Le Berry, de Bourges aux abords de l'Allier - Les 100 lieux qu'il faut voir - Documentaire complet

Le Pays préféré des Français
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16 Vues de vidéo·19 nov. 2024
Cet épisode, consacré aux secrets et beautés du Berry, entraîne les téléspectateurs dans les rues pavées de Bourges, à la découverte de sa cathédrale du XIIe siècle, classée au patrimoine mondial de l’Unesco.
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Suit une promenade en barque au coeur de la biodiversité préservée des Marais, poumon vert de 135 hectares situé en plein centre-ville berruyer. Puis les papilles s'éveillent et pétillent au Château de Valençay, où sont revisités les recettes d’Antonin Carême, le chef du fameux Talleyrand, qui avait érigé les plaisirs de la table en arme diplomatique.
Réalisé par Laure Leibovitz
© MORGANE PRODUCTION
Vous aimez la France ?
Vous aimez la parcourir, la découvrir, partir à sa rencontre.
Vous avez même parfois l'impression de bien la connaître.
Nous avons tous une petite plage, une petite crique, une clairière, un hameau
ou un chemin qui n'appartient qu'à nous, loin des sentiers battus
et que nous ne voulons partager qu'avec ceux que nous aimons.
C'est cette France-là que nous voulons vous faire découvrir,
à travers 100 lieux, qu'il faut absolument voir dans votre vie.
Partons aujourd'hui à la découverte du Berry.
Ce joli pays, miché au cœur de l'Hexagone,
offre aux visiteurs un patrimoine d'une diversité exceptionnelle.
Des petits villages pittoresques noyés dans la verdure,
aux monuments majestueux chargés d'histoire,
ce territoire séduira aussi bien les amoureux de la nature
que les passionnés de culture.
Notre escapade nous emmènera tout d'abord dans la fameuse cité médiévale de Bourges.
Vous serez éblouis par sa magistrale cathédrale,
mais aussi par ses marais fleuris qui s'étendent à perte de vue.
À part les oiseaux, on n'entend qu'un bruit ici, Michel.
C'est vrai, les marais conservent toujours aujourd'hui cette espèce de magie.
Puis nous irons flâner à l'extrémité est du Cher.
Nous découvrirons à Premont-sur-Allier un joyau architectural bérichon
ou encore une huilerie du terroir qui cultive un savoir-faire traditionnel.
Tu sens l'odeur de pain grillé ?
Oui, ça sent super bon.
Je t'aide ?
Oui.
Enfin, nous partirons à la conquête de l'Indre,
où une écrivaine des plus renommées de France a laissé son empreinte.
Puis nous vous dévoilerons la merveille du département, le château de Valençay.
Quel incroyable château !
Oui, il est magistral.
Toutes ces découvertes, nous les ferons en compagnie de personnages authentiques et chaleureux
qui ont à cœur de vous montrer la richesse de leur région.
Notre périple commence dans la capitale du Berry, Bourges.
Ces charmantes rues pavées, bordées de maisons à pans de bois,
en font l'une des cités médiévales les mieux conservées de France.
Un trésor de patrimoine.
Alain Ferrandon a eu un coup de foudre pour Bourges
et a choisi d'y poser ses valises il y a 20 ans.
Son amour pour cette ville d'adoption
l'a même amené à diriger l'Office du tourisme pendant plus de 15 ans.
Aujourd'hui encore, il apprécie d'arpenter les rues de Bourges
pour en connaître chaque recoin et secret.
Mais ce qu'il a toujours le plus impressionné, c'est la cathédrale.
Et c'est en compagnie d'Olivier Nolo, professeur d'histoire,
que nous allons revisiter ce chef-d'œuvre de l'architecture gothique.
Je suis toujours aussi fasciné par cette cathédrale
que j'ai découvert il y a une vingtaine d'années en arrivant à Bourges.
Elle s'impose à moi et je me sens extrêmement petit
face à ce monument prodigieux.
Effectivement, vous avez devant vous
la façade la plus grande de cathédrales gothiques en Europe.
La première particularité que vous voyez,
ce sont d'abord les cinq portails.
Vous êtes devant un édifice d'autorité, de pouvoir.
C'est à la fin du XIIe siècle
que l'archevêque de Bourges, Henri de Sully,
ordonne de remplacer la cathédrale de l'époque, jugée trop modeste,
par une œuvre monumentale dédiée à la gloire de l'Église.
Mais ce symbole de puissance va aussi servir d'autres intérêts.
Bourges était une ville royale dépendante du roi de France
et l'archevêque de Bourges avait une autorité
qui s'étendait sur des territoires qui n'appartiennent pas au roi de France.
Et le roi va s'appuyer sur ce pouvoir important des archevêques
pour pénétrer dans des régions qui leur échappaient.
Pour rayonner au-delà de Bourges ?
Pour rayonner au-delà de Bourges, car le domaine royal,
il est petit à l'époque, au XIIe siècle.
Passer la porte de cette façade est une expérience unique.
A l'intérieur se dévoile un espace majestueux.
Des voûtes hautes de 37 mètres.
C'est une des plus grandes, une des plus hautes ?
C'est plus haut que Chartres, plus haut que Notre-Dame-de-Paris.
On peut être un peu fier alors ?
Tout à fait.
Et des vitraux d'une qualité rare diffusent un halo coloré.
D'ordinaire dans les cathédrales,
la nef principale est traversée par une autre transversale,
appelée transept.
Mais ici, il existe une particularité.
Moi, ce qui m'a fasciné quand je suis arrivé il y a 20 ans,
c'est son absence de transept.
Alors effectivement, des grandes cathédrales,
c'est la seule qui n'ait pas de transept.
Un transept, dans la plupart des églises,
c'est ce qui donne la forme de la croix.
En effet, l'architecte qui a conçu cet édifice
connaissait très bien l'art de l'Antiquité,
mais en même temps, c'est un novateur.
Donc, c'est ce mélange, cette articulation
entre ce qui est ancien, antique et nouveau
qui caractérise la cathédrale de Bourges.
Et on ne connaît pas son nom.
Et voilà, c'est le fameux maître de Bourges.
On cherche partout, on cherche partout.
Quel est ce génie ?
Nombre d'historiens ont espéré décrocher la timbale
en démasquant l'identité de cet architecte.
