L'émission hommage à Notre-Dame de Paris - De Préval/Stemler/Belleville

Tocsin
43 abonnés
5 Vues de vidéo·19 déc. 2024
Notre-Dame de Paris à travers les âges
Avec Corentin Stemler, auteur, metteur en scène, réalisateur de “La Dame de Pierre” ;
Pauline de Préval, journaliste, réalisatrice, essayiste
Auteur récemment du “Dictionnaire amoureux des cathédrales” (Plon) ;
Et Raphaël de Belleville, charpentier depuis 3 ans, salarié des ateliers Perrault, a travaillé sur le chantier de reconstruction de Notre Dame
Pour nous soutenir : https://www.tocsin-media.fr/soutien
www.tocsin-media.fr
Corps
À corps
Corps à corps
Et pour commencer à parler de Notre-Dame de Paris,
je suis très heureuse de recevoir Corentin Stemmler et Pauline de Préval.
Bonjour à tous les deux.
Bonjour.
Merci d'être avec nous.
Pauline de Préval, vous êtes romancière, essayiste,
auteur récemment du Dictionnaire amoureux des cathédrales.
Je vais le montrer là aux éditions Plon.
On va aussi éventuellement vous le proposer à l'image.
Évidemment, un dictionnaire amoureux qui ouvre de très nombreuses entrées
autour de l'importance des cathédrales en France, mais pas que d'ailleurs,
mais avec une place particulière pour Notre-Dame de Paris.
Et je voulais lire votre introduction, votre avant-propos.
« Les cathédrales sont au cœur de nos villes comme des mers
dont nous savons qu'elles nous aiment d'un amour inconditionnel.
Elles nous accompagnent d'une présence si familière
qu'elles s'en oublieraient presque. »
On va revenir d'ailleurs sur le fait qu'on ait peut-être oublié
pendant longtemps la place, l'importance des cathédrales,
mais tout en même temps, elles imposent leur présence
et elles sont toujours là pour nous.
Et vous le dites, or l'incendie de Notre-Dame de Paris
a montré qu'elles avaient besoin de notre amour
autant que nous avions besoin du leur pour survivre.
Pendant des siècles, elles ont élevé les hommes
à mesure qu'ils les élevaient et donnaient visage
à leurs souvenirs et leurs espérances.
On va revenir évidemment sur toute l'histoire,
notamment de Notre-Dame de Paris jusqu'à l'incendie.
Corentin Semler, bonjour.
Donc je vous l'ai dit, vous êtes vous,
réalisateur de La Dame de Pierre,
spectacle que vous aviez déjà donné l'année dernière.
Cette fois-ci, vous reproposez ce spectacle
le 20, 21 et 22 décembre, c'est bien ça ?
C'est ça.
Palais des congrès de Paris.
On va voir d'ailleurs une affiche arriver
et puis surtout un teaser.
On va voir un peu des images d'ailleurs défilées
tout le long de notre émission.
Mais d'abord, regardons rapidement ce petit teaser,
cette présentation du spectacle de La Dame de Pierre.
Là, on va continuer de voir les images défilées.
Corentin Semler, un très, très beau spectacle,
puisque je l'ai vu, je peux le dire,
qui vraiment remet du sens.
Justement, on parlait de la place des cathédrales en France,
remet du sens l'église au milieu du village,
on a envie de dire, peut-être là où les Français
en ont besoin justement et à, comment dire,
à n'oublier de nouveau l'histoire de Notre-Dame de Paris.
J'étais très émue par votre spectacle,
il faut le dire, d'ailleurs, quand je l'ai vu.
Et il a rencontré un très, très grand succès.
On a effectivement rempli trois jours
le Palais des congrès de Paris
pour les premières représentations.
On a commencé ensuite quelques dates en tournée,
avant maintenant de revenir à Paris,
parce que l'objectif de La Dame de Pierre,
c'est pas de le jouer qu'à Paris,
c'est d'aller le jouer partout en France.
Parce que partout en France, il y a des Français
qui sont attachés à cette cathédrale.
Notre-Dame de Paris,
c'est pas juste la cathédrale des Parisiens,
c'est un peu la cathédrale de tous les Français.
Elle parle à tout le monde,
mais on ne connaît pas forcément bien son histoire.
C'était tout le but du spectacle,
raconter son histoire,
expliquer comment est-ce qu'elle est devenue,
à travers les siècles,
ce symbole de rassemblement et d'unité pour les Français.
Oui, d'ailleurs, c'est très intéressant,
on voit qu'elle est devenue un symbole,
mais pas forcément, pas tout le temps en tout cas,
uniquement religieux.
C'est ce qu'on voit aussi à travers l'histoire
de votre spectacle,
même si, évidemment, il y a toujours cette force
et cette transcendance.
C'est également ce que vous avez tenté de faire,
Pauline de Préval, dans votre livre,
rappeler l'importance des cathédrales,
et pas que.
D'ailleurs, vous le racontez vous-même,
vous dites, moi-même, à un moment donné,
j'étais un petit peu éloignée de l'Église,
et finalement, c'est les cathédrales
qui m'ont ramenée
par leur transcendance, par leur supériorité,
par leur beauté, par leur musique,
par leur sculpture.
Est-ce que vous pouvez nous raconter aussi cette démarche,
ce cheminement que vous avez eue ?
Écoutez, moi, les cathédrales m'accompagnent,
en effet, depuis que je suis toute jeune.
J'ai reçu une éducation catholique,
mais je n'ai pas forcément trouvé ma place
dans l'Église telle qu'elle était.
Donc, j'ai cessé assez rapidement
de la fréquenter, mais en revanche,
j'ai toujours fréquenté les cathédrales.
Et c'est vrai que, par exemple,
si je songe au statut colonne
de Notre-Dame-de-Charte,
au Christ Pantocrator de la cathédrale de Montréal en Sicile,
si je songe à l'Ange au sourire
que j'ai mis en couverture
de mon livre,
toutes ces images m'ont,
voilà, par leur beauté,
en fait, imprimé
l'empreinte d'une beauté plus haute
et m'ont donné envie de la suivre,
de la rejoindre d'une manière ou d'une autre.
Et donc ça, ça a été le cheminement de toute une vie.
J'ai visité énormément de cathédrales.
Chacune m'a donné
à voir petit à petit, par petites touches,
une visage de Dieu
tel que le génie humain
et la foi ont su le refléter.
Donc dans mon parcours, ça a été très important
parce que la foi,
c'est une grâce. On ne choisit pas
de l'avoir, d'une certaine manière, elle nous est donnée ou pas.
Mais en revanche, on peut
s'y ouvrir.
Et sur ce chemin-là, les cathédrales
sont nos meilleurs guides aujourd'hui encore,
je pense, parce que surtout les cathédrales
gothiques, elles ont atteint
des formes qui sont capables de s'adresser
encore à ce qu'il y a d'éternel en chacun.
Et ça a été le point de départ
de mon livre aussi, voir l'attachement
que la plupart des Français avaient
pour leur cathédrale, leur patrimoine,
mais leur cathédrale en particulier,
parce que pendant des siècles, ils ont façonné
nos villes, ils ont façonné nos âmes
et il en reste quelque chose.
