On y pense trop peu, mais être bien chez soi, ça change une vie. Les arts chinois ont beaucoup à dire sur la question, mais ils sont souvent réduits en occident à des caricatures d'eux-mêmes, ce qui mène à des imprécisions, des confusions et même parfois des contre-sens. Pour connaître les vrais conseils à connaître pour être bien chez soi, je reçois la plus grande spécialiste française des arts de vivre chinois, Marie-Pierre Dillenseger.
Mots clé : Comment faire de son chez-soi un lieu de joie et de bonheur ? Comment collaborer avec son espace de vie pour qu’il prenne, en retour, soin de nous ? Comment nous ressourcer et nous sentir bien en restant ou en rentrant chez nous ? La relation que nous entretenons avec notre espace a une influence immédiate, indéniable et profonde sur notre quotidien dans tous ses aspects. Là est même une surprenante clef de vitalité. Alors, comment procéder ? Marie-Pierre Dillenseger, experte internationale dans l’art d’habiter, propose dans cet ouvrage 23 pratiques simples et pragmatiques qui vous donneront envie de rentrer à la maison.
La voie du bien chez soi, elle est dans une posture très pragmatique,
qui accepte de voir le lieu comme il est,
c'est-à-dire un cocon, c'est-à-dire une enveloppe,
c'est-à-dire un territoire qui a plusieurs fonctions.
Il y a une fonction qui est celle du refuge.
L'autre rôle du lieu est de nous servir d'ancrage.
La troisième fonction, c'est celle du lieu qui sert de tremplin,
qui permet le rebond, qui permet de nous accompagner dans un élan
pour avancer dans toutes les entreprises que nous avons dans notre vie.
Bonjour, bienvenue dans Dialogue, je suis Fabrice Midal,
philosophe, auteur de Foutez-vous la paix et commencez à vivre,
et petit traité du bonheur imparfait.
Ah oui, le bonheur, c'est toujours imparfait.
Alors aujourd'hui, dans Dialogue, nous allons explorer comment être bien chez soi.
Et comment faire de notre demeure un allié
qui nous permet d'être plus profondément qui nous sommes,
de grandir, de nous développer.
Vous allez voir, c'est absolument passionnant,
parce qu'on n'y pense jamais.
On ne pense pas du tout aux liens entre comment on habite chez soi,
comment on se relie à là où on habite,
et régler tous nos problèmes de notre vie quotidienne.
Et pour cela, je reçois Marie-Pierre Dylan Seger,
qui est vraiment indiscutablement la meilleure guide
pour nous montrer le chemin.
Vous allez voir, c'est passionnant.
C'est sur Dialogue.
Bonjour Marie-Pierre.
Bonjour.
Alors je suis tellement content de te recevoir,
parce que nous allons parler de comment être bien chez soi.
Et c'est vraiment une manière tellement concrète et simple
pour trouver une forme de paix, de confiance, de joie,
être bien chez soi.
Quel beau programme.
Et pour ça, peut-être qu'on peut commencer par le renversement
que propose son livre.
Parce qu'on ne pense jamais à être bien chez soi.
Enfin, on pense, mais ça reste un peu abstrait.
Et pour nous aider,
il nous invite à changer notre regard sur notre lieu d'habitation,
notre appartement, notre maison.
Paradoxalement, vous pourriez dire que j'invite
à ce que nous fassions davantage de place à notre lieu.
C'est bien dit.
C'est ça le paradoxe,
c'est qu'on ne fait pas attention trop au lieu où on est.
On pense un peu à la décoration,
mais on a beaucoup de mal à voir que c'est là où on peut se ressourcer,
là où on peut s'apaiser, là où on peut être heureux,
qu'un lieu a presque une âme.
Oui, je pense qu'on a évité deux écueils.
Celui qui nous fait voir le lieu comme un amas de matériaux,
un empilement de briques, de pierres, de bois, avec des fenêtres, etc.
Complètement inerte.
Où l'autre écueil, il serait de voir le lieu comme étant habité
d'une énergie qui peut agir sur nous,
qui pourrait nous dominer, qui pourrait nous contrôler.
Or, la voie du bien chez soi,
elle est dans une posture très pragmatique
qui accepte de voir le lieu non pas comme totalement neutre, anodin,
en anglais on dirait « a commodity »,
quelque chose que l'on achète et qui n'a pas de qualité intrinsèque,
ou un lieu qui soit trop agissant sur nous.
Donc la voie médiane, elle est de voir le lieu comme il est,
c'est-à-dire un cocon, c'est-à-dire une enveloppe,
c'est-à-dire un territoire qui a plusieurs fonctions.
Moi je compare souvent les choses aux arts martiaux.
Il y a une fonction qui est celle du refuge.
Sur le chemin de la bataille, ce serait le recul.
Donc on est en recul chez soi pour reconstituer des forces
qui ont pu être chahutées par le monde extérieur, les circonstances.
L'autre rôle du lieu est de nous servir d'ancrage.
Et là c'est la posture où nous sommes posés, installés,
comme un guerrier qui n'est ni en défense, ni en attaque,
mais qui est à sa place.
Et puis la troisième fonction, c'est celle du lieu qui sert de tremplin,
qui permet le rebond, qui permet de nous accompagner dans un élan
pour avancer dans toutes les entreprises que nous avons dans notre vie.
Donc ces trois fonctions refuge, ancrage, territoire d'ancrage,
et puis territoire personnel qui accompagne qui nous sommes vraiment,
et fonction d'accompagnement à l'élan sont portées par les lieux.
Chaque lieu a ses fonctions-là, mais pas dans les mêmes proportions.
Et selon nos phases de vie, nous allons pouvoir interagir avec eux,
nous nourrir de ce qu'ils ont à proposer,
mais ce que j'invite c'est de ne pas s'imaginer que les lieux sont tous les mêmes finalement,
simplement un paquet de matériaux,
ou auraient un pouvoir sur nous qui nous enlèverait notre capacité décisionnelle.
Ce sont des alliés.
Je trouve ça très très important.
