Les élections européennes se sont déroulées chez nous comme chez nos partenaires de l'Union européenne sur fond de crise : la guerre qui ravage l'Ukraine et qui risque de s'étendre par la violence des combats, par l'émulation des discours populistes et nationalistes bien souvent en réaction des vagues migratoires incontrôlées et de l'importation d'un islamisme agressif et antirépublicain, par l'inquiétude des populations pour leur pouvoir d'achat précarisé par le fait d'une croissance molle et un décalage de nos économies par rapport à la Chine et aux Etats-Unis. Toutes préoccupations légitimes et auxquelles il faudra répondre mais qui viennent masquer un mal plus profond, quasiexistentiel : un schisme culturel et l'absence de dynamique identitaire européenne. Où est passé l'esprit européen ? De quelle civilisation es-tu le nom ? Que deviennent les humanités de ta renaissance ? La pluralité des langues non représentée, cette source de lumière et d'une éducation européenne ? Les racines religieuses et culturelles oubliées ? Bref, l'énorme potentiel que recèle la motilité spirituelle européenne, cette extraordinaire civilisation gréco-judéo-romaine en confrontation avec d'autres mondes, arabe et asiatique notamment, d'autres cultures et pour faire jaillir un humanisme à vocation universelle qui irrigua longtemps le concert des nations. Et qui semble en voie de disparition, cet Occident kidnappé mis en exergue par Milan Kundera et Vaclav Havel. Oui, d'où vient l'Europe, et où va l'Europe, mes invités vont chercher à y répondre.
Émile Malet reçoit : Heinz Wismann, philosophe et politologue, directeur d'études à l'EHESS Noëlle Lenoir, avocate, ancienne ministre, ancien membre du Conseil Constitutionnel Antoine Vermorel-Marques, député de la Loire, LR Sylvie Bermann, ambassadrice de France
Présenté par Emile MALET L'actualité dévoile chaque jour un monde qui s'agite, se déchire, s'attire, se confronte... Loin de l'enchevêtrement de ces images en continu, Emile Malet invite à regarder l'actualité autrement... avec le concours d´esprits éclectiques, sans ornières idéologiques pour mieux appréhender ces idées qui gouvernent le monde.
D'où vient l'Europe et où va l'Europe ?
Les élections européennes se sont déroulées chez nous,
comme chez nos voisins de l'Union européenne,
sur fond de crise.
La guerre qui ravage l'Ukraine et qui risque de s'étendre
par la violence des combats.
Par l'émulation des discours populistes et nationalistes,
bien souvent en réaction à des vagues migratoires incontrôlées
et de l'importation d'un islamisme agressif
et anti-républicain.
Par l'inquiétude des populations pour leur pouvoir d'achat,
précarisé par le fait d'une croissance molle
et un décalage de nos économies
par rapport à la Chine et aux Etats-Unis.
Toutes préoccupations légitimes et auxquelles il faudra répondre,
mais qui viennent masquer un mal plus profond,
quasi existentiel.
Un schisme culturel et l'absence de dynamique identitaire européenne.
Où est passé l'esprit européen ?
De quelle civilisation es-tu le nom ?
Que deviennent les humanités de ta renaissance ?
La pluralité des langues non représentées,
cette source de lumière et d'une éducation européenne ?
Les racines religieuses et culturelles oubliées ?
Bref, l'énorme potentiel que recède la mobilité spirituelle européenne,
cette extraordinaire civilisation gréco-judéo-romano-chrétienne
en confrontation avec d'autres mondes,
arabes et asiatiques notamment,
d'autres cultures,
et pour faire jaillir un humanisme à vocation universelle
qui irrigue longtemps la civilisation européenne
et qui semble en voie de disparition.
Cet Occident kidnappé,
mis en exergue par l'écrivain Milan Kuddera
et l'ancien chef d'Etat Václav Havel.
Oui, d'où vient l'Europe et où va l'Europe ?
Avec mes invités, nous allons chercher à y répondre.
Alors je vais vous présenter mes invités.
Heinz Wiesmann, vous êtes philosophe et politologue,
directeur d'études à l'école des hautes études en sciences sociales.
Noël Lenoir, vous êtes avocate,
ancienne ministre, ancien membre du Conseil constitutionnel.
Antoine Vermorel Marques,
que nous avons le plaisir d'avoir en visioconférence,
vous êtes député de la Loire-les Républicains.
Sylvie Berman, vous êtes ambassadrice de France
et ancienne diplomate à Bruxelles
au Comité politique et de sécurité.
Mais pour commencer, nous allons vous diffuser un extrait
avec Elisabeth Borne, ancienne Premier ministre.
Il y a 73 ans, Robert Schuman
posait les fondements de notre construction européenne.
Sa déclaration, c'était d'abord une promesse de paix.
Le retour de la guerre aux portes de l'Europe
avec l'agression russe en Ukraine
rappelle que la paix n'a rien d'une évidence,
qu'elle est précieuse
et que l'Union européenne nous la porte au quotidien.
C'est mon premier message, notamment pour notre jeunesse.
Mon deuxième message, c'est que l'Europe
est devenue synonyme d'action et de solution
au service des peuples, au service des Français.
C'est tout le sens de l'engagement du président de la République
depuis 2017.
On disait l'Europe fragile face aux crises.
C'est grâce à l'Europe que nous avons pu mutualiser
l'achat de vaccins et relancer massivement nos économies.
On la disait naïve sur le plan commercial.
Elle a su imposer que les produits importés
respectent les mêmes standards environnementaux
que les produits européens.
On disait à l'origine qu'elle était un marché.
Aujourd'hui, l'Europe devient une puissance.
Une puissance qui défend ses intérêts
et veut conquérir son indépendance.
Avec un agenda d'autonomie stratégique
pour les matières premières critiques et pour les médicaments.
Avec une nouvelle politique industrielle
tournée vers la transition écologique et le numérique.
Une puissance qui promet ses valeurs
en luttant contre le travail forcé,
contre les produits issus de la déforestation
ou pour la régulation du numérique.
Une puissance sociale qui promeut l'égalité
entre les femmes et les hommes
et impose à chaque pays de se doter d'un salaire minimum.
Enfin, l'Europe devient une puissance géopolitique
en réagissant de manière unanime face à la Russie,
en finançant la livraison d'armes pour aider l'Ukraine,
en renforçant sa sécurité et sa défense.
Je n'ignore rien des défis qui restent à relever,
qu'il s'agisse de l'énergie, des migrations
ou des futurs élargissements.
Nous sommes lucides sur le chemin qui reste à parcourir.
Mais face au cynique qui caricature l'Europe
et lui prête tous les mots,
face au prétendu patriote qui affirme
qu'il faudrait choisir entre l'amour de la France
et l'attachement à l'Europe,
j'assume de dire que l'Europe est l'un des projets
les plus importants à battre.
J'assume de dire que souveraineté nationale
et souveraineté européenne se renforcent mutuellement.
Sans nations fortes, l'Europe est fragile,
mais sans Europe puissante, nos nations seront plus faibles.
Vous venez d'écouter l'ancienne Première ministre
et cela va en concordance avec un sondage
de la Fondation pour l'innovation politique Fondapol.
L'idée européenne serait de retour,
y compris parmi les populistes,
avec l'aspiration à une puissance publique européenne.
Qu'est-ce que vous en pensez,
Sylvie Berman, Noëlle Lenoir ?
