Salut les aventuriers, ici Mister Geopolitix.
Le sujet du jour n'est pas un sujet très médiatisé. Pourtant, il concerne l'état de santé de notre planète
et il est crucial, comme beaucoup d'autres enjeux environnementaux que j'ai pu traiter sur ma chaîne.
Peut-être que vous avez entendu parler de la disparition du sable sur la chaîne de "Professeur Feuillage"
ou bien celle de "Et tout le monde s'en fout". Ou bien dans un épisode "Le dessous des cartes".
Parce qu'il y a quand même pas mal de documentation sur le sujet.
Mais j'ai l'impression qu'il est moins présent dans nos esprits
que le thème de la déforestation, de la désertification ou encore de la surpêche.
Du coup, j'en profite à mon tour pour faire un point sur le sujet. Allez, c'est parti !
** Générique de début **
Pour comprendre l'origine de la disparition du sable, il faut comprendre deux dynamiques de fond qui opèrent actuellement sur Terre.
Premièrement, l'augmentation de la population mondiale. Ça, on l'a vu dans certains de mes épisodes.
La population mondiale augmente, mais pas du tout de manière uniforme,
c'est-à-dire qu'il y a vraiment deux gros foyers qui concentrent ces augmentations :
l'Afrique et l'Asie.
Deuxième grosse dynamique de fond - et ça, pour le coup, on peut le voir vraiment sur l'ensemble du globe - une augmentation de l'urbanisation.
Il y a de plus en plus de gens qui vivent dans les villes.
Et dans les pays en voie de développement, on se rend compte que le tissu urbain se densifie, avec notamment beaucoup d'exodes ruraux.
Donc, plus de personnes et plus de villes. Nécessairement, ça va induire plus de constructions
et la fabrication de plus de produits de la vie de tous les jours, tels que le verre, le plastique, ou encore le caoutchouc.
Parce que, pour fabriquer tout ça, il faut un ingrédient : le sable.
Personnellement, je ne travaille pas dans le domaine de la construction et j'imagine que beaucoup d'entre vous non plus, donc on peut avoir du mal
à se rendre compte des quantités astronomiques de sable dont on a besoin pour construire tout ça.
Mais, en général, on utilise des ordres d'échelle. Par exemple, pour un kilomètre d'autoroute, c'est 30 000 tonnes de sable.
Et pour la construction d'une maison, en moyenne, c'est 200 tonnes.
Sur Terre du coup, on est tellement dépendant de cette ressource
que c'est la troisième ressource que l'on exploite le plus, après l'air - normal, il faut bien quand même respirer -
l'eau - faut bien boire - et le troisième, c'est effectivement le sable.
Et il faut le reconnaître, le sable, c'est pas forcément mega sexy, donc dans l'inconscient collectif,
on peut être ému et on peut vraiment se mobiliser pour la raréfaction de l'eau par exemple.
Mais pour la disparition du sable, c'est plus difficile de susciter de l'émoi chez les gens.
Parce qu'au fond, on peut être tenté de se dire que du sable, il y en a beaucoup sur terre.
Et effectivement, les ressources sont énormes.
On estime que on a environ 120 millions de milliards de tonnes de sable sur Terre.
120 millions de milliards... je crois que j'ai jamais dit un chiffre aussi élevé de ma vie.
On en trouve au fond des océans, dans les rivières, dans les déserts
et on peut même en fabriquer en concassant certaines roches dans les carrières.
Simplement, tous les sables n'ont pas la même composition
et on ne peut pas tous les utiliser, nous, pour nos besoins dans le domaine de la construction.
70 % du sable industriel est utilisé en Asie
et les plus gros importateurs sont : la Chine, avec un quart du sable consommé dans le monde,
et les pays du Golfe.
Décidément, je parle beaucoup de la Chine et de l'Asie ces derniers temps,
mais il y a un dynamisme extraordinaire dans la région et forcément, ça se répercute sur beaucoup d'enjeux.
Accrochez-vous bien parce que entre 2011 et 2013,
la Chine a utilisé autant de béton que les États-Unis en cent ans, sur la période 1900 à l'an 2000.
Et il y a un drôle de paradoxe à Dubaï, où l'on trouve le Burj Khalifa, le plus haut bâtiment du monde.
Vous vous doutez bien que sa construction a dû demander énormément de sable
et, puisque le pays est recouverte de déserts, on peut se dire qu'ils ont eu facilement la matière première sous la main.
Simplement, le sable du désert est beaucoup trop fin et rond
pour être utilisé dans le domaine de la construction.
