Éric Coquerel présente la motion de censure déposée par le NFP contre le gouvernement - 4/12/2024
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LCP - Assemblée nationale
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Dans la foulée du recours au 49.3 annoncé sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale par le Premier ministre, Michel Barnier, lundi 2 décembre, le Nouveau Front populaire et le Rassemblement national ont chacun déposé une motion de censure.
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#LCP #assembleenationale #motiondecensure
Madame la Présidente, Monsieur le Premier ministre, Messieurs-dames les ministres, chers collègues.
Monsieur le Premier ministre, nous faisons aujourd'hui l'histoire.
Vous, parce que vous allez être le seul Premier ministre à être censuré depuis Georges Pompidou en 1962.
Moi, parce que j'ai l'honneur de porter cette motion de censure.
Ne voyez dans cette introduction ni de quoi adoucir votre déception, ni de quoi me glorifier.
Simplement, je veux dire toute l'importance et la solennité de ce moment.
J'apprécie tout le sérieux et l'ampleur de ce jour.
Et je sens une responsabilité d'autant plus grande qu'à l'inverse de Georges Pompidou,
la majorité de nos concitoyens n'est ni derrière votre gouvernement,
ni encore moins derrière le Président qui vous a nommé à cette place.
La majorité du peuple est bien derrière la motion que je porte.
Au fond, cette motion va emporter votre gouvernement
parce que vous n'avez jamais su déjouer la malédiction que vous a transmise
le vrai responsable de cette situation, Emmanuel Macron.
Cette malédiction, c'est l'illégitimité.
Votre illégitimité absolue devant le suffrage universel.
Vous qui êtes issu de la force politique parlementaire
qui a eu le plus mauvais résultat aux élections législatives.
L'illégitimité de la coalition qui était censée vous porter
et plus encore, l'illégitimité du programme économique et social
puissamment rejeté par les Françaises et Français en juillet 2024.
Ce même programme que vous aurez vainement tenté de perpétuer
puisque telle était la mission pour laquelle vous aviez été choisi,
vous minoritaire, par un Président lui aussi minoritaire.
Votre échec était annoncé et il fut finalement cuisant.
En témoigne le budget de la Sécurité Sociale transformé par les amendements
du nouveau Front Populaire qui ont été adoptés contre votre gré.
Mais vous avez esquivé son adoption en jouant la montre
car elle est la dernière arme des gouvernements faibles.
Par ailleurs, le débat sur le budget de l'État, déserté par vos troupes,
a eu lieu en présence de seulement 20 à 30 députés de votre socle présumé commun
qui s'est révélé un dernier bataillon en déroute.
Ce socle fissuré fut incapable d'éviter l'adoption
des amendements de justice fiscale et sociale portés par le NFP.
Un budget transformé contre lequel vous te seules parade.
J'utilise ici non la montre mais l'appui du Rassemblement National.
Cette illégitimité provoque votre chute aussi
car vous n'avez pas tenu vos engagements.
Vous disiez que vous respecteriez le Parlement après le record de 49.3
déclenché par les gouvernements précédents pour expédier une politique déjà minoritaire.
Nous ne vous avions pas cru.
D'où notre motion de censure en octobre.
La suite a montré que nous avions eu raison.
Vous avez montré que les seuls compromis que vous étiez prêts à admettre
étaient ceux négociés avec vous-même.
Vous n'avez même pas esquissé le moindre mouvement
en faveur des amendements adoptés dans cette Chambre.
Ni dans le budget de la sécurité sociale
où pourtant nous réglions une grande partie des déficits des comptes sociaux
en faisant par exemple cotiser les dividendes.
Ni dans le budget de l'Etat
où pourtant nous apportions 56 milliards d'euros en revenant sur les cadeaux fiscaux
faits éhontément aux ultra-riches et aux très grandes entreprises depuis 2017.
Or ces recettes supplémentaires
permettaient d'éviter d'augmenter les taxes sur l'électricité
ou de pénaliser le pouvoir d'achat des actifs et des retraités.
Et ces recettes permettaient aussi de réduire le déficit en dessous de 3%.
Ce qui libérait directement des marges de manœuvre
pour investir dans l'écologie, l'éducation, la santé.
Voilà le résultat que vous avez évacué d'un revers de main.
Ce résultat adopté grâce au NFP
s'avérait pourtant largement préférable
à la soeur et aux larmes que vous promettez aux Français
au détriment de l'activité économique et de la bifurcation écologique.
Pire, vous avez finalement tenté des compromis, mais avec l'extrême droite.
Ce rassemblement national que vous avez privilégié
en violation du barrage républicain qui s'est exprimé majoritairement en juillet dernier.
Ce barrage dont vous auriez à minima, M. le Premier ministre, dû être le garant.
Mais cette compromission n'empêchera pas votre chute.
Vous chuterez de surcroît dans le déshonneur
puisque vous étiez même prêt à remettre en question l'aide médicale d'État.
Jusqu'au bout vous-même,
où vos ministres, comme M. Rotaillot hier des questions au gouvernement,
auraient invoqué des valeurs communes avec l'extrême droite
afin d'éviter que ces députés ne votent la censure.
Cette aspiration afro-réactionnaire est une insulte
vis-à-vis de tous les électeurs qui ont permis à Brumegre
soutien de siéger encore dans cette chambre pour faire barrage.
Vous vous inscrivez ainsi dans cette tendance
qui voit dans beaucoup d'autres pays les partisans du néolibéralisme et du marché
s'accorder avec l'extrême droite, s'approprier ses idées
et mettre en oeuvre son programme.