Moi, je pense que les nouvelles générations sont nées
avec finalement résolu ce conflit
entre les Européens et les non-Européens,
puisqu'ils sont nés Européens.
En revanche, je suis frappée en écoutant
le discours d'Elisabeth Borne,
si je puis dire, un peu de son classicisme.
C'est-à-dire que c'est un inventaire de prévers
avec une somme de priorités
qui vont de la sécurité vers l'environnement,
le numérique, la puissance industrielle,
la puissance commerciale.
Et finalement, ça illustre d'une façon un peu pathétique
l'absence de projets européens aujourd'hui.
Et on y reviendra peut-être.
Il ne faut pas oublier, par exemple,
qu'on a parlé tout à l'heure,
Mme Borne a évoqué Robert Schuman
et son discours en 1950.
Il y a un autre discours de Robert Schuman en 1950,
devant l'Assemblée du Conseil de l'Europe,
pour la création d'une véritable armée européenne.
On va rentrer dans le détail.
Et donc, je pense qu'on manque un tout petit peu de projets
parce qu'on a uniquement une somme de priorités.
Et le peuple le sent.
– Alors Antoine, vers Morel Marques,
on vous dit proche de Michel Barnier.
Est-ce que vous pensez que la question européenne
va avancer avec ce nouveau gouvernement ?
– Je le souhaite, parce que d'abord,
en tant qu'issu de la nouvelle génération,
je suis effectivement né français et européen.
Et dans ma génération, il y a un sentiment d'appartenance,
non pas à l'Union européenne,
mais à ce qui a pu être construit par le passé
et par les liens qui nous unissent entre les peuples européens.
Et il ne faut pas oublier, bien sûr,
le tableau est un peu noir aujourd'hui,
tel qu'il a été dressé en début d'émission,
mais quand on regarde l'histoire de l'Europe sur plusieurs siècles,
nous sommes une des générations qui bénéficie
d'un espace de paix et de prospérité
qui n'a pas eu de précédent dans l'histoire de l'Europe.
Et donc cet espace-là, aujourd'hui,
il est questionné d'un point de vue existentiel
parce qu'il y a une crise de l'Occident.
Et c'est comment on répond à cette crise ?
Cette crise qui est climatique,
qui est aussi migratoire,
qui est désormais économique,
et on parlera peut-être des rapports de Draghi et de Béthin,
mais ce sont des vrais sujets de fond,
mais qui ne doivent pas nous empêcher de voir
la réalité plus large d'un point de vue historique.
Et je pense qu'on en parlera aussi
de cet espace de prospérité qui est aujourd'hui le nôtre
par rapport aussi à d'autres puissances émergentes.
– Alors Sylvie Bergman,
vous êtes aussi optimiste concernant cette Europe.
Vous la voyez aller sur des bons rails.
– Alors d'abord, l'Europe est nécessaire face aux États-continents
qui sont la Chine, l'Inde, la Russie,
mais aussi les États-Unis puisqu'il risque d'y avoir divergences
en cas d'élection de Donald Trump.
On ne fait pas le poids tout seul,
donc il n'y a pas d'alternative à l'Europe de toute façon.
Maintenant, je pense qu'on parle souvent de construction européenne
et je crois que le terme est tout à fait approprié.
C'est-à-dire que c'est un travail qui n'est pas terminé, qui est constant.
J'étais à Bruxelles, comme vous l'avez dit,
comme ambassadrice au comité politique et de sécurité,
il y a plus de 20 ans maintenant,
pour construire la défense et la politique étrangère européenne.
Il y a eu des progrès, mais ce n'est pas là quand même.
C'est vrai que sur l'Ukraine, il y a eu une unité
qui est peut-être en train de s'affaiblir.
Il n'y en a pas sur le Moyen-Orient, par exemple.
Heinz Wiesmann, on parle de construction européenne,
on fait référence au passé.
Quel lien peut-on faire entre le passé présent de cette Europe
qui est en éternelle construction ?
Il faut, à mon sens, dissocier dès le départ
les réalités européennes qui, à chaque moment de l'histoire,
on parle déjà longuement des peuples qui ne se réclamaient
pas forcément de l'Europe, mais de son équivalent,
qui pouvait être la chrétienté ou l'Occident.
Il y a d'autres mots pour dire Europe au cours de l'histoire.
Il faudrait dissocier les réalisations ou les réalités,
les cathédrales, par exemple.
Cette constellation extraordinaire,
parce qu'il y a des mille cathédrales
dont on dit que c'est ça, l'Europe.
Mais c'est une réalité européenne qui appartient au passé,
qui peut être rangée dans un musée.
Alors que le problème, c'est l'esprit européen.
Heinz Wiesmann, si vous deviez définir l'Europe
en trois mots, l'identité européenne ?
Je citerais Hérodote, parce que le premier,
c'est l'historien du 5e siècle, la volontaire,
pour s'expliquer à lui-même le fait que les cités grecques
divisées l'avaient emportée à plusieurs reprises
sur l'immense armée de Xerxes et Darius avant,
c'est les Perses.
La thèse d'Hérodote, qui va être reprise d'ailleurs
par Foster Dulles dans le mémorandum
qu'il adresse à Eisenhower.
Dulles était le secrétaire d'État.
Le secrétaire d'État américain.
Une permanence historique extraordinaire pour dire ceci.
Voilà les trois mots.
La séparation, la concurrence, la mise en tension
n'est pas quelque chose de délétère.
C'est au contraire une des conditions
du développement de la synergie.
Et ça vaut pour l'économie libérale
comme pour le rapport entre les sciences,
les peuples, etc.
C'est le mastodonte asiatique,
dans la thèse que Hérodote développe,
et vaincu d'avance par cette espèce d'énergie européenne
que j'appelle l'esprit européen,
qui est en réalité la capacité de se séparer
jusqu'à se séparer de soi pour rejoindre l'autre.
Oui, Sylvie Bergman,
est-ce que vous adhérez à ce qui vient d'être dit,
c'est-à-dire qu'une Europe
qui ignorait sa civilisation
a moins d'influence dans le monde ?
Oui, on a une identité,
il faut la reconnaître,
mais il ne faut pas nier celle des autres.
Parce que la référence à Hérodote,
c'est l'une des plus grandes puissances au monde,
c'était quand même la Chine,
avec des grands philosophes
et des idées qui ne sont pas exactement les nôtres.
Je pense que pendant longtemps,
justement parce qu'on était
les grands penseurs de l'Occident,
et moi je pense à Voltaire Diderot
qui conseillait Catherine II,
la grande impératrice de Russie,
mais je crois qu'aujourd'hui
on ne peut plus donner de leçons au monde,
il faut être sûr de soi,
de ses valeurs,
mais on ne peut pas les imposer
comme on a essayé de le faire par les armes,
surtout les Américains,
mais nous aussi en Libye,
et échanger,
dialoguer et accepter les autres.
Alors monsieur le député,
est-ce que vous avez le sentiment
que la manière politique
d'aborder l'Europe aujourd'hui
est un peu indigente
en matière d'esprit européen,
de civilisation européenne ?
Oui, c'est le sentiment que j'ai,
et ce sentiment-là, il est motivé
par le fait qu'on ne regarde pas
forcément l'avenir avec un projet,
on gère au quotidien des crises,
ça ne veut pas dire qu'on n'arrive pas
à les gérer et qu'on les gère mal.
