
Et voilà, donc Toxin est déjà de retour pour vous informer et pour vous donner un peu des portraits inspirants.
Voilà, je vous préviens tout de suite, aujourd'hui, on ne va pas forcément plonger dans l'actualité chaude
dont on a l'habitude de traiter à Toxin. Ce sera dès demain avec Clémence, l'actualité chaude.
Demain, le 31 et le 1er, il y aura deux émissions spéciales que Clémence va présenter où vous aurez toute l'actualité.
Là, aujourd'hui, moi, je ne voulais pas encore vous replonger la tête dans cette actualité, dans ces informations,
le changement de gouvernement, les nouveaux ministres, Manuel Valls. Je voulais essayer, avec vous,
de dresser un portrait inspirant quelqu'un qui a traversé ce milieu aussi journalistique.
On va parler d'un journaliste sportif et qui, face aux mensonges, a décidé de ne pas se taire, de dénoncer aussi.
Et derrière, il a tout simplement transcendé ce milieu avec le vélo en s'évadant et en appelant à l'aventure.
Donc je pense que c'est un portrait qui colle beaucoup à la thématique que traite Toxin actuellement.
Mais juste avant de le présenter, il est là, il est tout frais, tout chaud dans la chambre d'attente du Zoom.
Je voulais quand même vous remercier parce que nous avons passé, vendredi dernier, les 290 000 abonnés sur la chaîne YouTube.
C'est absolument énorme. Toxin n'existe que depuis à peine un an et trois mois.
Cette aventure ne fait que commencer. Merci à tous. On est tous très motivés pour vous informer.
Pour information, la matinale recommencera le lundi 6 janvier.
Une petite semaine d'émissions spéciales et le lundi 6 janvier, retour du format matinale classique.
Sans plus attendre, je nomme, j'appelle à la barre notre invité du jour. Il s'agit de Guillaume Prébois.
Bonjour, Guillaume. Bonjour, Valentin. Bonjour à tous.
Merci d'être avec nous ce matin, cher Guillaume.
Pour tout dire aux auditeurs, c'est toi qu'on va se tutoyer, si tu le permets.
C'est toi qui nous a contactés par mail il y a quelques temps.
On va te présenter. Tu vas pouvoir revenir sur ton parcours parce que c'est l'idée de cette émission.
Tu as été journaliste sportif pendant une vingtaine d'années, c'est ça ?
Donc spécialisé dans le vélo, surtout.
En nous racontant ton parcours, on s'est dit qu'il y a beaucoup de choses qui font écho à Toxin.
C'est-à-dire que tu as été passionné par ton sport.
Tu as été confronté à un grand mensonge d'ampleur qui est évidemment celui du dopage.
Donc tu as décidé de ne pas te taire et ça t'a valu quelques ennuis. On va y revenir.
Mais revenons d'abord sur ton parcours parce que je crois que tu n'étais pas forcément destiné à devenir journaliste sportif à la base
puisque tu as fait des études de finance, c'est bien ça ?
Exactement. J'ai fait une maîtrise de finance à Paris Dauphine. J'étais dans un cursus classique.
J'étais destiné à terminer dans un cabinet de consulting comme l'ensemble de mes collègues de promotion.
Et en fait, il s'est passé un truc. Moi, j'ai toujours été passionné de cyclisme.
Quand j'étais gamin, je jouais avec des petits cyclistes en plastique que je peignais aux couleurs avec les nouveaux maillots.
Je jouais avec des dés, des billes. J'écrivais mes propres articles sur mes propres courses de vélo.
C'était une passion depuis toujours. Et j'ai écrit à un journaliste de l'équipe qui s'appelait Pierre Ballester,
qui avait fait un papier remarquable sur Miguel Indurain dans une course qui s'appelle la Classica Saint-Sébastien.
Et ce papier m'avait fasciné. Et Pierre Ballester m'a répondu plusieurs semaines après en me disant
« Guillaume, si tu veux, viens avec moi couvrir les quatre jours de Dunkerque. »
Et pour le passionné que j'étais, c'était incroyable. C'est la première fois que j'ai mis les pieds sur une course de vélo professionnelle
avec un tout jeune Richard Guirand qui, à l'époque, était stagiaire chez RMO. Ça ne nous rajeunit pas.
C'était comme ça que j'ai mis les pieds un peu dans le temple de l'équipe.
Parce qu'à l'époque, il faut bien se rendre compte que l'équipe, c'était le seul média de communication pour les sportifs.
Et donc, c'était le Saint-Temple. Et donc, j'ai mis un orteil là-dedans.
Et alors que tous mes collègues sont partis faire de l'audit et de la finance,
moi, j'ai demandé si je pouvais travailler à Vélomagazine.
Et Claude Droussant, qui était le rédacteur en chef, m'a dit « Tu pourras t'occuper des résultats. »
Donc, avec une maîtrise de finance, je suis parti taper sur un petit clavier les résultats des courses de vélo.
Voilà comment j'ai commencé.
C'est vrai que ça nous renvoie à une époque où c'était encore possible de faire du journalisme sans forcément,
par les canaux non traditionnels, alors que pendant un temps, ça a ensuite été bloqué puisqu'il fallait passer par des écoles de journalisme.
Et là, avec le toxin, mais avec d'autres, on a tendance à restituer, à revenir à ce modèle de journalisme
où, finalement, il suffit d'avoir juste de la volonté d'informer et puis de l'honnêteté pour, derrière,
pouvoir faire du journalisme et informer les gens.
Alors, toi, c'était dans un domaine précis qui était le sport.
Alors, quand on est un peu loin de ce milieu, on se dit « Il n'y a pas beaucoup d'enjeux. Il y a moins d'enjeux financiers.
Il y a peut-être moins d'enjeux politiques que dans la sphère politique, justement. »
C'est un sport qui brasse énormément d'argent, surtout le vélo.
Donc, on va y venir ensuite.
Ensuite, tu es dans une phase où tu vides ta passion et tu couvres différentes courses.
Tu commences à travailler pour plusieurs journaux, notamment Vélomagazine, tu l'as dit, puis ensuite Le Parisien RTL.
Et alors, ensuite, qu'est-ce qui se passe ?
Pour Le Parisien RTL, il faut comprendre que j'ai quand même compris qu'à l'équipe, à l'époque,
il y avait énormément de népotisme, c'est-à-dire qu'on se fait entrer le petit-neveu, le frère d'eux, l'ami d'eux,
et que je n'étais pas, justement, privilégié, que je n'allais pas m'en sortir.
J'étais destiné à rester dans ce qu'on appelait le vivier des pigistes à l'équipe, ad vitam aeternam.
Et donc, quand l'équipe de France a gagné en 1998 la Coupe du monde de football,
j'ai joué mon batout et j'ai dit « Je pars en Italie. »
Il y avait beaucoup de joueurs de l'équipe de France de football qui jouaient.
Donc là, on sort du cyclisme, mais il fallait quand même que j'ouvre un peu mon spectre journalistique.
Et je pars avec ma voiture le 1er janvier 1999, sans savoir exactement où j'allais.
J'atterris entre Milan et Turin parce que je m'étais dit « Je vais aller un peu couvrir la Juventus, le Milan AC et l'Inter. »
C'était au départ mon idée.
Et je dis aux médias français, RTL, Le Parisien ou autres « Moi, je vais là-bas. Si vous avez besoin de quelqu'un, je suis disponible. »
Et j'ai eu une chance inouïe qui a lancé ma carrière journalistique.
C'est que j'ai su avant tout le monde, via mon réseau dans le monde du vélo,
que Richard Virenque allait refaire du vélo après sa suspension pour l'affaire Festina
et qu'il allait re-signer dans l'équipe italienne Polti.
Personne ne le savait.
Et Le Parisien m'a fait confiance. RTL m'a fait confiance.
On a lancé l'info. Elle s'est révélée juste.
Et ça a été pour moi le début d'autre chose.
Ensuite viennent les couvertures des grands tours.
On voit ton tropisme italien.
Tu as d'abord couvert le Tour d'Italie.
Pour les auditeurs un peu novices, il y a trois grands tours dans le cyclisme international.
