Nicolas Metzdorf, un député dans la tourmente néo-calédonienne.
Six mois après le début des émeutes en Nouvelle-Calédonie, les équipes de LCP ont suivi Nicolas Metzdorf, député EPR de la 1 ère circonscription. Nicolas Metzdorf, est un loyaliste, c'est à dire qu'il défend l'appartenance de la Nouvelle-Calédonie à la France. Il a été le rapporteur du projet de loi gouvernemental qui prévoyait d'élargir le corps électoral pour les élections locales à tous ceux installés depuis plus de 10 ans sur l'île. C'est ce projet de loi, critiqué par les indépendantistes, qui avait déclenché une vague de violence dans l'archipel, faisant 13 morts, dont 2 gendarmes, et plus de 2 milliards de dégâts. Si la réforme du corps électoral a depuis été suspendue, la Nouvelle Calédonie apparaît plus fracturée que jamais. Pour Nicolas Metzdorf, il ne s'agit pas de l'affrontement de deux camps, mais bien de l'agression d'un camp contre l'autre. Ses positions tranchées lui valent d'être la cible de menaces régulières, il est d'ailleurs placé sous haute protection policière. De ses rencontres avec des entrepreneurs ayant tout perdu lors des émeutes, à son soutien aux forces de l'ordre, et même à la défense de sa propriété familiale, reportage sur un député sans concession.
C'est une partie essentielle du travail parlementaire qui est de nouveau mise en lumière à travers ce reportage où les journalistes de la rédaction suivent un député dans sa circonscription pour expliquer son travail sur le terrain. C'est aussi un voyage sur un territoire, avec ses enjeux locaux, et une rencontre avec ses habitants. Suivez votre député sur LCP !
Il faut qu'on se réveille, il faut qu'on se donne tous la main, qu'on ne se laisse pas faire.
C'est notre terre, on a payé, et bien on continue, on continue notre chemin.
Je voudrais bien que ça revienne comme avant, mais je ne sais pas.
Je n'ai pas du tout peur, mental.
C'est le mental Nicolas, c'est le mental, il faut l'avoir.
Tout est dans la tête ?
Oui, tout est dans la tête.
Vous avez compris qu'on n'était pas des diplomates.
On n'est pas des descendants de diplomates ici.
On va à l'autre bout du monde pour construire à partir de rien.
Forcément, ça fait des gens rustiques, mais solides.
On n'est pas dans le cinéma.
Il faut que les gens sachent dans le monde qu'est-ce qu'on vit.
Nicolas Metzdorf est député de la première circonscription de Nouvelle-Calédonie.
C'est un loyaliste.
On appelle ainsi ceux qui défendent l'appartenance de l'archipel à la France.
À Nouméa, il nous emmène devant une école totalement brûlée lors des émeutes qui ont éclaté au printemps.
On a brûlé des églises, on a brûlé des écoles, on a brûlé des administrations.
Oui, on a essayé de brûler des mairies, on a brûlé des bureaux de direction.
Un peu partout, on a brûlé ce qui représentait le savoir.
Ce qui représentait la France ?
Ce qui représente la France, les Blancs, l'Occident, les non-indépendantistes.
Là, dans cette école, aujourd'hui, c'est fermé.
Mais si vous rentrez, il y a des insultes enculées de Blancs, sales Blancs.
Retournez chez vous, vous n'êtes pas chez vous ici.
Des affrontements violents entre indépendantistes et forces de l'ordre.
13 morts, dont deux gendarmes.
2024 restera comme l'année où la Nouvelle-Calédonie s'est à nouveau embrasée.
Tout a commencé le 13 mai, au moment où l'Assemblée adopte un projet de loi du gouvernement,
dont Nicolas Metsdor fait rapporteur.
Ce texte, qui prévoit d'élargir le corps électoral pour les élections locales,
provoque la fureur des indépendantistes radicaux.
On ne lâche pas, jusqu'à ce qu'ils retirent le texte.
On ne lâche pas, jusqu'à ce qu'il faut mourir, on reste là sur les barrages.
Depuis 1998 et l'accord de Nouméa, le droit de vote aux élections locales est gelé.
Il est réservé aux seuls habitants installés depuis longtemps.
Cette spécificité calédonienne, que le député souhaite infléchir,
permet une meilleure représentation de la population la plus ancienne de l'archipel, les Kanaks.
Malgré les violences consécutives au vote du texte, le député persiste et signe.
Si c'était à refaire, je le referais mille fois, cinquante mille fois, un million de fois.
Je le ferais plus fort, plus déterminé encore.
La loi sur le DGEL n'a été qu'une excuse pour les indépendantistes de foutre le feu à la Nouvelle-Équiline
et d'obtenir par la force ce qu'ils n'ont pas obtenu dans les urnes,
c'est-à-dire l'indépendance de la Nouvelle-Équiline.