Simplement, ils y sont attachés
et ils ne savent plus toujours pourquoi.
Alors c'est ce que j'ai essayé de faire dans ce livre,
d'expliciter justement pourquoi.
Quel était le sens de ces pierres ?
Quel était l'esprit qui avait présidé
à leur naissance ? J'ai essayé de rentrer dans l'esprit
des bâtisseurs de cathédrales autant que faire se peut
pour essayer
d'en faire ressortir
ce qu'il pouvait y avoir encore de vivant à transmettre à chacun.
Alors, on parle justement
des bâtisseurs de cathédrales.
Bientôt, on va pouvoir parler avec
Raphaël de Belleville-Charpentier
qui a travaillé sur le chantier de reconstruction
de Notre-Dame, donc il va pouvoir nous parler
de ce ressenti de bâtisseur,
justement. Mais avant ça,
Corentin Stemmler, vous aussi finalement, vous avez emprunté
la même démarche,
faire revivre,
faire redonner
aux Français l'image de cette
cathédrale, en plus, comme vous l'avez dit,
avec un très grand succès.
Comment vous expliquez ce succès aussi ?
Est-ce que ça veut dire que les Français cherchent,
en cette recherche aujourd'hui, peut-être plus que d'ailleurs
à d'autres époques ?
Je pense qu'effectivement,
les cathédrales nous ramènent
à nos racines
et que finalement,
le succès du spectacle,
c'est le succès, derrière, de
Notre-Dame-de-Paris et des
cathédrales.
On l'a vu avec l'incendie de Notre-Dame-de-Paris
et son chantier de restauration,
que, véritablement,
les cathédrales, et Notre-Dame-de-Paris
en particulier,
c'est quelque chose qui unit et qui rassemble
les Français. Là où, moi, je pensais,
il y a quelques années, que ça n'intéressait plus grand monde, les cathédrales,
bien au contraire, c'est quelque chose
qui parle encore à notre société
et j'avais un attachement
très fort pour Notre-Dame-de-Paris avant son incendie
et j'ai été vraiment surpris
par l'émoi
tellement important
qui a été suscité par cet incendie,
que ce soit en France ou même
à l'étranger, dans le monde entier,
et je me suis dit, en fait, cet attachement pour le
patrimoine, pour les cathédrales,
il existe encore, il est parfois un peu endormi,
mais il est encore là et on peut
le réveiller pour
revenir à nos racines
et pour redécouvrir
le sens de ces cathédrales,
la raison pour laquelle elles sont là
et l'importance encore du symbole des cathédrales
aujourd'hui dans notre société.
Oui, bien sûr, Pauline de Préval.
Je voulais juste rapporter une anecdote pendant l'incendie
de Notre-Dame-de-Paris,
j'étais sur la pointe
de l'île Saint-Louis et
je voyais tous ces gens en train de
prier,
d'être choqués,
de compatir de la manière qu'ils
pouvaient et l'un d'eux
a dit devant une télévision, nous sommes un
peuple de bâtisseurs et tout à coup c'est ça qui
s'est réveillé dans l'âme
de beaucoup et c'est le défi
d'ailleurs qui a été relevé par ce chantier, qui a été
quand même un des événements les plus fédérateurs qu'on ait vécu
depuis des décennies, il n'y a pas que le foot
qui peut nous unir, il y a aussi les cathédrales,
c'est ce qu'a montré ce chantier-là
et j'en conserve notamment
l'image de
toutes ces poutres, les 2000 poutres qui ont servi
à construire la charpente et la flèche
et qui ont été acheminées depuis les forêts
de la France entière, c'est-à-dire que chacun
y a mis du sien et ça, ça a été un événement
formidable. Oui, tout à fait, on parle
des poutres, je vous propose qu'on reçoive
Raphaël de Belleville, bonjour Raphaël
de Belleville. Bonjour.
Vous êtes charpentier depuis
trois ans, salarié des ateliers
Perrault, vous avez travaillé donc
sur ce chantier de reconstruction
de Notre-Dame de Paris,
évidemment, tout d'abord, bravo,
félicitations et merci pour
ce bel ouvrage, magnifique
ouvrage même.
Comment on est sélectionné peut-être
pour participer à ce
chantier ?
Je pense pas qu'il faille de
compétences bien particulières, moi j'ai
eu la chance d'avoir un contact
qui m'a permis
d'oser faire le pas,
donc j'ai fait comme tout le monde, j'ai envoyé
mon CV et ma lettre de motivation.
Au début j'avais été prévu pour
l'assemblage et le montage des fermes
qui était l'année dernière,
suite à un accident j'ai pas pu le faire,
il y a eu plein de rebondissements et
finalement cet été
je cherchais à nouveau des charpentiers
donc j'étais dans
les contacts et
voilà comment j'ai été choisi.
Est-ce que vous pouvez nous dire
de quel domaine
vous vous occupez
particulièrement ?
J'ai touché un peu à tout,
au tout début je suis arrivé
j'ai fait juste des finitions dans le
coeur, parce que quand je suis arrivé
tout l'assemblage des combles
était terminé, était déjà même en grande partie
couvert.
Ensuite,
je me suis occupé de
faire des planchers
dans les
beffrois,
donc principalement
le beffroi nord, il y avait une boutique qui était prévue
finalement le projet a été abandonné.
Ensuite, on a dû étayer
les charpentes, ensuite
retirer les témoins après
la restauration des beffrois,
du beffroi nord.
J'ai participé
à une toute petite échelle
à la restauration du beffroi nord,
j'ai fait ce qu'on appelle une
greffe, c'est le remplacement d'un
petit morceau de bois
pour des bois quand même assez gros.
Ensuite,
j'ai fait pendant
deux mois quasiment la création
d'un nouveau chenot pour le beffroi nord,
parce qu'on avait décidé
de changer l'écoulement des eaux
à ce niveau là.
J'ai suivi
les plans qu'on m'avait donnés pour faire
des nouvelles fonctions
pour un nouveau chenot pour l'écoulement des eaux.
Après, j'ai participé
à des petites rembardes
dans les combles,
plein de petites choses comme ça.
Ce qui est vraiment intéressant, c'est que vous avez
tous travaillé
selon les méthodes anciennes,
pas un clou,
vous respectiez
vraiment l'histoire
de Notre-Dame et la façon dont elle avait été
construite. Est-ce que c'était un défi
pour vous ? Est-ce que c'était une nouveauté ?
Oui, c'est vrai
que c'est intéressant.
Quand on arrive, on nous dit
vraiment aucune vis dans la charpente,
pas de marque, il faut vraiment respecter
au maximum
ce monument historique,
à tel point qu'on a peur de mettre
le moins de coups de ciseaux dedans.
En revanche,
quand on devait utiliser des clous,
c'était des clous forgés à l'ancienne. Par exemple, pour les passerelles,
on devait des clous noirs
forgés.
C'est amusant de travailler
vraiment à l'ancienne comme ça.
Ensuite, il y avait des choses
assez étonnantes qu'on ne comprenait pas
au niveau des assemblages. Les architectes
nous demandaient de respecter ça
pour que ce soit fait
vraiment comme avant.