Je suis très touché parce que ça rejoint une conviction qui m'habite profondément,
c'est qu'on est toujours pris au piège dans notre société,
d'un côté par une forme de fonctionnalisme froid, mécanique,
ce que les gens appellent être cartésien, ce qui n'est pas du tout ce que disait Descartes.
Descartes est beaucoup plus subtil que la caricature qu'on en a fait.
Donc quelque chose de vraiment fonctionnel.
Et de l'autre, une sorte de spiritualisme barré, complètement hors sol,
et culpabilisateur avec cette idée qu'il y a des énergies qui peuvent nous dominer, etc.
Avec cette notion complètement floue qu'on va essayer de lever,
avec la notion de nettoyage énergétique, tout ce bavardage complètement flou.
Et toi, ce qui est absolument formidable, c'est que tu traces une autre voie,
qui est la voie à mon avis la plus fondamentale pour n'importe quel sujet qu'on aborde,
ni être barré, ni une sorte de fonctionnalisme froid.
Et moi je dis souvent que c'est un cercle vicieux,
parce que plus il y a ce fonctionnalisme froid, plus les gens sont autorisés à être barrés
pour lutter contre le fonctionnalisme froid,
et plus les gens sont barrés, plus le fonctionnalisme le plus glacial, le plus violent,
se sent justifié d'être comme ça,
et montrer que la vie, écouter la vie, c'est ni l'un ni l'autre,
je trouve que c'est ça le vrai chemin que tu essayes de montrer.
Et en toute chose, parce que, et d'ailleurs nous sommes dans une période de notre histoire,
pas simplement en France, où nous vivons la tension des opposés.
Nous sommes dans un mode de fonctionnement qui est beaucoup,
et en particulier ces dernières années, pris ou emprisonné dans un fonctionnement binaire.
Où il y a les bons, les méchants, il y a ce qu'il faut faire, ce qu'il ne faut pas faire,
au niveau politique, au niveau géopolitique, au niveau même du quotidien.
Or, pour moi c'est la pensée chinoise qui m'a permis de voir, de trouver cette voie médiane,
la solution, mais Jung en a parlé également,
la posture qui nourrit la vie ne peut pas être prise d'abord dans une tension perpétuelle des opposés.
Parce que dans ces tensions, nos forces sont en résistance,
et ne sont pas disponibles pour simplement respirer, pour simplement vivre.
Donc il y a un troisième terme que j'évoque, que ce soit en lecture temporelle, en lecture spatiale,
qui nous amène à, qui renvoie toujours d'ailleurs à la persona elle-même.
C'est vrai que certains lieux peuvent nous assombrir.
C'est vrai de la même manière que certaines personnes peuvent nous amener à être du côté du doute.
Et que certains lieux, par leur lumière ou par simplement une ou deux caractéristiques
qui correspondent à des mémoires ou à ce que nous sommes, peuvent nous éveiller davantage.
Mais l'idée que nous puissions être menés par le bout du nez, ou ignorés par le lieu,
est une fabrication de l'esprit qui se nourrit de notre non-investissement en nous-mêmes.
Pour expliquer...
Donc c'est vraiment ce que tu dis, c'est avoir rapport au lieu, c'est avoir rapport à soi.
Avoir rapport à soi de manière juste, c'est avoir rapport au lieu dans lequel on vit.
C'est indissociable.
Mais en fait, ce n'est pas...
Je vais dire comme ça.
Plus je suis conscient de qui je suis, de ce qui nourrit, moi je reviens toujours sur ces sujets-là, ma vitalité.
De ce qui au contraire érode ma vitalité.
Donc plus je suis conscient, moins je vais me faire manipuler par les circonstances,
par les personnes, mais aussi par les lieux qui n'ont pas, fondamentalement je le pense, de pouvoir sur qui nous sommes.
Donc en fait, ce que tu essayes de dire, c'est votre maison doit devenir votre allié.
Au fond, ce que ton livre c'est, faites de chez vous votre allié pour grandir.
Et je vais même un cran plus loin, qui est de dire que tout lieu a ce potentiel.
Tout lieu peut devenir...
On ne peut pas diaboliser les lieux a priori, comme on ne peut pas les déifier a priori.
Chaque lieu a des caractéristiques, une personnalité, comme chaque personne a sa personnalité.
Et la qualité du lien que nous allons entretenir avec lui, qui d'ailleurs nourrit notre capacité d'être,
notre capacité de vie, notre capacité d'action, n'est pas dérivée du lieu seul,
mais est dérivée de la manière dont nous nous positionnons, dans la manière dont nous acceptons qu'il nous sonne.
Ce qui va nous permettre de voir de manière beaucoup plus claire les manipulations éventuelles,
qu'elles soient sociales, individuelles ou qu'elles aient à voir avec un lieu,
que je ne considère jamais, je ne considère jamais, alors ça c'est, j'assume ce que je dis,
quoi qu'il puisse être dit, qu'il puisse être dit au nom de disciplines énergétiques liées au lieu,
je ne considère jamais qu'un lieu est intrinsèquement mauvais, dangereux,
alors il faut que je fasse attention si les escaliers, il n'y a pas de rambardes, s'ils sont trop raides, etc.
Mais je considère que ce qui va me permettre de parler de la qualité du lien entre qui vous êtes et votre lieu,
a à voir avec qui vous êtes, ce que vous savez de vous, ce que vous avez accepté de vous,
mais aussi, et c'est ça qui est posé dans le livre, votre capacité de voir le lieu tel qu'il est, de le respecter tel qu'il est.
Donc, là on rentre dans le concret, maintenant qu'on a essayé de montrer un peu le plan,
la structure, disons, la conception, c'est le lieu peut devenir un allié, il n'est pas neutre, et il n'est pas, voilà.
Il n'a pas d'intention, il n'a pas d'intention.
Mais, donc, la première étape, c'est entrer en relation avec le lieu.
Donc, ceux qui nous écoutent, la première chose que vous pouvez faire pour changer votre manière de vivre,
et votre relation au lieu, c'est d'entrer en relation.
Et ce que tu vas nous apprendre maintenant, c'est comment on fait pour entrer en rapport au lieu.
Parce qu'en fait, en gros, on sait un peu comment rentrer en rapport aux êtres humains.