Le Tour de France qui est le plus prestigieux avec les cols de légende.
C'est vraiment celui que les coureurs visent le plus.
Ensuite, le Tour d'Italie et le Tour d'Espagne qui sont vraiment deux tours aussi.
C'est les trois compétitions majeures sur plusieurs jours.
Après, il y a d'autres courses d'une journée qui s'appellent les classiques.
Ce sont des compétitions très prestigieuses.
Et toi, Guillaume, tu as pu les couvrir vraiment de très près à cette époque.
On est au début des années 2000, c'est ça ?
Il faut bien comprendre que j'avais un pied dans le monde professionnel et un pied dans le monde journalistique.
Parce qu'en 1999, j'intègre l'équipe Lamprey Daikin
où on avait le champion du monde de l'époque, le Suisse Oscar Kamenzin,
le double vainqueur de Paris Roubaix, Franco Ballerini,
et je me retrouve attaché de presse.
Et donc, j'étais quand même dans une position assez instable
parce que j'allais découvrir petit à petit que attacher de presse,
ça signifie mentir de façon courtoise aux autres.
C'est-à-dire que vous êtes là pour couvrir.
Vous n'êtes pas là pour dévoiler la vérité.
Il faut couvrir les intérêts de l'équipe.
Alors couvrir quoi exactement ?
En fait, je vais vous donner un exemple simple.
On a eu un cas de dopage cette année-là qui était le Belge Ludo Dirksen,
qui est un coureur qui a gagné une étape sur le Tour de France à Saint-Étienne.
Et il se trouve qu'au moment de faire le contrôle antidopage,
il dit aux inspecteurs qui lui posent la question
« Est-ce que tu as pris des produits dopants ces dernières semaines ? »
Il faut bien sûr dire non.
Et lui dit « Oui, j'en ai pris pour soigner mon genou. »
Et donc, de facto, il a été suspendu.
Donc, il faut d'abord taire jusqu'au moment où ça sort.
Ensuite, au moment où ça sort, faire du damage control,
c'est-à-dire limiter les dégâts pour les sponsors.
Et donc, j'ai compris très rapidement
qu'il y a beaucoup de tambouilles internes dans les équipes de cyclisme
et que l'attaché de presse est une interface
qui prend les coups pour protéger la structure.
C'est très intéressant.
Donc, toi-même, tu as été amené à couvrir des cas de dopage dans l'équipe de l'époque.
Tout à fait.
Moi, je me souviens.
Je me réveille.
Et le pire, c'est que l'équipe me mettait au courant au dernier moment.
Je me réveille au hôtel de la périphérie.
Je ne sais pas si c'était Pau ou Lourdes.
Et je découvre, je vois les camions avec Parabol
qui étaient déjà garés devant l'hôtel.
Parce qu'il faut bien comprendre que 1999,
on est au lendemain de l'affaire Festina.
Donc, le dopage a encore à l'époque,
et ce n'est plus le cas aujourd'hui,
une importance majeure pour les médias
qui sont vraiment à la recherche, justement, du nouveau scandale.
Et j'avais eu aussi, deux, trois mois avant,
le cas de kits de transfusions sanguines retrouvés dans les poubelles de mon hôtel,
jetés par des masseurs qui ne faisaient attention à rien à l'époque
et retrouvés par des journalistes suisses
qui sont venus littéralement nous attendre devant l'hôtel
avec les kits de transfusions pleines de sang
en disant « c'est à vos coureurs, ça ».
Voilà, attacher une presse à l'époque, c'était difficile.
Et donc, ça t'a permis de découvrir les deux facettes,
celle du journalisme qui enquête
et celle de l'attaché de presse qui couvre.
Ça a nourri finalement ton métier.
Exact.
C'est-à-dire qu'on ne peut pas me raconter de bobards sur le vélo
parce que moi, j'ai été du côté coulisses.
J'ai vu les coureurs qui se font des perfusions
en attachant les perfusions à un cintre sur la lampe au-dessus du lit dans les hôtels.
J'ai vu les tas de cachets qui étaient de pastilles
qui étaient mises dans les accoudoirs des voitures.
Je les ai vus tout simplement parler de produits dopants à longueur de journée.
Les coureurs ne parlent que de ça
parce qu'à la table des coureurs, la vraie question, c'est
que prennent les autres pour avancer plus vite que nous ?
Fondamentalement, ils parlent de ça tout le temps.
Quel est le meilleur médecin en ce moment ?
Qui a la formule gagnante qui te fait performer mieux que les autres ?
C'est ça, la réalité du cyclisme en interne, c'est ça.
D'accord, ça détruit un peu le mythe.
Il faut expliquer que les coureurs travaillent aussi très dur au quotidien.
Je pense qu'on ne peut pas non plus, même avec des produits dopants,
ne pas s'entraîner et gagner des courses.
Ça reste un sport très dur.
Et en même temps, si on peut rentrer un peu dans ce sujet-là,
le dopage est un petit peu inhérent au sport du cyclisme.
Quand on regarde les archives du Tour de France,
on voit dès 1923-1924 le fameux article d'Alberton de l'efforçat de la route.
Il interviewe les frères Pellichy qui lui expliquent déjà à l'époque
qu'ils prennent des amphétamines pour tenir le coup et qu'en fait,
s'ils n'en prenaient pas, ils ne tiendraient pas le coup.
Toi, tu as prouvé qu'on pouvait faire ce Tour de France,
même si ce n'est pas le même Tour de France que dans les années 1920,
en étant propre.
Mais le problème, c'est que le dopage est un petit peu
entremêlé dès les fondements de l'histoire du cyclisme professionnel.
Ça fait partie de la culture cycliste.
Effectivement, Fausto Coppi parlait déjà aux journalistes de la bomba.
Il avait une bomba.
Alors à l'époque, c'était un mélange avec de la caféine et autres.
Mais c'est effectivement inhérent à ce sport.
Et quelque part, en interne, on en rit, on en sourit.
On raconte que des grands champions des années 1970,
quand ils rentraient dans les vestiaires où se changeaient les coureurs
avant les critériums d'après-Tour,
ils disaient « qu'est-ce qu'il y a aujourd'hui ? »
« Qu'est-ce qu'il y a à prendre ? »
Donc, c'est comme ça.
Jacques Anctil est mort à 52 ans.
Laurent Fignon…
Qui, lui, d'ailleurs, assumait complètement de se doper.
Il expliquait même qu'il fallait laisser les coureurs le faire
et qu'il ne se cachait pas déjà à l'époque.
Oui, mais c'est la fameuse expression « on ne gagne pas un Tour à l'eau claire ».
Voilà, Laurent Fignon est mort à 52 ans.
Alors évidemment, on vous dira que tout est possible,
que le dopage n'y est peut-être pour rien,
mais on est face à une réalité.
Il y a un excellent site Internet, si les gens veulent s'informer,
ça s'appelle « Cyclisme et dopage »
qui recense depuis des décennies toutes les affaires de dopage.
Et vous verrez qu'on est loin d'en être sorti,
même si les médias, en règle générale, n'y accordent plus la moindre importance,
parce que je pense que c'est la grande différence
avec l'époque que j'ai vécue il y a 20 ans.
Aujourd'hui, le grand public a intégré que ce sport est faussé par le dopage
et ça ne choque plus personne.
Et on se dit « the show must go on ».
On sait ce qui se passe, il y a une expression que j'aime bien,
c'est le cyclisme, c'est comme une saucisse,
c'est très bon, mais je ne veux pas savoir comment c'est fabriqué.
Aujourd'hui, c'est exactement la même chose,
c'est-à-dire qu'on sait qu'on est sur l'équivalent du catch américain,
c'est truqué, mais on apprécie le spectacle,
et peu importe si les coureurs ont des problèmes de santé plus tard,
parce que c'est leur choix et ce sport fonctionne comme ça.
Ce sport comme les autres, mais mon spécialité, c'est le cyclisme.
Bien sûr, mais on va venir au dopage actuel dans le cyclisme.