Mais jusqu'ici, les recherches n'ont jamais rien donné.
Le nom de ce bâtisseur a disparu avec les archives.
Et en quoi cette cathédrale est innovante ?
Eh bien, prenons l'image de poupées russes,
qui sont emboîtées.
Oui, c'est un peu étonnant,
mais je pense que ça vous permettra de comprendre.
Les trois poupées russes,
elles ont chacune leur individualité.
On n'aperçoit que la grande.
Et on n'aperçoit que la grande.
Alors, ici, vous êtes dans une nef plutôt sombre.
Là, une deuxième nef plus haute.
Et enfin, la grande nef, beaucoup plus lumineuse.
Ça veut dire qu'on passe de l'ombre à la lumière, c'est ça ?
Et que les trois poupées russes,
on peut les voir en même temps.
Ces nefs imposantes, Alain en connaît chaque recoin.
Mais il reste un lieu secret,
caché dans les hauteurs de la cathédrale,
dans lequel il rêve de pénétrer.
Olivier lui fait cette faveur exceptionnelle.
Car cette pièce est habituellement fermée au public.
Ah là là, ça valait le coup de monter
quelques centaines de marches, là.
C'est la plus grande charpente...
C'est une des plus belles charpentes de France du XIIIe siècle,
qui est au-dessus de la cathédrale de Pierre.
Ah oui, on aperçoit les voûtes.
Donc, on est à 40 m au niveau du sol.
Il a fallu plus de 1 200 chaînes
pour construire cette charpente en un temps record.
10 mois seulement.
Cette réalisation, elle a été rationalisée et pensée.
C'est-à-dire ?
C'est-à-dire qu'il a fallu faire pousser les arbres
pour qu'ils obtiennent une forme que l'on voulait,
à peu près 14 m de haut.
Il y a eu 21 campagnes d'abattage.
Donc, il a fallu faire du stockage
pour monter cette magnifique forêt
que vous avez sous les yeux.
Lorsque vous viendrez visiter
cette cathédrale impressionnante,
suivez les conseils d'Alain
et poursuivez votre balade
à quelques mètres de ce parvis.
Vous y trouverez les marais de Bourges,
un écrin de nature
qui vous plongera dans un dépaysement total.
Ce petit coin de paradis
s'étend sur 135 hectares
et représente le poumon vert de la ville.
Alain a l'habitude d'y retrouver son ami Michel Melun,
qui connaît les méandres de ces marais
mieux que personne.
Vas-y, installe-toi.
Ca bouge, mais c'est normal.
Il n'y a pas de problème.
Et là, on est partis.
Président d'une association
de préservation des marais,
Michel sillonne quotidiennement ces canaux.
C'est un hibiscus, à droite ?
C'est un hibiscus, oui, à droite.
Un très beau marais, là.
Il est beau, franchement.
Il y a de belles choses dans les marais.
Très belles choses.
C'est vraiment paisible.
On n'entend qu'un bruit, ici.
Les marais conservent toujours
cette espèce de magie.
C'est un endroit tout à fait reposant et unique
que les gens apprécient beaucoup.
Ca fait combien de temps
que tu viens dans les marais ?
Je suis dans les marais depuis tout petit.
C'est ici, un peu plus bas,
que j'ai appris à nager.
Absolument.
Avant qu'on construise les piscines,
il y avait très peu de gens
qui savaient nager.
On apprenait à nager dans les marais.
C'était un peu rigolo, à l'époque.
Aujourd'hui, ces marais sont morcelés
en 1500 parcelles.
Les citadins, très attachés à cette Eden,
viennent s'y ressourcer
en cultivant leurs potagers.
Ces marais ont toujours existé ?
En fait, oui, si tu veux,
ils ont toujours existé.
A l'époque gauloise, romaine,
la ville de Bourges était entourée
de marécages, c'était la défense naturelle.
César raconte, dans la guerre des Gaules,
l'époque de sa conquête de la Gaule,
que ces légions s'étaient enlisées
dans des marécages qui entouraient la ville,
qui étaient nauséabonds,
peuplés de bêtes, dit-il,
avec tout ce qui en découle,
les maladies, la malaria,
des tas de choses comme ça.
Malgré ces marécages,
Jules César parvient finalement
à envahir Bourges en 58 avant Jésus-Christ.
Il faudra attendre plusieurs siècles
pour que ces eaux boueuses
deviennent ces marais.
A partir de quand on passe
des marécages aux marais ?
C'est entre le XIIe et le XIVe siècle,
où les religieux ont commencé
à saignir les marais.
Ils ont désenvasé l'ensemble des canaux,
ils en ont fait des lieux
avec des parcelles cultivables,
et dessus, ils avaient installé
des familles qui leur payaient
l'impôt et qui travaillaient
pour les communautés religieuses.
Au fil des ans,
les parcelles se sont développées.
Les familles des marais de Bourges
auraient même tenu un rôle majeur
dans l'histoire de France.
Les revenus des marais
avaient servi à financer
les campagnes militaires de Louis XIII.
Oui, tout à fait.
Louis XVI avait besoin
de beaucoup d'argent,
donc il avait intérêt à installer
beaucoup de monde, puisqu'il prélevait l'impôt.
C'est grâce aux marais de Bourges
qu'ont été financés ces campagnes.
Aujourd'hui, les légumes poussent
dans les marais pour le simple plaisir
des habitants.
Michèle tient à nous présenter Régine,
membre de son association.
Chaque matin, elle vient sur sa parcelle
s'occuper de son potager.
On est au coeur des marais de Bourges.
Vous avez un magnifique jardin.
Oui, ça a été une envie à la retraite.
Je suis comme tous les gens
qui sont d'ici, c'est-à-dire
qu'on n'est pas du tout professionnels.
C'est le plaisir de voir pousser les choses.
Quel est le grand intérêt d'être au coeur
des marais pour cultiver un jardin ?
Au coeur des marais, c'est-à-dire
respecter le marais, c'est-à-dire vivre
un peu comme faisaient les anciens.
Par exemple, tirer la vase pour pouvoir
le mettre sur la terre et ça permet
de donner de l'engrais naturel.
Il y a une vraie organisation du jardin
dans ces marais.
Organisation et respect aussi de la nature.