Il y a des gens qui ne savent pas trop, mais en gros, on sait comment dire bonjour à quelqu'un,
on sait comment créer du lien, on sait à peu près.
Mais avec un lieu, on ne sait pas trop, et c'est un peu l'apport de ton livre, c'est de nous aider à faire ce travail-là.
Ce que l'on sait avec les individus, c'est que d'ignorer quelqu'un, de ne pas dire bonjour, de faire l'amour,
de ne pas être en ouverture avec l'autre, ou de ne pas voir l'autre, tout simplement,
crée des difficultés down the road, crée des difficultés par la suite.
Mais cette lecture-là, nous ne l'appliquons pas habituellement à l'environnement dans lequel nous travaillons ou nous vivons.
Parce que, alors il y a une part du cerveau rationnel, il y a aussi une absence,
ce que je mets dans le livre ne nous est pas systématiquement enseigné,
cette idée que le lieu, sans être vivant, il n'est pas inerte.
On sait que les lieux peuvent se dégrader, surtout s'ils restent seuls,
comme si un lieu qui n'est plus habité va soit montrer ses mauvais côtés,
les défauts vont se manifester davantage, va s'épuiser, va s'étioler.
Donc la première chose qui est à faire, aussi simple que cela puisse paraître,
mais on a fait quelque chose de complexe qui est, voyons-le.
Voyons-le tel qu'il est, tel qu'il est, et non pas tel que nous imaginons qu'il soit,
tel que nous souhaiterions qu'il soit, tel que nous pensons qu'il est par rapport à ce que nous avons déjà vécu.
Donc par exemple, prenons un exemple très concret, j'habite un petit deux-pièces,
le voir c'est arrêter de me dire « c'est tellement petit, j'en peux plus »,
le voir c'est arrêter d'être prisonnier de tout ce que je peux regretter,
les présupposés que je peux avoir, et juste m'ouvrir à voir quels sont possibles,
qu'est-ce qui me dit comment je me sens là où je suis, c'est ça ?
Il y a ça, et il y a aussi voir ce qu'il voit, la question des fenêtres.
Chaque lieu vous donne une certaine vue, une certaine capacité d'être connecté plus ou moins
avec le macrocosmique, c'est-à-dire avec l'environnement extérieur par ces fenêtres.
Et ces fenêtres vont définir pendant les quelques mois ou les quelques années
ou tout l'espace d'une vie où vous allez vivre dans ce lieu-là,
votre panorama, votre perspective.
Le lieu, de le voir, c'est de le voir tel qu'il est en faisant un effort
de ne pas nous concentrer uniquement sur ses défauts, mais aussi d'accepter qu'il est,
parce qu'il ne va être, si c'est quelque chose de petit, ça peut être pour le moment,
parce qu'il est en fait un compagnon de route, c'est de ne pas lui demander,
comme dans une relation, ce qu'il ne peut pas être.
Donc ça, ça implique que nous rapatrions notre sens critique, notre amertume,
notre envie de ce que nous ne pouvons pas encore avoir, pour véritablement lui donner une chance
de nous accompagner le temps qu'il faudra, mode refuge, mode ancrage et mode tremplin,
pour que nous puissions accéder au lieu suivant qui, par le biais de cette collaboration,
sera vraisemblablement, ça j'ai des histoires et des histoires à raconter sur ces sujets-là,
un petit peu plus en phase avec ce qui nous conviendra peut-être bien davantage.
Mais de ne pas, de rester dans une lecture qui ne voit pas, alors que c'est tout petit,
les bourgeons au printemps qui se mettent derrière la fenêtre, ou une perspective,
ou le fait que nous n'avons pas ceci, mais grâce à ce lieu-là, nous gagnons une proximité avec tel endroit.
Le lieu a en stock une réserve de surprises, parce que c'est en vivant dans ce lieu-là
que nous allons rencontrer X ou Y.
Donc reprenons mon exemple, je vis dans un très petit deux pièces, et malheureusement...
Pour le moment, toujours rajouté, pour le moment.
Je suis au premier étage, en face de moi j'ai un grand mur, malheureusement...
Et puis il y a des fuites, et puis on n'y va pas, parce que je vois où tu es en train d'aller.
Non, pas du tout. J'ai un peu des pièces qui est petit, qui n'a pas beaucoup de lumière,
parce qu'il est au premier étage et puis qu'il y a un mur en face.
Et donc au fond, si j'ai bien compris, tu n'invites, au lieu de juste voir,
moi je n'ai vraiment pas de chance, ce n'est pas ce que je veux, je ne me sens pas bien quand je rentre,
de voir, mais quel possible a ce lieu ?
Pour l'instant, ce n'est pas le palace auquel je rêvais,
mais entrer en communion avec le lieu, commencer à le voir,
c'est commencer à voir qu'il a, pour l'instant, quand même des possibles,
quand même, il a, comme tu disais, des réserves en lui,
et ça vaut la peine de m'ouvrir à ça.
Et peut-être que je vais découvrir, bon, c'est un petit lieu,
mais il est juste à côté d'un magnifique parc,
et donc, grâce à ce lieu, je suis connecté au parc.
Oui, c'est juste.
C'est ça, le renversement radical, c'est sortir au fond de ma tête,
de mes jugements, pour m'ouvrir au réel du lieu,
qui est toujours plus riche, complexe que mes représentations préalables.
Et rentrer en collaboration avec ce qui est possible.
Par exemple, dans mon petit lieu qu'on peut visualiser tous,
comment je peux faire pour entrer en collaboration avec ce petit lieu ?
Ce n'est pas horrible, mais c'est décevant.
En accompagnement de ça, si la vie nous fait atterrir
dans un lieu qui est, d'une certaine manière, plus clos,
il y a un immeuble en face, on est au premier étage,
la lumière ne rentre pas, on est dans une coque,
dans une enveloppe qui est du côté d'une fonction refuge.
Les refuges n'ont pas des baies vitrées partout,
n'ont pas des accès immenses.
Les refuges sont, enfin, tu vois.
