La Bretagne : le guide du parfait touriste

Ici et ailleurs voyages
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191 Vues de vidéo·1 janv. 2025
Pour notre second épisode breton, nous laissons derrière nous la rade de Brest,
cette baie étroite tout en somptueux recoins,
et survolons la presqu'île de Crozon pour partir à la découverte de la Bretagne du Sud.
Une aventure qui nous fera parcourir près de 900 km de côtes déchiquetées,
entre la baie de Douarnenez et l'estuaire de la Loire,
en passant par les Glénans, Quiberon ou encore Guérande.
À Douarnenez, Gwendal, le rédacteur en chef du Chasse-Marée,
nous dira tout sur sa légendaire revue et la sauvegarde du patrimoine maritime.
Passé la non moins légendaire pointe du Rhin,
nous irons bavarder avec les bigoudaines de Pinmar,
et briserons au passage l'image d'Epinal.
Au large de Concarneau, Nathalie, la monitrice de Catamaran,
nous fera découvrir l'archipel des Glénans, cette école de la voile et de la vie.
Thierry, lui, nous embarquera à la sardine en baie de Quiberon.
À Vannes, grâce à François et Didier, crêpes et galettes n'auront plus de secret pour vous,
ni le sel que produit Pascal à Guérande.
Niché au fond de sa vaste baie,
le port de Douarnenez a été l'un des hauts lieux de la pêche à la sardine
et le berceau de la conserve de poissons.
Douarnenez est aussi le berceau des premières associations de sauvegarde de bateaux traditionnelles,
les premiers grands rassemblements de vieux gréments ayant vu le jour,
grâce en particulier à un acteur majeur de la reconquête du patrimoine et de la culture maritime,
le journal Le Chasse-Marée.
Cette revue désormais légendaire est installée sur le port du Rossmeur.
Dans une sympathique ambiance de désordre organisée,
la rédaction réalise une dizaine de numéros par an, tirés à 30 000 exemplaires.
Il va sans dire que Gwendal, le jeune rédacteur en chef, a le pied marin depuis l'enfance.
Quand j'écris Le Chasse-Marée en 1988 au sujet de mon petit bateau à pédale,
mon souhait n'est pas forcément un jour de devenir journaliste.
Ça va être un peu le hasard.
A cet âge-là, j'ai envie d'être marin.
Ce qui me passionne, c'est de naviguer.
Je me souviens étant au collège, c'était le mercredi après-midi, on allait en bateau.
Le samedi, on allait en bateau. Le dimanche, on allait en bateau.
Mon idée première était de naviguer.
Il se trouve ensuite que j'ai fait des études littéraires
et que le mélange des deux, la mer et les lettres,
ça conduit assez facilement à devenir journaliste spécialisé en maritimes.
Au fait, un chasse-marée, c'est quoi ?
Le chasse-marée, c'est un nom assez symbolique.
Il y a une époque où les bateaux de pêche sont allés de plus en plus loin pour trouver du poisson.
Ça leur prenait de plus en plus de temps aussi pour ramener le poisson au port.
Ils ont inventé un bateau, un petit caboteur,
qui se rendait sur les lieux de pêche et qui prenait le poisson directement à bord des bateaux
et qui le ramenait au port à leur place. Comme ça, les bateaux n'avaient plus à rentrer.
Pour nous, ce nom est tout à fait symbolique
puisqu'on va chercher l'information aux quatre coins de France et aux quatre coins du monde
pour la ramener à nos lecteurs.
Le chasse-marée est installé dans un abri du marin,
fondé en 1912 par un philanthrope qui s'appelait Jacques de Tézac.
Il en avait fondé plusieurs le long du littoral.
Jacques de Tézac était yachtman, donc il naviguait sur des bateaux de plaisance.
Il était très connaisseur du milieu maritime justement parce qu'il fréquentait les ports
et je crois qu'il était surtout absolument affligé de voir les ravages de l'alcoolisme chez les marins.
Donc tout ça a participé de cette motivation pour venir en assistance aux marins
sachant que Jacques de Tézac était rentier.
L'abri du marin où on est installé aujourd'hui,
quand des marins de Concarneau venaient en escale à Douarnenez,
ils pouvaient venir à l'abri du marin pour dormir, pour manger.
Donc plutôt que de dormir dans leur bateau sous la pluie, en plein vent,
là ils étaient à l'abri et ils avaient le couvert.
Donc tout ça était gratuit et partant de là,
ils pouvaient y avoir une autre dimension qui était donnée à ces abris.
On leur apprenait à réanimer quelqu'un qui avait commencé à se noyer.
Ils avaient également plusieurs enseignements, le français par exemple,
on leur apprenait à lire, à écrire.
Il y avait également des ateliers, on leur a appris,
alors ça c'était un peu plus tardif, mais on leur a appris à utiliser des radios, etc.
À partir des années 50, les conditions de vie des pêcheurs fort heureusement s'améliorent.
Un grand nombre d'abris du marin disparaissent,
d'autres, on le voit, ont connu une belle reconversion.
Ça continue à exister, puisque dans des grands ports,
notamment on trouve ce qu'on appelle les seamen's home,
quand un bateau vient par exemple de Panama et qu'il est en escale à Saint-Nazaire,
il y a un endroit où les marins peuvent se retrouver,
prendre un café, prendre un thé, jouer aux cartes, discuter entre équipages, etc.
Donc le principe existe toujours.
Au niveau des abris du marin, il s'est arrêté,
puisqu'au bout d'un moment on a commencé aussi à créer des écoles d'apprentissage maritime.