D'ailleurs, je renvoie aussi à nos auditeurs,
à une interview que Nicolas Vidal a faite sur la chaîne de Tocsin
avec Antoine Vaillé au moment du dernier Tour de France,
où il explique Antoine Vaillé,
je crois que c'est lui qui avait révélé l'affaire Festina à l'époque,
et qui, à l'aide de données, explique qu'aujourd'hui,
les coureurs, avec leurs performances actuelles,
c'est obligé, c'est impossible qu'ils ne soient pas dopés.
Revenons à ton histoire, cher Guillaume,
comme ça, on va retracer un petit peu aussi celle du cyclisme.
Dans les années 2000,
tu commences à avoir quelques soucis avec ce dopage.
Alors, une question peut-être un petit peu qui dérange,
mais comment t'en es venu à vouloir d'abord passer
de quelqu'un qui couvre les affaires de dopage
à quelqu'un qui les révèle finalement ?
Parce que tu as découvri...
Je te laisse continuer, pardon.
Je suis un idéaliste et un utopiste.
C'est-à-dire que j'ai toujours rêvé
de voir un Tour de France réellement disputé
dans des conditions équitables,
avec des coureurs qui, justement, n'utilisent aucun produit.
Je pense que c'est le rêve absolu,
parce que le spectacle serait grandiose.
Grandiose, parce qu'aujourd'hui,
le dopage collectif aboutit à quoi ?
A des écarts de 15 secondes entre les principaux leaders
après des étapes de 250 km.
C'est des robots. Quel est l'intérêt ?
Il n'y a plus de défaillance majeure.
Normalement, on devrait voir des gars
qui perdent 15 minutes un jour
et qui, le lendemain, sont de retour.
Le vrai spectacle, les vrais forçats de la route.
Aujourd'hui, c'est complètement robotisé.
On a des gars qui ne transpirent plus,
qui sont blancs comme des cachets,
qui ne sont pas essoufflés à l'arrivée d'une étape.
Moi, je me souviens de Stephen Roche, 1987,
à La Plagne, avec un masque à oxygène.
Le gars était au bout de ses forces.
Aujourd'hui, il donne des interviews
20 secondes après avoir penché la ligne.
Pourquoi j'ai voulu rentrer là-dedans ?
Parce que j'en avais assez, aussi,
d'entendre, lorsque je m'arrêtais dans un bar
pour faire remplir ma gourde,
quand je m'entraînais, de dire
« De toute façon, le vélo, on sait ce que c'est.
Vous ne marchez pas à l'eau claire, les gars. »
Et quelque part, je me suis dit
« Est-ce qu'on peut faire un projet
où on démontre
qu'un individu normal,
comme moi, pas un champion, loin de là,
mais correctement entraîné,
peut faire le Tour de France
sans avoir aucune aide extérieure
et que son corps ne soit pas abîmé ? »
Parce que souvent, l'excuse, c'est
« Oui, mais si on ne prend rien,
vous comprenez notre corps. »
Donc, on a monté ce projet
avec l'Université de Toulouse,
le professeur Daniel Rivière,
l'aide de l'Union cycliste internationale.
J'ai été contrôlé par l'antidopage
dans ce tour que j'ai fait en 2007.
Tu ne peux pas la voir,
mais je mets la photo de ton contrôle
de l'antidopage en 2007
sur ce fameux Tour de France
que tu as fait à l'eau claire.
C'est ce qui t'a d'ailleurs fait,
à cette époque, accéder à la notoriété.
Tu as donc voulu faire un Tour de France
à l'eau claire, selon l'expression.
Oui, mais pourquoi
j'ai accédé à la notoriété ?
Parce qu'il y a eu un énième scandale,
c'était l'affaire Rasmussen en 2007.
Encore un cyborg
qui faisait des performances incroyables.
Et donc, j'étais un peu le gagnant
moral de l'histoire. On se disait,
il y a ce petit gars qui est devant,
qui a fait son Tour de France un jour
avant les professionnels, sans massage,
derrière des amis
qui conduisent la voiture suiveuse
sur route ouverte à la circulation.
Et donc, les gens,
quelque part, ont eu une forme de sympathie
pour ce projet. Parce que moi, je me suis
littéralement sacrifié. Parce qu'aujourd'hui, je parle
avec sérénité. Mais à l'époque,
je ne savais pas moi-même si j'allais aller au bout.
Et beaucoup de gens me souhaitaient le pire.
Sur Internet, il y avait des équipes
de trolls organisées
qui me souhaitaient tous les malheurs du monde.
Ils espéraient que j'allais chuter
dans une descente ou ce genre de choses.
Et c'est là que j'ai compris
que ce milieu, en réalité,
est dans une forme de déni de la réalité.
Le même déni qu'on constate
après les années
de crise sanitaire que nous venons de vivre.
Aujourd'hui, il y a des gens qui
refusent les évidences.
Le cyclisme, c'est la même chose. Vous avez
90% des gens qui suivent
ce sport qui ne veulent pas
admettre la réalité, même si vous leur
mettez les faits sous le nez.
Et ça, il faut bien le comprendre. C'est pour ça que
mon aventure a été un peu celle de
Don Quichotte, qui se bat
tout seul contre des moulins à vent
et qui, à la fin,
laisse les choses en l'état.
Et moi, je me rends compte, 20 ans après,
que ça a été
un coup d'épée dans l'eau parce que
le dopage, loin de s'être arrêté,
a continué et la situation est pire
aujourd'hui. Simplement, je me dis
à mon très modeste niveau,
j'ai essayé de faire quelque chose.
Tu as essayé et ça t'a valu
d'ailleurs des ennuis. On peut
revenir sur quelques aventures.
Je crois que tu m'as dit que tu as été
en procès avec Lance Armstrong.
Je pense que tous les auditeurs
voient de qui on parle,
ce fameux coureur à qui on a retiré
les sept tours de France.
Et puis, une autre affaire aussi, où tu as dû être
escorté par la police, mais peut-être d'abord
Lance Armstrong.
Lance Armstrong, j'avais écrit un papier
sur Filippo Simeoni,
qui est un des rares coureurs qui s'était opposé
à la domination sans partage
de Lance Armstrong. Je vous rappelle que
dans le peloton, il y a une mafia
qui décide le matin
les coureurs qui peuvent partir en échappée.
C'est vrai sur tous les tours.
Regardez sur le tour de France, ça va être les petites équipes.
On sait déjà que l'échappée
n'ira pas au bout, mais ils auront leur
quart d'heure de célébrité à la télévision.
Et il y a parfois des moments
où le peloton attrape
par le call-back certains coureurs en leur disant
non, toi tu pars pas. Parce qu'on sait
que c'est des gros rouleurs et qu'avec eux, l'échappée
pourra aller au bout. Donc tout est contrôlé.
Et Simeoni,
Armstrong s'était chargé en personne
d'aller le rechercher, parce qu'il voulait partir
en échappée. Il lui avait fait la guerre
un peu comme Christophe Basson, un autre Français aussi
qui avait eu les mêmes problèmes.
Et donc j'avais interviewé ce coureur italien
qui avait tiré à boulies rouges
sur Lance Armstrong. Lance Armstrong
avait attaqué le journal Le Monde, et donc moi.
Et on avait terminé devant
un juge d'instruction à Paris
qui finalement avait débouté Lance Armstrong. Mais j'ai gardé
la convocation comme souvenir
de ces années folles.
Ensuite pour le Giro,
il se trouve que j'avais d'excellents contacts.
Le Giro, c'est le Tour d'Italie pour les gens qui
ne connaissent pas. Le Tour d'Italie,
2006. Donc là on est avant
que je fasse le Tour de France moi-même.
Il y a
Pavel Tonkov, le Russe,
qui gagne une étape à Fondo
dans le 31. On est au-dessus
de Venise, sous la frontière
autrichienne. Il fait un bras d'honneur
à la télévision. Donc déjà
les esprits sont réchauffés.
Et il y a une émission après l'étape
qui s'appelle Processo alla Tappa.
C'est l'équivalent du véloclub de Gérard Rolls,
mais beaucoup plus animé. À l'italienne,
ça crie. Et ce jour-là,
je sais que la brigade des stups
italienne a fait une perquisition
chez Danilo Dinuca, qui est
un gars qui a gagné le Tour d'Italie.
Et je sais qu'ils ont pris des produits d'offrande.