Et donc, cela, il y a à accepter
que dans ce lieu-là,
quand bien même je ne suis pas encore dans une fonction majoritairement tremplin,
je vais au moins pouvoir reconstituer quelque chose.
C'est extraordinaire ce que tu dis.
C'est absolument extraordinaire.
Pour moi, c'est une évidence.
Ce n'est pas du tout évident.
Je dois dire que je pensais là où j'ai vécu quand j'étais jeune,
et en fait, je n'avais jamais vu.
Ce que tu dis est tout à fait juste.
J'avais tout petit, deux pièces, avec un mur en face.
Et c'est tout à fait clair, je n'avais pas vu.
Tu viens de me révéler que c'est un lieu dans lequel j'ai pu me réfugier.
Et le refuge, moi, j'ai aussi toujours cette ligne du temps
qui n'est pas forcément linéaire,
parce que la pensée chinoise est cyclique.
Je vois souvent ce qui se passe,
c'est que quand nous sommes dans une situation,
qu'elle soit personnelle avec quelqu'un,
qu'elle soit professionnelle, qu'elle soit liée à un espace,
quand nous nous trouvons coincés,
un peu avec les coudées qui ne sont pas franches,
nous avons une capacité problématique, à mon sens,
de considérer que cela sera étant.
Comme ça, ça va se prolonger.
Nous nous projetons sur la suite,
soit le tout bon qu'on a maintenant,
puis on va être surpris parce qu'à un moment donné il y a un obstacle,
ou le tout difficile que nous vivons,
comme avec des œillères,
en chantant la possibilité que la bonne surprise vienne nous trouver.
Dans ces moments-là, nous perdons,
je vois notre capacité à conclure trop vite
que la difficulté est pérenne.
Or, aucune difficulté, soyons réalistes,
tous ceux qui ont fait des maths,
moi j'ai un passé plutôt de mateuse,
si on a étudié les probabilités,
la probabilité de ce qu'une difficulté soit là à jamais,
elle est à part la mort,
qu'est-ce qui existe à jamais ?
Et encore, là je pourrais partir,
on pourrait faire un dialogue rien que sur cette question-là.
Ce n'est pas le but.
Et d'ailleurs, dans la pensée chinoise,
l'analyse des lieux de vie a un pendant,
qui est l'analyse des lieux de mort,
qui sont les tombes.
Le positionnement des tombes va aussi compter.
Mais ce n'est pas le sujet, là on parle aujourd'hui des vivants.
En arrivant dans notre lieu,
puisque nous avons à y vivre un certain temps,
le temps du bail,
ou un certain temps,
il est important d'accepter
ce que ce lieu a à nous apporter,
en le regardant véritablement pour ce qu'il peut nous donner.
Par ailleurs, quand il y a des défauts majeurs,
je parle dans le bouquin, moi,
d'une situation où la personne vit en rez-de-chaussée,
dans une rue qui est passante,
où finalement on est dans un effet bocal,
et on est obligé en hiver de fermer les volets très tôt.
Donc on est vraiment extrêmement fermé.
Cette difficulté-là,
on ne peut pas la transformer,
on ne peut pas l'ignorer.
Mais lorsqu'elle est acceptée,
nous pouvons développer un mode d'être dans ce lieu,
ou un mode de présence au lieu,
qui fait qu'à partir du moment où la nuit tombe,
on n'est peut-être pas systématiquement coincé dans notre lieu,
de s'organiser, d'être systématiquement ailleurs.
Parce que ce lieu-là,
qui nous étouffe sur place,
est, si ça se trouve,
une incitation à aller ailleurs,
autrefois dans une bibliothèque,
ou dans un lieu où on fait du coverting,
où des rencontres vont avoir lieu,
lesquelles vont venir nourrir,
ou créer nos histoires de vie.
Ça ne se serait pas passé si nous étions restés
à l'état du bocal immuable.
Donc ce n'est que sur le long terme,
ou sur le moyen terme,
que nous pouvons véritablement évaluer
la vraie relation que nous avons avec un lieu.
Chaque lieu est presque un « Petri dish »,
un lieu de fermentation
des événements qui vont survenir,
par ce hasard auquel je n'existe pas,
dans notre vie.
Donc les lieux sont des aiguillages.
Parfois on est dans un aiguillage,
vous êtes dans un hangar de cheminots
au fin fond de nulle part,
avec l'idée qu'il n'y aura plus jamais
d'électricité qui va revenir.
C'est coincé, c'est plombé,
on ne peut pas bouger.
Mais c'est encore une illusion de l'esprit
de penser que cette durée de la difficulté
est éternelle.
C'est pas possible.
Alors tu donnes plein de pistes dans ton livre
pour apprendre ce travail-là,
de repérer les possibles d'un lieu.
Il y en a plein,
j'en prends quelques-unes,
un peu frappantes.
L'un des conseils que tu donnes,
c'est d'assumer notre territoire.
J'aime beaucoup ça,
parce que ça va à l'encontre
de beaucoup d'idées reçues.
Il ne faut pas trop s'imposer,
c'est égocentrique.
Il faut partager.
Il ne faut pas être égocentrique.
Avoir un territoire, c'est légaux.
Tu montres au contraire
qu'on a un lieu
et il faut assumer son territoire.
Est-ce que tu veux expliquer
ce que ça peut vouloir dire ?
Ce lieu, puisqu'on parle de l'espace,
il est qualifié,
il est confirmé
par son nombre de mètres carrés,
par exemple.
Le nombre de mètres carrés
qui est inscrit sur le bail,
c'est légal, c'est officiel,
ça se mesure, c'est totalement rationnel.
C'est à partir du moment
où vous louez,
où vous achetez un appartement
qui fait 25 mètres carrés
ou qui fait X nombre de mètres carrés,
l'ensemble de ces mètres carrés,
y compris les placards,
est à vous.
En tout cas,
est votre territoire.
Avoir un territoire
et ne pas l'occuper,
comme avoir une chaise
et ne jamais l'occuper,
parce qu'on la laisse
à la visite, on la laisse au conjoint,
on la laisse à je ne sais qui,
parce qu'ils sont plus importants que vous,
parce que la bienséance ou je ne sais quoi,
est avoir
une prise
de son territoire
qui ne dit pas son nom.