Et vous cultivez quoi alors ?
Je vais vous montrer un petit trésor.
Mon truc à moi,
c'est le légume ancien
et de préférence
le légume du Berry.
J'ai trouvé la sucrine du Berry,
mais j'ai trouvé quelque chose,
c'est le haricot barangenier.
C'est une variété
ancienne qui a été complètement oubliée.
J'en ai récupéré par
un monsieur qui l'a eu lui-même,
d'un vieux monsieur de 80 ans
qui l'a eu de je sais pas qui
et regardez,
je l'ai dans ma poche.
C'est un vrai haricot rouge.
Oui, c'est un haricot que l'on trouve
dans la vallée du Barangeon.
Le Barangeon est un affluent de lièvre,
la rivière qui traverse
la ville de Bourges
et se déverse dans les marais.
Le haricot barangenier
est donc un pur produit berichon.
Régine va devoir
user de patience
car ses haricots à peine plantés
n'ont pas encore bourgené.
Alors Régine, vous les avez déjà cuisinés ?
Non, c'est ça la surprise.
C'est bien mieux quand c'est comme ça.
Du coup, ça me donne envie
et je surveille, je me dis vivement que j'en ai.
Vous avez déjà prévu une recette ?
Oui, avec une bonne saucisse,
c'est toujours très très bon.
C'est sur cette note gustative
que nous allons continuer
notre visite vers d'autres saveurs
toutes aussi atypiques.
Un restaurant réputé
pour son cadre exceptionnel
mais dans lequel Alain n'a jamais eu la chance de manger.
C'est Pascal Chaupitre,
le chef étoilé de Bourges,
qui le reçoit.
Voilà ce lieu.
Je comprends pourquoi tout le monde en parle
et pourquoi tout le monde trouve ça unique.
C'est unique.
A savoir que c'est une abbaye
qui date du 8ème
qui a été 20 fois détruite
et qui a été reconstruite
au 17ème.
Ça provoque beaucoup d'émotions en tout cas.
Je comprends, j'ai la même émotion
tous les matins quand je viens
travailler ici.
Et en matière de gastronomie,
le Berry offre des recettes
quelque peu surprenantes.
Je vais proposer la fameuse recette
de l'œuf en couille d'âne.
C'est très élégant.
Ce n'est pas moi qui l'ai.
C'est une recette traditionnelle
qui traverse les époques.
La couille d'âne
est une variété d'échalotes
que l'on trouvait dans le Berry.
Je suis rassuré.
Première étape, les œufs.
Très important pour pocher.
Les œufs frais ?
J'écoute les œufs.
C'est une habitude d'enfant.
Quand on massait des œufs partout
dans la ferme,
il fallait absolument faire ça
pour écouter s'il n'y avait pas
un petit poussin à l'intérieur.
Pas de poussin à signaler ici.
Reste à glisser les œufs
dans un vin chaud aromatisé aux herbes
et les laisser frémir 4 minutes.
Il a disparu.
On va le retrouver.
Là, on va les sortir.
Maintenant, on va confectionner la sauce
et ciseler la fameuse échalote
en forme de couilles d'âne.
Il faut le dire un jour.
Comme c'est la vedette du plat,
on la laissera dans la sauce.
C'est tellement plus agréable
de poquer un peu d'échalote.
Ça commence à chanter.
Une fois le vin rouge versé
sur les échalotes,
le tout est mélangé à du bouillon de volaille.
Ensuite, les petits légumes des Marais.
On a fait un petit mélange
de farine à tempura
pour faire des beignets de légumes.
Ça cuit à peine le légume
et ça le concentre,
ça le sucre un peu.
C'est l'heure de dresser
et de mélanger les textures et les couleurs.
Tu es gourmand de sauce.
J'aime bien les sauces.
Ça me rappelle quand, dans les campagnes,
les personnes, après avoir mangé leur soupe,
versaient du vin dans leur assiette
pour faire chabot.
C'est très appétissant.
C'est pas mal.
C'est délicieux.
Tout y est.
L'échalote, le côté sucré, l'œuf.
Il va terminer avant moi.
J'aime bien l'acidité.
C'est un classique.
Au top du classique.
Très amélioré.
C'est ici que nous quittons Alain
pour poursuivre notre voyage bérichon
à l'est du Cher,
à la frontière de la Bourgogne.
Traversé par la Loire et l'Allier,
ce pays aux milles pleines
est jalonné de beaux cages,
de petits villages charmeurs
et de cours d'eau sinueux.
Cette contrée verdoyante
et bucolique est le domaine de Nicolas.
Son métier de directeur d'office
du tourisme le conduit
à explorer ces terres qu'il aime tant.
Et selon lui,
l'un des trésors du Cher
à ne pas rater,
c'est aprement sur Allier.
Ce village pittoresque,
niché au bord de l'Allier,
va nous permettre de remonter le temps.
Louis Hurstel
est naturellement très attaché
à ce hameau puisque sa famille
y vit depuis plusieurs générations.
C'est un village pour lequel j'ai un gros coup de coeur
et on a vraiment envie de
déambuler dans ce village et de tomber amoureux.
Il y a aussi un aspect qui me plaît
énormément ici à Apremont sur Allier,
c'est l'unité architecturale.
Et c'est grâce à ton ancêtre ?
Oui, en fait tout à fait.
C'est grâce à mon arrière-grand-père
Eugène Schneedre qui arrive à Apremont
par son mariage avec la propriétaire du château
Antoinette de Saint-Sauveur
et tombe littéralement amoureux de l'endroit.
Donc il décide de racheter les maisons du village.
Tout ce qu'il peut racheter, il rachète.
Et il va vouloir lui redonner son aspect
médiéval
qu'il a perdu au fur et à mesure des siècles.
Tout ce qui n'est pas en harmonie,
il va l'enlever et il va
modifier les maisons et les améliorer pour qu'elles
retrouvent le visage qu'elles avaient
au Moyen-Âge.
Pour que Nicolas comprenne bien
le style architectural médiéval
Bérichon,
Louise l'emmène devant une maison typique
du village.
On retrouve ces codes qu'on voit sur les maisons médiévales
de cette période et dans cette région.
En l'occurrence, des petits escaliers extérieurs,
des toits en tuiles du pays.