Donc tout ce qui pouvait être la partie enseignement, elle n'avait plus lieu d'être.
Voilà, donc c'est un peu toutes ces évolutions dans l'univers maritime
qui ont contribué à ce que les abris du marin s'arrêtent.
À 15 ans à peine, Gwendal naviguait déjà seul à bord du Télénor.
Un bateau hautement symbolique,
puisqu'il s'agit de la seule chaloupe sardinière encore raquée dans le port de Douarnenez.
La chaloupe fut aussi l'une des premières répliques de gréements traditionnels en France.
Un élément de patrimoine aujourd'hui apprécié,
mais qui au départ ne s'attira pas nécessairement toutes les sympathies.
Le collectage et toute la recherche du patrimoine autour des bateaux traditionnels,
notamment ce bateau-là, n'a pas été simple.
C'est un contexte quand même où sur ces bateaux-là, comme cette chaloupe,
la vie, elle était dure.
Elle était dure pour les marins puisque c'est un métier qui était très dangereux, d'une part.
Donc les périls en mer, on les compte quand même par centaines.
Et puis en même temps, leurs femmes à terre, elles vivaient dans les conserveries.
Leur travail consistait à mettre en boîte le poisson que leurs maris et leurs enfants,
parce que les jeunes embarquaient très tôt, pêchaient dans la journée.
Donc c'était une période qui était très rude pour tous ces gens-là.
Et le fait d'avoir voulu retrouver leur histoire, au début, ça ne passe pas forcément très bien.
Mais petit à petit, ils vont se rendre compte que le fait de sauvegarder cette mémoire,
de collecter ce patrimoine est important pour leur histoire et celle de leurs enfants.
L'histoire de Douarnenez, elle est faite en grande partie d'échalotes sardinières.
Il y en avait quand même 900 comme celle-là dans le port en 1900, ce qui est absolument énorme.
Autant les châteaux, on les a conservés, les trains, on les a conservés.
Mais par contre, le patrimoine maritime, il était inexistant dans les années 50-60.
Et il a fallu quelques passionnés qui s'intéressent à ce patrimoine pour le faire revivre.
Les bateaux de pêche en bois, comme les chaloupes, n'avaient pas vocation à durer plus de 20 ans.
Et ils furent systématiquement détruits.
Voilà pourquoi on n'en a retrouvé aucun à Douarnenez.
Alors merci aux passionnés.
En face, c'est l'Amérique, avait-on coutume de dire.
Mais entre la pointe du rat et la grosse pomme, il serait injuste d'oublier le mythique phare de la Vieille.
Achevé en 1887, il fut l'un des phares de mer les plus redoutés par la communauté des gardiens.
Un de ces enfers, comme on les surnommait jusqu'à leur automatisation.
La pointe, elle, a été sauvée de l'enfer touristique après son classement en grand site national.
Exit hôtel, centre commerciaux et parking, dont la fréquentation avait ruiné la végétation.
Depuis l'an 2000, la pointe respire et supporte beaucoup mieux ses 850 000 visiteurs annuels.
A l'extrémité sud de la baie d'Audiernes, dont elle ferme le majestueux arc de cercle,
la pointe de Pinmar est un peu la figure de proue du pays bigoudin.
Pourtant, la côte y est particulièrement basse et déchiquetée.
La végétation presque rase, tend la terre et subit la force des éléments.
Outre le port de Saint-Guénolé, Pinmar est connu pour son alignement de trois phares.
Celui d'Ecmul, le plus grand, fut baptisé en l'honneur du maréchal Davout, l'un des grands chefs de guerre de Napoléon.
Mais Pinmar est aussi l'un des fièvres de la tradition bigoudaine.
On y trouve notamment une poignée d'irréductibles vieilles dames très dignes.
Marine, une jeune bigoudaine pratiquante, en parle avec beaucoup d'admiration.
Depuis que je suis toute petite, je vois des bigoudaines.
Donc ce n'est pas pour moi une curiosité.
Je suis fière d'elles puisqu'elles le portent encore, puisqu'elles le porteront jusqu'au bout.
Mes grands-mères étaient bigoudaines et portaient la coiffe, donc je connais ça au quotidien.
C'est notre habit de tous les jours.
Plus sophistiqué le dimanche aussi ou les jours de fête, mais bon, c'est le costume.
On ne peut pas sortir sans notre costume.
Sinon c'est une robe, alors on n'est plus bigoudaine non plus.
Si on te disait de changer du tout au tout.
Je fais de temps en temps.
Ah oui, toi tu fais de temps en temps.
On est bien plus à l'aise.
Pour moi ce serait une galère.
Moi je porte la mienne tous les jours.
C'est une question d'habitude chez nous aussi.
Il n'est pas facile à porter non plus.
Parce que nous habitons un pays qui est inventé.
Et dans les voitures sportifiques non plus.
Maintenant ne vous étonnez pas que les dames ont quitté.
Voyez comment on est là-dedans.
La célébrissime coiffe des bigoudaines est l'un des symboles les plus connus de Bretagne.
Ce n'est toutefois que dans la première moitié du XXe siècle qu'elle a connu son envol.
Passant d'un bon 15 centimètres dans les années 20,
à ses extravagants 35 centimètres de l'après seconde guerre mondiale.
Il faut bien que quelqu'un garde les traditions.
Avec ça on ne peut pas passer inaperçu.
Petit veinard, Alexia a accepté que nous filmions la pose de sa coiffe.
C'est le brigneron que je mets maintenant pour tenir la coiffe tout à l'heure.
Il va sans dire que seules des années de pratique garantissent la réussite de l'entreprise.