On pouvait rajouter
un bouchon de bois,
ce qu'on appelle une chapelle,
qui n'avait aucun sens,
mais pour respecter justement
tout le relevé qui avait été fait à l'époque,
qu'on devait refaire
une refaçon de l'ancienne charpente,
des trucs qu'on ne comprenait pas, on le refaisait.
Est-ce qu'il est possible
aussi qu'il y ait certaines choses, d'ailleurs,
vous avez aussi appris certaines choses sur les méthodes anciennes,
que vous parlez
des bouchons de bois,
que vous n'avez pas compris aujourd'hui, mais qui ont peut-être un sens
que vous comprendrez plus tard ?
Est-ce qu'au fur et à mesure,
finalement, on a enrichi notre propre
science moderne par rapport à ce qui se passait avant
et les méthodes de construction ?
Peut-être aller plus au niveau
ceux qui ont vraiment géré plus haut
la mise en place des charpentes.
Moi, à mon petit niveau, j'ai rien découvert,
à part vraiment
en ayant la chance de travailler avec des personnes
vraiment expérimentées,
des anciens qui ont 40 ans de métier.
On apprend vraiment des choses
qu'on n'aura pas
la chance d'apprendre sur d'autres chantiers,
parce que là, on se retrouve avec les meilleurs.
Donc, on a la chance
d'avoir un savoir-faire qui est vraiment transmis.
Après, de Notre-Dame,
personnellement, je n'ai pas appris
de nouvelles choses.
Justement, vous parlez de la très grande expertise,
du fait que ce soit absolument exceptionnel,
qu'on ait pu ramener
toutes ces poutres, tous ces bois,
avec des méthodes très traditionnelles.
On parle d'une forêt
qui a pu permettre de reconstruire
Notre-Dame.
Est-ce que, là justement, vous avez un commentaire
à faire sur ce travail,
notamment de Raphaël de Belleville ?
Écoutez, je suis forcément
admirative de cela, et je voulais
préciser que quand on parle de forêt,
ce n'est pas en raison du nombre de chaînes qu'on a dû
abattre pour la construire,
parce que, ça, vous le direz mieux que moi,
on est revenu
à des méthodes où on coupait le bois
à la doloir, par exemple,
pour mieux respecter son fil et garder
le cœur au centre, ce qui fait que les poutres,
quand on observe la charpente
de Notre-Dame et d'autres charpentes
médiévales, conservent
une allure un peu de forêt.
Elles conservent un peu la forme
des arbres, et donc on a l'impression de marcher dans ce foyer.
Un côté naturel, oui.
C'est vrai que c'est impressionnant, et ça, c'est
vraiment un des grands regrets sur ma participation
sur le chantier. J'aurais adoré participer
à l'écarissage des arbres.
L'écarissage, c'est partir de
la grume, donc cette poutre
qui est ronde, et la rendre carrée.
Normalement, c'est ce qui, aujourd'hui,
est fait en Syrie.
On vient
déligner l'arbre sur toute sa longueur.
Ce qui est amusant,
c'est que j'étais déjà intéressé par cette méthode avant,
sans avoir eu l'occasion
d'y toucher.
Et ça a été remis en place
sur Notre-Dame,
parce qu'on voulait vraiment respecter
le travail
des bâtisseurs de l'époque.
Et en fait, on se rend compte que même au niveau
mécanique, ça a une importance
énorme, parce qu'on respecte le fil du bois.
On ne vient pas le couper dans sa longueur,
et on garde une
force mécanique qui fait que
le bois va travailler différemment.
Quand un sembler,
à travers votre spectacle également,
on va avoir des images défilées,
vous mettez à l'honneur, évidemment,
ces ouvriers, ces bâtisseurs de pierre,
ces charpentiers
qui ont construit en
107 ans, vous le rappelez Pauline Préval,
cette cathédrale.
Est-ce que
comment
aujourd'hui vous considérez ce travail des charpentiers
notamment, et de tous ceux qui se sont
remis à l'ouvrage aujourd'hui,
pour Notre-Dame de Paris,
ce travail moderne, mais fait dans le
respect de l'histoire de la cathédrale ?
J'ai beaucoup d'admiration
pour les artisans du chantier, que ce soit le chantier
du XIIe siècle ou le chantier du XXIe siècle.
Et surtout, dans les
deux cas, je suis à chaque fois assez impressionné
et même frappé
par l'humilité de ces artisans
qui
expliquent qu'en fait, ils ont
fait ce chantier comme ils auraient fait un autre chantier.
Mais alors que c'est
Notre-Dame de Paris et ça sort complètement,
c'est extraordinaire, comme chantier,
je pense que ça a marqué beaucoup d'artisans,
beaucoup de compagnons. Et de la
même manière que les artisans du XIIe siècle,
aucun de ceux qui ont commencé le
chantier n'ont vu le chantier terminer.
Alors là, on est sur un chantier
de restauration qui a duré 5 ans.
Donc on n'est pas,
c'est pas la même chose, mais
ce respect
des méthodes anciennes, le choix d'avoir
reconstruit Notre-Dame de Paris à l'identique
et puis surtout cette humilité face à ce
monument qui nous a précédés de plusieurs siècles
et qui j'espère nous survivra
aussi longtemps.
Je pense que ça crée un état d'esprit
qui force l'admiration et qui est
complètement à contre-courant
de l'esprit
général de notre société
où on veut tout
faire très vite,
où on est
capable de regarder
une cathédrale et avec humilité de
reprendre les savoir-faire qui ont été utilisés au XIIe
siècle, alors que depuis il y a tellement de
technologies, de choses qui se sont développées.
Je pense que c'est un magnifique
état d'esprit qu'il faut préserver.
On pourra peut-être revenir d'ailleurs sur un tout petit peu plus polémique
sur les peut-être
velléités de transformation de certains
éléments de la cathédrale, notamment les vitraux
qui ne sont pas nécessaires parce qu'ils n'ont pas
été détruits.
Question que je vous garde pour après.
On reste sur l'humilité
de notre charpentier
Raphaël de Belleville. Justement,
je voulais vous demander, en effet,
un chantier
magnifique. Quel
sentiment aujourd'hui vous éprouvez
après avoir pu travailler
sur place? Est-ce que vous êtes honoré?
Comment
vous ressentez ce travail
que vous avez pu faire?
Comme vous
dites, je suis vraiment honoré
d'avoir participé à ce chantier.
J'en avais vraiment
envie, je le souhaitais.
On ressent beaucoup de fierté,
parce qu'on a participé à quelque chose
qui nous dépasse vraiment.
Parce qu'on ne travaille
pas pour une simple maison,
on travaille pour
la maison de Dieu, quand même,
d'une certaine manière. On travaille
pour le beau.
C'est amusant, c'est
Henri Dansem qui disait ça récemment.
Une cathédrale, ça ne sert
à rien.
En fait, ça sert juste
à amener par le
beau les gens à la prière.
En fait, on ne construit pas un musée,
on ne construit pas des œuvres d'art qui vont être
destinées juste à être regardées,
mais qui vont porter les gens
vers quelque chose qui les dépasse.