Depuis 2021, le président de la République est venu trois fois,
Darmanin est venu huit fois, les bénéfices des Outre-mer sont venus une dizaine de fois
essayer de négocier avec les indépendantistes.
Ils ne veulent pas.
C'est une stratégie du chaos.
Ils ne veulent pas.
Tu ne vas pas te rouler par terre.
Il va falloir que la France comprenne qu'il y a des gens qui veulent la combattre,
qui ne l'aiment pas, qui ont de la haine envers elle.
Suspendue par le gouvernement Barnier,
la réforme du corps électoral défendue par Nicolas Metzdorf est à l'arrêt.
Six mois après l'éclatement des émeutes,
la Nouvelle-Calédonie a retrouvé un semblant de calme,
mais les cicatrices restent visibles partout.
La circonscription de Nicolas Metzdorf comprend les îles Loyauté et la ville de Nouméa,
poumon économique de l'archipel.
C'est là que sont installées l'essentiel des entreprises.
Beaucoup d'entre elles sont en cendre depuis les émeutes, comme cette boulangerie.
T'es un enculé !
Nicolas Metzdorf vient rencontrer les gérants, Jess et Audrey.
Ils ont mis le feu.
Nous on appelait la police, la gendarmerie,
personne ne répondait à nos appels, tout est détruit.
Il n'y a pas une machine qui a pu être sauvée, il n'y a rien.
Il n'y a rien du tout.
C'est 37 ans d'activité qui sont détruits.
C'est une victoire des bandits et des feignants sur les zones de genre.
C'est une incompréhension totale.
Ils ont visé les entreprises, donc ils ont visé tous ceux qui travaillent.
Tous ceux qui travaillent.
L'entreprise comptait 25 salariés qui ont tous dû être licenciés.
On a même du mal à reconnaître.
Là on avait une chambre froide positive,
il y avait des plans de travail qui ont disparu.
En même temps que leur commerce,
c'est une certaine idée de la Nouvelle-Calédonie
qui est partie en fumée pour ce coup.
Le vivre ensemble, cette entreprise, elle l'appliquait.
On avait un tiers de nos salariés qui étaient des canards.
On avait des trois îles, de la côte Est, de la côte Ouest.
Et c'est comme ça qu'on...
Tu n'as jamais regardé la couleur pour en bouger un peu.
Parce que le rêve calédonien c'est ça.
Mon père, il est issu d'une famille très modeste.
N'empêche qu'il a réussi à monter cette entreprise
qui a été florissante, mais pour une seule valeur, le travail.
On a perdu 25% de PIB,
ce qui correspond à ce qu'a perdu la France
pendant la Seconde Guerre mondiale.
Plus de 2 milliards de dégâts,
29% de la population en chômage partiel.
L'économie calédonienne est à genoux.
Le député Metzdorf a réussi à faire voter
plusieurs amendements dans le budget
pour obtenir des aides économiques.
Mais les négociations sont difficiles.
La difficulté c'est que la France a un budget contrat
et que les députés ne prennent pas suffisamment conscience
de la gravité de la situation ici.
Puis il y a des grosses discussions aussi avec le gouvernement.
Aujourd'hui on fonctionne beaucoup avec des prêts.
Le problème c'est que les prêts ça endette la Nouvelle-Calédonie.
Quand on nous prête de l'argent,
quand on nous demande ensuite de rembourser
avec une augmentation de la fiscalité locale,
en sachant qu'on va augmenter les impôts sur qui ?
Puisque les gens aujourd'hui ne gagnent pas d'argent
donc ils ne peuvent pas payer d'impôts.
Et tout ça pour une défaillance de la compétence de l'Etat
puisque c'est sa compétence, la sécurité en Nouvelle-Calédonie.
Ce n'est pas une compétence calédonienne.
Donc en fait je trouve que...
C'est-à-dire que l'Etat n'a pas protégé
des commerces comme celui-là ?
Je ne sais pas, je crois que ça se voit.
L'Etat a semblé pris au dépourvu
quand les violences ont éclaté.
Leur soudaineté et leur ampleur
ont mis à rude épreuve les forces de gendarmerie,
en particulier à Saint-Louis, près de Nouméa.
Ici, aujourd'hui encore,
les forces de l'ordre restent en alerte.
Sur cette route,
des tirs quotidiens ont été échangés
pendant plusieurs semaines
avec des indépendantistes radicaux
qui avaient dressé un barrage.
Des violences que Nicolas Metzdorf
condamne avec fermeté.
Saint-Louis, c'est la capitale du crime
en fait en Nouvelle-Calédonie.
C'est là où il y a eu deux gendarmes assassinés déjà.
On commence par là,
avec des tirs en pleine tête.
Voilà, on a eu évidemment
des gens caillassés,
des gens molestés.