Qu'est-ce que c'est par exemple,
très concrètement,
j'ai mon appartement de 25 mètres carrés,
ça veut dire quoi ne pas assumer mon territoire ?
Ne pas assumer mon territoire,
c'est qu'il y a un placard qui va avec,
où tout est,
où j'y vais pas,
où j'en pile,
où je ne sais même plus ce qu'il y a dedans
et puis c'est rempli jusqu'à ras bord
et puis finalement,
alors que l'espace est petit,
ça reste encombré
par des objets
ou par des papiers
qui ont à voir avec une part
de ma vie qui n'est plus
mais que je garde encore.
Voilà, très bon exemple, très concret.
Là on voit, ça veut dire que je n'assume pas mon territoire.
Ça veut dire que
je suis dans ce territoire-ci
encore connecté
à un territoire précédent
où il y a eu le divorce,
où il y a eu la bataille avec les prud'hommes,
où il y a eu je ne sais quel conflit,
mais
je garde encore ça.
Alors on doit dire que c'est presque un butin de guerre.
Donc c'est à moi,
c'est mes papiers, c'est chez moi,
sauf que le cas a été
clos il y a très longtemps
et que finalement c'est un butin de guerre
qui me connecte encore avec une souffrance
ou des mémoires
qui sont
d'une certaine manière
non contemporaines.
Il y a la notion du contemporain
dans cette pensée non contemporaine
non nourrie
de
non alignée
avec ma vitalité d'aujourd'hui.
Et cet
écart, ce chaud-froid
que du coup, plus c'est ça,
moins j'ouvre.
Je sais que c'est là, mais je ne vais pas y aller.
Si on veut vraiment se faire du mal, on peut
vraiment installer le placard avec toutes ces choses
anciennes, puis les ouvrir comme des objets
chez nous
qui correspondent
à des parts de notre vie révolue
ou qui nous
ont été données par des personnes
que nous ne souhaitons plus
peut-être dans notre vie
ou que nous avons perdues.
Ce sont des
empiétements
sur
notre territoire
qui est fondamentalement
au service de qui nous sommes,
de qui nous sommes aujourd'hui,
de qui nous sommes devenus
comme après nous
être des faits
de pelus
ou d'embûches ou d'obstacles
qui ont à un moment donné
une valeur
ou ont
été agissantes dans notre vie
mais dont nous ne sommes plus
maintenant
en phase.
Il y a un problème de cohérence
qui n'est pas en place.
Quand les appartements sont un petit peu
plus grands, il y a toujours la question
de ces pièces que nous n'utilisons
plus. Les enfants sont partis
ou la chambre d'amis, on voulait avoir
une chambre d'amis mais finalement il n'y a jamais d'amis qui viennent
ou quand les amis viennent finalement on ne les veut pas
là donc on les envoie à l'hôtel, etc.
Ces pièces
vides deviennent
encore plus
lignes qu'elles ne le sont
déjà, lignes dans le sens où il n'y a pas
d'activité et donc on se
retrouve avec un territoire
à soi qui n'est pas
vivant. Or, la fonction
du lieu, et ça il faut le dire très
très clairement,
quelle que soit notre propension à
les rénover,
les transformer, les choyer,
leur donner de notre budget,
de notre énergie pour qu'ils vivent,
la fonction du lieu, ça c'est très
clair dans la pensée
ancestrale chinoise,
la fonction du lieu est d'être,
d'être ce qu'ils sont, mais d'être
plus au service
de ce que nous avons à faire
dans cette phase-ci de notre vie
que le contraire.
Ça c'est très très important, je veux y insister,
et nous on pense l'inverse.
Faut que je fasse des efforts pour mon lieu, faut que je le range,
non, le lieu est là
pour servir la croissance de ma vie.
Et donc l'attention que je lui
porte est au service de
ma propre croissance. Mais je voudrais
revenir sur la question du territoire parce que
ta réponse est déconcertante,
en tout cas moi elle m'a déconcerté.
C'est très bien, au contraire,
c'est comme ça qu'on progresse, moi je trouve que rien
n'est mieux que d'être déconcerté, ça veut dire
qu'on apprend quelque chose de nouveau,
qu'on n'avait pas vu, et c'est horrible,
on apprend que si tu dis que ce qu'on sait déjà,
ce serait pas la peine
de, j'aurais pas besoin de venir...
Non, au contraire, c'est une chance,
sinon pourquoi j'aurais à t'écouter
si tu me dis que ce que je sais déjà.
Donc là, je trouve ça vraiment intéressant
et déconcertant que quand on pense
au territoire, on pense pas
que ça veut dire habiter
pleinement notre lieu, faire attention
à que tous les objets
nourrissent la vie en moi et ont du sens
pour moi, que toutes les pièces sont
habitées, mais au fond c'est ça que tu essayes
de montrer. Je ne peux
être bien chez moi et faire
que le lieu m'aide à grandir, à croître,
que si j'assume mon territoire
et ça veut dire d'abord
l'habiter pleinement,
assumer de l'habiter pleinement,
que j'ai le droit de l'habiter pleinement.
Et je vais rebondir en disant, je ne suis bien
chez moi que si je ne suis
pleinement, que si
je ne suis chez moi.
Donc,
je fais appel, dans l'ouvrage,
je fais appel à un
discernement quant aux intrusions,
quant aux occupations
incongrues ou illicites
des lieux. Quand vous avez
chez vous des
effets, des objets
qui ont été déposés
temporairement, mais le temporaire
dur, parce que ce ne sont pas
simplement des objets qui viennent
de notre vie à nous d'avant.
Ça peut être des meubles qui viennent
de membres de la famille qui ne sont plus
avec qui nous avons été en lien, avec qui nous
sommes toujours en lien, mais c'est toujours
pour le meilleur et pour le pire.