On a aussi des fenêtres très sculptées
faites dans la pierre d'Apremont,
qui était une pierre friable très propice à la sculpture.
Et ce que je retiens aussi, c'est que vraiment
Apremont-sur-Allier, c'est le fruit
d'une bonne histoire d'amour.
Déjà, c'est l'histoire d'amour entre un homme
et sa femme, et puis c'est l'histoire d'amour
entre un homme et une région.
Mais l'histoire familiale de Louise
ne s'arrête pas là.
Elle continue sa trajectoire dans le parc floral
d'Apremont.
Dans ce jardin magique de 5 hectares,
se mêlent couleurs éclatantes
et parfums fleuris.
Ici, les cascades chantantes
côtoient de charmantes petites maisons
et soufflent un vent d'exotisme.
Je me rappelle encore, la première fois
où je suis venu ici, j'ai été bluffé
par la pelouse qui est très, très verte
et qui est parfaitement coupée au cordeau.
Je trouve que ça concurrence
vraiment les pelouses anglaises.
Oui, c'était un petit peu l'idée de mon oncle,
de mon grand-oncle, quand il a créé le parc
dans les années 70, puisqu'il s'est beaucoup inspiré
des jardins anglais. L'objectif, c'était d'apporter
de la vie dans le village, qui déjà,
il y a 50 ans, subissait
l'exode, en fait. Les gens allaient vers
la ville, le café fermé, l'école fermée.
Et donc, il s'est dit comment contrer
ce qui se passe. Et il a eu l'idée
de faire ce jardin et d'y intégrer
une partie du village.
Là où on se trouve, il y avait une route communale
qui passait juste devant les maisons.
Il y avait juste une place de village où il y a les 4 tilleuls
qu'on peut encore admirer aujourd'hui.
Sinon, il n'y avait rien d'autre.
Après des travaux titanesques,
le parc ouvre ses portes en 1976
et dévoile une incroyable
kyrielle de plantes.
Plus de 1500 espèces sont exposées,
dont certaines,
extrêmement rares, viennent de l'autre
bout de la planète.
Le souhait de l'oncle de Louise,
Gilles Brissac, de voir son village reprendre vie
se réalise.
30 000 visiteurs viennent s'y promener
chaque année.
Donc, c'est une passion qui passe de génération
en génération. Voilà, on pourrait dire ça.
Le château d'Apromont,
qui domine le village et les forêts avoisinantes,
s'est transmis dans la famille
de Louise au fil des années.
Ces vieilles pierres
ont traversé les époques
pour assister aux événements les plus sombres
de notre histoire.
Louise, durant la Seconde Guerre mondiale,
Apromont a eu la particularité d'être
à la limite entre la zone libre
et la zone occupée par les Allemands.
Est-ce que ce lieu
a vraiment été un lieu clé
durant ce conflit ?
Oui, Apromont, effectivement,
la ligne de démarcation passait
à deux kilomètres d'ici dans les bois.
Donc, en fait, le domaine d'Apromont
était vraiment coupé en deux et le château
et le village étaient en zone occupée.
Et donc, sa position lui a conféré
un vrai rôle puisque
beaucoup de Juifs et de résistants
sont passés par Apromont pour
transiter en zone libre.
Durant le conflit, le château d'Apromont-Surallier
a été investi par les Allemands ?
Oui, le château d'Apromont
a servi d'hébergement
non seulement à des officiers,
mais aussi à des douaniers allemands
qui dormaient dans les chambres avec leurs chiens,
qui organisaient des grandes fêtes
de beuveries,
de chants à la gloire d'Hitler.
Et on raconte que mes arrière-grands-parents
ont vu le drapeau, la croix gammée
plaqué sur le tableau des ancêtres
dans la grande salle à manger.
Effectivement, je pense que ça a dû être
une période assez marquante pour eux
ainsi que pour tous les habitants d'Apromont.
Notre visite du Cher
avec Nicolas se poursuit
à 40 km à l'ouest d'Apromont,
à Din-sur-Oron,
un petit village au cœur
de la Champagne-Bérichonne.
Ses remparts du XIIIe siècle
classés monuments historiques
abritent une perle de la gastronomie française,
l'huile de noix.
Et c'est Ondine
qui va guider Nicolas dans cette nouvelle
odyssée culinaire.
C'est une spécialité de la région,
alors si j'ai bien compris, c'est ça ?
Oui, exactement, ça a toujours été.
Il y a énormément de noyés dans la région.
Din était d'ailleurs la capitale
de la noix gastronomique en Béri.
Et jusqu'à il y a à peu près 70 ans,
il y avait une huilerie par chaque village
dans le Cher. Et aujourd'hui,
on est plus que deux dans le département
à fabriquer de l'huile de noix
de façon traditionnelle.
D'accord. Et quels types de noix
sont utilisés ici ?
Ici, ce sont des noix sauvages,
les noix qui ont été ramassées au gré des balades
ou dans les jardins des particuliers.
Ils nous les apportent, ce sont des noix qui sont gorgées d'arômes
et ensuite, nous, on les transforme en huile.
Ça paraît super gourmand tout ça.
Tu veux jeter un petit coup d'œil à la machine ?
L'occasion de rencontrer Sébastien,
pour qui les rouages
de cette machinerie n'ont plus de secret.
L'atelier date de 1929,
donc on a conservé la tradition.
Ça fait quasiment 100 ans que cette meule est là ?
C'est ça, 90 ans.
Ça veut dire que rien n'a changé ici finalement ?
Exactement, sauf le bonhomme.
D'accord.
Je pourrais mettre la main à la pâte, non ?
Je pourrais te donner un petit coup de main si tu veux.
Je ne crois pas que tu n'allais rien faire quand même.
Tu prends la manette et tu la pousses vers le mur.
D'accord.
Voilà, c'est ça.
C'est parfait.
Et c'est parti.
Les 800 kg de la meule vont faire leur effet.
Donc en fait, la noix
va être broyée, c'est ça ?
Exactement, l'idée c'est de retrouver une pâte.
C'est très impressionnant.
C'est vraiment la tradition qu'on recherche.
Dans des usines actuelles,
ils utilisent des concasseurs,
mais ça broie la noix de façon un peu plus grossière.
Il faut aller vite.