Si vous regardez le passé récent
de l'Union Européenne,
que ce soit la crise financière de 2008,
que ce soit la crise de l'euro de 2010,
que ce soit le Covid,
ou que ce soit encore la crise ukrainienne,
au fond, pour l'instant,
on relève les défis des crises.
La seule crise qu'on n'a pas arrivé à gérer
pour l'instant, c'est la crise de 2015
avec la crise migratoire.
Mais l'Europe, dans cette logique fonctionnaliste,
il y a un problème, on tente de le résoudre,
pour l'instant, il parvient.
Mais ce qui est gênant, moi,
ce que je trouve d'un point de vue politique,
c'est qu'elle ne gère que des crises
et elle n'anticipe pas le projet qui vient,
qui est un projet, évidemment,
et Elizabeth Warren, pourtant,
n'est pas de la même famille politique,
mais je la rejoins sur les défis de demain.
La question du climat, la question du déclassement économique,
la question culturelle aussi,
elle n'est pas envisagée aujourd'hui à l'échelle européenne
parce que cet esprit européen,
dans le débat public, à mon sens, n'arrive pas à émerger.
Alors, Noëlle Lenoir,
à qui la faute ?
Moi, je serais beaucoup plus,
je noircirais beaucoup le tableau.
Je considère que l'Europe
est en crise profonde. Pourquoi ?
Parce que d'une Europe
conquérante au sens culturel
et d'affirmation de soi
et de fierté de sa civilisation,
c'est une Europe qui renonce à elle-même
et qui abandonne les Européens.
J'en prends deux exemples.
On nous fait miroiter la décarbonation de l'économie.
J'ai lu le rapport Draghi,
qui d'ailleurs, au passage,
est uniquement en anglais,
ce que je trouve quand même un peu lamentable.
Eh bien, ce rapport Draghi nous explique,
même si Draghi, on le sait,
n'a pas eu la plume totalement libre,
Mme von der Leyen a un peu veillé au grain,
eh bien, ce rapport Draghi nous explique
que le projet de décarbonation,
nous n'avons pas les moyens de le mener à bien.
Donc,
on ne peut pas avoir la décarbonation
et le social
et promouvoir
la croissance économique. C'est impossible.
Et donc, les peuples
européens s'en rendent compte.
La deuxième chose, et vous l'avez suggérée dans votre présentation,
on abandonne
notre culture. Alors, je veux bien
qu'on comprenne la culture chinoise.
D'ailleurs, les Chinois cherchent à nous imposer
leur culture sans parler de l'islamisation
de l'Europe. Oui, parce qu'ils expliquent
que les droits de l'homme, ce n'est pas universel
et qu'il y a une voie chinoise. Nous, on croit
dans les valeurs universelles. On ne croit
pas dans la voie chinoise
qui n'est pas la voie des droits de l'homme au sens où
on l'entend. Je considère que l'Europe
est en crise, qu'il faut une prise
de conscience et que d'ailleurs,
Michel Barnier a exprimé
récemment, il faut une prise
de conscience de cette crise qui est une crise
existentielle. Je ne sais pas
si l'Europe existera, si elle continue
sur cette voie dans 10 ou 20 ans.
Franchement, je ne le sais pas
et je ne serai sans doute pas là pour le voir.
Mais je le crains.
Sylvie Bergman, vous croyez vraiment
que quand on entend parler de souveraineté
européenne, ça a du sens aujourd'hui ?
Oui, ça a du sens. Et dans quel domaine
ça a du sens ? Oui, c'est en tout cas
l'autonomie de
l'Union européenne. C'est peut-être
un terme plus approprié puisque la
souveraineté, on considère que c'est plutôt
nationale. Mais peu importe le
terme. En tout cas, cette autonomie
est indispensable. Elle est indispensable
dans le domaine stratégique, bien évidemment.
Mais ça suppose avoir une
défense européenne.
Peut-être pas une armée européenne. L'OTAN et l'ONU
n'ont pas d'armée non plus. Mais
les Allemands ont augmenté leur budget
de défense. Et qu'est-ce qu'ils ont fait ?
Ils ont acheté des F-35.
Et d'ailleurs, c'est l'ancienne
ministre des armées,
Madame Pagny, qui disait
que
l'article 5 de l'OTAN,
ce n'est pas l'article F-35.
Donc il y a beaucoup de chemin à faire
pour avoir une véritable défense
européenne,
dotée
de tous les outils nécessaires. Il y a des résistances.
Il y a la question qui est posée
du nucléaire, puisque c'est le nucléaire français.
Est-ce que ça
s'étend à la défense d'autres
pays ? De l'Allemagne,
par exemple, c'est une question. Mais il y a l'autonomie
dans le domaine économique.
Il faut bien réagir aussi
aux sanctions
extraterritoriales américaines
qui violent la souveraineté
des Européens.
Il faut réagir à la concurrence des
loyales de la Chine. Il y a d'ailleurs un certain
nombre d'instruments qui ont déjà été
adoptés à cet égard. Mais encore
une fois, c'est plutôt,
comme disent les Anglais, working in progress.
C'est-à-dire, effectivement,
un projet qui
est en construction
permanente. Et c'est vrai
qu'il y a eu au moment du Covid
un certain nombre de décisions
qui ont été prises, y compris par Mme
Merkel à l'époque, ce qui était une
véritable révolution copernicienne
sur des emprunts communs
et que reprend d'ailleurs Mario Draghi
dans son rapport.
Il y a
effectivement beaucoup de choses, mais on doit
tendre vers l'autonomie stratégique,
d'autant plus que Washington
cessera peut-être d'être la nounou des Européens
dans le domaine de sécurité.
Alors, M. Vermorel-Marquès,
je voudrais vous poser une question
un peu délicate, mais pas
vraiment. La France
s'est opposée au moment
de la Constitution
européenne à ce que
les sources religieuses, notamment
chrétiennes,
ne figurent pas
dans la Constitution.
C'était la position
commune à l'époque où nous étions en cohabitation
avec le président
Chirac et le Premier
ministre Jospin. A votre
avis, est-ce une méprise
et est-ce qu'il faudrait y revenir ?
Je poserai la même question
à propos de l'Occident.
Est-ce qu'on peut relier
l'Europe à l'Occident
dans le même esprit ?
Je pense que c'était une erreur et je pense
qu'on ne doit jamais oublier d'où l'on vient,
quelles sont les racines de l'Union européenne,
quelles sont les racines de l'Occident,
ces racines qui sont, comme vous l'avez dit
en introduction, jidéo-chrétiennes,
mais aussi romaines et qui sont aussi liées
à toute l'histoire de l'Europe qui, finalement,
quand on regarde la question même du Moyen-Âge,
la Renaissance, les Lumières, les idées,
la culture nous unissaient et la politique nous divisait.
Ce n'est pas parce qu'on
assume nos racines que ça nous empêche
d'avoir
une autre perspective d'avenir. C'est pour ça que je pense
que c'était une erreur à l'époque. Peut-être qu'on a focalisé
le débat là-dessus alors qu'objectivement
ce n'était pas non plus l'essentiel
de ce projet de constitution européenne,
mais quand on oublie d'où l'on vient, c'est jamais
une bonne nouvelle et c'est jamais rassurant
par rapport à ce qu'on souhaite construire pour l'avenir
et c'est peut-être ça aussi, au fond,
qui alimente cette déprime occidentale
actuellement de ne pas savoir vraiment
où l'on va parce qu'on a oublié d'où l'on venait.