D'abord poser le petit bonnet noir.
Puis le beig ou bigou qui signifie la pointe en breton.
Un tortillon de broderie qui a vraisemblablement donné son nom à la bigoudaine et à son pays.
Enfin la coiffe elle-même réalisée en picot, la dentelle locale.
Quelques noeuds par-ci par-là et le tour est joué.
Facile, enfin.
J'ai besoin de bonheur pour la mettre.
Si je n'ai pas ma coiffe, je n'ai rien.
On a eu dit que certains ont obligé leur femme à la quitter à cause des photographes.
Mais les miens sont tous fiers de leur grand-mère.
Il n'y a que leur grand-mère qui compte parce qu'elle a la coiffe.
Et les miens c'est pareil.
Dans les gens il n'y a pas de désarroi.
Il fallait que j'aille à l'école pour faire moi.
Que je portais la coiffe parce qu'on ne les croyait pas.
C'était pas horrible.
Moi je pense que c'est surtout une histoire de respect.
Du jour où les bigoudaines ont été regardées un petit peu comme des bêtes curieuses.
Ça a changé pas mal de choses.
C'est leur tenue quotidienne de tous les jours.
Le fait de sortir, ne serait-ce qu'aller faire des courses, aller se promener.
D'avoir des gens qui leur courent après avec des appareils photo.
On n'y met pas toujours la bonne manière.
C'est vrai qu'on va toujours plus s'intéresser à un phénomène qui est entre guillemets en voie de disparition.
Les quatre grands ports du pays bigoudin forment le premier quartier maritime de France.
350 bateaux de pêche et 1300 marins s'y répartissent.
Entre Saint-Guénolé, le Guilvinec, l'Esconil et l'Octudy.
Amateurs de langoustines et de lotes, courez-y.
C'est leur spécialité.
Autre grand port de pêche français, Concarneau peut se targuer de posséder l'une des plus anciennes places fortes de Bretagne.
Érigée à partir du XIVe siècle sur un îleau rocheux, sa ville close offre derrière ses puissants remparts le charme d'une cité médiévale très commerçante.
Au large de Concarneau, à une vingtaine de kilomètres de la côte, se cache un petit paradis.
L'archipel des Glénans, que certains comparent parfois à un Tahiti en miniature.
Une dizaine d'îlots inhabités encerclent un lagon aux eaux translucides.
Pourtant ici, point de Varniente.
Ceux qui arrivent aux Glénans y viennent pour apprendre.
Car l'archipel abrite la plus grande école de voile d'Europe.
Une référence en la matière qui séduit chaque année des milliers de stagiaires.
Une base d'apprentissage idéale pour la navigation, où plusieurs centaines de moniteurs comme Nathalie assurent l'encadrement.
Le périmètre de navigation ça va être entre le Loc, Sigogne et le Vaud.
Donc d'abord bien sûr on part avec nos safrans, donc on fait un beau départ en escadre comme d'habitude.
Aux Glénans, on peut apprendre à tout naviguer.
Catamarans, dériveurs, planches à voile, bateaux de croisière.
Une école fondée il y a plus de 60 ans par les époux viannais.
Yann, le directeur de l'archipel, nous raconte leur histoire.
Il s'agissait d'un couple de résistants qui en 1947 ont visité l'archipel dans le cadre, je crois, de leurs loisirs.
Et ils se sont dit, il faut qu'on fasse quelque chose ici, c'est trop beau, on ne peut pas garder ça que pour nous.
Et ils sont venus avec quelques jeunes qui avaient du mal à se réinsérer d'un société au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Très vite sur une île, ils sont un peu embêtés, ils sont allés sur l'eau et ont pratiqué d'une manière très empirique au début la voile.
Dès le départ, il s'agissait d'une association. En 1947, les statues ont tout de suite été déposées.
Par contre, au début, je pense que c'était avant tout les relations humaines, la vie de groupe qui était en priorité et la voile est arrivée derrière.
Tout le monde participe à tout, aux tâches collectives, à la préparation des repas.
Le but est d'amener les gens à l'autonomie.
C'est une espèce d'école de la vie, une école pleine d'expériences et pas que de la voile.
La particularité de notre association, c'est de fonctionner avec beaucoup de bénévoles.
Le bénévolat est très présent, ce qui est excessivement rare dans le monde des écoles de voile.
Et c'est ce qui fait toute la différence entre nous et beaucoup d'autres, c'est que les gens ici viennent transmettre leur passion à leurs stagiaires.
Et c'est d'ailleurs le cas de Nathalie, que nous retrouvons sur l'eau avec ses petits élèves.
Remettez les safrans les gars, remettez les safrans.
Bordez votre voile à fond.
AGV bordez à fond et vous virez de bord.
J'étais venue pour découvrir le catamaran et dès que je suis arrivée, c'est vrai que j'ai découvert vraiment un site unique.
Une ambiance très particulière, on est loin de la civilisation, on est loin des côtes.
Donc il y a toute une organisation à terre qui m'a énormément plu.
Et on m'a très vite parlé de la possibilité de devenir bénévole au Glénans, de pouvoir encadrer.
Et c'est vrai que comme j'ai vraiment été enchantée par le site, j'ai voulu revenir d'année en année.
J'ai progressé en catamaran, j'ai fait des stages 3 voiles, 4 voiles.
Et puis j'ai voulu passer mon monitora pour pouvoir revenir régulièrement ici.
On se retrouve tous à vivre ensemble pendant une semaine et on ne se connait pas du tout au départ.