Et je suis en plateau et je le dis.
Et là, j'ai pris
des menaces, non seulement des
coureurs pesants sur le plateau, mais aussi
des directeurs sportifs et des journalistes.
Et là, j'ai compris une chose très importante.
Les journalistes qui suivent le cyclisme,
dans leur
grande majorité,
protègent ce sport
par leur omerta. Et on
m'a accusé de cracher dans la soupe.
Qui tu es pour te permettre de dire ça ?
Donc ils ne veulent pas assainir
le marais, comme dirait Donald Trump.
Ils ne veulent pas assainir
leur sport. Ils sont juste intéressés
de voyager en hôte de frais
tout le mois de juillet et manger des petits fours
dans la salle de passe.
C'est intéressant, parce qu'à l'époque,
tu travaillais quand même au Monde, qui était
le journal, qui est le journal
un des principaux journaux français.
Comment, justement, c'est intéressant ce que tu dis
sur le journalisme ? Comment, toi, tu as pu
pendant si longtemps, continuer
à travailler ? Et d'ailleurs,
est-ce que tu as eu
des combats qui ont été faits
par des confrères journalistes ?
Alors, juste, je termine sur le Giro.
Ce qui s'est passé, c'était lorsque j'ai
dénoncé Danilo Di Luca,
j'ai dû être escorté par les carabiniers,
donc la police, en sortie
du studio, et on m'a clairement fait comprendre.
On m'a dit, Guillaume, on te donne un conseil,
il faut arrêter de suivre le Giro.
Donc, du jour au lendemain, j'ai pris ma valise et je suis
parti. Et je n'ai
pas pu mettre les pieds sur une
course de vélo pendant des années.
Il faut bien comprendre ça. Les
journalistes qui couvrent ce sport sont
confrontés à un dilemme.
Où ils parlent de dopage et ils n'obtiendront
plus d'interviews des coureurs,
où ils n'en parlent pas et ils continueront
de faire ami-ami au départ
des courses pour avoir
leurs petites interviews. C'est pour ça que
le journal L'Équipe, à un moment donné, avait
un gars qui était délégué aux affaires
de dopage, qui à l'époque s'appelait Jean-Pierre
Bidet, je crois. Et donc, on
voyait bien que
quand vous parlez de ces affaires-là, vous ne pouvez pas
rentrer dans ce cercle fermé
parce que, regardez bien le
cyclisme, c'est un milieu qui se recycle. Les gens
qui conduisent les voitures aujourd'hui
sont les mêmes que ceux qui couraient à l'époque
de Lance Armstrong. Donc, ceux qui conseillent
les jeunes cyclistes aujourd'hui sont ceux
qui ont connu les années EPO et autres
mais qui vous disent qu'il n'y a jamais eu de dopage
dans le cyclisme. Vous comprenez ?
Donc, on est dans une famille,
la famille du vélo. Les organisateurs
en font partie. On pourra parler ensuite
peut-être de
la nouvelle façon de laver le linge sale
en famille dans le cyclisme. Il n'y a plus de cas de
dopage retentissant aujourd'hui. Vous avez remarqué ?
Parce qu'on se règle en famille.
Le cyclisme, on a eu marre
d'être finalement le seul
sport à
être simolé finalement
sur le thème du dopage alors que tous les autres
ne le font pas.
C'est très intéressant
et d'ailleurs, on va pouvoir parler
du dopage actuel. On peut y venir.
Alors, juste
avant, j'ai aussi une autre question sur
un certain Luigi Cecchini
puisque tu m'en as parlé. Donc ça, c'est un docteur,
un médecin qui suivait des équipes de vélo
dont tu as été proche.
Tu as vu aussi opérer
les médecins des équipes de vélo.
C'est aussi intéressant à voir
pour le dopage. Raconte-nous ça.
Comme je l'ai dit tout à l'heure, il faut bien comprendre
qu'aujourd'hui, c'est très important pour un coureur
d'avoir un bon médecin. En France, il y avait
le fameux Bernard Seitz
qui d'abord soignait des chevaux et
ensuite s'occupait des coureurs cyclistes.
Et étrangement, il y avait la même chose
en Belgique avec le docteur Van Mol
qui avant s'occupait de chevaux et ensuite
s'occupait de cyclistes. Donc,
il y a toujours des médecins. Vous avez
Fuentes au Canary,
Michele Ferrari, très célèbre
qui opère dans la région de Lugano
où vivent de nombreux champions cyclistes
et Luigi Cecchini. Comment j'ai connu
Luigi Cecchini ? Je faisais un reportage
sur le dopage et je suis allé voir
un certain Ivano Fanini
qui est un gars qui avait une équipe un peu
rocambolesque, un peu folklorique qui s'appelait Amore Vita
et qui faisait bénir par le pape
chaque année son équipe au Vatican.
C'est vraiment à l'italienne, très spécial.
Et je vais voir ce gars-là
et je lui dis... Il habite à
Luca en Toscane et je lui dis
« Est-ce que tu peux pas m'avoir un rendez-vous avec Cecchini ? »
Et
il décroche son téléphone parce qu'il vous prouve bien
que le patron d'une équipe
a le contact d'un médecin
et il l'appelle...
Pardon, je te coupe. Officiellement, c'est un médecin qui
travaille pour une équipe spécialement ?
Alors, à l'équipe, il a
travaillé en 2006 et même avant
pour Ariostea, face à Bortolo
et surtout c'est lui qui a fait gagner
le Tour de France à Bierneris.
Et on sait comment ça s'est terminé.
D'accord ? Oui, je vois.
Il s'est occupé aussi de Tyler Hamilton,
on sait comment ça s'est terminé. Il s'est occupé de
Jorg Jaksche, on sait comment ça s'est terminé.
Il s'est occupé de Fabian Cancellara
qui, lui, est passé entre
les mailles du filet.
Donc, on téléphone
à Cecchini et Cecchini dit
« Je ne parle pas aux journalistes. »
Et il lui répond « Mais ce gars-là, il fait du vélo. »
Il dit « Ah bon, il fait du vélo, ce journaliste ?
Qu'il vienne demain matin à l'entraînement. »
Et je découvre le lendemain matin
un groupe d'une cinquantaine de
coureurs sur le bord de mer en Toscane
à Lido di Camaior
avec le médecin
entouré d'une espèce d'escorte
de coureurs. Le coureur
Petacchi, un coureur qui a gagné
plein d'étapes sur le Tour de France,
je pense que c'est presque 20,
peut-être un peu moins, 14, 15.
Et je m'approche
du médecin, on part s'entraîner
et il voit que je suis passionné
et je commence à développer une relation amicale
avec lui à tel point,
et là c'est une révélation, que c'est lui qui va faire
mes plans d'entraînement
pour que je puisse réaliser le Tour de France,
les trois tours, et ainsi de suite.
C'est lui qui m'a transformé comme coureur. Pourquoi ?
Alors les plans d'entraînement sont
en substance deux pages.
Exactement. Parce qu'il a bien compris ce que j'étais venu chercher.
Et il a joué là-dessus,
il a dit, en gros il m'a dit
tu penses que je dope les coureurs,
mais moi je vais te montrer que avec
mes plans d'entraînement tu vas t'améliorer.
Il m'envoie faire un test le lendemain,
c'est assez extraordinaire, il m'envoie sur une montagne
qui se trouve à côté
de Bouca, et ça monte
six kilomètres, et il me dit
je t'ai vu pédaler pendant deux heures Guillaume,
je sais déjà le temps que tu vas faire
sur cette montée, tu vas la faire à fond.
Il m'a dit tu vas faire entre 21 minutes
21 minutes 15, c'est le Monteserrat.
J'ai fait 21 minutes 10
le lendemain. Et là je lui
téléphone, je lui dis félicitations, il me dit tu me prends pour
qui, tu crois que je ne connais pas le cyclisme ?
Et on est toujours resté dans cette ambiguïté,
c'est-à-dire que moi j'ai vu des coureurs qui venaient le voir,
il y a eu Yann Ulrich parmi ses clients.
Yann Ulrich.