Heinz Wiesmann, vous partagez
cette chose-là, c'est-à-dire
que l'Europe renoue
avec ses racines à la fois
religieuses et occidentales.
Je rappellerai quand même, pour la petite
histoire, qu'au moment de la constitution,
l'Allemagne était favorable
à ce que ses références
figurent dans la constitution
à la différence de la France.
Je trouve qu'on ne plonge pas suffisamment
loin dans l'histoire
européenne. Il faut repartir
de la Grèce et du mythe
grec, rapt d'Europe
par Zeus,
qui arrache une princesse
phénicienne
à sa famille,
sa soeur s'appelle Asie,
pour, avec elle, engendrer
dans l'île de Crète
les premiers Européens.
C'est une sorte de programme...
Mais pas pour leur Asie, comme le président chinois, quand même.
Non, c'est le contraire.
Ce qu'Hérodote en tire comme leçon,
c'est que l'Europe a
quitté le foyer
qui correspond à la logique
asiatique de l'intégration
intégrale et de la soumission
pour libérer les individus
de cette emprise qui est d'abord
familiale, qui peut ensuite être
aussi politique, que sais-je,
économique.
Ce qui me paraît essentiel,
c'est de comprendre que l'Europe s'est construite
depuis cette époque
dans la conscience des Européens
comme étant en rupture
non seulement avec l'Asie,
mais avec elle-même.
Puisque l'idée de progrès,
l'idée de la conquête
par la connaissance, le mot
philosophia, par exemple,
chez Platon, veut dire qu'on rompt
avec la sagesse qui s'inspire
uniquement de l'autorité de la tradition
pour trouver de nouvelles connaissances.
Et ça, c'est l'esprit de la
science européenne. Il faudrait
regarder toutes ces
démarches européennes
qui pensent être
inspirées par l'esprit
qui préside à ces initiatives
en considérant
que la séparation
peut être vécue, intelligemment
maîtrisée, comme
une sorte d'avantage
concurrentiel.
Les Jeux olympiques, d'une certaine
manière, sont en Grèce antique.
La mise en
image, parce que c'est de l'imagination
les Jeux olympiques,
comment il faut être vainqueur,
à quel titre, contre qui,
etc., eh bien,
les cités grecques étaient
en guerre entre elles.
Elles suspendaient tous les quatre ans
les hostilités pour se rappeler
qu'elles étaient toutes grecques.
Ça, c'est les Jeux olympiques. On déplace
le conflit
vers quelque chose qui,
symboliquement, le fait
durer, mais
symboliquement aussi, le fait cesser.
Et je pense l'Europe,
pour le dire en une phrase,
l'Europe est essentiellement oublieuse
de ce qui a fait son esprit.
Ce n'est pas les réalisations
ici ou là réussies
ou pas. Ce n'est pas
ce qui est acquis
qui permet de penser ce qu'est l'Europe.
C'est ce que l'Europe
aspire à devenir,
ce qu'elle veut être
ou conquérir. Et parmi
ces acquisitions,
celles par la violence coloniale,
par exemple, indiquent simplement
que ce n'est pas un chemin
où la bonne intention
est garantie d'un bout à l'autre.
L'Europe fait toutes sortes
de faux pas. Il faut
aussi insister sur le fait qu'elle est
très souvent à côté de ses pompes,
si on veut être un peu grossier.
Donc, ce rappelé,
j'arrête là, mais ce rappelé
de cette origine que je trouve
parfaitement formulée
chez cet historien grec Hérodote,
eh bien, c'est une des conditions
pour qu'on ne reste pas
enfermés dans une
logique qui fait
valoir les acquis.
Merci. Alors, sans polémique, Sylvie Berman,
pensez que le Quai d'Orsay
a conscience
de cet oubli historique,
spirituel,
d'où vient l'Europe,
de ce qu'a fait l'Europe, etc.
Est-ce que la diplomatie
n'est pas trop orientée
sur des résultats concrets ?
Malheureusement, il faut être
orientée sur des résultats concrets.
Je veux dire,
l'Europe était très
surdelle de sa supériorité,
de ses valeurs, de ses réussites.
Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui ?
On est en décrochage total
sur le plan économique,
sur le plan démographique également.
En termes d'innovation,
on est derrière les Chinois
et les Américains.
Donc, je pense aussi
qu'il faut y avoir cette prise de conscience.
Mais qu'encore une fois,
Mario Draghi, comme Enrico Letta,
d'ailleurs, avant, qui a fait un rapport
également sur le marché unique,
ont, je pense, qu'il y a des leçons
à tirer aujourd'hui dans l'Union européenne.
Je pense qu'il faut des débats
pour essayer de sortir
de ce décrochage
qui est catastrophique pour nous.
Noëlle Lenoir ?
Alors, moi,
j'entends tout à fait
la culture européenne,
la naissance de l'Europe
et toute cette symbolique
qu'on ressent inconsciemment,
qui est ce que l'on partage,
c'est-à-dire, en fait,
l'idée de l'individu
et des lumières.
L'individu avant les lumières,
c'est-à-dire que l'homme, en quelque sorte,
construit son destin.
Mais je trouve que l'Europe, de ce point de vue-là,
est en train de faillir.
Vous aviez évoqué la violence coloniale.
Les Anglais ont colonisé
les Américains.
Les Américains ne passent pas
leur temps à demander aux Anglais
de se mettre à genoux.
Quand je parle avec certains
de mes amis libanais,
ils me disent que le Liban
se portait beaucoup mieux
que sous l'ESBLA
sous le mandat français.
Donc, moi, j'en ai un peu assez
de cette culture post-coloniale.
Et je vais vous dire, l'Europe est en train
de s'autodétruire autour de deux idées.
La première idée,
c'est l'inclusion.
Quand, dans un texte de Manuel Barroso,
qui est très présent dans la commission,
j'ai vu le mot inclusion, je ne savais absolument pas
ce que voulait dire ce néologisme.
Et je me suis rendu compte que c'était
le multiculturalisme, c'est-à-dire la négation
de notre identité.
On trouve ça chez Lévi-Strauss,
on trouve ça chez Michel Foucault,
on trouve ça chez de bons esprits comme Derrida,
bien français,
mais c'est la négation de notre identité.
On ne peut pas, un être humain,
ne peut pas vivre s'il n'a pas d'identité.
Les enfants qui sont adoptés, ils cherchent leur identité.
Eh bien, nous, nous n'avons plus
notre identité à cause de cette culture
post-coloniale qui a infiltré l'Europe.
Le deuxième
élément, qui est le même, c'est
la lutte contre le changement climatique.
Alors, j'ai une de mes anciennes collaboratrices
qui m'a interrogée
sur le discours sur l'état de l'union
de Madame van der Leyen,
pas le dernier, mais un petit peu avant.
Et je lui ai répondu
simplement, je suis très contente
que Madame van der Leyen s'intéresse
à l'humanité
et de son intention, qui est tout à fait
louable, de sauver l'humanité,
mais je trouve qu'elle devrait s'intéresser
un petit peu plus au sort des Européens.
Et c'est ça, le problème.
C'est que l'Europe actuelle est devenue
idéologique, et à mon sens, puisque
je ne la partage pas, dans le mauvais sens.
Alors, M. Vermoeil-Marquès,
de quel côté vous vous situez
par rapport à ce débat ?
