
Cîteaux, l’abbaye retrouvée : Épisode 3
Des débuts difficiles
Aux racines d’un vin céleste et d’un destin glorieux !
Sous le vaste ciel de Bourgogne, où la terre arable s’étend en une promesse d’abondance, les moines de Cîteaux s’établirent dans un silence empreint d’espoir et de prière. En plus des terres octroyées par Renaud Vicomte de Beaune, Ce fut sur d’autres terres fertiles mais dans la même plaine de la Saône, que le seigneur de Rouvres, créa une alliance sacrée. Une charte fut scellée : les terres et les âmes œuvreraient ensemble, unies par un dessein divin. Tandis que les herses traçaient les sillons et que le vent portait les chants des cantiques, les moines entreprirent un projet audacieux : l’implantation de vignes hautes.
Ces vignes, nourries par la sagesse des siècles, furent enrichies de cépages d’une origine insoupçonnée. Des recettes venues des rivages lointains de l’Égypte antique, à l’époque ptolémaïque, furent apportées jusqu’à ces terres par Etienne Harding dit « le voyageur ».
Sous l’ombre des cloîtres et l’œil vigilant de Dieu, les moines de Cîteaux entreprirent de façonner un vin d’excellence, une liqueur que le monde, disait-on, comparerait à l’ambroisie des cieux.
Cependant, le succès attira autant la lumière que l’ombre. De Rome, le Pape, séduit par les promesses du vin et l’ascétisme renouvelé de l’ordre cistercien, adouba les frères de Cîteaux.
Même le camerlingue, en sa sagesse diplomatique, bénit cette œuvre, voyant dans leurs efforts une renaissance de la foi et de la discipline. Mais cette bénédiction provoqua le courroux de Cluny.
Cluny, l’antique et puissante abbaye, voyait d’un œil noir la montée fulgurante de son rival. Sous la houlette de Pons de Melgueil, l’abbé de Cluny, une lutte sourde s’engagea, nourrie par la jalousie et la crainte d’un éclat qui ne serait plus le sien.
Entre invectives théologiques et rivalités terriennes, les tensions menaçaient d’embraser les cœurs autant que les domaines.
C’est en ces heures tourmentées qu’un jeune novice nommé Bernard fit son entrée à Cîteaux, accompagné de sa famille et de ses amis. Bernard, dont le regard portait une ferveur rare et dont l’esprit semblait habité d’une lumière céleste, devint rapidement une âme précieuse pour l’abbaye. Avec lui, l’ordre trouva une vigueur nouvelle.
Bernard parlait aux hommes comme aux anges, rappelant que le vin, fruit du labeur et de la grâce, n’était pas seulement un breuvage, mais un symbole du sang du Christ.
Sous son influence, l’œuvre de Cîteaux gagna en profondeur et en résonance. Tandis que la vigne poussait, ses paroles enflammèrent les esprits, offrant à l’abbaye une voie où la foi et le terroir se rejoignaient en une harmonie parfaite.
Ainsi, sur ces terres bénies, entre luttes et bénédictions, l’histoire de Cîteaux se tissa comme une vigne s’enroulant autour de son tuteur : fragile mais déterminée, offerte au ciel et enracinée dans la terre. Les cœurs, quant à eux, battaient au rythme des cloches, porteurs d’un espoir à jamais vivant.
M.L.Q. ®