Mais en même temps, j'avais bien compris
que Yann Ulrich ne venait pas chercher des plans
d'entraînement, on lui disait de faire
deux fois dix minutes à 400 watts.
J'avais bien compris ça.
Il le savait aussi. Mais
j'ai aussi compris quelque chose de très important.
Pourquoi ces médecins ne tombent jamais
lorsque les coureurs sont pris ?
Parce que ces médecins ont un charisme
incroyable,
sont toujours disponibles pour les coureurs
et les traitent comme leurs enfants. Moi-même,
lorsque j'ai eu par exemple
une grippe ou autre, je pouvais lui
téléphoner à minuit, je lui disais Luigi
j'ai ci, j'ai ça, et il me disait Guillaume
prends ça, va à telle pharmacie,
prends ce truc-là, fais ça.
Ils traitent leurs coureurs,
leurs clients comme des enfants.
C'est pour ça que lorsque les coureurs
sont pris, ils ne dénoncent
jamais leurs médecins.
Et aussi parce qu'il n'y a aucune trace écrite.
Ces médecins travaillent uniquement de façon
orale. Vous venez dans leur
petit laboratoire, lui c'est
chez lui. Luigi Cecchini est un millionnaire,
il faut le savoir. Il n'a pas besoin de ça
pour vivre, mais c'est sa passion.
Et il vous parle à son bureau, il vous dit
ce qu'il faut prendre et ce qu'il faut faire, il n'y a aucune trace écrite.
Ces médecins, par contre,
se rémunèrent sur les points UCI
marqués par leur champion.
Lorsque vous gagnez une course, les coureurs
marquent des points et ensuite
sur le total de points,
le médecin va demander 10%,
15%.
C'est intéressant. Au moins, il y a une corrélation
entre le succès de ces médecins et les performances.
Finalement,
dans les moyens qui sont faits
pour accéder à ces performances, c'est questionnable aussi,
mais il y a un système de récompense.
Donc, venons-en au dopage aujourd'hui,
parce que, j'imagine,
tu n'es plus toi directement.
D'ailleurs, comment tu t'es éloigné
de ce milieu ? Est-ce que c'est de force,
parce que justement, tu ne pouvais plus suivre les coureurs,
ou est-ce que c'est aussi par toi,
par désintérêt, à force de voir que
les choses ne changeaient pas ?
Alors, c'est sûr que j'ai été écoeuré
de voir que tout continuait comme avant,
parce que j'avais eu
l'illusion de penser que
les choses changeraient.
Aussi, parce que
le milieu journalistique
m'est devenu hostile.
La salle de presse, vraiment, ceux qui suivent les tours
me voyaient comme un traître, parce que j'avais craché
dans la soupe. Donc, je vous rappelle, c'est une famille,
une famille avec l'OMERTA.
Tout le monde se connaît. N'oubliez pas que sur
le Tour de France, tout le monde
loge dans les mêmes hôtels. Vous avez parfois
trois, quatre équipes, ils se croisent dans les ascenseurs,
ils sont aux mêmes tables des restaurants,
les organisateurs,
eux, ont un hôtel séparé,
mais ils se croisent au village départ toute la journée.
C'est une même famille
qui a les mêmes intérêts, à savoir
faire tourner ce sport,
qui rapporte de l'argent. Le Tour de France est une énorme
manifestation sportive
internationale, et tout le monde y gagne
son pain. Remarquez
bien ce qui se passe lorsqu'il y a un scandale
de dopage. Ensuite, on essaye
de jouer sur la fibre sentimentale,
sur le chantage moral.
« Mais ma petite dame, il y a 30 familles
qui mangent grâce à cette équipe,
on ne peut pas la fermer
et ayez de la compassion. »
Donc, même quand ils ont pris
les mains dans le pot de confiture,
il faut oublier parce qu'on
est tous ensemble, c'est une grande famille,
et le show must go on.
D'accord. Et donc ensuite,
tu t'es éloigné du monde du vélo ?
Oui, je me suis éloigné
parce qu'effectivement, j'étais persona
non grata dans la salle de presse,
également sur
les courses, où je risquais
vraiment de prendre
un lion dans la figure pour parler français.
Et puis,
je m'étais dit qu'est-ce que je peux apporter de plus
si c'est pour aller voir un coureur
et qu'il me dise
« Oui, je veux
gagner le tour, mais depuis que je mange
du riz au lieu de manger des pâtes,
j'ai augmenté mes performances. » J'aime pas être pris
pour un idiot, parce que la réalité,
je la connais. Donc,
je ne souhaite pas être complice du système. Donc,
je m'en suis éloigné, et je m'en suis éloigné
en partant sur une autre conception
du cyclisme, qui est l'évasion, le voyage.
On y reviendra.
On va y venir, mais avant ça, j'aimerais quand même
qu'on parle du cyclisme
à l'heure actuelle,
puisqu'on le voit,
les performances, alors officiellement, il n'y a plus du tout
de scandale de dopage,
mais on voit,
en tout cas, au moins sur la partie émergée
de l'iceberg, ces 5-6 coureurs
fabuleux, d'ailleurs, qui donnent des courses vraiment
magnifiques à voir. Tu le disais au début,
je pense qu'on est dans une des périodes
les plus spectaculaires
en termes de cyclisme, puisqu'on a
une concurrence de Remco Evenepoel,
Mathieu Van Der Poel,
Wout van Aert, Tadej Pogacar,
et autres, qui font
qu'il y a vraiment des performances qui sont
au-dessus de la moyenne, notamment pour Tadej Pogacar,
le champion
slovène qui a quasiment tout gagné cette année.
Est-ce que
tu es convaincu
qu'aujourd'hui, c'est impossible à faire sans dopage ?
Non, la question ne pose même pas.
Enfin, envoyez
votre fils faire du vélo,
si jamais il est bon, il terminera
en première KT ou chez les élites,
il va comprendre très rapidement
le menu. On va lui dire,
on va lui dire, voilà, si tu veux continuer, il faut prendre ça.
Il y a plein de coureurs, d'ailleurs, qui renoncent.
J'ai connu des gars extrêmement talentueux,
ils se sont dit, non, si il faut
stocker des produits dans le frigo
et s'injecter tous les deux jours pour faire du vélo,
non, merci.
Il y a même des pros qui ont fait
marche arrière après une année à un certain
flake mort, on appelle ça la décision
de flake mort, c'est-à-dire, voilà, est-ce que je suis prêt
à prendre tout ça pour
gagner une course de vélo ? Il y en a qui disent non.
Il y en a qui disent oui. Pourquoi ?
Parce que pour arriver chez les professionnels,
tous les gens que vous voyez arriver chez les pros,
ça fait 10 ans, 15 ans qu'ils font du vélo,
qu'ils se traînent d'une course régionale à une autre course
régionale et qu'au moment
enfin où ils peuvent gagner de l'argent,
beaucoup d'argent,
on ne fait pas marche arrière
et on continue. Donc,
le dopage est
partie intégrante
de l'équation du cyclisme. Il faut
bien le comprendre. Donc moi aujourd'hui, quand
je vois, moi je connais des gens, j'en connais
personnellement qui prennent des produits pour
gagner des cyclo-sportives,
les courses amateurs où il y a
3000 participants, 5000 participants.
Vous comprenez bien qu'au niveau au-dessus,
c'est exactement la même chose.
Voilà, tout simplement. Donc,
oui, le dopage continue. Simplement,
quelque chose a changé.
C'est que les contrôles anti-dopage
sont devenus de plus en plus inefficaces.
Ça, c'est
intéressant parce que nous, l'image
que quelqu'un de novice
peut avoir du cyclisme, c'est qu'au contraire, aujourd'hui, c'est
extrêmement surveillé. On a
les fameux no-show. Donc, si
le contrôleur se présente à
votre domicile et que vous n'y êtes pas,
au bout de trois fois, vous êtes sanctionné.
Il y a aussi des
contrôles surprises, notamment pour
les vainqueurs d'étapes, les maillots spéciaux
à chaque fin d'étape du Tour de France.
Donc, toi, tu expliques quand même que
c'est de plus en plus rare. Et qui est pris ?
Personne.
Parce que c'est un sport propre.
Exactement. Voilà. CQFD.