Est-ce que le voquisme, et ce qui nous vient
des Etats-Unis, affaiblit
l'Europe, ou est-ce
qu'il faut composer avec le
melting pot mondial
pour être
dans la compétition économique
et avoir des résultats
par rapport à la Chine
et aux Etats-Unis ?
Je pense tout d'abord que sur la question environnementale,
c'est non pas un choix, mais une nécessité
que de décarboner notre économie,
et c'est un avantage comparatif que l'on a
d'un point de vue économique, aujourd'hui, qu'il faut absolument
que l'Union européenne arrive à préserver.
Après, au-delà de ce qui vient de l'extérieur, du wokisme,
il y a aussi notre faute à nous, notre incapacité
à nous protéger. Et l'Europe a été naïve
sur la question du protectionnisme,
mais aussi sur la question des aides de l'Etat.
Quand je vois aujourd'hui, on parlait tout à l'heure de la défense,
mais que récemment, les Etats-Unis viennent de prêter
un milliard d'euros à la Roumanie
pour développer son industrie
de défense et son armée,
je me dis qu'il y a une erreur stratégique
de l'Union européenne. Il y a une forme de naïveté en la matière.
Ce n'est pas aux Etats-Unis de prêter
un milliard d'euros à la Roumanie pour
développer son armée. C'est au contraire.
Et c'est d'ailleurs le rapport de Mario Draghi, de faire en sorte
qu'on arrive à lever peut-être des emprunts
européens pour ce qui est stratégique pour nous
et faire en sorte de nous protéger vis-à-vis de l'extérieur.
Moi, je le vois à la fois
dans mon mandat national, mais aussi dans mon
mandat local. Toute la
concurrence déloyale, cette incapacité
à protéger nos frontières, à ne pas être naïf
vis-à-vis de nos partenaires, c'est une grave
erreur de l'Union européenne et ce n'est pas uniquement une agression extérieure.
C'est de notre faute.
Si l'Europe a été tirée
dans plusieurs directions opposées
par des hommes qui n'avaient pas
la même idée de son destin,
j'y vois beaucoup de temps
et d'efforts perdus,
mais rien qui contredise
la nécessité de s'unir.
Cette phrase de Jean Monnet
éclaire la nature même du processus
de construction européenne.
C'est un juste
rappel de la manière conflictuelle,
toujours incertaine,
toujours douloureuse
de cette construction.
Ceux qui ont eu la chance
de lire les mémoires de Jean Monnet
s'en souviennent d'ailleurs sûrement
chaque chapitre
des promesses est balancé
par la crise suivante,
chaque temps d'espoir est suivi
de moments de doute.
Telle est bien la nature de la construction européenne,
mesdames et messieurs les députés,
instable par nature
mais dont l'instabilité
même
est génératrice de progrès.
Nous venons d'écouter
Bernard Kouchner, ancien ministre
des Affaires étrangères.
Monsieur Wiesmann,
est-ce que vous avez le sentiment
qu'en oubliant
les langues
européennes,
les langues de notre civilisation,
au profit d'un globish,
un anglais mal parlé,
ça affaiblit
cette unité européenne ?
Évidemment.
Le problème européen
c'est de tirer profit
de la séparation,
de la capacité d'aller au-delà
de ce qui est déjà acquis.
La science moderne est européenne
dans son esprit
puisque aucun scientifique
voudra cramper sur
les évidences et les certitudes
héritées du passé.
Il y a cette ouverture,
ce déchirement, cette séparation
acceptée
parce qu'elle, et là Kouchner,
dit ça assez bien en citant Monet,
cette ouverture vers
impossible qui se décide
dans l'avenir et qui n'est pas garantie
par un passé.
Alors tous les ennemis de l'Europe,
depuis Herodotus jusqu'à Faust-Adalès,
sont asiatiques
en ce sens qu'ils
privilégient
le facteur passé,
la tradition,
ce qu'on hérite des ancêtres, etc.,
dans une situation
d'intégration des populations
et des différences. C'est un monolithe
d'une certaine manière qui est
l'idéal asiatique.
Il ne s'agit pas de jeter la pierre,
c'est simplement une autre manière
de concevoir l'unité que doivent
créer les êtres humains pour vivre ensemble.
Alors que nous, européens,
là je dis que
les États-Unis sont du côté européen.
L'esprit européen,
avec tous les bémols
qu'on peut y mettre, souffle aux États-Unis
beaucoup plus fort,
plus fortement que dans des pays
qui mettent leur idéal
dans le giron
intellectuel
de ce que Herodotus appelle l'Asie.
Notamment les islamistes, par exemple,
pour lesquels le retour
à la pureté des origines m'emporte
sur toute perspective
d'avenir qu'il faut barrer.
Alors,
merci de ce que vous dites.
La diplomate que vous êtes, Sylvie Berman,
qu'est-ce qu'elle pense
du fait que dans les institutions
européennes, c'est le globich
qui est là en permanence ?
Est-ce qu'il ne faudrait pas réfléchir
à entendre,
à écouter l'ensemble
des langues européennes ?
Et je dirais, est-ce que
la France en particulier
n'a-t-elle pas négligé
la culture européenne
propre à l'Europe centrale et orientale ?
Alors, d'abord, moi, je voulais rappeler
bon, c'était il y a une vingtaine d'années,
c'est-à-dire avant que
tout se passe
à Bruxelles, tous les conseils
européens
et qu'il y ait une forme de
comment dire
de neutralisation des
diversités européennes,
le motto
de l'Union Européenne, c'est « Unis dans la diversité ».
À l'époque,
les conseils européens, ça coûtait plus cher,
c'est vrai, mais se réunissaient
en Finlande, au Portugal,
je suis allée aux Azores, en Laponie,
et donc ça donnait cette diversité
de l'Union Européenne
qu'on a totalement perdue aujourd'hui
avec l'anonymat de Bruxelles.
Pour la langue, c'est un peu pareil,
en même temps, je comprends que ce soit compliqué
de traduire dans toutes ces langues,
ça l'est in fine,
mais dans la discussion, c'est soit en français,
en anglais, soit parfois en allemand,
ça dépend si c'est les institutions...
Les directives sont toutes en anglais, quasiment.
Oui, mais ça, ça date
du dernier élargissement, en réalité,
parce que la Commission a imposé
les négociations d'élargissement en anglais.
Moi, j'avais une collègue roumaine qui m'a dit
qu'elle parlait couramment le français,
mais on lui a dit « Tu oublies,
les négociations, on les fait en anglais ».
Le résultat, c'est qu'elle ne connaissait pas
le vocabulaire
en français,
et donc ça a été une grande perte
pour nous, effectivement.
Maintenant, l'Union Européenne,
ce n'est pas
uniquement
ce qu'on appelle les membres
historiques, c'est effectivement les
pays de l'Est. J'étais là au moment
de l'élargissement au Comité politique et de sécurité,
ça n'a pas été très facile,
en réalité, et on voit
bien que les priorités ne sont pas
les mêmes en Allemagne, au Portugal
et dans les
Pays-Baltes ou en Pologne.
Effectivement, il faut les rapprocher,
mais cette
diversité existe
et perdurera, y compris
sur le plan géopolitique.
Vous pensez qu'on n'en fait pas
assez pour
faire de toutes ces cultures
européennes un creuset
culturel ?
Moi, j'étais au gouvernement au moment
de l'élargissement et au moment
de l'élaboration de feu
le traité constitutionnel européen.