C'est plus qu'une zone de meurtre.
C'est une zone de terrorisme.
Ils tuent des gendarmes.
Vous appelez ça comme vous voulez.
Voilà.
Moi, un gendarme, ça me fait peur.
Un gendarme, il est là pour faire respecter la loi.
Donc quand il me met un PV, je baisse la tête.
Je n'essaie pas de le tuer en fait.
Les positions très dures de Nicolas Metzdorf
contre les indépendantistes Kanak
ont fait de lui une cible.
Sur cette vidéo
diffusée sur Internet puis supprimée,
des indépendantistes radicaux
revendiquent leur souveraineté
sur les terres
de sa propriété familiale.
Les auteurs
ont été placés sous contrôle judiciaire
et la propriété des Metzdorf
sous la surveillance
de la gendarmerie.
En Nouvelle-Calédonie, le député est escorté
en permanence par trois gardes du corps
du GIGN.
Voici le ranch de ses parents.
Éleveurs installés à Poya
depuis 1902,
à 300 km de Nouméa,
les Metzdorf sont une famille
solidement ancrée en Nouvelle-Calédonie.
Ce jour-là,
près de 150 amis et militants loyalistes
sont venus apporter leur soutien.
Ils veulent mettre dehors mes parents.
C'est un moyen de me toucher moins
comme politique évidemment.
C'est pour mettre la pression sur la famille.
Et ça, c'est des Calédoniens qui sont venus soutenir.
Soit parce qu'ils sont
proches de nous, soit parce que c'est la famille,
soit parce que c'est des gens
qui ont déjà perdu des propriétés à cause des remondications foncières.
Ils sont donc
très attachés à la défense de la propriété privée
en Nouvelle-Calédonie.
Le message à passer, c'est que
Nicolas est un Calédonien comme moi,
avec des générations derrière.
Et puis on a eu aujourd'hui des biens, des terres,
qui sont, je pense, à nous
et qu'on aimerait quand même conserver
et transmettre après à nos enfants.
Les loyalistes présents
ce jour-là ont le sentiment de ne plus
être les bienvenus en Nouvelle-Calédonie.
Des terres où ils sont pourtant nés.
Ils se sentent abandonnés
par un État qui, selon eux,
tergiverse au lieu de les défendre.
On est attachés à la France.
Et la France rejette
ceux qui la réclament,
ceux qui l'aiment. Ce n'est pas possible.
La France ne peut pas abandonner ses enfants.
Ce n'est pas possible.
On parle d'une population qui n'aspire qu'à
vivre plaisiblement, travailler et construire un pays.
Il n'y a aucune raison.
Aucune raison.
Ce n'est pas ce qui s'est passé.
Ce sont des gens agressés.
Les victimes, c'est eux.
Ce n'est pas deux cons qui s'affrontent.
C'est un con qui a agressé un autre.
Ce n'est pas la même chose.
La réconciliation
entre loyalistes et indépendantistes
semble utopique à court terme.
Mais les militants présents
ne veulent pas renoncer
à faire de nouveaux sociétés.
On ne lâchera pas.
On ne laissera pas tomber le vivre-ensemble.
Il y a quelques-uns qui veulent
que tout parte en sucette parce que ça les arrange.
Nous, ça ne nous arrange pas.
On veut continuer à vivre avec nos voisins sans problème.
Quel que soit le voisin, d'ailleurs.
La Nouvelle-Calédonie
apparaît aujourd'hui très fracturée.
Pour sortir de l'impasse,
le retour d'un dialogue
semble indispensable.
Pour y parvenir,
les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat
se sont rendus ensemble dans l'archipel.
Au Congrès,
l'Assemblée calédonienne
nous siège aussi, Nicolas Metzdorf.
Ils ont prononcé un discours d'apaisement
appelant chacun au respect mutuel.
Construire
un avenir apaisé.
Il s'agit de dessiner
en somme les contours
d'une future souveraineté qui se construit
au pluriel et dans laquelle
chacun trouve sa place
et sa reconnaissance mutuelle.
Une société qui rejettera
viscéralement la violence.
Cette conviction
est la mienne.
Elle fut aussi celle de Michel Rocard.
Je conclurai par ses mots
au lendemain des accords de matinée.
Reprenez espoir.
Une page nouvelle
va pouvoir s'inscrire
non par les armes
mais par le dialogue et la tolérance.
Par le travail
et la volonté.
Je veux vous aider à réussir votre destin
par la réconciliation, la solidarité
et la construction d'un avenir.
Par un texte voté à l'unanimité
à l'Assemblée et au Sénat,
les élections provinciales
qui devaient se dérouler fin 2024
en Nouvelle-Calédonie
ont été repoussées d'un an maximum.
Le temps pour l'archipel
de retrouver un climat plus apaisé.