Oui, ça me fait
penser, vous parlez de la maison de Dieu,
est-ce que, j'imagine que
toutes les personnes qui ont travaillé
pour la reconstruction de Notre-Dame n'étaient pas forcément
chrétiennes.
Est-ce que, malgré tout, vous avez senti
comme un engouement,
pas forcément religieux, mais
une espèce de transcendance
se passer
pendant ce chantier ?
Oui, ça dépend des personnes,
il peut y avoir toujours
une fierté plutôt masculine
parce qu'il y a quand même beaucoup d'hommes sur le chantier,
mais on voit quand même
que dans l'intériorité de chacun, ça les touche
et dès qu'on en parle plus profondément,
c'est une chance immense pour chacun
et on sait que quand on va retourner
chacun à nos futurs ouvrages,
il n'y aura pas la même dimension,
donc obligatoirement ça va marquer chacun
parce qu'on sait qu'on a participé à quelque chose
qui est unique.
D'accord.
Pauline de Préval, vous souhaitiez réagir ?
Oui, ce que je voulais dire, c'est que
vous parliez
de cette beauté qu'on veut créer.
En fait,
toutes les cathédrales gothiques,
leur propos, c'était pas seulement
de créer de la beauté, c'est d'introduire
dans une présence, de préparer à une rencontre
et de rendre sensible la présence divine.
Et le point de départ
de l'essor des cathédrales gothiques,
très souvent, on l'aborde par le biais
des technologies. On dit, ah, tout à coup,
les arcs d'Ogive sont apparus
avec la combinaison des incoutants, ça a permis
d'alléger les murs, d'ouvrir les fenêtres, c'est formidable,
ça a été une révolution. Mais pourquoi
a-t-on fait ça ? C'est-à-dire que les techniques,
elles ne viennent que quand une pensée les appelle.
C'est une rencontre entre une pensée
et des technologies, et des moyens financiers aussi
parce que l'Église, à l'époque, s'était considérablement
enrichie.
Elle est apparue aussi, il faut le dire, dans le domaine
capétien. Elle a bénéficié
du soutien politique des rois capétiens.
Et quelle était donc cette pensée qui a fait surgir
les cathédrales gothiques ? C'était celle
des prélats issus de la réforme grégorienne
qui voulaient non seulement restaurer
la grandeur et la sainteté de l'Église, qui avait été
trop longtemps en proie à l'influence des laïcs,
mais aussi qui voulaient
rendre plus visible la présence divine
au cœur des villes, et la rendre aussi plus visible
du plus loin possible.
Et c'est-à-dire, parce qu'on
oublie aussi souvent que
la grande épopée de l'Église du XIIIe siècle,
ça a été la lutte contre les albigeois,
qui étaient des manichéens, qui considéraient
que la chair, c'était l'abomination complète,
alors que le christianisme, c'est justement
le verbe qui se fait chair, donc Dieu
qui épouse la chair de l'homme pour lui faire rayonner
son esprit. Et donc, il s'agit
de rendre visible cette présence.
Et il faut rappeler que Notre-Dame de Paris,
quand on la construisait, quand Maurice de Sully
a lancé son chantier, il venait d'écrire
un traité sur le canon de la messe, où il défend
la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie.
Son successeur, qui était sans lien
de parenté avec lui, mais qui s'appelait
Eudes de Sully, promouvait l'élévation
de l'Hostie. Donc l'élévation de l'Hostie,
l'élévation des cathédrales, il y a quand même un lien
entre les deux. Les écoles
de théologie parisiennes étaient à la pointe
du débat théologique
sur cette question, et c'est
elles qui ont contribué
à faire adopter le dogme
de la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie
au moment du Concile de la Trincatre en 1215,
c'est-à-dire en pleine construction
de Notre-Dame de Paris.
Les évêques de cette époque ont trouvé
une manière d'exprimer cette présence
dans la pierre.
Les cathédrales n'étaient pas seulement des
bibles pour les illettrés, comme l'on dit souvent,
elles le sont aussi, mais elles n'étaient pas que ça.
Tout en elles devait contribuer
à manifester une présence,
les vitraux, les objets liturgiques,
les statues, c'est pour ça qu'il y avait aussi de la couleur.
De manière sensible,
cette présence devait être rendue sensible à tous.
Vous en parlez d'ailleurs
vous-même dans votre avant-propos,
vous dites,
vous-même, vous avez été nourri, votre foi a été
nourrie, vous avez presque été appelé par la musique,
la peinture, les sculptures
et la liturgie, etc.
Il y a cet appel
à travers ces objets,
ce travail,
comme vous le dites Pauline de Préval.
Merci beaucoup Raphaël de Belleville
pour ce témoignage, merci encore
surtout pour l'ouvrage
auquel vous vous êtes attelé
et le magnifique travail
qu'ont fait tous les bâtisseurs
du temps moderne de
Notre-Dame de Paris. Merci encore d'être
intervenu.
Corentin Stemmler, je ne sais pas si vous
voulez réagir aussi au dernier témoignage
de Raphaël de Belleville.
Finalement, c'est vrai que vous l'avez dit,
l'humilité d'une époque
à une autre, c'est peut-être aussi
ce qui nous
rejoint et ce qui donne aussi de l'espoir.
Je trouve
tout comme d'ailleurs le succès de votre spectacle,
on a l'impression
qu'il y a
une volonté de se réenraciner
peut-être, de
revenir aux fondamentaux, de chercher le beau
comme on le disait,
de retrouver du sens dans notre société.
J'ai l'impression
que ce soit par l'ouvrage
des Charpentiers
et par le vôtre, finalement
on retrouve cette recherche.
Complètement. Et ce que je trouve
extraordinaire dans l'histoire récente de Notre-Dame
de Paris, c'est qu'il y a 5 ans
quand on voit Notre-Dame de Paris brûler,
on ne peut pas comprendre
le sens de cet incendie.
On est juste impuissant,
on est choqué,
on est dévasté. Et en fait, 5 ans plus
tard, je vois aussi
tout le bien
qui a pu être permis par cet événement.
Ça nous a
recentrés
sur
la prise en compte
de l'importance de protéger
notre patrimoine historique,
notre patrimoine religieux.
Ça a uni les Français autour
de ce symbole qu'est Notre-Dame de Paris.
Ça a mis en valeur des savoir-faire,
des métiers,
avec des techniques anciennes,
on en parlait.
Et puis beaucoup d'initiatives culturelles
qui ont émergé
dans ce contexte.
Et quand je vois aujourd'hui
ces 5 années, cet incendie qui reste
dramatique bien sûr, mais ces 5 années ensuite
et Notre-Dame de Paris qui rouvre plus belle
que jamais avec
le monde entier, des chefs d'état du monde entier
réunis à Notre-Dame de Paris,
tous les médias qui ne parlent que de cette
cathédrale, je me dis
qu'il y a quand même quelque chose de beau qui est sorti de ça
et qui d'une certaine manière
nous a aussi rendu un peu notre fierté
d'appartenir à un peuple qui est encore
un peuple de bâtisseurs de cathédrales.
Est-ce que vous avez l'impression que tout de même
l'incendie a provoqué ce réveil
de conscience par rapport
à l'importance de cette cathédrale,
et notamment Notre-Dame de Paris ?