J'ai sillonné
tous les pays de l'Est que je ne
connaissais pas, parce que comme je n'étais pas
au Parti communiste, je n'allais pas passer mes vacances
à Varsovie ou en Yougoslavie.
Oui, mais maintenant, il n'y a plus de communisme.
Je plaisante,
mais je ne connaissais pas du tout ces pays
et je les ai découverts.
On a un défaut congénital en France
parce que,
en réalité,
on faisait partie du
club des grands et il y a une
tendance chez nous gouvernants, au moins
de l'époque, de mépriser
un peu les petits.
Or, les petits ont pris le pouvoir.
C'est vrai que
les pays de l'ex
bloc soviétique
ou les pays de l'Europe centrale
ont pris
l'Europe très au sérieux
et ils obtiennent
des postes importants.
La Pologne est sans doute
l'un des pays forces
de l'Europe qui va se substituer
à l'Allemagne et à la France, puisque
le commissaire portugais a hérité
du budget,
le commissaire au budget et à l'administration
publique. C'est le plus puissant.
Évidemment, ça ne dit rien aux gens,
mais c'est le plus puissant de très loin.
Et donc, je pense que la France,
c'était très difficile, par exemple,
ce n'est pas du tout une critique dans ma bouche,
de convaincre le président de la République,
qui était Jacques Chirac à l'époque,
d'aller dans un petit pays
de l'Europe centrale et orientale.
Non, parce qu'on discute avec les grands.
Le deuxième défaut de la France,
c'est de n'avoir pas pris au sérieux
le Parlement européen, qui est surpuissant,
qui fonctionne un peu comme une ONG,
un petit peu comme l'ONU,
mais qui est surpuissant.
Et donc, on n'en voit pas de bons députés,
on en voit parfois d'excellents députés,
mais ce n'est pas notre préoccupation première.
Le troisième reproche que je ferai,
parce qu'il faut regarder qui on est,
c'est la réforme institutionnelle
du traité de Lisbonne,
qui est quand même invraisemblable.
Premièrement,
c'est la France qui a admis
que les grands pays n'aient plus qu'un commissaire.
Deuxièmement,
nous n'avons absolument pas négocié
avec les Allemands de hisser le nombre
de nos parlementaires européens.
On a fait créer, en échange
de l'énorme augmentation
des pouvoirs du Parlement européen
souhaité par l'Allemagne,
le président du Conseil européen,
qui ne sert absolument à rien, zéro.
Alors voilà, moi je trouve
que cette réforme institutionnelle,
que je n'ai jamais approuvée,
il faut le dire,
s'est révélée quand même être, pour nous,
assez catastrophique,
parce qu'on a tendance à penser
qu'il suffit d'être la France pour gouverner l'Europe.
Eh bien non, ça ne marche pas comme ça.
Alors, M. Vermorel-Marques,
autre problème
que je voudrais signaler.
Vous avez parlé, dans votre intervention précédente,
de la question des migrations.
Alors, on a entendu dire,
avec Heinz Wiesmann,
que l'esprit européen est toujours
en mouvement. Mais,
à votre avis, est-ce que cet esprit
européen peut rester
fidèle
à ses sources fondatrices
au regard des vagues migratoires
et certains pensent
qu'il y a une recomposition démographique
de l'Europe ?
Comment on fait avec ces migrations ?
Ce qui est sûr, c'est qu'on a un déclin,
et c'est aussi un déclin français,
un déclin démographique qui nous questionne beaucoup.
Vous voyez d'autres,
le continent africain, l'Inde, la Chine,
ce sont des continents où la démographie,
malgré tout, est beaucoup plus forte qu'à l'échelle européenne.
Après, la question des vagues migratoires,
à mon sens, n'est pas une question
nouvelle pour l'Europe.
Ce qui est nouveau, c'est la capacité
de certaines migrations à s'inscrire
dans le départ d'une forme d'islamisme
qui, là aussi, historiquement,
est le mieux placé pour en parler,
mais n'est pas une chose nouvelle pour l'Europe.
La question, c'est comment, à 27, on arrive
à résoudre la difficulté
et à se protéger avec des règles communes.
Moi, je suis assez inquiet de ça parce que
je rejoins ce qui a été dit précédemment.
Je pense que la France a eu tendance à s'isoler
en Europe par sa prétention et par sa condescendance.
Et quand vous regardez
les pays d'Europe centrale qui ont la capacité,
alors, c'est moins vrai depuis l'Ukraine,
mais les groupes de Visegrade,
les quatre pays d'Europe centrale et orientale,
de travailler ensemble pour peser vis-à-vis des grands
en Europe, ce sont des pays
qui comptent dans la discussion
et aujourd'hui, on a tendance parfois à les ignorer
par une prétention française.
Quand vous avez le président de la République, Emmanuel Macron,
qui fait un grand discours sur l'Europe à la Sorbonne,
c'est quand même très étonnant
comme construction européenne.
Quand vous avez Elisabeth Borne qui,
à la tribune de l'Assemblée nationale,
parle d'Europe puissante, quand vous allez
dans l'un des pays d'Europe centrale et orientale,
personne ne demande à l'Europe d'être une puissance.
On avait une vision économique, surtout,
de la question européenne en Europe centrale
et orientale avant l'agression russe en Ukraine.
Donc tout ça nous questionne et sur la question
des migrations, je pense que l'enjeu majeur, c'est d'arriver
à trouver des points communs. Sinon,
on se retrouvera dans une situation qui est
la situation actuelle où on remet en cause
la liberté de circulation, y compris les Européens.
Vous êtes en train de dire,
M. le député, que plutôt
que d'agir, on a une parole
arrogante ?
J'en suis convaincu et je pense que,
d'un point de vue diplomatique, on a perdu en influence
à la fois au Parlement européen
parce que
l'élection européenne est vue en France comme une élection nationale
et parce qu'on considère
que le mandat européen est moins gratifiant
que le mandat français. Et c'est toujours le cas
d'une certaine manière quand vous regardez certaines nominations
à la Commission européenne,
sans vouloir faire de politique politicienne.
J'ai ce souvenir aussi
de Michel Barnier
qui, quand il est commissaire européen
et qu'il est appelé à Paris par Jacques Chirac
pour devenir ministre, il répond à Jacques Chirac
qu'il souhaite rester commissaire européen
et Jacques Chirac, qui a toujours considéré
le commissaire européen comme un technocrate
sans influence, lui répond, tu prends ton risque.
Et à ce moment-là, il prend son risque, il reste
commissaire européen, mais ça montre
à l'époque déjà
le mépris que la France pouvait avoir pour ses représentants
dans l'Union européenne alors que
cette influence, elle est majeure pour notre pays.
Monsieur le député, je sais que vous allez nous quitter
et je vous salue, mais avant de partir,
je voudrais juste vous demander,
vous poser cette question,
est-ce que vous pensez
que
la conséquence
politique de ce que
vous venez de dire sur cette
arrogance
française à Bruxelles
mais qui n'est pas suivie d'effets pratiques,
si je résume votre pensée,
est-ce que ça explique
qu'aux dernières élections européennes,
les populistes ont gagné
en siège et en influence
et notamment, en ce qui
concerne la France, une percée
du rassemblement national ?