De récupérer des objets
qui,
même si ce sont des cadeaux, même s'ils ont de la
valeur, je milite
pour que nous ne
n'évitons pas la case
de l'exercice d'un certain libre-arbitre,
d'une certaine manière, d'un certain choix.
je sais que de cohabiter
avec un tableau,
avec des
choses tangibles, là ce n'est pas simplement
dans la tête, qui nous
reconnectent quand on les voit,
à une part de nous qui peut peut-être être
encore blessée, qui peut encore
être en souffrance, d'une certaine
manière, c'est de remettre un couteau dans la plaie.
On a accepté une commode
d'une grand-mère qu'on aimait bien, mais
là aujourd'hui, elle nous encombre,
elle ne nous correspond plus,
elle prend une place folle dans notre appartement
et on est coincé dans la loyauté à ce lieu
qui ne nous correspond plus
du tout, et avoir le courage
de dire non, au fond, ça, ça n'est plus
là où j'en suis aujourd'hui,
c'est ça, apprendre à habiter son
lieu et assumer son territoire.
Savoir le courage de dire mais au fond,
là, où est-ce que j'en suis ?
Habiter son lieu, c'est
sans arrêt avoir à se poser ces questions-là.
Est-ce que là, ça me
correspond ?
Et où en suis-je encore
quand je maintiens cette boîte d'archives
qui correspond
à quelque chose,
c'est ça le critère, quelque chose qui ne
me met pas en joie.
La vitalité se nourrit
d'objets, de personnes, de moments,
de lieux qui sont
en phase,
en cohérence avec qui
c'est pas simplement qui nous sommes,
c'est qui nous sommes devenus,
qui nous sommes aujourd'hui
et la personne que je suis aujourd'hui
n'est pas encore celle
que je serai demain
ou après-demain ou dans quelques années.
Le fil conducteur est là
mais nous avançons
en nous transformant,
c'est comme une métamorphose perpétuelle de qui nous sommes
et je pose le fait que les lieux,
quand il y a des
possibilités de déménager
qui des fois sont tristes,
il n'y a aucun déménagement
qui est indemne d'une certaine
forme de deuil, mais le
lieu suivant, parce qu'il a
des facettes différentes, parce qu'il a
une...
il offre des possibilités différentes
et parfois,
et pas parfois, être un
excellent compagnon
pour avancer dans les tris
parce que des fois, ça ne rentre plus.
Ce qu'on avait
accumulé, on va passer dans du pluie,
ça ne rentre plus. Donc là, il y a un choix qui se fait
et la commode de la
grand-mère, du coup,
on se retrouve, et moi je ne
culpabilise pas du tout, quand
le lieu va me donner, du coup,
la bonne raison de
me défaire de ce dont je n'arrivais pas à me
défaire précédemment.
Je rajoute aussi quelque chose, c'est que
n'hésitons pas à accompagner
l'objet, le tableau,
la chose
dont nous comprenons
que les chemins se séparent,
je crois que c'est ma phrase, elle est bancale, mais
n'hésitons pas à
accompagner favorablement
le départ, en nous
assurant de trouver
la bonne maison,
le bon appartement, où cette
commode sera bien
chez elle, permettant à d'autres
d'être bien chez eux, parce que cette
pièce-là, qui n'a plus rien à faire dans notre
échiquier personnel,
elle est la pièce
du puzzle
de ces autres personnes.
Donc moi, je n'ai pas peur
de parler aux...
c'est un peu spécial, mais de parler aux objets,
de les rassurer, de leur dire, écoute,
ça ne va plus, bon, il y a une
décision qui va être prise, je t'assure que
je vais te trouver ta destination,
enfin, je vais te trouver, je vais
t'accompagner dans le choix de ta
destination suivante. – Alors, je
reprends, en ayant
le courage de voir
ce qui du passé n'est plus juste
et ne m'empêche d'habiter le présent,
si j'ai bien compris,
j'ouvre la possibilité du futur.
– Et du rebond. – Et du rebond.
Donc c'est ça que tu essayes de montrer,
c'est que ce travail pour habiter chez moi
implique d'être
au présent, et par là,
pouvoir grandir,
pouvoir rebondir, pouvoir me développer,
est possible.
Tandis que si je ne fais pas ce travail,
je bloque,
je garde tous ces trucs d'archives du passé,
eh bien je bloque le processus
de croissance et de développement.
Et donc ce qu'on voit, et là,
c'est très abyssal pour nous,
c'est qu'habiter chez soi,
c'est pas seulement se sentir bien
chez soi, c'est
apprendre à grandir soi-même,
apprendre à se développer, apprendre à guérir,
apprendre à...
Et donc c'est beaucoup plus concret
que le travail habituel,
parce qu'en général, on a l'impression
que si j'ai des problèmes, je suis triste
dans mon couple, j'ai un problème
de mon boulot, on a l'impression
que c'est uniquement psychologique.
Ce que tu montres, c'est que
c'est pas psychologique, uniquement,
mais qu'en travaillant très
concrètement, c'est plus facile, au fond,
sur le lieu, je travaille
aussi sur mon esprit, sur ma vie
et sur mon futur. Absolument, et
quand on est dans le tangible,
quand on est dans un lien, c'est pour ça
qu'il faut ouvrir les yeux, c'est pour ça
que je conseille de
les voir, c'est de revoir
nos objets. Quand ça fait longtemps qu'on habite
dans un lieu, on ne voit plus, on ne voit plus
d'ailleurs les buissons qui bouchent les fenêtres
à l'extérieur.
Le lieu permet
un, on ne va pas dire thérapeutique
mais presque, permet un accompagnement
sur notre chemin.
Et les lieux ne nous trouvent pas
au hasard, je dis d'ailleurs que
nous les trouvons autant
qu'ils nous trouvent, encore faut-il
être prêt.
C'est vrai, c'est très intéressant de faire
ce renversement qui dit, le lieu
que j'ai choisi, c'est aussi le lieu
qui m'a choisi. Oui, et puis il faut
sortir des circonstances, de ce que moi
j'entends souvent, les critères,
oui, mais bon, je ne me suis jamais
sentie bien, dès le début, je ne voulais
pas y aller, mais bon, vous savez, le budget,
le machin, etc., les critères hyper rationnels.