Que nous, on prend le temps pour bien dégager les arômes.
Donc en fait, faire de la bonne huile,
c'est aussi l'éloge de la patience.
Exactement, il faut du temps.
Une fois moulues, les noix sont torréfiées
à 70 degrés pendant 40 minutes.
Pour nous, c'est une étape très importante
la torréfaction.
C'est là qu'on va dégager
tous les arômes de l'huile.
On sait au nez et à l'œil quand c'est prêt.
Donc plus on va chauffer,
plus l'huile sera forte.
Tu sens l'odeur de pain grillé ?
Ça sent super bon.
Dernière étape,
le pressoir.
Voilà nos 30 kg de pâte.
En termes de ramement,
ça représente quoi au total ?
50%. Pour 2 kg de cerneaux,
on aura 1 litre d'huile de noix.
Ça va s'écraser pour extraire l'huile.
Ça va aller très vite.
Donc la presse descend petit à petit ?
Tu es sûr que c'est la presse qui descend ?
Non, c'est la cuve qui monte.
C'est la cuve qui monte, d'accord.
C'est magique.
Tu veux goûter ?
Bien sûr, j'ai envie.
En plus, elle est chaude.
Elle est chaude et légèrement tiède.
Tu retrouves ce côté pain grillé ?
Oui, on le sent.
Même dans l'odeur
qui ressort de l'extraction,
ça se sent.
Et au bout, c'est encore plus fort.
C'est vraiment bluffant.
Nous quittons Dain-sur-Auron et ses noyés
pour nous diriger à l'est,
dans les environs de la ville de Bèf.
Cette terre est traversée
par un ravissant enchevêtrement
de canaux.
Le plus célèbre d'entre eux,
le canal latéral à la Loire,
est creusé en 1838.
Il devient rapidement un axe-clé
pour relier le centre de la France
à la capitale.
Derrière l'histoire de la construction
de ce canal s'en cache une autre,
celle de l'industrialisation de Bèf.
Cette page d'histoire,
Nicolas souhaite nous la faire partager.
C'est grâce à Sylvie Fougeret,
spécialiste du patrimoine industriel
du Cher, que nous allons nous projeter
200 ans en arrière.
Au 19e siècle,
en pleine révolution industrielle,
Paris avait de forts besoins.
C'est pour ça que le canal
que l'on longe a été construit
pour alimenter en matière première
la capitale avec du charbon,
du fer et plein d'autres matériaux.
C'est ça.
À partir des constructions
du canal latéral à la Loire,
des ingénieurs vont venir
faire des prélèvements
tout autour pour connaître
la teneur des matériaux.
On va découvrir que c'est
un endroit propice à la fabrication
de la chaux hydraulique.
La chaux hydraulique,
fabriquée pour la 1re fois
à la fin du 18e siècle,
est un matériau à base
de calcaire argileux.
Les pierres à chaux,
extraites des carrières,
doivent être calcinées pour être
transformées en une poudre
aux propriétés étonnantes.
Elle se solidifie au contact
de l'eau.
La chaux hydraulique a révolutionné
la construction en France et dans le monde.
Elle a permis des structures
résistantes à l'eau,
telles que des piliers de poux.
Les besoins en chaux sont considérables
pendant l'ère industrielle.
Cette production transforme
Beff et ses environs en profondeur.
Sur 35 km
entre cette partie haute
et basse du canal,
tu vas avoir 25 usines
de production de la chaux
avec 12 % de la production nationale brute.
C'est vraiment gigantesque à l'époque.
Tout à fait.
Le pont Alexandre III a été érigé
grâce à cette chaux hydraulique
qui provient de Beff.
Absolument, on en est sûr.
Les piliers ont été scellés
avec de la chaux de Beff.
En revanche, il y a une petite rumeur
autour de la tour Eiffel
comme quoi les piliers de sous-bassement
auraient été également fabriqués,
montés grâce à la chaux hydraulique
de Beff.
Donc le Gustave Eiffel
doit vraiment une fière chandelle à Beff.
C'est ça, absolument.
Pour continuer notre plongée
dans l'ère industrielle berrichonne,
Sylvie nous mène à deux pas du canal
dans l'ancienne usine Chabrol,
la seule dont les vestiges
ont été réhabilités.
Tu te trouves dans la halle
d'extinction de l'usine
de fabrication de la chaux
qui date de 1900.
Ce que je trouve remarquable
c'est cette forme d'élégance industrielle.
J'ai même l'impression,
en déambulant avec toi,
d'entendre les ouvriers travailler
comme ils le faisaient à l'époque.
Oui, c'est un peu le sentiment
qu'on peut avoir quand on rentre ici.
Il faut imaginer que tu as
280 ouvriers sur le site
et sur l'ensemble du bassin
ça faisait 5000 ouvriers à peu près
plus toute la vie économique autour
que ce soit les petits commerçants,
les petits artisans
qui pouvaient vivre avec les canots
et avec les usines.
Tout ça, c'est des milliers de personnes
qui vivent sur le territoire.
Pour mieux comprendre
le quotidien des travailleurs de l'époque,
notre visite s'achève au cœur de l'usine,
dans les fourneaux.
Ouais, impressionnant.
Là, tu t'imagines
que tu as une charge
de charbon embrasé,
de pierre, de chaux
et que tout ça c'est au-dessus de toi
et que régulièrement on va ouvrir
les trappes, ça tombe dans le wagonnet
et là tu vois, t'as encore la trace
des rails par terre
et donc une fois que ton wagonnet est plein
ils vont emmener la chaux
jusque dans l'âle d'extinction
et là ça va se transformer en poudre.
Donc les conditions de travail
devaient être extrêmement pénibles pour tous les ouvriers.
Tout à fait.
Tu as des problèmes de maladies respiratoires
et les accidents, évidemment
s'ils tombent sur la chaux vive
parce que c'est extrêmement abrasif
12-14 heures par jour
6 jours par semaine
et le dimanche, ils vont se bagarrer
à Marseille-les-Aubigny
entre mariniers et chauffourniers
on se cassagne au bal
du dimanche.
C'est comme ça que se conclut leur journée.
La dernière étape de notre voyage
dans le Berry nous emmène maintenant
dans l'Indre.
Ces grandes étendues paisibles
offrent aux amoureux de nature
et de patrimoine un riche éventail
de découvertes.