Donc apprendre à vivre les uns à côté des autres, à faire fonctionner l'île.
Et tout ça dans une ambiance très bonne puisqu'on est tous venus pour la même chose, c'est-à-dire notre amour de la mer, de la voile.
Donc vraiment ça a créé une ambiance très particulière qui me plaît énormément.
Au-delà de l'expérience humaine qu'elle propose, l'association a très profondément démocratisé et donc influencé la pratique de la plaisance.
C'est grâce à elle notamment que la sécurité en mer a fait de très gros progrès.
Un peu plus à l'est de Concarneau, la Laïta marque la frontière naturelle entre les départements du Finistère et du Morbihan.
C'est l'une de ces rias dont la Bretagne a le secret.
Les rias sont des vallées fluviales que la mer a noyées lorsque son Ivoire remontait à la fin de l'ère quaternaire.
La marée s'y fait sentir plusieurs kilomètres en amont, ce qui n'empêche pas les voiliers d'y trouver de bien charmants mouillages.
Face à l'île de Croix et à quelques encablures de la rade de l'Orient, le petit port de l'Aumner vit paisiblement à l'abri de sa longue digue.
Aujourd'hui station touristique, l'Aumner reste attaché à ses anciennes traditions liées à la mer et à la pêche.
On y trouve d'ailleurs une chapelle, Notre-Dame de la Garde, installée dans une ancienne conserverie de poissons.
Aujourd'hui est un jour particulier. Comme tous les ans depuis 1922, on y célèbre le pardon de Notre-Dame.
La messe est menée pour l'occasion par Jean le Bérigo, l'aumonier des gens de mer venu spécialement de l'Orient.
Une procession de fidèles, dont certains ont revêtu le costume traditionnel breton, va alors suivre l'aumonier et la croix le long de la jetée du port.
Il s'agit d'aller rendre un dernier hommage aux marins péris en mer.
Quelques-uns, dont le maire de l'Aumner, Loïc le Meur, et le curé bien sûr, vont embarquer sur les bateaux de pêche pour une ultime cérémonie.
Les bateaux vont se mettre en cercle, faire trois tours, puis celui-ci va se placer ensuite au centre du cercle.
Et le curé va donc faire une prière, il va y avoir quelques champs, puis les deux gerbes pour les péris en mer vont être jetées à l'eau.
Et ensuite, de nouveau, les bateaux vont se remettre en cercle et faire plusieurs tours.
Les gerbes qui symbolisent ces péris en mer qui sont au milieu d'eux.
Ce sont des bateaux de travail que vous avez ici, ce ne sont pas des bateaux de plaisanciers quand même.
35 ans de métier.
J'ai voulu aller vers les Pamurs.
Deux petits copains qui sont partis au front.
Dans mon beau frère.
23 ans.
Et moi, 8 jours avant mes 50 ans, j'ai failli aller à 90 mètres de fond.
Ça me fait penser à beaucoup de choses.
Et quand vous voyez un gars qui ne peut pas sortir de l'eau, puis qu'il est obligé de rester dedans, par-dessus bord, c'est triste.
Quel bateau s'avère là, plus loin, à la tourelle des bières et d'eau ?
J'ai deux copains qui sont restés.
Un bateau à cabanets.
On n'est pas dans la tradition, on est vraiment dans l'usage du monde maritime.
De rendre hommage comme ça, de cette manière, une fois dans l'année, les pêcheurs arrêtent de travailler pour rendre hommage à tous leurs collègues qui sont péris en mer.
Il y a beaucoup de superstition aussi.
Il y a un peu de ça, oui.
Il faut conjurer le mauvais sort.
Il y a cette idée-là de se mettre sous la protection, Notre-Dame, de la garde notamment.
La plupart des marins ou des bateaux ont une statue de Marie dans leur cabine.
Et quand je bénis un bateau, en général, il y a bénédiction d'une statue de Marie ou de Sainte-Anne, les deux.
Le pardon, c'est une tradition qui ne date pas d'aujourd'hui.
Ça existait dans la plupart des quartiers.
Les gens se retrouvaient une fois dans l'année pour s'interroger un peu sur leur façon de partager dans une même, je dirais, confrérie, une frérie.
Et c'était l'occasion de faire un peu leur révision de vie, de demander pardon pour tous ces moments de non-entraide, de non-service, de non-amitié.
Ils faisaient la réconciliation.
Et ça a été gardé dans toutes les chapelles. Il y a encore des pardons en Bretagne.
Plusieurs centaines y sont en effet célébrées chaque année entre mai et septembre.
L'Orient, la ville aux cinq ports, troisième port de pêche français, premier port de commerce de Bretagne, grande base militaire, port de plaisance et de voyageurs.
Ce ne sont pas les bateaux qui manquent ici.
Mais certains ne sont plus que des fantômes.
Nichées dans un méandre, des dizaines d'épaves reposent au cimetière marin de Kerhervy.
Elles s'enlisent lentement ici dans la vase depuis les années vingt.
Les bateaux qui s'aventureront dans la ria d'Ethel sans l'aide du sémaphore risquent bien de finir au cimetière d'Ethel.
La fameuse barre d'Ethel, ce capricieux banc de sable sous-marin, constitue un danger sur lequel bien des imprudents continuent de venir s'abîmer.
La presqu'île de Quiberon est une petite langue de granite de 14 km de long.
Elle n'est reliée au continent que par une mince flèche de sable.
Lieu très prisé par les touristes l'été, la presqu'île conserve tant bien que mal une activité de pêche grâce à la criée de port Maria.
Capitale de la sardine en boîte gastronomique, Quiberon a un peu tendance à délaisser sa ressource locale.