Mais un lieu
dont on savait qu'il
n'était pas génial, dont on
voyait, peut-être,
on avait un ressenti qui n'était pas génial,
mais qu'on prend quand même,
il n'y a pas à se culpabiliser, c'est que
ce lieu-là a nous faire
avancer sur notre chemin de
discernement, et d'une, puis
deuxièmement, d'affirmation personnelle,
parce qu'il y a bien un jour, on le sait tous,
il y a bien un jour où de continuer
à penser que ce sont toujours les circonstances
qui ont mené
nos choix, c'est la faute
à personne,
on va dire ça comme ça,
est un chemin de déresponsabilisation
qui nous met à la
merci,
enfin, qui nous met à la merci,
qui nous
permet d'éviter de
suivre notre boussole personnelle,
et pour moi, ça, c'est vraiment dommage.
Il y a une chose que je veux rajouter par rapport
aux propos précédents,
c'est que je suis aussi
en faveur d'une
déculpabilisation, justement, parce que
nous allons
finalement arriver à dire
je suis désolée, mais cette chaise
autour de la table du dîner, c'est ma chaise,
ou cette place, c'est
ma place. Très souvent, moi,
j'ai même un souvenir personnel,
j'ai un bureau, j'ai un endroit où je suis bien,
il y a des gens qui viennent chez nous,
et dès le matin,
l'une de ces personnes s'installe
à mon bureau pour corriger
ses copies. Pourquoi pas ?
Mais sans qu'il y ait eu une négociation,
sans qu'il y ait eu cette place-là,
n'est pas la sienne,
c'est la mienne,
et au risque de secouer
quelques plumes,
nous avons à apprendre
à occuper véritablement
notre chaise,
notre fauteuil. Et donc, lui dire que c'est ton bureau
sur lequel tu travailles tous les jours,
et que ton bureau n'est pas un acte
égocentrique, mais une manière de
respecter un certain ordre,
et respecter cet ordre,
c'est fondamental pour ta propre vie,
comme pour l'équilibre de tes relations
avec cette personne. Absolument, parce que si mon bureau
est là, et que c'est mon bureau,
c'est bien parce que j'y suis
nourrie d'une certaine énergie
qui me permet, et puis il y a la règle de la politesse,
quelque chose qui te nourrit.
C'est le point central.
Ce lieu-là te nourrit, il a une nécessité,
et donc là, ça va voir avec
ce que tu dis, il faut marquer son territoire.
Donc là aussi, c'est assez provocateur,
parce que dans notre monde, il ne faut pas marquer son territoire,
il faut être un peu transparent.
On vit dans un monde où il faut plutôt être transparent.
Mais on se pose la question de la place.
On se pose la question de la place,
mais en même temps, on est
culpabilisé parce qu'on marque son territoire.
Donc il y a un moment donné,
ça ne va pas.
La question de la place
se pose
quand nous ne l'avons pas
identifié, mais quand
aussi il y a un espèce
d'interdit d'affirmer
qu'à la cafétéria
de l'entreprise
à midi, j'ai besoin
de manger à côté de la fenêtre.
J'ai besoin de cette lumière-là.
Alors on ne va pas dégager la personne qui est,
mais on peut développer des stratégies
pour être sûr que cette place-là,
elle sera à nous parce qu'on vient manger un peu plus tôt,
c'est encore vide, ou un peu plus tard,
c'est déjà libéré.
Cette mobilisation
nous incombe
parce que finalement,
qui nous donne notre place ?
Ça n'a aucun sens parce que
notre place, c'est notre place.
Personne ne peut nous la donner. Nous avons
à la prendre. Et le lieu est
un allié qui
nous permet d'avancer
sur cette
négociation
qui n'est pas de
prendre la place de quelqu'un d'autre,
qui n'est pas d'aller squatter
la place de quelqu'un d'autre, mais qui est
au niveau tout simplement des lieux
dans lesquels nous habitons
de conscientiser,
d'essayer de conscientiser
les zones non occupées,
les territoires qui sont laissés
au vide, à la poussière,
aux toiles d'araignées, aux mémoires tristes
et puis de
nous aérer tout ça
pour en profiter pleinement.
Le lieu est aussi,
ces murs, c'est
un vêtement supplémentaire,
c'est
une enveloppe
qui nourrit en son sein
nos transformations.
Nous passons par des changements
comme des chrysalides,
il n'y a pas qu'une
transformation majeure dans la vie d'une personne,
il y en a plusieurs, et le lieu est le coco.
Tu expliques
que, je l'avais dit
au début de notre entretien, que tu n'aimes pas
la notion de nettoyage énergétique,
qui est employée un peu à tort et à travers aujourd'hui,
mais je trouve que c'est important
qu'on mette les points sur les i
et sur cette confusion profonde.
Ça risque
de chahuter
quelques
croyances et quelques pratiques.
Ça va libérer beaucoup de gens.
Je vais le prendre de cette manière-là.
Moi, je me dis toujours que dans un lieu
que j'aime beaucoup,
aux US, une vieille maison
qui a été sauvée,
je me dis
toujours que si un jour
j'avais la possibilité
de revenir sous la forme
d'un esprit, d'un fantôme,
et que
je me rendais compte que
dans ce lieu-là,
les arbres ont été
saccagés,
le lieu n'a pas été
respecté,
je pense que
je me manifesterais.
Je n'ai pas encore trouvé comment,
mais je pense que j'oserais me manifester.
Par contre, le fait
que je puisse
revenir
de manière invisible
dans ce lieu-là,
en voyant
à quel point ceux et celles,
les générations suivantes,
ont pris soin de la plante,
du seuil,
de la charpente,
je ne pourrais
que me réjouir
et faire tout ce qui sera
en mon possible,
pour les aider
à être bien
dans leur vie.
Donc, cette idée
de nettoyage énergétique,
où il faudrait systématiquement
faire la chasse et dégager
toute présence
qui n'est pas visible,
me chahute, me dérange,
parce que c'est de considérer
de manière abusive
que
le lieu ne peut être
qu'habité par nous.
On pourrait me dire « mais du coup, c'est en contradiction
avec le fait que c'est notre territoire ».