Ça s'appelle un sophie.
Non, simplement,
on sait que le voleur est toujours en avance sur le
policier. Le policier court après le voleur.
Donc, aujourd'hui,
les coureurs utilisent des produits
qui ne sont pas
cherchés. Donc, vous pouvez vous présenter
un contrôle antidopage sans aucun problème.
Puisqu'on ne les connaît pas, ces produits.
Et si vous regardez bien, les seuls qui tombent,
ce sont des petits coureurs qui sont encore
à l'EPO ou au SERA.
Mais parce qu'ils n'ont pas les moyens de se payer
les bons médecins qui, eux, vous font
le cocktail gagnant.
C'est ça qu'il faut comprendre.
Et alors, qu'est-ce que...
Toi, tu penses qu'on ne connaît pas du tout ces produits
ou tu penses que ce sont des produits qu'on ne peut
pas encore repérer et qu'on connaît déjà ?
Oui, on ne sait pas que
ces produits sont utilisés. Moi, je pense même
qu'on est, pour certains, sur du dopage génétique.
Ah oui ?
Oui, je n'exclus pas.
Il y a aussi, on n'en a pas parlé...
Qu'est-ce que c'est concrètement le dopage génétique,
pour que tout le monde comprenne ?
Je vais revenir. Le dopage génétique,
c'est, en fait, ne plus prendre
une substance de façon
externe.
Par exemple, je me fais une piqûre
de testostérone, mais stimulée
via une thérapie génie,
la production de testostérone
par mon corps directement.
D'accord ? Donc, on n'a plus besoin
de se piquer puisqu'on fait en sorte que
le corps lui-même active ses processus.
D'accord.
Donc, on ne craint pas d'être pris pour EPO.
Voilà, par exemple.
Mais, je reviens aussi
sur le dopage mécanique. Regardez, le dopage mécanique,
c'était une théorie du complot.
Il y a dix ans, on disait
qu'il y avait un moteur dans les vélos.
Les gens, vous riez au nez. Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous dites.
Aujourd'hui, l'Union cycliste internationale
elle-même envoie des inspecteurs
passer des tablettes, des iPads
le long des cadres des vélos. Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que même ceux qui dirigent ce sport sont conscients
qu'il y a ce problème. Alors, ils
n'attrapent jamais personne, mais il y a eu
de nombreuses courses et de nombreux
coureurs qui ont eu utilisé ce phénomène.
Moi, je me souviens que, déjà, à l'époque,
la brigade des stupéfiants italiennes
avait eu des signalements par des coureurs
que Lance Armstrong passait son temps
à appuyer au-dessus
de sa cheville droite. Et souvenez-vous que
Lance Armstrong portait des chaussettes longues. Et c'était
très rare à l'époque.
On soupçonne Lance Armstrong
d'avoir été un des premiers à utiliser un moteur
dans le cadre. Et souvenez-vous
qu'il avait réhabilité la haute fréquence
de pédalage. Alors, on disait que c'était Chris Carmichael,
son entraîneur, qui lui avait dit
il faut tourner les jambes rapidement, mais il faut pouvoir le faire
avec certains braquets.
C'est très intéressant. D'ailleurs, il y a
deux enquêtes de France Télévisions
qui ont été diffusées pour l'émission
de Stade 2, sur deux pages mécaniques, où on voit
ça a l'air un peu UBS, mais en fait
c'est assez difficile à détecter.
Je crois que, notamment, ils étaient allés voir
un mécanicien hongrois
où ils font tourner une mini-roue
dans les cassettes,
donc dans les vitesses, et qui est quasiment détectable.
Et puis, on a des images, aussi,
par exemple, de vélos qui
tombent à la renverse, et la roue
arrière continue de pédaler
à fond, ou alors
de coureurs qui triturent leurs guidons
de vélo alors qu'ils sont en montée à 10-12%.
Normalement, là, on
ne cherche pas trop à changer de vitesse.
On a trouvé son braquet
assez rapidement dans la montée.
La meilleure réponse, c'est quoi ? On disait
que ces vélos n'existaient pas, sauf que
si vous allez chez votre vélociste aujourd'hui,
ils vendent plus de vélos électriques
que de vélos normaux. Et je vous parle
de vélos de course. Pinarello a sorti
un très beau vélo électrique, il y a déjà plus de 4 ans.
Donc, si vous voulez, on comprend bien
que la technologie ne passe pas
de l'amateur au professionnel, mais descend
du professionnel vers l'amateur, tout comme
la haute technologie vient de
l'armée et descend ensuite
vers le grand public.
C'est exactement la même chose. Donc, bien sûr,
bien sûr, mais les coureurs eux-mêmes,
vous savez, les coureurs, ce sont les
premiers à faire tomber
ce genre de problème.
En 1995
ou 1916, Mauricio
Fondriès, qui avait été champion du monde et d'autres,
se rendent à l'UCI, à Aigle,
pour demander qu'on mette
un plafond au taux d'hématocrite,
c'est-à-dire le taux de globules rouges
dans le sang. C'est-à-dire que les coureurs eux-mêmes sont
allés voir les instances en disant
« il faut qu'on arrête, il va y avoir des morts ».
Je vous rappelle que dans les hôtels du Tour de France,
les coureurs se réveillaient en pleine nuit
parce qu'ils avaient le sang épais comme de la marmelade
de fraise. Ils dormaient
avec des cardio-fréquence-mètre qui leur signalaient
qu'il fallait se lever rapidement, sinon
le cœur allait s'arrêter. Et moi, j'ai plein d'hôteliers
qui m'ont dit « mais qu'est-ce qui se passe quand on reçoit
des équipes à 4h du matin, ils font du vélo dans le couloir ? »
Vous voyez ?
Et c'est les coureurs
qui ont dénoncé ça. Et de la même façon,
il y a,
je ne vais pas donner de nom, mais il y a un coureur
qui a gagné des classiques
avec une aisance, et on voyait les coureurs
derrière, au moment où ils partaient,
qui levaient le bras comme ça en faisant
en signe de dépit « je sais
ce que tu fais,
je sais ce que tu fais ».
Souvenez-vous les propos
de Vasseur, qui était commentateur
à l'époque sur France Télévisions,
qui, dans le col de la pierre Saint-Martin,
voix froum, développait
une fréquence de pelage de dingue,
et qui dit « excusez-moi messieurs-dames,
mais ce que je suis en train de voir,
j'ai du mal à vous l'expliquer ».
Bien sûr.
Non, non, mais il y a des choses, évidemment,
on voit, et puis encore une fois aujourd'hui,
de Tadej Pogacar, pour ceux qui suivent le vélo,
la manière dont il attaque, parfois
plusieurs jours d'affilée,
et en mettant vraiment plusieurs minutes
à ses concurrents, même
les plus forts,
ça pose des questions, j'ai envie de dire
que ça donne quasiment les réponses.
Tadej Pogacar,
je voudrais dire un mot sur lui.
Déjà, regardez son équipe,
son manager,
c'est Mauro Giannetti, un gars
qui, devant moi, puisque j'y étais
en 1999, autour de Romandie,
a fait un très grave malaise parce qu'il avait
pris de l'IGF1, et il y est
pratiquement resté. Donc, quand vous avez
un gars qui a un passé pareil
et qui est manager d'une équipe, vous comprenez tout de suite
l'ambiance et les bons
conseils qu'il doit prodiguer.
Par ailleurs, Pogacar,
si vous voulez, alors lui, il est littéralement
sur une autre planète, c'est-à-dire que
même les autres ne savent pas
ce qui se passe, on est sur, moi j'appelle ça
un coureur manga, parce que
il n'est même pas décoiffé à la fin
d'une étape de 250
bornes. Vous savez, quand on fait du vélo, et vous en
faites, vous aussi, après 200
bornes, on a de la bave
sur le côté, on a les yeux
rougis par le vent,
on a du sucre dans les dents, on a le maillot
qui est sale, on a transpiré.
Lui, il arrive, il est immaculé. Honnêtement,
je ne me l'explique pas.