Heureusement, Thierry est là pour traquer la sardine de la baie.
5h30 du matin, départ à l'aube de Port-Halliguen où le petit chalutier de Thierry serait presque une curiosité au milieu des bateaux de plaisance.
Avec ses deux matelots, il se prépare pour une marée à la sardine qui ne durera que quelques heures.
Avec une bonne dose d'humour, Thierry revient sur son étonnant parcours de vie.
Vas-y, tu éteins ton moteur ou je te pète la gueule !
Ah bah tiens, on a les planqués !
Je fais du charter aux Antilles, j'étais 7 ou 8 ans skipper sur des bateaux de luxe.
Donc j'ai bourré la gueule un tout petit peu, Pacifique, Caraïbes, je connais ça par cœur.
C'est bien quand on est jeune de voyager comme ça.
Et puis à un moment ou à un autre, il faut se poser intelligemment.
Donc quand on peut se poser, on essaie de faire des choses bien.
C'est se mettre à son compte déjà et gagner sa croûte honorablement.
On fait la sardine essentiellement l'été, le juin à mi-août, voire fin septembre.
Après ça, on va chercher la coquille Saint-Jacques, les espèces des mersales,
telles que la dorade, le débard, le rouget, la saule, un peu de sèche, au chalut de fond.
Moi je reste sur un principe très polyvalent.
C'est-à-dire que je garde mon filet sardine à bord, j'ai aussi mon filet pour les espèces de fond.
Donc je peux sauter facilement d'un métier à l'autre tout en assurant ma journée.
Aujourd'hui on traque la sardine.
On traque la sardine jusqu'à dix heures du matin.
On veut passer à dix heures du matin sur la sardine.
Ça n'a rien à voir, on va revenir et puis le poisson sera toujours à cet endroit-là.
Ça reste un poisson qui court dans toute la baie.
Il faut être aussi assez vigilant et courir sans arrêt, tourner, tourner, tourner pour chercher.
Pourquoi j'ai choisi de faire la sardine ?
C'est un métier qui me plaisait déjà à la base.
Un ancien le faisait avant, il m'a vendu le filet.
Les conserveries étaient là en place donc on s'est rapproché des conserveries pour commercialiser les produits.
Et puis depuis cinq, six ans on tourne comme ça.
On arrive à tirer notre épargne du jeu avec cette sardine.
Je regarde s'il y a du poisson en taille dedans, il n'y en a pas.
Le poisson a grossi un petit poil, il a pris cinq millimètres de plus.
Il y a de la moyenne avec.
La détection est toute éclatée, c'est pas top.
Le coup de vent il y a eu là.
Le poisson est toujours là mais bon, il va falloir un peu de beau temps pour que ça se regroupe.
La sardine n'a pas de quota.
C'est une espèce qui n'est pas en danger et il restera encore, d'après nos scientifiques, à peu près 600 000 tonnes qui se baladeraient en Atlantique.
Elle n'est jamais pêchée donc on va se retrouver en surabondance de ce poisson-là.
Avec de moins en moins de bateaux à la pêcher.
Et une demande qui s'accroît de plus en plus.
Nous on a le marché sur les conserveries qui brennaisent.
C'est un marché qui reste encore assez local et qui est possible à développer encore dans le temps.
Maintenant il faut que nos administratifs veulent bien jouer le jeu pour nous laisser travailler sereinement.
Deux poissons pas commerciaux, chinchard, tout ça, tout ce qui ne va pas avec.
Et je regarde le nombre de grosses qui est dedans.
Sur les grosses c'est pareil, je regarde s'il reste, ça c'est de la sardine moyenne.
Poisson de 25 à 40 kilos.
Puis là t'arrives sur du poisson qui fait 75 à 80 kilos.
Comme ça c'est bon pour la boîte.
Nous on a le travail, c'est du lever du jour à midi, deux heures, quand on fait la sardine.
Et on repart souvent au chalut de son après pour aller faire une journée plus complète.
Donc on arrive par tranche de 25.
J'adore courir après le poisson, j'adore cette vie trépidante, il n'y a rien qui se ressemble.
Un coup il fait mauvais temps, un coup il fait beau, un coup il y a le poisson, un coup il n'y a pas.
Ça fait partie des aléas du métier, il n'y a pas de journée qui se ressemble.
C'est un métier qu'il faut faire façon avec le coeur.
Celui qui le fait sans coeur je crois qu'il ne va pas très loin avec.
Ah ces pêcheurs au grand coeur, que ferait-on sans eux ?
Allez, impossible de quitter la presqu'île sans admirer sa splendide côte sauvage.
Entre Portiviers et Quiberon, sur huit kilomètres, la côte n'est qu'une succession de somptueuses falaises déchiquetées.
Ah les petits bateaux qui vont sur l'eau.
À la Trinité-sur-Mer, il n'y en a que pour eux.
Normal, c'est la Mecque de la voile.
Sa société nautique est le premier club de France en nombre de licenciés.
Ses régates et ses courses sont fameuses et de nombreux grands navigateurs y ont fait leurs armes.
Le port de la Trinité est niché à l'intérieur de la rivière de Craque, un autre charmant exemple de Ria-Bretonne.
Nous voici à l'extrémité de la presqu'île de Ruis.
Juché sur un promontoire naturel, le cairn du Petit-Mont offre une vue imprenable sur l'entrée du golfe du Morbihan et la baie de Quiberon.
Cette situation privilégiée a justifié l'érection de ce mégalithe majeur entre le 5e et le 3e millénaire avant notre ère.
