Quel est l'animal le plus braconné au monde? On en profitera au passage pour évoquer le braconnage au sens large et quelques pistes de solutions pour tenter de ralentir le phénomène (Clique pour plus d'infos ↓ )
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Eléphants, rhinocéros,
perroquets, tortues.
Autant d'espèces naturelles convoitées, chassées et menacées parfois de disparaître.
Chaque année, j'ai l'impression qu'on entend des rapports alarmants
parler de nouvelles espèces braconnées dans le monde.
Et à l'inverse, comme il y a quelques jours,
on apprend aussi que certaines populations animales,
autrefois gravement menacées, réussissent à grossir à nouveau.
Il est donc temps de faire un point sur le sujet du braconnage.
.** Générique de début **
Braconner, c'est chasser ou pêcher une espèce animale alors que la loi nous l'interdit.
On peut nous interdire de pêcher ou de chasser une espèce animale pour différentes raisons,
mais la principale,
c'est parce qu'elle ne se reproduit pas assez vite et qu'en la chassant, on risque de la faire disparaître.
Ce qui est super intéressant, c'est que le braconnage, ça fonctionne exactement comme le trafic de drogue.
Je m'explique :
Sur votre territoire, vous avez des plantes et, en les transformant, et après en les consommant,
vous vous rendez compte que vous pouvez avoir certaines sensations.
Mais vous, en tant que gouvernement, vous vous rendez compte que cela peut avoir des incidences
sur la santé des habitants de votre pays.
Donc vous vous dites : j'interdis
la production, la transformation et la vente de ce produit-là.
Et même si c'est illégal, à partir du moment où il y a une demande,
il y aura des gens qui seront prêts à prendre des risques pour fournir le produit.
Le braconnage, c'est exactement pareil.
Vous en tant que gouvernement, vous voyez qu'il y a des populations animales
qui risquent de disparaître si on continue de les chasser.
Vous dites : c'est illégal.
Malgré l'interdiction, s'il y a une demande, il y aura des gens qui seront prêts
à chasser ces animaux pour les revendre derrière.
La première question qu'on peut se poser, c'est : qui est-ce qui braconne ?
Et globalement, il a deux catégories de personnes.
Premièrement, on va retrouver ceux qui vont chasser pour leur consommation personnelle,
donc c'est vraiment de l'alimentation de survie, ou pour le revendre vraiment très localement au marché du coin.
Typiquement, les deux mexicains que j'ai rencontrés dans l'Etat de Veracruz,
qui chassaient des crabes aux pinces bleues, des tortues de mer et certaines espèces de crocodiles,
rentraient directement dans cette catégorie-là.
Je vous mets le lien du podcast audio juste là.
La deuxième catégorie de personnes agit, elle, à beaucoup plus grosse échelle
et elle a beaucoup plus de moyens.
Ce deuxième groupe rentre dans une logique beaucoup plus commerciale
et, parce qu'elle fait des ventes et qu'elle vend beaucoup,
elle se donne aussi les moyens d'être mieux équipée :
des hélicoptères, des armes et plus de personnel.
Tout ça parce qu'il y a de la demande
et que cette demande, derrière, génère du fric.
On va en reparler juste après.
Bon, c'est deux catégories assez simplifiées,
parce qu'en vrai, c'est très difficile parfois de les placer dans une catégorie ou dans l'autre.
Et en plus de ça, certaines personnes qui sont dans le 1er groupe
peuvent aussi parfois être amenées à passer dans le 2ème.
Deuxième question que l'on peut se poser :
pourquoi est-ce qu'il y a de la demande pour ces espèces animales ?
On chasse le panda pour sa fourrure,
la baleine pour sa viande,
l'éléphant pour ses défenses en ivoire,
le rhinocéros pour les propriétés supposées de sa corne,
idem pour le pénis du tigre, dont certaines populations asiatiques leur prêtent des propriétés aphrodisiaques ,
etc., etc.