C'est notre territoire,
mais ceux et celles qui y ont aimé,
qui y ont œuvré,
je ne vois pas pourquoi
nous aurions alors interdit
une présence, un passage.
Et donc, cette idée de nettoyer les lieux
de manière extrêmement efficace,
façon O'Djavel
ou façon O'Karcher,
me paraît,
à la lumière de la culture ancestrale
chinoise,
une insulte
aux aïeux,
une insulte
aux occupants précédents du lieu,
et pourquoi, encore une fois,
avons-nous à passer
en binaire, eux
ou nous ?
– Ce que tu essaies de dire, c'est que plutôt que le nettoyage énergétique,
il faut plutôt créer une alliance avec les forces
qui sont là.
Si les forces nous semblent négatives,
elles ne sont pas que négatives,
elles nous appellent à quelque chose,
à une transformation, à une écoute.
Imaginons que j'achète
cette maison qui a été maltraitée
et qui a une sorte d'énergie
un peu sombre parce qu'on n'a pas
respecté le lieu. Je n'ai pas besoin
de faire un nettoyage, j'ai besoin
de recréer un lien avec cette énergie
pour la transformer, pour montrer
que je vais prendre soin du lieu et écouter
ce qu'elle me dit et en faire une alliée.
C'est un peu ça le renversement
que tu proposes.
C'est faire alliance
avec l'histoire du lieu,
le sens du lieu, l'énergie du lieu,
la présence du lieu,
plutôt que de faire comme si ça n'existait pas.
Que d'y aller
au bazooka quasiment.
Et on voit bien ici que tout un discours spirituel
en était, sous le prétexte d'être
spirituel, un discours au bazooka.
Et je crois que c'est très important
que les gens comprennent ça,
qu'aujourd'hui sous le nom
d'énergie, de spirituel, il y a beaucoup plus
de bazooka, une écoute
authentiquement profonde.
Et tu parles de la pensée chinoise,
mais on trouve ça dans toutes les cultures
de l'humanité. Il n'y a pas une culture
de l'humanité, à part peut-être
la nôtre, qui ne pense pas
qu'un lieu a une histoire, qu'il faut respecter
le lieu.
Chez les Romains, il y avait
des lieux de la maison.
Quand on rentrait dans un lieu, on célébrait
les lieux. On lui dit bonjour.
On célébrait les lieux de la maison, donc c'est quelque chose
qui est très universel. C'est très important que les gens
comprennent que c'est, pour nous,
un peu surprenant, parce que pour nous, un lieu
c'est que matériel, mais que le
lieu est habité,
c'est ce qu'on trouve chez les Romains,
chez les Grecs.
Et même si la maison
est nouvelle, sur le terrain
avant la construction,
il y a
du vivant qui y est passé.
Il y a pu y avoir des animaux,
la vie y était déjà.
Et aussi, il y a quelque chose
qui m'a toujours surprise,
parce que je fais quand même une partie de mon travail
depuis toutes ces années,
au service des lieux.
C'est d'arriver, c'est de voir
des procédures
de nettoyage énergétique
des lieux, dans des lieux
qui sont sales,
sales,
avec de la poussière partout, qui n'est pas nettoyée,
etc. Et donc, la première chose
à faire, pour honorer le
lieu, est de lui rendre
sa propreté,
de lui rendre comme quelqu'un
qui est sans
abri et que l'on va aider.
On va d'abord,
on va au moins, en tout cas, voir
si on peut lui trouver des vêtements propres,
des vêtements chauds, lui permettre de se
nettoyer, le permettre de se poser.
Et donc,
d'aller dans cette lecture,
pour moi, cette lecture qui
parle d'un nettoyage
énergétique de l'invisible,
et qui omet
le traitement...
Le nettoyage, le traitement
du réel, me surprend.
Me surprend.
Parce qu'on est dans un mode d'incohérence.
Et de la même manière
qu'aussi dans la...
Encore une fois,
en énergétique chinoise,
il n'y a même pas
besoin de passer par la Chine.
Un corps
qui n'est pas
en forme, un corps
qui n'est pas propre, parce qu'il
n'est, je dis encore de la matière
en fonction de la consommation de ce qu'on peut
manger, alors qu'on sait qu'on ne devrait plus manger
ceci, mais on le mange encore, etc.,
va fatiguer le système
digestif, qui
du coup, va accompagner
davantage, on part dans un cercle
vicieux, on va se retrouver dans des pensées
qui seront plus sombres.
Nous ne le voyons pas comme ça.
Moi, je dis, quand vous commencez à
ressasser, quand vous commencez
à procrastiner,
procrastiner en français,
demandez-vous aussi ce que vous avez
mangé ces derniers
jours. Est-ce que vous avez
bougé ? Est-ce que vous avez...
C'est la même chose pour le lieu.
Un lieu sombre,
dont les canalisations ne sont pas
nettoyées, dont les filtres ne sont jamais changés,
dont les vitres ne sont pas lavées,
dont la cheminée est bouchée,
etc., je peux allumer,
ne respire pas.
S'il ne respire pas, il souffre
et nous ne respirons pas.
Merci infiniment, Marie-Pierre.
J'ai certainement envie à tout le monde de lire ton livre
qui peut vraiment
éclairer et changer
notre vie de manière très concrète
parce que c'est un peu ça, la magie de ton
travail. Des gestes qui ont l'air
banals peuvent avoir un impact beaucoup
plus grand qu'on ne le croit
sur notre existence. Merci beaucoup.
Merci, merci à vous tous.
Merci d'avoir suivi cet épisode de Dialogue.
Vous vous souvenez, vous pouvez
m'écouter sur Dialogue
tous les dimanches matins et vous pouvez
tous les quinze jours écouter sur mon
autre chaîne. J'ai demandé à Fabrice.
Là, je réponds à toutes vos questions
sur tout ce qui concerne l'existence.
Et vous pouvez, n'hésitez pas du reste
à m'envoyer vos questions. C'est toujours un
plaisir de vous lire
et de pouvoir ainsi
tisser plus avant
le lien qui nous unit
ensemble. Je vous embrasse
et je vous dis à dimanche prochain
pour un nouvel épisode de Dialogue.