Ce ne sont donc pas les celtes, comme on le croit encore trop souvent, qui ont bâti cet énorme tumulus d'environ 50 mètres de côté et formé de 10 000 mètres cubes de pierre.
Il s'agit d'un double dolmen funéraire datant du néolithique.
A l'intérieur, un long couloir mène à une chambre des morts où des piliers et des dalles de pierre portent de beaux exemples d'art pariétal.
Compte tenu de sa situation, le cairn a été partiellement transformé en bunker pendant la seconde guerre mondiale.
Nous voici entrés dans le fameux golfe qui porte bien son nom breton.
Morbihan veut en effet dire la petite mer.
Un espace naturel unique en France, vaste et tendu d'eau de 100 kilomètres carrés, parsemé d'une soixantaine d'îles et d'îlots principaux.
Son image de paradis de la plaisance ne doit pas faire oublier qu'il reçoit, à cause des marées, certains des courants les plus violents d'Europe, gardant qu'aux débutants.
Tout au fond du golfe du Morbihan, à une quinzaine de kilomètres de la pleine mer, Vannes est une très ancienne cité bretonne au charme médiéval sans conteste.
Vannes marque la limite sud de la frontière entre Haute et Basse-Bretagne, celle où l'on parle le plus volontiers le breton et où on préfère les crêpes.
A moins que ce ne soit les galettes.
Françoise et Didier nous éclairent sur ce point brûlant.
Le Finistère va parler plus de galettes, de crêpes.
Il va parler crêpes de blé noir et crêpes de froment.
Et nous ici on va dire galettes, galettes c'est blé noir, pour nous c'est blé noir.
Et crêpes pour nous c'est le froment.
La crêpe c'est plus du salé.
Qu'est ce que je raconte, c'est pas ça, la crêpe.
C'est clair non ?
Quoi qu'il en soit crêpes ou galettes, il va falloir choisir son camp.
Il y a une histoire de goût, il y en a qui aiment comme ça et il y a le fait aussi que c'est plus facile à tourner.
Quand il y a le froment, le blé noir en lui même, il est dur à tourner à faire la galette.
Mais c'est vrai que si on met du froment on n'a pas le goût du blé noir.
Parce que normalement une pâte à galettes c'est du blé noir, des oeufs, du gros sel et de l'eau, c'est tout.
Au niveau des galettes en Bretagne, ça reste quand même très diversifié.
Chaque crêperie ou chaque endroit a ses spécificités.
Il y a des endroits où les galettes vont être très très épaises parce que les gens, surtout la clientèle locale, les aime comme ça.
Et d'autres endroits, Quimper ou même ici, elles sont fines, elles sont légères.
C'est pas que ça remplaçait le pain, mais c'était le pain du pauvre dans les générations de nos arrière-grands-parents.
Avant normalement, chaque maison faisait ses galettes.
Le vendredi c'était la journée des galettes et les femmes faisaient les galettes pour la semaine.
Elles étaient avec leurs saladiers.
Il fallait vraiment prendre la pâte et soulever pour faire rentrer le maximum d'air dedans.
Et après quand la pâte était finie, quand on commençait à avoir des petits yeux sur la pâte, c'est que la pâte était aérée.
Et souvent ce qu'elles faisaient avec leurs mains, elles coulaient de l'eau de manière à donner comme un film parce que autrement la pâte croutait.
Et elles la mettaient en repos.
On entend encore le bruit des pâtes, comme je me rappelle ma grand-mère.
Et c'était vraiment sacré, quand elles faisaient leurs pâtes, elles faisaient leurs pâtes et elles la tournaient.
Parce qu'en plus souvent, elles n'aimaient pas travailler une pâte d'une autre.
Il n'y a pas que la pâte qui compte, il y a la pâte et le tour de main.
Une pâte peut être donnée à deux ou trois personnes, la galette sera différente.
C'est une façon d'appuyer ou de tourner, la rapidité, la virgule.
Il y a la vitesse, la partie saisie aussi sur la plaque.
Il y en a qui cuisent assez fort, d'autres plus faibles.
Certaines fois, les gens mangent les galettes parce qu'elles arrivent.
Mais quand des clients, surtout les personnes âgées, mais il n'y a pas que les personnes âgées, parce qu'il y a des jeunes qui sont comme ça.
Si jamais un client ou une table commence par des galettes beurre, ça on peut se dire que c'est quelqu'un qui connaît les galettes.
Quelqu'un qui veut goûter la galette, parce qu'après il la goûtera nature et il la mangera sans ingrédients.
Et souvent il y a des tables, quand ce sont des amateurs de galettes, ils commenceront par une galette beurre.
Et par contre après, c'est vrai qu'ils jugeront le crêpier ou la crêpière par rapport à la galette qu'ils ont mangé.
Et ça c'est un signe, après s'ils demandent du fromage, c'est qu'ils y boivent mince.
Il y a des gens qui recherchent et qui aiment les galettes.
La taille des galettes, ça dépend des galettoirs.
La galettoir.
La taille de la galette.
Avant, tu sais, des fois dans le temps, on voit maintenant dans les musées, ou même les personnes âgées, ils ont des grandes galettoirs en fonte.
Comme des espèces de poêles, mais qui servaient, qui mettaient sur le feu et ils faisaient leur galette.
Donc des fois, il y avait des grandes, même au niveau des kermesses, des fois il y a encore des grandes galettoirs.
Seulement maintenant avec les normes, on est obligé d'avoir des socles inox.
Nous on dit galettoir parce que plus le pays galop.
Mais on peut dire aussi tous les crampouzes.