Et quand vous voyez qu'il a collé 3 minutes
44 sur la montée du plateau
de Bey à Marco Pantani,
j'ai bien dit à Marco Pantani,
qui circulait avec un hématocrite
de 60, il avait les oreilles rouges,
tellement il avait le temps...
C'était ça, c'était Elefantino, le petit éléphant.
3 minutes 44
à Pantani sur 12 kilomètres,
je pense qu'il n'y a pas besoin
d'ajouter autre chose.
Antoine Vaillé parle d'ailleurs d'aliens,
le pro de Martien, concernant Pogacar.
Alors on va venir à
cette
conclusion de ta carrière, cette manière
d'orienter finalement ta carrière, là encore
on est dans des thèmes qui sont
chers à toxin, donc l'évasion, l'aventure,
le fait de vouloir un peu transcender ce système
de mensonges. Mais avant ça
j'aimerais aussi faire un petit écart
par rapport à l'actualité
de ces dernières années
puisqu'en fait
tu as parlé rapidement de la crise sanitaire,
du Covid tout à l'heure,
ça t'a permis aussi
cette exposition à l'omerta
du cyclisme, de plus facilement
repérer les mensonges de grande échelle. Et donc on
voit aussi que ça t'a un petit peu
vacciné, sans mauvais jeu de mots,
contre d'autres crises ailleurs
politiques, et ça t'a donné un certain esprit
critique, ça aussi finalement
ça a été une sorte d'opportunité
aussi pour toi de te prémunir
contre ces périodes de pandémie.
Ben oui, parce que, pourquoi je vous ai écrit ?
Je vous ai écrit parce qu'aujourd'hui
vous êtes le seul média
que je peux écouter le matin,
parce que je ne
peux pas écouter des médias complices du
système. Moi, quand le
système me ment,
je ne peux pas continuer d'en faire partie.
Il faut bien comprendre ça.
Il y a des gens qui préfèrent continuer
d'être dans le confort du système.
Moi j'en ai pris plein la tronche,
j'ai des armées de trolls qui se sont déchaînés contre moi
et qui probablement mettront des commentaires
sous cette vidéo.
Mais je dors
avec une conscience pure
et transparente, parce que je sais
que je suis allé dans le sens de la vérité.
Et vous,
chez Toxin, vous cherchez la vérité,
vous ne cherchez pas à complaire
les sphères politiques ou économiques.
Donc, c'est pour ça que
moi aussi, quand j'ai vu
le Covid, j'ai compris qu'on était
exactement sur les mêmes paramètres.
Donc l'OMERTA que j'avais vu dans
le cyclisme, je la vois, tout ce qui
est systémique, finalement
fonctionne de la même façon.
Mais regardez les leçons
que nous donne le système. Regardez
l'affaire OM-Valenciennes, parce que
vous allez comprendre. L'affaire OM-Valenciennes,
qui est le seul à avoir payé ?
Celui qui a dit la vérité.
Est-ce que tu peux rappeler l'affaire
OM-Valenciennes pour tout le monde ?
Un défenseur de Valenciennes
dit que l'OM
lui a proposé de l'argent pour laisser
passer les attaquants adverses.
Bon, ça a été un scandale majeur.
C'était les titres de tous les médias,
avec Bernard Tapie, avec
Bernays et autres. Le seul qui a payé,
c'est celui qui a dit la vérité. Comme disait Guy Béart,
celui qui dit la vérité, il faut l'exécuter.
Il est parti jouer, je crois,
à La Réunion en D4. Il a disparu.
Tous les autres acteurs de
cette affaire sont restés des
protagonistes du milieu.
Prenez l'affaire Nicolas Karabatic,
reconnu coupable par un tribunal français,
d'avoir parié sur la défaite de sa
propre équipe avec son entourage familial.
10 000 euros d'amende et 2 ans de prison
avec sursis. Aujourd'hui, c'est
le joueur qui signe le plus d'autographes
et qui est interviewé en permanence.
Il a pris sa retraite quand même.
En tout cas, il a été pendant longtemps.
Vous comprenez comment fonctionne le système ?
Il n'y a aucune mémoire
de ce qui s'est passé, et on en
sens ceux qui ont
quelque part couvert le système.
Il est évident que pour moi, il n'y a aucun
avenir dans le système.
Mais je trouve une forme de satisfaction
à avoir accompli très modestement
ma petite part. Et je pense que
pour Tox1, pour le COVID
et pour tout le reste, c'est
dans l'union qu'il y a la force.
Parce que des petits efforts détachés
ne produisent rien.
Par contre, en se coalisant et en
s'unissant, alors on a une voix
et on peut être écouté.
Absolument. C'est dans l'union
qu'on fait la force et aussi un petit peu dans l'évasion.
On vient à comment tu as vécu
la fin de ta carrière de journaliste
puisque tu as décidé
de toujours emporter cet amour
du vélo, cet amour
de l'aventure,
du sport, de l'effort.
Mais à travers quelque chose
d'en dehors de cette compétition
qui génère tant d'argent, tant de rivalité,
tant de toxicité pour
les coureurs, en
voyageant finalement.
Est-ce que tu peux nous en parler ? J'ai quelques photos
aussi de toi, notamment en Inde,
en Hawaï.
Le Monaco, c'est à Hawaï,
je crois.
Explique-nous un petit peu comment,
à la suite de cette carrière
sportive, dans le feu de l'action, tu as voulu
prendre de la hauteur.
Déjà parce qu'il n'y avait plus rien à faire. En 2008,
j'avais fait les trois grands tours,
Tour d'Italie, Tour de France et Tour d'Espagne, un jour avant
les coureurs. Parce que quand je n'avais fait que le Tour de France,
certains comme Jean-René
Bernodeau, le manager
du team Total Energy, s'étaient permis
de dire oui, mais lui, c'est un guignol,
il n'a fait que le Tour de France, nous, on fait des saisons
complètes. Pour lui répondre,
j'avais enchaîné Tour d'Italie,
Tour de France, Tour d'Espagne,
en solitaire, un jour avant eux, sans massage
et sur route ouverte.
Après, j'ai dit, je n'ai plus rien à faire.
Ce que je pouvais faire, je l'ai fait.
J'ai ouvert le spectre parce que
je pense qu'il y a un problème
aujourd'hui avec le sport,
même pratiqué par des amateurs,
c'est que je les vois toujours en train de regarder des compteurs
de vélo ou des montres quand ils courent.
C'est terrible parce que le sport
devrait être la soupape qui vous libère,
qui vous sort des contraintes.
Je les vois en train de regarder s'ils font 3,14
ou 3,30 au kilomètre,
pour ceux qui font du marathon,
ou quand on roule à vélo, on a son compteur
avec une petite flèche qui montre la moyenne.
Il faut que je rentre à la maison avec 30 de moyenne,
comme ça, je pourrais mettre ça sur Strava,
le réseau social où on partage
ses efforts et ses entraînements.
Quelque part, on est encore sous une dictature
des chiffres, des nombres.
Moi-même, je suis l'un des seuls de mon
groupe d'amis à ne pas avoir de compteur de vélo
quand je roule.
Mon père, qui est à côté de moi,
n'arrive pas à courir sans regarder
le nombre de battements par minute
ou la moyenne,
parce que c'est pour se tirer la bourre.
Ce n'est pas non plus toxique,
c'est pour les copains, pour faire rigoler,
mais on sent quand même qu'il y a ce rapport
aux chiffres
qui enlève la liberté.
C'est contre-productif
parce qu'aujourd'hui, vous avez ce qu'on appelle
les champions d'Ostrava
qui se défoncent
la semaine pour prendre
les meilleurs temps sur les montées
et les cols de leur région
et qui ne gagnent aucune course au dimanche
parce qu'ils sont tellement
épuisés à l'entraînement
pour essayer de faire les meilleurs temps
qu'en course, ils n'ont plus de jus.
C'est très contre-productif
à mon sens.
Je comprends.
Je t'en prie, je laisse continuer sur tes voyages.
Pour l'évasion,
le vélo,
c'est évidemment autre chose
que regarder son guidon
et ses moyennes.
Le vélo est probablement le meilleur moyen
de locomotion au monde
parce que c'est un moyen de locomotion sans pare-brise,
sans fenêtre, sans carrosserie
où on a l'odeur des champs,
de l'engrais, des tournesols
où on perçoit
les nuances des saisons,
où on est fouetté par la pluie.
