Groenland : doit-on prendre les menaces de Donald Trump au sérieux ? • RFI

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23 Vues de vidéo·11 janv. 2025
— Bonjour, Christ. — Bonjour, Juan Gómez. Bonjour à tous les visiteurs de RFI.
— À Brazzaville. Vous avez des questions sur le Groenland, après les déclarations pour le moins polémiques de Donald Trump.
— Exactement, Juan Gómez. Dites-moi, Donald Trump a déclaré à plusieurs reprises vouloir s'emparer du Groenland, un territoire appartenant au Danemark.
Alors quels sont les intérêts stratégiques de ces territoires ?
— Oui. Alors c'est vrai que juste avant les fêtes de fin d'année, il avait déclaré que prendre le contrôle du Groenland était une nécessité absolue.
Et puis il a remis une couche, cette semaine, en conférence de presse. Bonjour, Carlotta Morteo.
— Bonjour, Juan. Bonjour, Christ. — Journaliste au service international de RFI. Alors le Groenland a plusieurs intérêts stratégiques.
D'abord, sa position géographique. Il suffit de regarder la carte. On voit que c'est une immense île, la plus grande île au monde, d'ailleurs,
au-dessus du cercle polaire arctique, sur l'un des principaux axes aériens et maritimes transatlantiques.
— Voilà, le Groenland, en fait, c'est un carrefour polaire. Et avec la fonte des glaces, l'île va devenir la porte d'entrée vers le passage du nord-ouest.
Cette route maritime qui, un jour, permettra de relier l'océan Atlantique et l'océan Pacifique par le nord du Canada,
en moins de temps qu'il n'en faut pour traverser le canal du Panama. Donc c'est intéressant.
Le Groenland se trouve aussi sur la trajectoire la plus courte en cas de tir balistique entre la Russie et les États-Unis,
d'où la présence d'une base américaine, une base aérienne et spatiale, qui a pour principale fonction de détecter ces missiles intercontinentaux.
— Donc il y a un enjeu de contrôle à la fois militaire et commercial de cet espace arctique.
— Voilà. D'autant que la Chine – on en parlait il y a un instant – qui est un grand rival des États-Unis, s'intéresse au Groenland.
Pékin a placé l'île sur sa route de la soie polaire. Elle lorgne sur ses eaux froides très poissonneuses, mais aussi sur ses ressources minières.
Et ces dernières années, Pékin a bien failli nouer plusieurs partenariats économiques avec le gouvernement autonome du Groenland.
Mais le Danemark, la puissance tutélaire qui garde la prérogative des affaires étrangères et de la défense de l'île,
et qui est aussi membre de l'OTAN, s'est interposé à chaque fois, parfois in extremis, pour empêcher ses projets chinois d'aboutir,
justement pour préserver les intérêts de son allié américain.
— Carlotta, on dit que le Groenland regorge de minerais, et en particulier de terres rares, qui sont ces éléments indispensables pour les technologies de la transition.
Je pense notamment aux véhicules électriques. Ça aussi, j'imagine, ça suscite beaucoup de convoitises.
— Oui, selon certaines estimations, le Groenland serait en mesure de couvrir un quart des besoins mondiaux en terres rares.
Et actuellement, on sait, c'est la Chine qui fournit 90 % de ces minerais.
Donc bien sûr, les Américains et les Européens veulent sécuriser leurs approvisionnements en terres rares.
Ils ont signé un accord de coopération minière avec le Groenland. Ils sont venus sonder, cartographier les ressources de cette île grande comme 4 fois la France.
Mais pour l'instant, rien de concret. L'exploitation reste un fantasme. La distance, le froid extrême, le manque d'infrastructures, le manque de main-d'œuvre aussi,
puisque l'île ne compte que 57 000 habitants, toutes ces contraintes font que c'est beaucoup trop cher encore.
Sans compter que les Groenlandais sont réticents, ils ont déjà voté contre l'exploitation de l'uranium et interdit l'exploration de pétrole et de gaz
par crainte que les pollutions environnementales impactent la pêche, qui reste leur principale source de revenus.
— Christ, vous avez une autre question ?
— Oui. Et comment compte-t-il s'y prendre Donald Trump pour s'emparer de ce territoire ?
— Ah. Alors, Carlotta... Déjà, le Danemark a dit que le Groenland n'était pas à vendre.
— Voilà. Ça, normalement, c'est exclu. Donc Donald Trump, il pourrait toujours essayer de convaincre les Groenlandais de proclamer leur indépendance du Danemark.
Pour ça, il suffit d'un référendum. Ensuite, l'île pourrait s'associer avec les États-Unis, un peu à la manière de Porto Rico.
Mais vu le poids des subventions danoises dans l'économie de l'île, les Groenlandais ne gagneraient sans doute pas au change.
Est-ce qu'il ira jusqu'à l'annexion par la force ? Il a dit ne pas l'exclure.
— Voilà. Donc on ne peut rien écarter. Ce serait quand même un acte expansionniste inédit dans l'histoire moderne des États-Unis,
un terrible signal envoyé au monde et en particulier à ses partenaires de l'OTAN. Donc ce scénario semble trop extrême pour être crédible.
Alors, si on en croit ce qu'il a lui-même écrit dans son livre Donald Trump, The Oil of the Deal, l'art de la négociation,
paru en 1987, Donald Trump, il considère qu'il faut viser très haut, frapper très fort et parfois détourner l'attention du véritable objectif
dans une négociation pour réussir à obtenir ce qu'on veut. C'est peut-être ça qui se joue avec le Groenland.
En tout cas, ça en dit long sur la manière dont Donald Trump traite ses alliés.