Les crampouzes.
Ça veut dire crêpes en breton.
Retour sur la presqu'île de Ruys.
Nous avons rendez-vous avec un fameux morceau d'architecture médiévale, le château de Sucignon.
Entre terre et mer, l'ancien manoir de chasse des ducs de Bretagne est devenu au 15e siècle la grande forteresse que l'on admire encore aujourd'hui.
Avec toutefois quelques tours en moins.
Il faut préciser que le château sera totalement abandonné et ruiné à la fin du 18e siècle.
Racheté en 1965 par les pouvoirs publics, il fera l'objet d'une campagne de restauration massive et très réussie.
A l'intérieur du vaste logis principal est exposée une rareté.
En 1975, à l'occasion de fouilles, le pavement presque intact d'une ancienne chapelle est découvert sous la terre près des Douves.
Un ensemble unique datant du 14e siècle, juxtaposant différentes techniques de fabrication et de décoration.
Les pavés peints faillancés notamment, figurent un florilège de végétaux, d'animaux, de personnages réels ou imaginaires.
La dimension littorale de Sucignon est exceptionnelle.
Du haut des logis et des tours, la vue sur mer est d'ailleurs imprenable.
La mer, qui jadis aux grandes marées, venait remplir les Douves du château.
Avant dernière étape de notre périple en Bretagne du Sud, la presqu'île de Guérande abrite les marais salants les plus septentrionaux d'Europe.
Sur 2000 hectares d'eau et d'argile, les marais de Guérande composent un paysage inoubliable.
Ils forment en outre un espace naturel tout à fait remarquable et protégé à ce titre.
Façonnés par l'homme au fil des siècles, après un grand coup de pause de la nature, les marais sont exploités depuis au moins l'ère carolingienne.
Après avoir bien failli voir leurs marais disparaître sous une autoroute, les paludiers de Guérande se sont retroussés les manches.
Tout en conservant les techniques traditionnelles, ils se sont organisés pour résister à la puissance des salines industrielles et des promoteurs immobiliers.
Mise en tafon sur la qualité et le terroir, ils récoltent environ 10 000 tonnes de sel chaque saison.
Pascal est l'un des 250 paludiers en activité sur le marais.
A 40 ans et après avoir radicalement changé de vie, il possède aujourd'hui une petite cinquantaine d'oeillets, ces bassins où le sel se révèle comme par magie.
Car faire du sel, c'est un peu de la magie blanche, non ?
Il y a un côté chercheur d'or mais plus alchimiste que chercheur d'or.
On ne cherche pas l'or, c'est l'or qui se fait, l'or blanc qui se fait dans l'oeillet.
Un or blanc que Pascal a pisté depuis sa haute-savoie natale.
Un virage à 180 degrés qu'il n'est pas prêt de regretter.
Lui dont les aïeux travaillaient déjà sur les salines.
Un vieux rêve de gamin, quoi.
C'est une histoire d'enfance qui a ressurgi, je dirais, à l'état adulte.
C'est-à-dire qu'enfant, j'avais déjà l'envie de devenir paysan.
Je passais mes vacances à aider les paysans sur les chantiers des foins.
Après, à l'état adulte, je me suis rendu compte que c'était très difficile,
qu'il fallait investir, et ça m'a fait peur.
Donc je me suis retourné, toujours vers l'agriculture, mais vers la forêt.
Et j'étais enseignant dans une école d'agriculture.
Et ici, c'est un peu un retour aux sources sans le faire exprès.
C'est-à-dire qu'un jour, j'ai fait visiter une exploitation à mes étudiants.
Et là, le déclic s'est effectué en disant, bon sang, mais c'est bien sûr.
Mes grands-parents le faisaient. J'ai encore un cousin qui le fait aujourd'hui.
Pourquoi pas moi ? Je cherchais à devenir paysan.
J'avais cette frustration de ne pas l'être.
Je ne me sentais même pas la fibre marine au départ, ce qui a bien changé depuis.
Mais les marais salants ont été la manière de répondre à cette question, à cette aspiration.
Bon, mais concrètement, c'est facile de faire du sel à Guérande ?
Voir du sel récolté à Guérande est un lieu commun.
Mais en fait, les récoltes, c'est simplement entre 30 et 40 jours par an.
On n'a pas des conditions optimales parce qu'on n'a pas la météorologie optimale.
On n'a pas non plus l'eau optimale parce qu'on a une eau à 26 grammes par litre,
là où l'eau de mer habituellement est à 34 grammes par litre.
Donc je dirais qu'à chaque fois, c'est un challenge de faire du sel à Guérande.
Et en plus, je dirais, le dernier élément, c'est que cette saline n'est pas du tout mécanisable.
C'est-à-dire l'impression de solidité que vous avez n'est qu'une impression.
Tout cela flotte sur un sol très mou.
Et si on essayait de descendre un engin, l'engin s'enfoncerait tout de suite.
Alors pourquoi est-ce qu'on va faire du sel à Guérande néanmoins ?
Ce n'est pas par masochisme, c'est parce qu'en ayant ces rendements très faibles,
finalement, on arrive à une qualité de sel qui est optimale.
Si on demande à un enfant de faire du sel, il va prendre de l'eau de mer,
il va la mettre dans un bassin comme celui-ci et il va attendre que le sel se forme.
Chez nous, ce n'est pas ça.
Si on se contentait de faire ça, on ne récolterait jamais de sel
parce que les conditions météorologiques ne sont pas suffisamment favorables.
Donc on va prendre de l'eau de mer et on va la faire circuler d'un carré à un autre carré,
ce qu'on appelle un phare à un autre phare.