Née sur ces terres,
Dorothée Menu y est intimement liée
depuis toujours.
Après un passage à Paris de plusieurs années,
elle décide de retourner dans le pays
de son enfance pour tenir des gites.
Elle souhaite nous faire
découvrir Nohant, un petit village
qui abrite la maison d'une auteur
majeure du début du XXe siècle,
Georges Sand.
Ce domaine,
entouré de jardins et parfaitement préservés,
Annick Dussault le connaît
sur le bout des doigts
puisqu'elle en a dirigé le musée.
C'est un domaine qui est particulier
pour moi parce que ma mère me lisait
La petite fadette quand j'étais petite
et les contes de sorcière du Berry.
C'est vrai que c'est un personnage
un peu incontournable
chez nous en Berry.
Pour Georges Sand, cette région
c'était quelque chose de très important.
Elle s'est vraiment inspirée
de toute cette nature, ces paysages
pour écrire.
Elle a été élevée par sa grand-mère je crois.
Oui, elle arrive un peu par hasard
en Berry puisque son père
a fait une chute de cheval mortelle
et donc elle va se retrouver
ici avec sa grand-mère.
Elle était élevée un peu
de manière duale entre
les enfants de la campagne
et cette grand-mère
très cultivée.
Oui, c'est vrai que sa grand-mère
lui donne une éducation
de jeunes filles de bonne famille, très aisées.
Et puis à côté,
elle a comme compagnon les enfants
des domestiques, des petits paysans
qui y vivent autour.
Petit à petit, elle engrange des manières de vivre
et toutes ces observations
vont ensuite lui servir pour écrire
ses romans.
Il me semble qu'elle avait un précepteur
qui la laissait monter à cheval à Califourchon.
Ça me touche particulièrement
parce que moi je suis cavalière
de famille de cavaliers.
C'était assez impensable à l'époque.
Oui, d'habitude on apprenait aux jeunes filles
à monter en amazon.
Mais là, on se rend compte très vite
que c'est beaucoup plus pratique
de monter en pantalon et à Califourchon.
Ça fait plusieurs choses qui font d'elle
une future Georges Sand.
Oui, une femme quand même très particulière,
très libre.
C'est dans cette maison d'enfance
que va se jouer les premières heures
de la vie d'adulte de celle qui n'est encore
qu'Aurore Dupin.
La future Georges Sand
s'y installe avec son mari Casimir Dudevent
en 1822.
C'est ici, dans ce bureau modeste
que naîtra un personnage étonnant.
Est-ce que quand elle écrit ici
elle s'appelle déjà Georges Sand ?
Elle est au tournant de sa vie.
C'est le moment où va naître
ce pseudonyme de Georges Sand.
Il faut dire qu'elle a rencontré
un jeune homme qui s'appelle Jules Sandeau
et avec Sandeau, elle va écrire
d'abord un premier roman, Rose et Blanche.
Donc là, ils vont le signer
J. Sand, donc la contraction de Sandeau.
Et puis, elle va continuer
à écrire dans ce petit boudoir
mais elle va se demander
comment le signer. Donc, elle va choisir
de garder Sand
mais elle va accoler le prénom de Georges
pour se démarquer de Jules.
Elle écrit toute seule et elle se démarque de Jules.
Et alors, pourquoi devenir
un homme pour écrire à cette époque ?
Oui, parce qu'à l'époque, c'est quasiment
impensable pour une femme d'écrire.
Les premiers temps, effectivement,
elle trompe tout le monde littéraire
et une fois, j'allais dire
que Georges Sand est reconnu,
elle dit elle-même, c'est un bon gaillard.
C'est le prénom de mon arrière-grand-père, Georges.
Voilà, alors est-ce que c'était
un prénom Usvel Ambery, peut-être,
à cette époque-là ?
À mesure que le succès de Georges Sand
grandit, son mariage se dégrade.
Une fois la séparation
consommée en 1836,
l'écrivaine s'entoure du gratin culturel
de l'époque et ce
petit monde est régulièrement reçu
dans ce salon.
Elle a quasiment reçu tous les grands artistes
de son temps ici.
On pense effectivement à Chopin
avec lequel elle a vécu quasiment neuf ans
mais aussi Delacroix,
Flaubert, Tourguignef,
donc Balzac.
Un petit déjeuner avec Chopin et Balzac,
c'est fou !
Oui, il y avait une grande liberté pour les gens,
on les invitait ici,
on se retrouvait pour manger et puis le soir,
en général, Georges Sand devait venir
avec le dernier chapitre qu'elle avait
écrit la nuit précédente et puis
elle leur lisait. Il faut s'imaginer
Delacroix en train de crayonner
quelque chose,
Chopin peut-être qui pouvait se mettre
au piano et soit
il improvisait parce qu'il paraît qu'il était très
drôle, qu'il pouvait mimer aussi
des personnages tout en
jouant du piano ou bien il faisait part
lui aussi de ses dernières compositions.
Nous laissons Nohant
et ses célèbres artistes car
l'Inde regorge de merveilles.
L'une d'entre elles
se trouve à quelques kilomètres sur un
plateau dominant la Creuse.
Il s'agit d'Argentomagus,
un vaste site archéologique
gallo-romain qui s'étend
sur 70 hectares.
Ces vestiges exceptionnels
n'ont pas fini de révéler tous leurs secrets,
ils font toujours l'objet de fouilles.
Dorothée redécouvre
cette cité antique avec plaisir
en compagnie de Philippe Riffaut,
le directeur du site.
Je ne me souvenais pas que c'était si grand
Argentomagus. C'est un site
très important. Viens, t'as pas tout vu,
je t'emmène.
Difficile de se le représenter aujourd'hui
mais ce domaine était à l'époque
une énorme agglomération.
Grâce à ces ruines si bien préservées,
les chercheurs ont pu
reconstituer précisément
l'urbanisme de cette cité.
La première perle de ces lieux,
c'est la fontaine monumentale
du IIe siècle.
Monumentale, pourquoi ?
Parce qu'elle est composée
d'une paire de gradins singulières
qui font que cette fontaine
est un cas un peu unique
angolo-romaine.
Si on dit gradin, est-ce qu'il y avait des gens
qui venaient s'asseoir dessus ?