Il n'y a pas d'aspérités sur les grains, du coup le béton ne prend pas.
Alors, pour construire cet ouvrage, ils ont été obligés d'importer du sable d'Australie.
Cela nous amène à nous intéresser aux conséquences de notre utilisation massive de sable.
Le sable qui nous intéresse pour la construction, c'est un sable siliceux,
que l'on trouve en grande partie dans les fonds marins et très souvent vers 30 mètres de profondeur.
Pour l'extraire, on utilise des bateaux que l'on appelle les sabliers.
La première conséquence, c'est qu'en extrayant le sable, ça va faire un trou.
Simplement, le trou communique avec tout le reste de l'océan et donc tout le sable va venir glisser petit à petit,
avec le mouvement des vagues, pour remplir le trou.
Donc les plages petit à petit vont diminuer, elles vont descendre
et elles vont reculer en même temps au fur et à mesure que ça va s'écarter.
Et donc, les plages vont reculer et elles vont éroder le littoral.
En soit, le fait que la plage recul et que l'on observe l'érosion du littoral, c'est pas un problème.
Le problème, c'est que nous, au cours de l'histoire, on a décidé d'habiter sur ces littoraux
et donc, forcément, ça vient nous impacter directement.
Et à certains endroits mêmes où on a bétonné le littoral, la plage ne peut plus reculer, puisqu'elle tape sur du béton.
Donc du coup, elle va continuer de descendre, descendre, descendre, jusqu'à carrément disparaître.
Et il y a des plages qui ont déjà disparu.
On estime dans le monde que 90 % des plages reculent.
En deuxième conséquence, on peut citer le fait que certaines nappes phréatiques proches du rivage se salinisent
et sont du coup inutilisables pour l'homme
Lorsque les sabliers aspirent le sable proches du rivage, ils aspirent absolument tout.
Il y a donc une disparition et une dégradation des fonds marins et des zones de reproduction.
On observe une baisse de la pêche. Et avec les plages qui reculent, voire qui disparaissent,
on peut même observer à certains endroits une baisse du tourisme.
Enfin, comme pour n'importe quel sujet où on met une interdiction, avec des juridictions,
et bien il y a des gens qui arrivent et qui sont prêts à prendre ce risque et à le monnayer pour contourner la législation.
C'est pour ça que l'on voit à certains endroits des mafias faire de la contrebande de sable.
C'est notamment le cas au Maroc et en Inde.
Et il peut même y avoir des conséquences géopolitiques !
Si, si, je vous jure, c'est vrai ! C'est le cas de l'Indonésie.
À force d'extraire du sable pour le revendre, et notamment à Singapour,
eh bien, il y a un groupement de 20 îles qui ont disparu.
C'est hyper impressionnant, mais d'un point de vue géopolitique,
il y a une autre île qui est beaucoup plus intéressante,
puisque cette île se trouve à la limite du territoire de l'Indonésie.
Et c'est donc à partir de cette île là que le calcul de la Zone Économique Exclusive de l'Indonésie a été fait.
Donc si cet île disparaît, vous comprenez bien que le pays perd une zone maritime
Et il se trouve que cette île est située pas n'importe où.
Elle est située dans un endroit très stratégique, puisque c'est à l'embouchure du détroit le plus traverser au monde :
le détroit de Malacca. Vous avez vu l'épisode que j'ai fait sur le sujet, donc je ne vous apprends rien.
On comprend donc que cette perte pour le pays serait tragique d'un point de vue économique et stratégique.
Pour évoquer brièvement les solutions, les experts évoquent généralement deux points.
Premièrement, le fait de devoir trouver de nouveaux matériaux de construction
qui utilisent moins, voire pas du tout, de sable et qui peuvent même recycler d'autres matériaux.
Deuxièmement, réglementer et limiter l'extraction du sable proches du rivage,
dans le cas où le recul de la plage viendrait menacer des vies humaines et détruire des écosystèmes côtiers.
Mais dans ce cas là, il va falloir s'attendre à devoir lutter contre de nouveaux trafics.
Et un moment ou un autre, il faudra se poser la question des barrages,
puisque ceci empêche le renouvellement du sable, un sable qui est justement très propice pour la construction de bâtiments.
Voici pour le sujet du jour. J'ai terminé ma liste de formats courts.
On se retrouve très vite avec un épisode en collaboration avec l'Agence Française de Développement
et on passera ensuite au nouveau format long sur le terrain, en commençant par la Guyane.
Mais aller ! À très vite, les petits aventuriers.