Et en passant d'un phare à l'autre, à chaque fois, l'eau se concentre un petit peu.
C'est-à-dire qu'il y a une partie de l'eau qui part dans l'atmosphère
et l'autre qui continue dans le phare suivant.
Et quand on arrive au bout du circuit, on a une eau qui est au seuil de la saturation.
Et un tout petit peu d'évaporation supplémentaire amène la cristallisation.
Et c'est à ce moment-là que le sel se forme.
Alors là, on a laissé couler un tout petit pissou de moineau,
simplement pour oxygéner la saline.
Et le geste que j'aimerais faire, c'est celui-là,
c'est-à-dire retirer l'ardoise qui est sous le trou pour que ça coule à plein régime.
Mais l'évaporation n'étant pas là, je ne peux pas le faire aujourd'hui.
Pas d'évaporation, pas de sel.
Il faut attendre qu'on arrive au stade de la cristallisation avec la météorologie.
Et une fois qu'on est à ce stade de la cristallisation, là, on récolte tous les jours.
Donc tous les jours, c'est plusieurs personnes sur la saline pour récolter la fleur,
l'autre le gros sel, un troisième qui va remonter le sel de la saline.
Donc là, après, c'est le surmenage.
On est toujours entre l'attente et le surmenage.
Ça, c'est un œillet.
Pour nous, c'est le saint des saints, le lieu le plus sacré de la saline.
Cette ladure sert à recueillir le sel, en fait, au moment de la récolte.
Il va s'égoutter ici pendant quelques heures.
Et après, on va le sortir.
Le moment où on sort le sel, c'est un moment privilégié parce que le sel est sauvé.
Du moment où il atteint le talus, il est hors d'eau.
Alors que tant qu'il est là, on n'est pas à l'abri d'une pluie.
Et la pluie nous interdit toute manœuvre sur le marais, toute progression de brouette.
On peut même être en train de le brouetter et être obligé de s'arrêter.
C'est très frustrant quand on a quelques tonnes de sel sur le marais,
qu'on a fait tout le travail préalable pour se mettre en condition de récolter,
qu'on l'a sorti du marais et qu'on est obligé de le laisser parce qu'il n'a plus.
Alors qu'il est là, il est matérialisé, il est sorti de l'eau.
Il n'est pas sorti du marais, mais il est sorti de l'eau et on est obligé de l'abandonner
tout simplement parce qu'on ne peut plus évoluer sur le marais.
Et qu'a-t-il de spécial au final, le sel de Guérande ?
À Guérande, le sol, c'est de l'argile.
Et l'argile a une importance considérable sur le sel.
L'argile va transmettre la couleur au sel, importance sur la taille du cristal
et enfin une importance sur la qualité gustative, c'est-à-dire que grâce à l'argile,
notre sel va avoir un goût plus rond.
On va moins sentir la salinité, on va plus sentir l'aliment.
C'est un peu le paradoxe, c'est un sel qui semble peu salé.
Surprenant.
Pour l'heure, moment crucial de l'emballage.
Il ne s'agirait pas de mélanger le gros sel et la fleur.
Il y a une grosse différence entre la fleur de sel et le gros sel.
La fleur de sel n'est pas seulement le sel du dessus comme j'entends très souvent.
Non, le fleur de sel, elle, elle va se former à la surface de l'eau,
c'est-à-dire qu'elle va flotter,
alors que le gros sel, lui, se forme au fond de l'eau, à la surface de l'argile.
Ça fait deux sels complètement différents.
L'un se forme en pellicule très fine, ce qui fait qu'il va y en avoir très peu,
alors que le gros sel, lui, on le récolte par demi quintaux.
La fleur de sel fond dans la bouche,
sans avoir l'explosion de salinité qu'on aurait avec un sel ordinaire ou avec du gros sel.
On est fiers de notre sel, non parce qu'il s'impose en tant que salinité,
mais parce qu'il révèle la saveur des aliments.
À l'embouchure de l'estuaire de la Loire, en rive droite,
Saint-Nazaire est l'un des grands ports industriels de l'Atlantique.
Sur le chemin qui mène à l'estuaire, comment ne pas s'arrêter un instant
pour admirer celle qui s'autoproclame plus belle plage d'Europe.
La boule partage avec ses voisines du Pouligaine et de Port-Nichet
un arc de cercles sableux de près de 8 km de long,
orienté plein sud, évidemment.
Saint-Nazaire a une longue tradition de construction navale.
De très gros paquebots transatlantiques comme le Normandie ou le Queen Mary II,
des ports-avions tels le Foch y ont été construits.
Aujourd'hui, les anciens chantiers de l'Atlantique sont passés sous pavillon coréen.
Ils continuent néanmoins d'assembler des mastodontes
qui iront croiser sur toutes les mers du monde.
Construire un paquebot prend du temps.
Pendant de très longs mois, des centaines d'ingénieurs, techniciens et ouvriers
s'activent à réaliser les 60 000 process préalables à la mise à l'eau du navire.
Ces bateaux sont de véritables villes sur l'eau.
Haut comme un immeuble de 15 étages, certains atteignent 300 m de long
et peuvent accueillir à leur bord près de 4 000 passagers, répartis dans 1 300 cabines.
Saint-Nazaire demeure l'un des plus grands chantiers navals d'Europe,
ouvert directement sur l'océan.
Cette ouverture lui permet de facilement mettre à l'eau, à marée haute,
les petits joujoux qu'il produit en série.
A bientôt pour la suite de notre découverte des côtes de France.