Je pense qu'effectivement ça a joué de manière
assez brutale, mais
qu'il y avait bien sûr
avant l'incendie de Notre-Dame
déjà beaucoup de personnes attachées à leur patrimoine
et qui avaient conscience
de l'importance de le protéger.
Et déjà beaucoup d'incendies d'ailleurs,
on parle de celui de Notre-Dame de Paris.
Et ça a fait un peu un électrochoc.
Je vais vous raconter une anecdote.
Je me souviens très bien que
deux ans avant l'incendie, je discutais
avec une personne qui travaillait
à Notre-Dame de Paris et qui m'expliquait qu'ils étaient en train
de chercher des fonds pour
les chantiers de restauration qui étaient prévus.
Et ils n'arrivaient pas à boucler le budget.
Je crois qu'ils cherchaient 10 ou 15
millions d'euros.
Ils leur manquaient à la fin
10 ou 15 millions d'euros, quelque chose comme ça.
Et
ils allaient aux Etats-Unis
pour essayer de trouver de nouveaux donateurs.
Ils ont toqué aussi à la Porte de l'Elysée, mais à l'époque ça n'intéressait pas
Emmanuel Macron. Je rappelle l'article du Point.
Et ils alertaient
sur l'état de Notre-Dame de Paris
et ils n'arrivaient pas
à boucler ce budget. Et incendient Notre-Dame de Paris
en quelques semaines
près d'un milliard d'euros levés pour
reconstruire cette cathédrale, ce qui est évidemment
magnifique, mais qui montre quand même que
on était très en retard, je pense, sur
le fait de
comprendre qu'il y avait vraiment urgence pour sauver notre patrimoine.
Et il y avait, je pense, justement
peut-être une habitude de se dire
Notre-Dame de Paris, elle est là depuis 8 siècles,
elle sera bien là encore demain. Eh bien non.
L'incendie de Notre-Dame nous a fait réaliser
que la cathédrale aurait pu
s'écrouler. Et s'il n'y avait pas eu d'ailleurs
cette intervention héroïque des pompiers
qui sont remontés sur
les tours, Notre-Dame de Paris aujourd'hui
n'existerait plus. Alors je voudrais revenir sur
l'intervention des pompiers
évidemment parce qu'en plus d'un rôle de spectacle
c'est très très bien rendu. J'ai vraiment eu un moment
d'émotion à ce moment-là. Mais avant
Pauline Depréval, puisque
justement on revenait sur
cette prise
de conscience liée à l'incendie,
vous aussi vous considérez que l'incendie
pour le pire,
mais a provoqué
cette prise de conscience qui aurait dû être faite avant ?
Bien sûr. Moi
j'étais partie
du constat pour écrire mon livre que les Français
étaient très attachés à leur patrimoine.
Chacun est attaché à l'église de son village,
à la cathédrale de sa ville.
Simplement, au niveau des gouvernements,
il n'y a peut-être pas
le même attachement. Il n'y a qu'à voir
les fonds qui leur sont alloués. Donc ça, ça a été
une prise de conscience. La ministre de la Culture
a manifesté
au moins la velléité de trouver
un financement un peu plus pérenne,
même si moi je ne suis pas pour l'entrée payante des cathédrales,
mais au moins il y a une volonté de trouver
un financement pérenne. Ce qu'il faudrait, c'est qu'après
un chantier aussi exemplaire que celui de Notre-Dame de Paris,
on ne s'en tienne pas à une icône
qui soit vide à la fois de sens,
qu'elle devienne un Disneyland religieux
par exemple, et que
Notre-Dame de Paris cache toutes les autres
cathédrales qui sont dans un état déplorable.
Parce que très souvent, on intervient
beaucoup trop tard.
On les laisse se délabrer et tout à coup, on doit faire
des travaux et la facture est très très élevée.
Il faudrait intervenir en continu,
prendre conscience de ça, et ce n'est pas si compliqué.
Ce qu'a montré aussi ce chantier, c'est que
quand on veut, on peut. Moi, je ne fais pas
partie de ceux qui se sont moqués du Président de la République
lorsqu'il a dit, on va la rebâtir
plus belle dans 5 ans.
D'abord, parce qu'il ne fallait pas entièrement la rebâtir.
Ensuite, parce que la Sainte-Chapelle, elle a été
construite en moins de 7 ans.
Et simplement, c'est sûr
qu'il faut qu'il y ait une volonté. Il y a aussi,
on en parle très peu, mais il y a eu tous les verrous administratifs
français qui ont volé
en éclats à cette occasion.
Le général Georgelin a fait un travail
dont on parle très peu,
mais qui a été très important.
Comment signer
à une vitesse accélérée
des contrats avec 250 entreprises,
leur assurer d'un paiement, parce que souvent, c'est les petites entreprises
qui ne peuvent pas boucler,
qui n'ont pas
une grande trésorerie. Donc, ça a été
un exploit administratif aussi.
Donc, en fait, ce chantier,
il nous a donné les recettes
de tout ce qui pourrait marcher, c'est-à-dire
la volonté politique,
le manque d'obstacles administratifs,
il manque la volonté spirituelle,
il faut que l'Eglise soit à la hauteur aussi maintenant
de l'élan qui s'est manifesté,
de la soif que font les gens de spiritualité.
Combien de gens,
après les attentats du Bataclan
ou de Charlie Hebdo, sont allés
se réfugier à Notre-Dame, qu'ils soient
croyants ou non-croyants, et même parfois d'autres confessions.
Donc, l'Eglise doit entendre
cela et être à la hauteur.
Et je dirais que l'argent, on a toujours
tendance à ne parler que d'argent
aujourd'hui. L'argent, il ne fait que suivre
la volonté, en fait. Quand il y a une volonté,
l'argent suit.
La volonté politique,
se débarrasser des verrous normatifs...
Ce qui compte,
c'est qu'il y ait un mouvement
de fond. Ça, on l'a bien compris.
C'est intéressant, vous parlez des regroupements
après le Bataclan, après
Charlie Hebdo, et quand on regarde le spectacle
de la Dame de Pierre, finalement, les regroupements
autour de Notre-Dame,
ils durent toute l'histoire
de Notre-Dame, en fait.
C'est le fil rouge du spectacle, en fait.
Notre-Dame de Paris,
je le répète encore une fois, mais c'est un lieu de
rassemblement et d'unité.
Et que tout dans l'histoire de Notre-Dame de Paris
le montre. Vous avez l'arrivée
de la Couronne d'Épines à Paris,
qui est un des plus grands événements
de cette époque.
La relique la plus précieuse
de toute la chrétienté, qui est d'abord déposée
à Notre-Dame de Paris, avant
d'être déposée à la Sainte-Chapelle
quelques années plus tard.
Vous avez, en fait,
dans l'histoire même très récente encore,
vous parliez du Bataclan,
quelques jours après les attentats du Bataclan,
il y a eu une messe en hommage aux victimes
dans laquelle étaient présents tous les officiels.
Il y avait la maire de Paris, le ministre de l'Intérieur.
Et l'organiste Olivier Latry
joue une improvisation sur l'ère de la Marseillaise.
Et j'ai trouvé qu'en fait
c'était parfaitement approprié à ce moment-là.