Oui, très probablement. C'était sans doute
un espace où l'on pouvait débattre
des affaires de la ville, de la cité.
On puise l'eau et puis
on discute.
Un peu comme au marché aujourd'hui.
Les marchés de campagne,
on vient discuter.
Tout le monde avait le droit de venir ici ?
Les hommes, les femmes, les Gaulois,
les Romains ?
À cette époque, on est là, au IIe siècle,
les Gaulois et les Romains vivent très bien ensemble.
La conquête s'est faite par les armes
mais avec le temps, le système
que les Romains ont mis en place
a permis aux populations dites indigènes
de participer
à leur destinée.
Le clou de la visite se trouve
à quelques mètres de là.
Un théâtre gigantesque, capable
d'accueillir l'importante population
de cette métropole antique.
C'est très impressionnant, ce théâtre antique.
C'est vraiment un lieu
exceptionnel.
C'est un édifice qui contenait
jusqu'à 5000 spectateurs
et qui est, de toute évidence,
un symbole de richesse.
Est-ce qu'on s'installait
à sa guise ? Est-ce qu'il y avait des ouvreuses ?
Non, il n'y avait pas des ouvreuses.
Malgré tout, il y avait des raids.
Il y avait, sur la droite,
la place réservée aux prêtres
qui présidaient aux jeux scéniques
car ces jeux se déroulaient
dans le cadre de manifestations religieuses.
Il y avait les notables qui
s'installaient sur les gradins
et le reste de la population
qui s'installait
dans le théâtre, les esclaves d'ailleurs,
pouvant eux aussi assister
aux jeux scéniques.
Quel genre de spectacle jouait-on ici ?
C'était léger, c'était drôle.
C'était une manière
de niveler les différences sociales.
On se moquait parfois
et cela pouvait
satisfaire la population
modeste qui, par procuration,
tâtelait les classes dirigeantes.
Un peu de sarcasme.
On avait le droit.
C'est drôle de voir
cette idée associée à un lieu
aussi solennel.
Maintenant, je vais pouvoir fouiller.
Si tu le souhaites, tu vas pouvoir
tâter de la truelle, comme on le dit
entre archéologues.
Et me prendre pour Indiana Jones.
Je t'emmène sur le site, on y va.
Il est temps pour Dorothée
de rejoindre Simon Giron,
occupé à faire parler
ses pierres millénaires.
Bonjour, Simon.
Bonjour.
Qu'est-ce que tu fouilles ?
Je fouille l'extérieur
d'un édifice religieux
de l'époque romaine, un temple.
On se situe entre la fin du IIIe
et le début du IVe siècle.
Je peux faire un peu l'archéologue ?
Je ne voudrais pas détruire
quelque chose, mais j'aimerais bien...
Je te propose de prendre
les outils adéquats.
Vas-y, tu peux y aller.
Il y a des choses intéressantes.
N'hésite pas à le dégager.
Il n'y a pas de souci.
Là, tu vois,
on voit une épaisseur de mortier importante,
une couche plus fine, plus blanche,
et par-dessus, une petite peinture rouge.
Ce sont les vestiges
de l'enduit mural
du mur contre lequel tu es appuyé.
Ce qui est intéressant,
vu qu'on est dans un temple,
c'est qu'on peut trouver des graffitis.
Je n'ose pas trop continuer.
Comme je ne suis pas experte,
je ne voudrais pas abîmer les graffitis.
C'est un comble de ne pas abîmer les graffitis.
Vous avez trouvé des choses
auxquelles vous ne vous attendiez pas ?
Justement, on a notamment
ici
deux fragments d'une même statuette
qui se recollent ensemble.
C'est une figure un peu classique
qui est représentée ici.
C'est le genre d'objet
qu'on retrouve fréquemment
dans divers contextes,
que ce soit un habitat,
une tombe.
Là, on l'a retrouvé au plus proche de la divinité.
Une des hypothèses d'interprétation
pour cet objet, c'est qu'on l'a offert
à la divinité.
Ensuite, on a retrouvé ce petit objet-là
qui est là bassement matériel
puisqu'il s'agit d'un cure-oreille.
Un coton-tige ?
Le coton-tige de l'époque, exactement.
Qu'est-ce qu'un coton-tige fait dans un temple ?
Là est toute la question.
Visiblement, on n'hésitait pas
à donner à la divinité des objets
même les plus simples et les plus banals.
C'est quand même fou de se dire
qu'on fouille un mur
avec des petits morceaux
qui ont été fabriqués par nos ancêtres
il y a 2000 ans.
Je le remercie beaucoup.
Pour couronner notre visite dans l'Indre,
nous vous emmenons dans un lieu unique,
le château de Valençay,
situé aux abords
de la rivière du Naon.
Construit au XIIIe siècle,
cet édifice a évolué
au fil des époques
et mêle différents styles architecturaux.
Sylvie Giraud,
la conservatrice de ce monument,
n'en finit plus de se passionner
pour les fabuleuses histoires
qui se sont déroulées ici.
Quel incroyable château !
Moi, il me fait un petit peu penser
à Chambord.
Oui, il est magistral.
Ça vient du donjon Renaissance,
ça vient de ces deux tours
incroyables en dôme.
Il me semble qu'il a été choisi
par un personnage très illustre.
Oui, qui est Talleyrand,
le ministre des Relations extérieures de Napoléon.
C'est d'ailleurs Napoléon
qui l'a incité à acheter ce domaine
pour faire valoir la gloire
de l'Empire.
Il l'a acheté avec l'aide
de l'Empire,
parce que Talleyrand savait très bien
faire payer autrui.
Donc, c'est un château qui lui appartient.
Il l'habitera pendant 30 ans.
À Valencay sont reçus
les plus hauts dignitaires
et chefs d'État étrangers.
Dans ces murs, c'est même parfois
joué le destin de l'Europe.
Alors Sylvie, pourquoi parlait-on
de la réputation de prison dorée
de Valencay ?
Parce qu'en effet, ça a été
la prison dorée des princes espagnols
pendant 5 ans.
Parce que Napoléon
a voulu mettre son frère Joseph
sur le trône d'Espagne.
Et pour ce faire, en 1808,
il a organisé une entrevue à Bayonne
et il a,
on pourrait dire, kidnappé les princes
et les a emmenés à Valencay.