Illégitime vous l'êtes aussi parce que vous avez refusé d'entendre
après le puissant message du mouvement social de 2023
l'écrasante majorité qui veut l'abrogation de la réforme des retraites.
Cette volonté qui s'est exprimée de nouveau en juin dans les urnes
comme les vôtres ont contourné le refus des français
du traité considéré européen en 2005.
Vous avez aujourd'hui considéré que le peuple avait tort
puisque vous estimez avoir toujours naturellement raison.
Cette illégitimité remonte à ce passage en force
contre la population exigée par le Président de la République.
Hier par le 49.3 du gouvernement Borne,
aujourd'hui par l'obstruction parlementaire
organisée par votre gouvernement pour éviter l'abrogation.
Ce mépris explique le crépuscule qui tombe sur l'avenir politique du Président
et dans l'immédiat sur le vôtre.
Comme certains de mes collègues ici l'ont fait.
Je vais vous raconter, chers collègues, mon rapport personnel
à l'âge de départ à la retraite.
Marcel Mercier était mon grand-père maternel,
ouvrier chez Michelin dans la banlieue parisienne.
Il part à la retraite en 1969 à l'âge de 65 ans.
Il rejoint son pays natal, le pays rouennais.
Mais il meurt 6 mois après.
En 1980, la gauche arrive au pouvoir et abaisse l'âge de la retraite à 60 ans.
Or je n'ai jamais pu m'ôter de l'esprit
le fait que mon grand-père aurait eu le droit de vivre heureux
au moins 5 années supplémentaires.
Ces histoires-là, chers collègues,
nous les partageons par millions en France.
Et nous sommes beaucoup à penser
que la question n'est pas de travailler jusqu'à l'épuisement,
mais bien le droit de profiter, en bonne santé,
de ces années de vieillesse.
Ce choix, il appartient aux travailleuses et aux travailleurs.
Et ils disent qu'ils aspirent à un meilleur partage de la valeur
plutôt que de travailler 2 années de plus.
Voilà ce que vous n'avez pas compris.
Car les salariés estiment, par exemple,
que 2 ans de vie valent largement 0,15% de cotisations en plus
pendant 7 ans.
Ainsi, nous pourrions garantir l'équilibre du régime.
Or, à cette préférence, vous n'avez rien d'autre à opposer
que les éléments de langage du MEDEF
et des fonds de pension désireux de mettre la main sur ce pactole.
Ce serait, M. le Premier ministre,
une raison déjà suffisante pour vous censurer.
Enfin, arrêtez ce mauvais coup porté au pays
qui consiste à dire, après moi, le déluge.
Le chaos est déjà là.
Il est politique, économique et social.
Ce n'est pas la politique économique que nous voulons
qui explique les chiffres catastrophiques du déficit,
les plans de licenciements massifs, le chômage qui remonte,
l'incapacité à faire face aux besoins en matière d'investissement écologique.
C'est votre politique économique et fiscale
qui a consisté à appauvrir le pays
au bénéfice des ultra-riches et du capital
et pour le plus grand malheur du reste du pays.
C'est pourquoi la censure populaire se fait chaque jour plus vivre.
Celle des agriculteurs, des taxis, des salariés de champs,
des soignants et demain des enseignants.
Votre navire prend l'eau, la colère monte.
Cette politique échoue ici et partout en Europe.
Il est donc vital de rompre avec elle.
Le chaos est déjà là et il n'interviendra pas avec votre chute.
Si le budget de la sécurité sociale n'est pas adapté,
on appliquera celui en cours.
Les cartes vitales fonctionneront toujours
et les retraites seront même indexées sur l'inflation,
ce qui bénéficie aux retraités.
Sans compter que rien n'empêchera à un gouvernement
de déposer un nouveau budget de la sécurité sociale.
Et après votre chute, il y aura, tôt ou tard, un budget pour l'État.
Arrêtez de faire croire que la lumière s'éteindra.
La loi spéciale évitera toute shutdown.
Elle permettra de passer la fin de l'année
en décalant de quelques semaines l'examen du budget pour 2025.
Et contrairement à votre propagande,
cela ne fera pas payer d'impôts de plus aux Français
puisque cette loi n'aura pas vocation à durer plus de quelques semaines.
Il existe une meilleure solution qui respecterait le suffrage universel.
Nommez un gouvernement NFP qui pourrait avantageusement amender le budget
qui reviendra le 18 décembre à l'Assemblée.
Il pourrait reprendre tous les amendements
qui avaient sous-trouvé une majorité ici même.
Il lui restera alors deux semaines pour essayer de faire passer la partie recette
avant fin décembre comme la loi l'y oblige.
Mais il semble que le chef de l'État ne veuille toujours pas de cette solution
qui contredit les fondements de sa politique au service de la finance.
Voilà pourquoi se posera à nouveau et rapidement la question de la sortie de cette impasse.
Cette sortie de crise passera par le suffrage populaire.
Elle ne pourra qu'en juillet et doit conserver le responsable de tous ces chaos,
j'ai nommé le Président de la République.
Aujourd'hui, nous votons la ceinture de votre gouvernement.
Mais plus que tout, nous sonnons le glas d'un mandat, celui du Président.
Collègues, notre main n'a pas à trembler.
Je vous incite à censurer ce gouvernement en ce jour.
Ouvrons un avenir, la promesse du nombre après le crépuscule.