C'est-à-dire que Notre-Dame de Paris est un édifice religieux
avant tout, mais c'est
un lieu d'unité qui peut parler
et qui peut transcender les Français
de manière extrêmement large.
Et c'est une vidéo très émouvante
qu'on peut voir sur Internet, cette improvisation
sur l'ère de la Marseillaise
lors de cette messe en hommage aux victimes du Bataclan
qui vraiment montre toute la mission
de Notre-Dame de Paris.
Et la réouverture de la cathédrale
qui a été tellement suivie avec
évidemment la cathédrale pleine, mais aussi
moi j'ai eu la chance d'être
à la messe le dimanche matin.
La première messe à Notre-Dame de Paris.
Et en fait ce qui m'a le plus marqué
ça n'est même pas tellement la messe, c'est en sortant
de voir des milliers et des milliers de personnes
qui étaient sous l'appui, sur les quais
en train de suivre la messe sur des écrans géants.
Et je me suis dit c'est vraiment ça
Notre-Dame de Paris en fait.
Oui c'est vrai. Après il y a des
scènes beaucoup plus terribles
qu'on peut voir dans votre spectacle
notamment la révolution avec les pillages
que l'on connaît, les destructions.
Donc Notre-Dame de Paris
n'a pas que été encensée par son peuple.
Bien sûr, mais elle n'a jamais
laissé indifférent les
parisiens ou les français. Pendant la révolution
elle avait été détruite, mais elle a été effectivement
saccagée et surtout transformée en
un lieu de stockage, puis en temple
de la liberté et de la raison.
Et ce qui est intéressant dans l'histoire
de Notre-Dame de Paris au 19ème siècle, c'est que...
Je ne me rappelais plus, le nom c'est Temple de la Liberté
et de la Raison. C'est éloquent quand même.
Voilà.
Notre-Dame de Paris était
dans un état ensuite assez
compliqué au début du 19ème siècle
et
là il y a Victor Hugo
qui est jeune romancier, jeune poète, qui a une idée
géniale qui se dit, en fait
si je veux que l'on
protège cette cathédrale, qu'on l'entretienne
il faut retisser du lien
entre les français et cet édifice. Et il écrit
son roman pour faire
connaître et faire aimer Notre-Dame de Paris.
C'est exactement ce qui s'est passé, ça a
créé un tel élan
d'attachement populaire, ça a réveillé
une nouvelle fois cet attachement qui existe,
qui a toujours existé, mais ça l'a réveillé
à un moment où Notre-Dame de Paris en avait besoin et ça a
permis les chantiers de restauration
de Viollet-le-Duc au 19ème siècle.
Et c'est un petit peu ça l'histoire de Notre-Dame de Paris.
Il y a des périodes plus
difficiles que d'autres, des périodes
où Notre-Dame de Paris souffre, où elle a besoin de restauration
mais il finit toujours par y avoir
un personnage ou un événement
ou un contexte qui fait que
elle revient au centre de l'attention
et c'est encore exactement ce qui s'est passé ces dernières années.
Vous avez une entrée Victor Hugo,
vous parlez de Paul Claudel aussi
avec la très belle
quelle mémoire
aussi, je ne sais plus comment elle s'appelle, l'actrice,
la chanteuse qui récite
Paul Claudel à un moment donné ?
On récite effectivement un poème de
Paul Claudel, La Vierge à midi, à la fin du spectacle
après
le soir de l'incendie de Notre-Dame de Paris
et puis on raconte la conversion
de Paul Claudel le soir de Noël
1886. Paul Claudel
a écrit lui-même un texte magnifique
sur sa conversion et on en a fait
une version légèrement adaptée
pour la présenter dans le spectacle.
Est-ce que vous aussi vous avez
Pauline
de Préval
une entrée pour Victor Hugo ?
J'ai fait une entrée Victor Hugo et je voulais
revenir un petit peu sur la Révolution
parce que la Révolution
il faut distinguer deux temps au début
tous les gouvernements
républicains ont essayé de capter l'aura
aussi de Notre-Dame de Paris
donc ça on l'oublie souvent et quand il y a eu des destructions
c'était des destructions
qui étaient menées par
une frange vraiment
très très engagée
poétiquement par exemple la destruction de la Galerie des Rois
elle a été commandée par
la Commune de Paris
donc c'était une frange vraiment marginale
de révolutionnaire. Je ne pense pas non plus
que la masse des Français a été pour
la destruction de ces cathédrales
et d'ailleurs
la Révolution
a été un tel traumatisme
qu'elle a été aussi
le moment où on a pris conscience qu'on avait
un patrimoine à défendre
c'est à ce moment là qu'est née l'idée
de défense du patrimoine
donc c'est très ambivalent
il y a eu l'effet de la raison, il y a eu les saccages
il y a eu le pillage des trésors et surtout
la fonte de tous les trésors
mais il y a aussi la prise de conscience
d'un patrimoine, d'un héritage à défendre
Alors justement la prise de conscience
En vous écoutant je me dis que
Notre-Dame de Paris c'est comme si c'était
un point de base, un équilibre et que dès qu'il y avait
un excès il y a une réponse en fait dans
l'autre sens, inversement proportionnel
C'est d'ailleurs ce qui fait que
Napoléon a choisi Notre-Dame de Paris pour
cadre de son sacre et c'est lui qui a fait
de Notre-Dame vraiment la cathédrale
centrale. Elle a toujours été centrale
dans le pays mais officieusement
après la Révolution
elle ne souffrait plus de la concurrence
de la cathédrale de Reims qui était la cathédrale des sacres
elle ne souffrait plus de la concurrence de la
Basilique Saint-Denis qui était une nécropole royale
et elle est devenue la
cathédrale nationale
Mais justement parce qu'elle unissait
la tradition de l'ancien régime de la Révolution
Oui, il a voulu
réunir tout ça dans cette cathédrale
Napoléon, Victor Hugo et Eugène Viollet-le-Duc
qui a restauré la cathédrale en faisant
la part belle à tout un fantastique hugolien
notamment dans les parties hautes avec ses gargouilles
et ses chimères, ont été les trois personnages
qui ont permis à Notre-Dame d'écrire une nouvelle page
de son histoire après la Révolution
Mais toujours en respectant l'ancien, c'est toujours l'alliage
de l'ancien et du moderne, enfin moderne de l'époque
Oui, alors Victor Hugo
il a écrit un roman magnifique
mais très très faux
sur le plan historique aussi
donc cette remise au goût du jour
repose aussi sur de nombreux mensonges
historiques
Il écrit
à une époque, déjà c'est
Notre-Dame 1432
donc il n'écrit pas
au moment de l'apparition de Notre-Dame
et c'est assez paradoxal d'ailleurs
ce roman Notre-Dame de Paris
parce que Notre-Dame en est le personnage principal
en même temps que jamais
on n'entre vraiment dans la cathédrale
on reste toujours dans les tours
dans les marges, donc lui il fait vivre
le mouvement des marges
et là-dessus se sont projetées les images
de la Révolution de 1831
où le peuple a pris d'assaut
l'archevêché
et donc il y a une confusion
qui s'est faite à ce moment-là
entre l'image révolutionnaire
l'image de la cour d'Himera qui venait délivrer Smeralda
et elle a pris
une tournure plus populaire
mais quand Victor Hugo
en fait un édifice laïque
qui allait contre l'esprit des prêtres
où toute liberté était donnée
à l'artiste, qui compare d'ailleurs
cette liberté à la liberté de la presse
c'est quelque chose d'absolument faux
les artistes, les imagiers médiévaux
travaillaient en harmonie totale
avec le clergé même si on leur donnait
une liberté aussi
dans les marges justement
dans les gargouilles, dans les animaux
la représentation de la faune, de la flore