Et alors, M. de Talleyrand
recevait les princes d'Espagne
en exil ici ?
Oui, tout à fait. Il se devait de les recevoir
évidemment le mieux possible.
Donc, on a construit
un théâtre, on a construit
un pavillon de chasse. Ils étaient
magnifiquement traités en cuisine.
Et puis, il y avait toute la cour.
Donc, une cinquantaine de personnes en réalité.
Ah oui ! Et alors, ma grand-mère
me racontait que les chaises
ici auraient été brodées
par les dames de la cour.
Oui, en effet, ça fait partie des souvenirs.
Tout comme on a aussi
le portrait du
prince d'Espagne, Ferdinand VII,
parce que, comme il était
très heureux finalement
des bons traitements qu'on avait
eu pour lui, il a envoyé son portrait
à Talleyrand à la suite.
Sylvie nous guide
dans la pièce la plus énigmatique du château,
le bureau de Talleyrand.
C'est dans ce lieu de l'intime
que s'exprime toute l'ambiguïté
de sa personnalité.
Voici le meuble
de l'apparat du faste
de l'Empire par excellence.
Avec tous les codes,
l'aigle,
les sphinges ailées,
et puis derrière, c'est aussi un cabinet des secrets.
Si j'appuie sur ces
petites chouettes,
on ouvre, et derrière,
des tiroirs. Des tiroirs
dans lesquels peuvent se loger
des courriers confidentiels,
diplomatiques, des billets.
Et donc on représente ici
tout ce que Talleyrand
était pour l'Empire, c'est-à-dire on est
dans l'ostentatoire, dans la
représentation par excellence.
Et alors à côté de ce meuble
très luxueux, très doré,
il y a un contraste fort avec ce
mobilier complètement différent, il n'y a pas de dorure.
Talleyrand, en effet,
réserve toujours des surprises,
et donc il a aussi ce côté
de recueillement, on pourrait dire,
de simplicité, de profondeur,
puisqu'il était double, triple, multiple
Talleyrand. Et alors ce fauteuil,
il me plaît beaucoup, est-ce que j'ai le droit de l'essayer ?
Oui, c'est le dernier fauteuil
du prince. Il est magnifique,
et puis alors il a cette poche
sur le côté pour ranger mes magazines
de déco. Tout à fait moderne.
Talleyrand,
durant toutes ses années de gloire,
un complice inattendu.
Marie-Antoine Carême,
illustre cuisinier, qui a lui aussi
contribué à sa manière à la politique
étrangère française.
Bernard Brossier est un chef,
fin connaisseur des recettes de cette légende
de la gastronomie française.
Bonjour Bernard.
Bonjour Dorothée. Nous voici
dans la cuisine d'Antonin Carême.
Oui, Antonin Carême, ce célèbre
cuisinier, qui est venu à Valençay
véritablement pour faire la cuisine
pour plein de chefs d'État, parce que
au travers
de la cuisine, la diplomatie
se passait beaucoup mieux.
Et est-ce qu'il a apporté quelque chose à la cuisine
française ? Absolument.
Il est à l'origine de toute
la cuisine qu'on connaît à l'heure actuelle.
Les sauces, etc.
Il a mis de l'ordre un petit peu dans tout ça.
Et il est vraiment à l'origine de la
cuisine moderne, oui. Dorothée va
maintenant s'essayer à la cuisine de ce grand
chef. Au menu,
la célèbre recette du potage
de quenelle de carpe, revisitée
par Bernard. Donc maintenant,
ça donne un consommé de poules noires du Berry,
qui est un produit régional, au quenelle
de carpe de Brenne et champignon.
C'est la carpe de Brenne qui est un
produit régional aussi ? Bien sûr.
Donc là, j'ai préparé un petit peu
de mie de pain. On va
additionner un peu de lait.
Et puis chauffer doucement pour sécher
cette mie de pain.
Donc il faut y aller.
Voilà. On va arrêter.
Ensuite, l'élément clé de la recette,
la carpe, est coupée
et mixée. Le pays
d'où je viens, qu'est la Brenne, a quelques
encablures de Valencée, où on produit de la carpe
dans des étangs.
Et donc voilà pourquoi la recette d'Antonin
Carême m'a paru évidente à faire.
Oui, d'ailleurs, la carpe, ça me rappelle
les pêches d'étang. On vide
tous les temps pour récupérer toutes les carpes
parce que c'est comme ça qu'on les pêche en Brenne.
C'est une fête.
Tout le monde se retrouve. C'est ça.
Après, il va falloir rajouter un peu
de beurre. Enfin, quand je dis un peu,
et encore, j'ai diminué la quantité
par rapport à ce qu'il y avait dans la recette d'origine
parce que
ils étaient tellement gourmands.
Mais c'était
quand même très grand.
Je te laisse mettre le 4 épices.
Allez, la moitié.
La moitié du contenu, là ?
Oui, il faut que ce soit relevé.
Je m'arrête quand tu dis stop.
Allez, ça me paraît pas trop mal.
Encore, un tout peu.
Une fois la carpe assaisonnée, elle est mélangée
à la mie de pain séché.
Puis le tout est lié avec des oeufs.
Il n'y a plus qu'après à pocher
les quenelles. J'essaye.
Oui, il faut.
Il y a un début à tout.
On en sert comme ça de façon
à former la quenelle.
C'est super.
Je vais peut-être vous embaucher.
Les quenelles plongées dans un bouillon de volaille
vont pouvoir absorber
de nouveaux arômes.
Ça commence à sentir drôlement bon, cette carpe.
L'heure du dressage a sonné.
Maintenant,
un petit peu de bouillon dans le fond
de notre assiette.
Quelques champignons.
On va délicatement prendre
nos quenelles.
Et c'est fini. Il n'y a plus qu'à déguster.
J'ai hâte.
Alors, qu'en pensez-vous ?
C'est délicieux.
Prums, tu as le droit de me reservir ?
Bien sûr.
Le Berry est à l'image
de ses habitants, généreux
et attrayant.
Ainsi s'achève notre voyage dans cette région
dont les multiples facettes
ne cesseront de vous enchanter.
Autant de lieux qu'il faut absolument
voir une fois dans votre vie.