C'est ce rapport, cette symbiose
avec la nature qui m'a intéressé.
Ce que les gens oublient,
c'est que moi, je n'étais pas payé
pour faire du vélo,
j'étais payé pour écrire des articles.
Il faut quand même le rappeler.
J'ai écrit 8 livres et j'étais payé
par le journal Le Monde pour écrire des articles,
des carnets de voyage, pas pour faire du vélo.
J'avais besoin de ce ressenti
pour pouvoir trouver l'inspiration.
J'ai décidé en 2009
de faire
le Tour du Monde en 80 jours
en suivant plus ou moins le livre
de Jules Verne et les aventures de Phileas Fogg.
En 2010,
j'ai fait un tour de la France de façon lente
en longeant un peu les frontières
et en terminant au centre
de la France.
Il y a des panneaux, vous êtes au centre de la France.
En 2011,
par contre, je suis revenu sur quelque chose d'un peu plus performant.
J'ai fait 400 000 m de dénivelé
en moins de 6 mois sur 200 cols.
Mais l'objectif, c'était de voir
le plus de cols possible.
D'où le fameux col
le plus haut du monde.
Ça s'appelle le Kadoungla.
C'était en 2014.
C'est mon dernier projet
2014-2015.
J'ai fait les plus hautes routes de la planète
sur les cinq continents.
Des routes carrossables, des vraies montées.
J'ai atterri au sommet du Kadoungla.
Aujourd'hui, il est asphalté.
Il ne l'était pas
sur la deuxième partie à mon époque.
Vous n'êtes pas loin de la frontière
avec le Pakistan.
Au sommet, vous avez des soldats de l'armée indienne
qui vivent littéralement à 5 700 m d'altitude.
Ce projet a été pour moi
le plus terrible
parce que je n'étais pas
compatible avec l'altitude et le mal
des montagnes.
Ces efforts soutenus
à ces altitudes-là
m'ont laissé des traces
pendant des années.
D'accord.
À 5 700 m, l'oxygène n'est plus du tout
le même qu'au niveau
de la surface terrestre.
Depuis ces années,
tu continues le vélo
et tu continues les voyages.
Non, j'ai arrêté
le vélo
parce que j'étais victime
de bigorexie,
la maladie de ceux qui font trop de sport,
une dépendance au sport.
J'étais vidé.
Depuis 2003,
à mon premier voyage le long du Danube
jusqu'à 2014
ou 2015,
je n'ai pas arrêté une seconde.
J'étais une espèce d'homme orchestre.
Je cherchais mes sponsors,
j'écrivais mes livres,
je vendais mes livres,
je m'entraînais 4 à 5 heures par jour
et je dormais 4 ou 5 heures la nuit.
Ce qui devait se passer s'est passé.
Mon corps m'a dit
qu'il allait falloir m'arrêter.
Mon corps et les médecins.
J'ai dû complètement arrêter le cyclisme.
Aujourd'hui, je fais de la natation très modestement.
Je reste un hyper passionné de vélo
mais je ne peux plus monter dessus.
D'accord.
C'est définitif.
C'est définitif parce que
j'ai aussi compris pourquoi des coureurs pro
lorsqu'ils raccrochent ne font plus du tout de vélo
parce qu'à un moment donné on atteint l'écœurement
et je dois dire aussi qu'aujourd'hui
faire du vélo
quand on n'est pas vraiment dans la campagne
c'est devenu trop compliqué.
Les routes ont la même taille qu'il y a 50 ans
mais les voitures ont pris un mètre de largeur supplémentaire
avec les SUV.
Vous comprenez que la place du cycliste
s'est réduite dramatiquement.
On est certains, c'est sûr.
J'ai pu faire un tour de France à vélo
dans les campagnes et j'ai évité les villes
parce que dès qu'on arrive dans une ville
ou même sur une route nationale
on risque un peu sa vie.
Pour t'en parler du fait que les gens conduisent
en regardant leur téléphone.
C'est vraiment compliqué.
Ou en écoutant de la musique.
Pour finir cette interview
comment toi aujourd'hui
tu vois les choses, qu'est-ce que tu continues
à vouloir
te revivre à ta manière
sur d'autres domaines, la vérité
faire vivre aussi
différentes passions. Comment toi
tu arrives à te sortir
de la morose
actualité qu'on nous présente
tous les jours puisque c'est aussi
le thème de Toxin. On ne peut pas non plus plonger les gens
en actualité, on veut qu'ils essayent aussi
d'avoir des sources d'inspiration, des aspirations
extérieures pour pouvoir se réaliser
puisqu'on ne peut pas se réaliser en regardant
des écrans, en regardant des films d'information
toute la journée.
A titre personnel, j'ai énormément
développé mon autre passion de jeunesse
qui est la prestidigitation
au point qu'il m'arrive
l'été de travailler comme magicien
dans des restaurants pendant la saison touristique
j'habite dans le sud de la France
donc pour moi c'est un univers extraordinaire
le mystère, les illusions
d'optique, comment influencer
la façon dont une personne pense
là aussi on converge sur des choses
intéressantes. Sur le dopage et sur le sélectif
sanitaire. Exactement
mais moi j'invite les gens
à réaliser
leur projet
et leur rêve immédiatement
pourquoi je dis ça ? Parce qu'aujourd'hui
je ne pourrai plus faire ce que j'ai fait
je n'ai plus la santé, ni physique,
ni psychologique, ni mentale de le faire
et j'ai rencontré très souvent
quand je donnais des conférences des gens qui me disaient
ah monsieur, nous on va faire comme vous
dès qu'on est à la retraite
n'attendez pas parce que vous ne savez pas
quelle sera votre santé à ce moment là
et les rêves il faut aller les chercher tout de suite
donc le projet
de votre vie, je ne sais pas ce que c'est
mais faites-le et faites-le
rapidement parce que, et ce sera mon mot
de la fin, lorsque je faisais le tour
du monde en 80 jours
dans le grand désert australien du Nullarbor
Nullarbor est pas d'arbres
c'est un grand désert entre Perse et Sydney
j'ai croisé un cyclo
et le gars était sur le bord de la route
avec sa tante et je me suis arrêté pour lui parler
et je lui ai dit, mais qu'est-ce que vous faites ?
il nous fait le tour de l'Australie dans le sens contraire
des aiguilles d'une montre
wow, impressionnant, il mangeait une gamelle
de haricots blancs
et je lui ai dit, mais pourquoi vous faites ça ?
et il me dit, parce que je veux pouvoir dire à mes petits-enfants
non pas ce que j'aurais aimé faire
dans la vie, mais ce que j'ai fait
c'est une très très belle conclusion, merci beaucoup Guillaume
ça rappelle un petit peu une interview de Jacques Brel
dans laquelle il explique qu'il croise
un million de personnes par an qui disent
qu'ils vont écrire des livres
et qu'ils disent, non non, moi je vends des haricots, des cornichons pendant un an
et ensuite j'écris un livre
et effectivement il faut se lancer tout de suite
ne jamais hésiter
ou ne jamais avoir de regrets
puisque la vie, c'est un petit peu
bête de le dire, mais on a qu'une vie
et il faut quand même pouvoir la nourrir et l'enrichir
le plus possible. Merci beaucoup Guillaume
en tout cas, on n'hésitera pas à te réinviter
notamment à l'occasion du Tour de France pour reparler
de ces cas de dopage
et merci à vous chers auditeurs
d'avoir été nombreux à suivre cette interview
on le rappelle, Tox1 est de retour pour toute la semaine
demain et mercredi
ce sera une émission avec Clémence d'actualité
l'actualité reviendra en force sur Tox1
et puis jeudi et vendredi aussi des interviews spéciales
et retour de la matinale le 6 janvier
en attendant, soyez nombreux
à aimer cette vidéo, à vous abonner
puisque nous avons passé les 290 000
on vise les 300 000 d'ici très peu de temps
d'ici le début janvier et puis je vous dis
moi je vous dis à jeudi mais c'est
à demain avec Clémence Ouyakova, merci à tous