En tout cas, ce qui est certain, y compris dans ma famille
politique qui était une famille
pro-européenne, on n'ose plus
parler d'Europe. Et on a peur
d'évoquer ce sujet
parce qu'il y a évidemment des critiques
qui sont légitimes. Mais encore une fois,
quand je vois où nous étions
il y a 30 ans et où l'on est aujourd'hui,
malgré tout, on ne peut pas faire sans
l'Union Européenne. Et quand vous regardez les projections
économiques, notamment à l'horizon de 2050,
et que tous les 10 ans
vous avez un pays européen qui est éjecté
du G10, il reste
plus que l'Union Européenne en 2050. Et donc
la question des générations futures,
ce projet européen économique
de défense, d'autonomie stratégique,
de souveraineté aussi, européenne et nationale,
il doit être absolument défendu
dans le débat public. Et j'espère
qu'on y reviendra parce que finalement, ce qui est
regrettable, c'est qu'il y a 20 ans,
on parlait de ce projet de
constitution pour l'Union Européenne. Il y avait un débat
public sur l'Europe. Et 20 ans plus tard,
on ne parle plus de la question européenne.
Et c'est ça qui m'inquiète particulièrement
en tant que responsable politique.
– Je vous remercie, monsieur le député,
de votre participation à cette émission.
Sylvie Berman, alors,
vous acquiescez à cette perte d'influence
de la France au niveau
européen. Et vous,
si oui, à quoi vous l'attribuez ?
– Alors, d'abord,
il y a une perte d'influence de l'Union Européenne
au niveau mondial qui est évidente. Il y a une perte
d'influence, effectivement, de la France.
Mais ça tient aussi à la
situation de la France, pas seulement à l'arrogance.
Et je définissais
l'arrogance dans mon livre, non pas tant
d'avoir des idées que de ne pas écouter
celles des autres.
Mais je pense
que c'est une situation
qui est préoccupante pour tout le monde.
Il y a effectivement la question de l'identité européenne,
du projet européen.
Et puis, bon, la question
d'immigration
est essentielle. Pourquoi les Britanniques
sont partis ? Moi, j'étais
ambassadrice à Londres à ce moment-là.
Et tout simplement pour cette raison-là.
Alors, ça n'a pas réussi parce qu'ils ont encore plus d'immigration
qu'avant. Mais la raison pour laquelle
ils voulaient quitter l'Union Européenne, c'était pas l'Union Européenne,
c'était pas la principale de leurs préoccupations,
c'était l'immigration.
A l'époque, on n'a pas voulu les entendre
et il y a eu
le Brexit. Mais aujourd'hui,
tout le monde reconnaît qu'il y a
un problème et que si on ne le règle
pas, l'Europe aura
vraiment des difficultés.
Mais qu'est-ce que vous suggérez ? C'est-à-dire un moratoire
sur l'immigration comme
ça a été proposé ? Non, c'est pas moi
qui vais donner mon avis à ça. Oui, mais votre avis.
On cherche une réponse
depuis des années. On le fait
de manière incrémentale et on
n'arrive pas à trouver une solution.
Donc moi, je ne vais pas y arriver ici.
Mais il faut trouver un moyen
de contrôler, en tout cas,
nos frontières extérieures
sans doute davantage. On a
toujours oscillé en le fait
de contrôler les frontières et de protéger
les migrants.
Ça a été le cas de Frontex
et en fait,
la vulnérabilité et les critiques
contre Frontex, ce n'est pas un sujet
facile. C'est pour ça que moi,
je n'ai pas la réponse.
Oui, Noël Lenoir. Moi, j'ai écrit un article
dans Le Point avec Jean-Éric Schottel pour dire
qu'il fallait suspendre l'application de Schengen
pour ce qui est
des étrangers non-européens.
Pourquoi ? Parce que
en réalité, le contrôle
aux frontières, c'est quand même utile.
Et aujourd'hui,
on est face à un flux migratoire
– je suis désolée de dire ça –
mais qui pose des problèmes de sécurité.
De sécurité du point de vue de l'identité
culturelle et religieuse
et de sécurité du point de vue de la sécurité physique.
Je suis désolée de faire ce rapprochement
mais il y a
un lien
très étroit parce que
nous, on
ne peut pas admettre
que des islamistes pratiquants
viennent chez nous
et d'ailleurs, convainquent
un certain nombre de Français de Xème génération.
Moi, je pense
qu'il faut vraiment un coup de force.
À quoi assiste-t-on
aujourd'hui ?
Tous les pays européens,
tous les pays européens, même ceux
qui sont les plus proches
de LFI comme l'Espagne.
Monsieur Sanchez
n'a pas du tout repris
les propos de Madame Castex
qui dit qu'il faut régulariser
tous les sans-papiers. Non.
Il s'est montré préoccupé. Monsieur Starmer
qui n'est pas
un membre de l'Union Européenne
vient de prendre des mesures
anti-immigration. Monsieur Scholz
qui est SPD
donc socialiste, il vient prendre
aussi, il rétablit les frontières
intérieures puisque par voie
dérogatoire, on peut le faire pour six mois.
Madame Meloni est quand même le produit
de la crise migratoire quand on
a laissé tomber les
Italiens qui étaient aux avant-postes
pour recevoir ces bateaux
dont les migrants
étaient peuplés de gens qui étaient
promus par des passeurs
criminels. Monsieur Leggeri
le directeur de
l'agence Frontex
qui a été mais conspué
parce qu'il avait
une attitude relativement
ferme vis-à-vis de la politique
migratoire, c'était son rôle. Il était directeur
de l'agence Frontex. On l'a laissé
tomber, y compris la France.
Il s'est retourné vers le Rassemblement National.
Donc moi je considère que
si l'Europe ne module pas
sa politique migratoire
soit les Etats, comme c'est le cas
je ne parle même pas des Pays-Bas
le Danemark a toujours
qui est hors de l'espace judiciaire
le Danemark n'applique pas
n'est pas dans l'espace judiciaire
européen donc ils ont une politique, et c'est des
socialistes actuellement, des
sociodémocrates, ils ont une politique
anti-migration qui est extrêmement
sévère. Donc moi je pense que la
politique migratoire ou elle
se réforme de fond en comble
ou on va avoir une libanisation
de l'Europe.
Heinz Wiesmann, je vais vous laisser
donner votre point de vue sur la
question des migrations, mais je voudrais
également que vous répondiez
à cette question, même si
vous n'êtes pas un diplomate
mais vous avez une
pensée cosmopolite et
elle est très précieuse dans ce débat.
Aujourd'hui,
sur le plan des relations
stratégiques, on considère
qu'il y a ce qu'on appelle
le sud global. On ne sait pas trop
ce que c'est, sinon qu'il y a
la Chine, la Russie,
des pays, je ne sais pas si
c'est très recommandé,
recommandable, comme l'Iran
et d'autres, etc.
Donc un ensemble très hétéroclite.
En face,
il y aurait l'Occident,
il y aurait l'Europe,
il y aurait la démocratie. Est-ce que
vous voyez les choses ainsi ?
Est-ce qu'on doit s'affirmer
comme occidental,
comme démocrate,
par rapport à cet ensemble
sud global qui, lui,
agglomérait ce qui
est quand même complètement antinomique
à notre culture ?
Il me semble qu'il faut partir du vrai clivage
et je reviens à ce que
j'essaye de dire depuis le début.
Transposez-vous dans les relations diplomatiques.
Dans le contexte, par exemple, des migrations.
Le vrai problème, c'est que
une civilisation
qui a inventé la modernité.