tout ce qui était plus marginal
en fait il a un peu projeté
il a projeté une vision en fait
post-révolutionnaire sur un édifice
construit au XIIIe siècle
et qui avait grandi ensuite
avec toujours une harmonie justement
entre les artistes et le clergé
Corentin Stemmler vous aussi
vous l'avez fait vivre à travers votre spectacle
cette Cour des Miracles d'ailleurs
comment vous avez pu tout en reprenant
et en retraçant cette histoire
projetée par Victor Hugo
et en même temps toujours restant dans la réalité historique
alors on n'évoque pas vraiment la Cour des Miracles
on évoque le roman de Victor Hugo
avec Quasimodo et Esmeralda
on l'évoque comme
un des événements si je puis dire
en tout cas une des périodes importantes pour Notre-Âme de Paris
parce que indéniablement
on l'a dit, le roman de Victor Hugo
a joué un rôle majeur dans
le développement
de l'attachement des français pour la cathédrale
et surtout le rayonnement
de Notre-Âme de Paris dans le monde entier
aujourd'hui
c'est une des raisons, c'est pas la seule
mais si dans le monde entier
il y a des personnes qui connaissent Notre-Âme de Paris et qui aiment cette cathédrale
pour beaucoup la porte d'entrée
ça a été l'œuvre de Victor Hugo et ses dérivés
comme la comédie musicale
Notre-Âme de Paris
et je voulais revenir sur
Viollet-le-Duc quand on parlait des restaurations
de Viollet-le-Duc
ce qui me semble important c'est que
Viollet-le-Duc quand il restaure Notre-Âme de Paris
au 19ème siècle
il fait des choix parfois
notamment quand on parle des gargouilles etc
que n'auraient pas fait les bâtisseurs de cathédrales du 12ème siècle
cependant quand vous rentrez dans Notre-Âme de Paris
vous voyez les restaurations de Viollet-le-Duc
l'œil profane
donc l'œil qui n'est pas spécialiste
en histoire du patrimoine, histoire de l'art
pourrait croire
qu'il est dans une cathédrale qui a été entièrement
bâtie au 12ème siècle
et en fait c'est ça je pense qui doit être la ligne conductrice
des travaux de restauration
c'est qu'il doit y avoir une harmonie globale
et ne jamais chercher
des faits de rupture
si on venait aujourd'hui au 21ème siècle
vous parliez des vitraux, je ne sais pas ce qui va être fait pour les vitraux
mais il faut que ça soit à la hauteur de Notre-Âme de Paris
il faut que ça soit très beau
si l'idée c'est de faire quelque chose qui soit en rupture
pour que dans les siècles
qui viennent on puisse voir ces vitraux
et dire ça c'est le 21ème siècle
ça je pense que c'est de l'orgueil et que c'est une erreur
il faut s'inscrire dans la continuité du monument
et on peut faire
des choses qui marquent un petit peu
des choses propres à l'époque
mais qui restent quand même
avec une certaine cohérence et une harmonie
par rapport à tout ce qui s'est fait avant
On a vu certains des vitraux qui pourraient être pressentis
des auteurs de vitraux
en tout cas qui ne sont pas forcément
tout à fait en accord
avec la cathédrale
et ce qu'elle représente
aujourd'hui mais pour le moment
rien encore n'a été tout à fait établi
Est-ce que Pauline de Préval
vous souhaitez réagir aussi
à cette question des vitraux ?
Moi je comprends
que beaucoup s'arc-boutent
déjà ces vitraux
il faut dire qu'ils prendront place
dans des chapelles qui ont été conçues par Eugène Viollet-le-Duc
pour que la lumière
s'harmonise avec les peintures murales
Les vitraux forment un tout
avec les chapelles, on ne voit pas pourquoi on devrait les dénaturer
on les aime ou on ne les aime pas
elles sont comme ça, éventuellement on pourrait en mettre ailleurs
Moi je pense que les cathédrales
sont des organismes vivants
et auquel pendant des siècles
chaque génération y a ajouté sa marque
sans donner le sentiment d'une rupture
ce qui fait qu'on a l'impression d'assister à une croissance organique
et de rencontrer
un grand être collectif
à travers lequel on rencontre le Christ
mais aussi toutes les générations qui nous ont précédées
donc moi je suis tout à fait
pour continuer
et je cite souvent le sculpteur Henri Charlier
qui disait
la véritable tradition du métier
n'est pas de refaire exactement ce que d'autres ont fait par le passé
mais de rechercher plutôt l'esprit
qui a fait ces choses pour en faire d'autres
à notre tour
moi je suis tout à fait dans cet esprit-là
et je regrette simplement
que le clergé lui-même ne soit pas toujours dans cet esprit-là
et acte certaines ruptures
parce qu'on croit
qu'aujourd'hui créer c'est forcément
imposer son originalité
moi j'avoue que je suis un peu choquée
quand j'entends des artistes dire
je vais imprimer ma marque à l'édifice
non, ils doivent s'inscrire dans un édifice
et toutes leurs œuvres doivent s'harmoniser avec lui en effet
alors je voulais revenir
j'avais mis de côté tout à l'heure
sur cette magnifique
réaction des pompiers
donc vous contez l'histoire également
dans votre spectacle
et puis alors moi j'avais pas suivi en détail
j'ai redécouvert ça grâce à votre spectacle
pour dire comment ça s'était passé
est-ce que vous pouvez nous raconter d'abord exactement ce qui s'est passé
pendant l'incendie et la réaction des pompiers
j'ai été le premier en fait
à le redécouvrir quelques semaines
ou quelques mois après l'incendie
en lisant des témoignages de pompiers
et je me suis rendu compte que
le grand public ne connaissait pas cette histoire
ce qui s'est passé le soir de l'incendie
c'est que lorsque
la flèche s'est écroulée
tous les pompiers ont évacué
Notre-Dame de Paris parce que
les spécialistes disaient que
maintenant c'était une question de minutes
ou d'heures avant que la cathédrale ne
s'écroule. La flèche avait, en perçant
la voûte en plus, avait tellement déstabilisé l'édifice
que
il n'y avait plus grand chose à faire
et ils étaient déjà en train de réfléchir à la manière
avec laquelle ils allaient gérer un écroulement
probable de la cathédrale
et
il y a un
colonel des pompiers avec
des volontaires qui a proposé
de remonter sur les tours
parce que le feu commençait
à prendre dans le Beffre Nord
et qu'à partir du moment où
la charpente du Beffrois se serait écroulée
là la cathédrale se serait vraiment écroulée
dans son entièreté
et leur objectif
a été à ce moment-là de remonter sur les tours
pour faire une barrière d'eau
entre les Beffrois
et la charpente. La charpente
elle était perdue bien sûr
mais il ne fallait pas que le feu de la charpente
vienne embraser complètement les Beffrois
et ils ont éteint le feu dans le Beffrois Nord
et ils ont fait
cette barrière de feu en laissant la charpente
elle se consumer
et ils ont véritablement sauvé
Notre-Dame de Paris
de l'écroulement à ce moment-là
et on peut le dire en fait au péril
de leur vie parce qu'il y avait un risque
avéré
d'écroulement, risque d'ailleurs
qui a perduré ensuite pendant des semaines
et des semaines sur le début du chantier
de restauration. Il y a des documentaires
qui le montrent très bien. Quand il y avait
les cordistes qui étaient en train de démonter
progressivement l'échafaudage calciné
il y avait des capteurs un peu partout sur la cathédrale
qui détectaient le moindre mouvement
de l'édifice
et il y avait une sirène qui se déclenchait
dès qu'un mouvement suspect était détecté
et tout le chantier était évacué.