Voici un graphique du WWF présentant l'évolution du nombre de rhinocéros
tués uniquement en Afrique du sud
en dix ans, de 2007 à 2017.
Même constat pour les éléphants d'Afrique,
où le WWF recense entre 20 000 et 30 000 individus tués chaque année.
Plein d'autres espèces subissent le même sort, des espèces plus ou moins médiatisées,
mais en 2018, le mammifère le plus braconné au monde, c'était lui :
le pangolin.
C'est une sorte de fourmilier avec de grosses écailles,
que l'on retrouve en Asie et en Afrique.
On estime qu'un million d'individus ont été chassés ces dix dernières années pour sa viande et ses écailles.
Je vous ai dit à l'instant qu'on pouvait se faire beaucoup d'argent avec la revente des animaux braconnés,
et pas qu'un peu :
sur tous les trafics illégaux recensés,
le braconnage est le 4ème qui rapporte le plus d'argent.
En premier, on retrouve la contrefaçon,
en deuxième, la production de drogue,
troisièmement, la traite d'êtres humains,
et quatrièmement, le braconnage.
On estime les recettes du braconnage entre 7 et 23 milliards de dollars chaque année.
Juste pour illustrer, il faut savoir que sur le marché noir,
une corne de rhinocéros se vend plus cher que de la cocaïne.
Il y a peu de temps, c'était la drogue qui était le trafic qui rapportait le plus d'argent.
Mais il y a eu un glissement et c'est la contrefaçon aujourd'hui qui en rapporte le plus,
parce qu'il y a de la demande, mais surtout, comparé à la drogue,
il y a beaucoup moins de répression et beaucoup moins de sanctions.
Donc, si on veut désinciter les trafiquants à braconner, on peut agir sur trois points :
faire baisser la demande.
Donc, pour ça, il faut informer les pays qui sont les plus demandeurs de ce genre de produits
des impacts réels du braconnage.
Et il faut aussi informer les populations locales des réelles vertus
qu'ils attribuent parfois, à tort, à certaines espèces animales.
Deuxièmement, protéger les espèces actuelles,
donc encore une fois, informer au niveau local de là où se passe le braconnage.
Et deuxièmement, créer vraiment de la protection.
Ca peut être créer des espaces naturels avec des gardiens. Et les former. Et les financer.
Ca pourrait aussi être passer des lois.
Par exemple, récemment, la Birmanie a interdit la vente d'ivoire sur son territoire
et des produits dérivés des animaux sauvages.
Aussi, on peut alourdir les peines et les sanctions
pour désinciter les braconniers et rendre ce marché non lucratif.
Par exemple, de manière un peu spectaculaire,
le Kenya a annoncé en avril cette année
vouloir instaurer la peine de mort contre les braconniers.
Pour conclure, il faut surtout rappeler que la pauvreté peut être un des facteurs
qui fait que certaines personnes tombent dans le braconnage.
Donc bien sûr, même si on cherche à résoudre le problème, à trouver des solutions,
il ne faut pas pour autant se réjouir de la mort de certains braconniers,
comme j'ai pu voir passer sur Twitter récemment.
Bien sûr qu'on cherche à trouver des solutions,
mais si on se réjouit de la mort de certains braconniers,
c'est nier certaines conditions et certaines difficultés qu'ils pouvaient éprouver dans leur pays
et qui ont été éventuellement un élément déclencheur pour les faire tomber dans ces trafics.
L'ONU le rappelle très bien :
lutter contre le braconnage, c'est pas uniquement sauver des animaux et la biodiversité.
C'est s'occuper des conditions de vie des habitants qui habitent dans ces régions-là.
C'est oeuvrer pour leur sécurité.
C'est renforcer l'État,
parce que dans certains pays pauvres,
il y a parfois des groupes mafieux qui sont beaucoup mieux équipés que les propres policiers du pays.
Et enfin, dans certaines régions du monde,
lutter contre le braconnage, c'est oeuvrer pour la paix.
.** Générique de fin **