L'Europe est à l'avant-garde
des civilisations
du monde à un certain moment.
Elle est peut-être en train
de s'affaisser, de perdre cette énergie.
On a assez parlé de cela
et c'est certainement vrai.
Pas à moi de dire
autre chose. Mais
les migrations
sont issues de
pays qui appartiennent à des
civilisations que je qualifierais
de pré-modernes.
L'alliance bizarre entre
Russie, Chine et Iran
dans le cadre du conflit ukrainien,
c'est tout simplement
que les traditionnalistes,
ceux qui s'appuient pour
légitimer le pouvoir, il s'agit de ça.
Il ne s'agit pas des performances
technologiques, etc.
Ce n'est pas ça la modernité.
La modernité, c'est le principe sur lequel
se fonde la légitimité
du gouvernement.
Les Européens,
il me semble que c'est ça l'esprit
européen, ont toujours privilégié
dans le passé
l'énergie nécessaire
pour aller au-delà
de ce qui leur arrive du passé.
Les migrants
qui mettent en danger
notre système de légitimation
du pouvoir,
ces migrations sont caractérisées
par le refus
de nouveau, Hérodote,
de cette énergie
qui peut naître du dépassement
de soi.
Le principe asiatique,
selon Hérodote, est un principe
d'intégration basé
sur la soumission,
l'obéissance et la reconnaissance
de l'origine du pouvoir
comme
appartenant à l'origine
et au passé.
Mais est-ce que
les islamistes,
on peut parler aussi des autres,
quand vous lisez Alexandre Douguin,
par exemple, un des illuminés
chez les Russes,
ce qu'il entend par
national-bolchevisme, par exemple,
c'est très très proche
du national-socialisme.
C'est le peuple ethnos,
il ne veut pas dire folk,
parce que ça sonne mal après l'aventure nazie,
mais il s'agit strictement de la même chose,
on va se qualifier par une référence
au passé, à l'origine,
d'où l'on vient,
et on forge des espèces de fictions
d'homogénéité
qui n'ont jamais existé,
alors qu'on a assumé la différence.
C'est ce que vous diriez,
vous diriez
qu'il y a un réveil
des empires, là,
aujourd'hui ?
Non, ce n'est pas un réveil,
c'est un principe
qui s'était
disloqué avec l'arrivée des nations,
parce que les nations,
c'est ce qui les empires,
si on prend la Russie actuellement,
la fédération, par exemple,
il y a des nations à l'intérieur
de la fédération qui est dominée par
les russes, et les russes,
de ce fait, sont attachés à un empire,
parce que l'empire a toujours
dominé les nations
qui le composaient,
c'était les Habsbourg,
il y avait les Hongrois,
il y avait toutes sortes de nations virtuelles
qui étaient dans le
giron de l'empire,
et la tentation de l'empire existe
depuis toujours, je pense que
même les Etats-Unis ne sont
pas à l'abri de cette tentation,
c'est évident,
mais ce que les nations...
Et vous diriez que l'Europe a cette tentation aujourd'hui ?
Non, du coup,
au contraire.
On est bien d'accord là-dessus.
Alors, écoutez,
on est bien d'accord,
comme il nous reste peu de temps,
on va essayer de conclure
justement en allant un peu plus loin.
Si nous regardons notre histoire,
elle est aujourd'hui
composite, cosmopolitique,
mais elle est aussi
brouillée par des courants minoritaires
agressifs, vous l'avez
signalé, dont le
wokisme n'est pas le moindre.
On a un retour également
du populisme, d'une certaine
violence révolutionnaire.
On a un retour d'un antisémitisme
d'atmosphère aujourd'hui.
Alors, face à ce que les observateurs
considèrent comme une décivilisation,
est-ce qu'il vous paraît
opportun aujourd'hui
d'écrire
une histoire de l'Europe ?
Un manuel coordonné
d'histoire européen
pour graver à l'intérieur
à la fois nos lieux de mémoire,
nos pages de civilisation,
nos défaites, mais aussi
nos bravoures et nos victoires.
On a peu de temps.
Noël Lenoir.
Je ne ferai pas une histoire de l'Europe
en tant que manuel d'histoire.
Je ferai plutôt une histoire de la pensée européenne.
C'est-à-dire des racines
de la pensée européenne et ce qu'on a
créé en termes
de vision du monde
et de façon de conquérir le monde
via la technologie,
via la démocratie,
via le principe d'égalité,
en refusant cette approche
un peu biologique
qui est une approche de domination.
Et ça, je trouve que ce serait un très beau projet.
Merci. Heinz Wiesmann. On a peu de temps.
Un propos conclusif.
Je vais exclure.
Dans le bouquin que j'ai publié,
j'ai associé l'histoire
non pas au sens
d'un récit qui retracerait
le cheminement de l'Europe,
c'est une tentative d'indiquer
les paliers de réalisation
de ce que j'appelle l'esprit européen.
C'est à chaque fois en rupture
avec quelque chose qui était
constitutif de l'Europe
elle-même. C'est les réalités européennes.
Mais l'Europe ne s'est jamais
arrêtée aux réalités qu'elle a
produites, elle les dépasse.
Et donc, il y a langue,
il y a culture,
il y a les disciplines scientifiques
et il y a quelque chose
qui va nécessairement vers une
ouverture essentielle à la
diversité plutôt que
vers le repli sur une
identité nécessairement
idéologique. On vous a entendu
Heinz, Sylvie Berman
brièvement.
Je trouve que l'histoire de l'Europe,
l'histoire des idées européennes,
ce que vous
dites, tout ça est
absolument passionnant. Mais il ne faut
pas rester dans l'autosatisfaction.
Je crois qu'il faut voir le monde tel qu'il est
aujourd'hui et essayer
justement d'être plus fort
que nous ne le sommes
et plus fort que le sont
ces Etats-continents
ou ces empires. Que disent ces empires ?
Et les Etats-Unis ?
Make America Great Again ?
Le rêve chinois ?
Poutine ? L'Empire ?
On peut dire nous aussi Make Europa Great Again.
Justement, on ne le dit pas
et on ne le pense pas et on ne le fait pas.
Merci. Alors, écoutez,
il nous reste peu de temps. Juste
quelques repères biographiques.
Heinz Wiesmann, vous avez
publié récemment. Donc,
lire entre les lignes
et en plein dans le cœur de notre émission
sur les traces
de l'esprit européen.
Je rappelle, Sylvie Berman,
que vous avez écrit un livre
Madame l'ambassadeur de Pékin
à Moscou.
Une vie de diplomate pour montrer
justement, on vient
de parler de ce côté
impérialiste, impérial
de la Chine et
de la Russie.
Noël Lenoir, vous avez publié
l'Europe de Daumier à nos jours.
Un mot,
pourquoi Daumier à nos jours ?
Alors, Daumier, parce que je préside l'association
des amis d'Honoré Daumier
et puis parce que ça m'a permis
de travailler et de connaître, hélas,
beaucoup de dessinateurs de Charlie Hebdo
et je trouve que parmi les créations
de l'Europe, c'est-à-dire de l'Occident, il y a l'humour.
Je voudrais vous remercier
mesdames, merci
messieurs d'avoir participé
et d'avoir éclairé cette
conversation combien
féconde à mon avis
pour les gouvernants et pour
les téléspectateurs. Je voudrais
remercier l'équipe
de LCP pour avoir
permis la réalisation de cette
émission et je vous dis
à bientôt.