Quelle tension quand même !
C'est extraordinaire
ce qui s'est passé
à la fois pour les pompiers
mais aussi sur le début de ce chantier de restauration
et il faut vraiment prendre conscience
qu'on aurait pu perdre Notre-Dame de Paris
complètement ce jour-là
et que par le courage
des pompiers et sans doute aussi par un miracle
la cathédrale
a tenu bon
et la suite des histoires on la connaît avec ce chantier de restauration.
Bien sûr. Il y a un moment
je ne sais pas si le dialogue vous l'avez un peu romancé
ou pas mais en tout cas
il y a ce chef d'équipe
des pompiers qui leur dit
n'y allez pas c'est trop dangereux
et je ne sais plus combien de volontaires
pompiers qui disent si on y va
je sais que nous
pouvons le faire et nous prenons
notre responsabilité. Il y a vraiment eu cet échange
ou pas ? Ou vous l'avez un peu romancé ?
Je me suis appuyé
sur les témoignages écrits
et documentaires des pompiers
ensuite en adaptant
un peu le dialogue mais en tout cas
l'histoire c'est quand même celle-là. Effectivement tous les pompiers ont quitté
l'édifice. Il y a une quinzaine
de volontaires qui sont prêts à remonter
on voit même dans un documentaire
le général
Gontier il me semble qui présente
au président de la république Emmanuel Macron
ce plan un peu de la
dernière chance
Emmanuel Macron comprend qu'ils sont sur le point
de risquer la vie de ces
hommes mais qu'ils sont volontaires pour faire cette opération
et qu'il dit écoutez allez-y
ça s'est vraiment passé
comme ça
donc
au mot prêt effectivement dans les dialogues du spectacle
c'est peut-être pas exactement ce qu'ils ont dit
mais en tout cas c'est quand même tout à fait l'esprit quand vous êtes prêts
à risquer votre vie pour sauver une cathédrale
c'est que c'est un peu plus
que juste un joli tas de pierres. C'est exactement ça
dans les chants c'est que ces moments tu m'as ému
ils disent mais vous n'allez pas
risquer votre vie pour des pierres. Ils ne sont pas des
pierres c'est Notre-Dame.
C'est vrai que c'est vraiment ce qui s'est passé
c'est-à-dire que là on a des hommes qui sont allés
se battre pour quelque chose qui ne représentait pas
qu'un tas de pierres pour eux et
c'était un peu le message je pense
de cette émission, de votre
livre Pauline de Préval, le dictionnaire amoureux
des cathédrales. Ce ne sont pas que des
pierres, évidemment le sens de votre
spectacle aussi Corentin Stemmler
et là on se rend bien
compte à travers ce sacrifice
enfin ce sacrifice
ce sens de sacrifice qu'ont eu les pompiers à ce
moment-là. D'ailleurs c'est encore l'occasion
pour moi en général de
féliciter encore une fois le travail
des pompiers qui est rendu de plus en plus difficile
aujourd'hui et on voit
la beauté du geste.
Et sur les pompiers ce qui me frappe
aussi c'est encore une fois cette humilité
C'est ça, je voulais reconclure là-dessus
Ils ont tous dit que
qu'ils avaient juste fait leur métier et je
pense d'ailleurs que ça désespérait un peu les médias
qui voulaient avoir des interviews du héros
qui a sauvé Notre-Dame et les pompiers disaient mais on a
juste fait notre métier en fait.
Et c'est
encore une fois c'est un état
d'esprit comme celui des artisans du chantier
dont on devrait s'inspirer
parce que c'est un état d'esprit qui est tellement
sain et tellement à rebours
parfois de ce que porte la société.
C'est finalement un message
plein d'espoir porté par ces bâtisseurs
porté par ces pompiers, porté par
les cathédrales et porté par
ce que vous tentez de transmettre aussi à travers
vos ouvrages. Pauline de Préval est-ce que vous avez
justement... Oui moi j'ajouterais
juste le mot de Rodin qui disait que les cathédrales
sont notre âme en ce qu'elle
est meilleure. C'est tout et
pour moi ce n'est pas uniquement des tas de pierres
ce sont des miroirs en fait qui nous renvoient
ce que nous portons de plus haut et
leur force est d'articuler justement
la construction de pierres, la construction de soi
et la construction sociale.
Et ces miroirs
on a intérêt à les entretenir
parce qu'ils sont vivants.
Chaque génération doit aussi
prendre sa part, c'est ce qu'a montré
cet incendie, c'est-à-dire que
elles ont besoin de notre amour
autant que nous avons besoin de leur comme
je le disais. Et donc j'espère que
maintenant
on enverra tous ces chantiers,
on enverra tous ces artisans d'excellence
pour refaire les
cathédrales qui méritent d'être refaites en France sur un
grand plan cathédral annoncé. Merci
beaucoup à tous les deux. Pauline
de Préval, je rappelle votre livre, le Dictionnaire
amoureux des cathédrales
aux éditions Plon.
Voilà, et on le voit apparaître ici
à l'antenne. Quand ensemble-leur
la Dame de Pierre ? Alors rappelez-nous les dates
à Paris et puis il n'y a pas qu'à Paris, vous allez voyager
après. Alors là, on est du
20 au 22 décembre au Palais des Congrès de Paris
il reste encore quelques dernières places
donc on peut réserver sur ladamedepierre.fr
Un très beau spectacle familial
avant Noël. Ça s'adresse à tous
les français qui aiment leur patrimoine
qui aiment leur histoire, qui aiment leur culture
et on va ensuite jouer à la Dame de Pierre
en tournée, l'année prochaine on sera
le 5 octobre aux Zéniths de Nantes
le 23 novembre aux Zéniths
de Lille et le 21 octobre à l'Arcée
Arena à Bordeaux et on continuera
après notre tournée en 2026
pareil, la billetterie est sur ladamedepierre.fr
et dans un premier temps
au Palais des Congrès de Paris
dans quelques jours. C'est bien noté, merci
beaucoup à tous les deux. Merci
à vous tous sur Tocsin, comme
toujours, on est très très nombreux
mais il manque
