"Au Cœur du Crime" vous propose de (re)découvrir en podcast l'émission culte d’Europe1 "Crime Story" incarnée en 1988 par Serge Sauvion, acteur qui a notamment doublé Peter Falk dans la version française de l’inspecteur Columbo. Inspiré des plus grands romans policiers anglo-saxons, dans lesquelles les disparitions mystérieuses et les meurtres de sang-froid sont monnaie courante, ce podcast est un polar audio qui vous met au défi de résoudre de véritables énigmes policières.
Bienvenue au cœur du crime, un podcast issu des archives d'Europe 1.
Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la gendarmerie nationale ?
Je m'appelle Yann Kermadec, je suis commandant de gendarmerie.
Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
Seuls les noms des personnes et des lieux ont été changés.
André Pariot était de très mauvaise humeur.
En cette journée caniculaire, il aurait dû partir en vacances.
Et au lieu de ça, il avait été obligé de remplacer son copain Bobby Dufour, hospitalisé d'urgence la veille au soir, victime d'une péritonite.
Il y avait une très importante livraison à faire, qui ne souffrait aucun retard.
Et bien sûr, bien sûr, c'est lui que le patron avait désigné pour sauver la situation.
Je sais que je peux compter sur vous, Pariot !
Et puis, vous êtes le seul célibataire de l'équipe, n'est-ce pas ?
Tous les autres partent avec femmes et enfants, ils ont des locations, tout ça.
Vous, vous allez chez votre mère, vous arriverez trois jours plus tard, voilà tout.
Et je vous en voudrais ça, mon petit gars, d'accord ?
Il était bien obligé d'être d'accord.
Dans cette période de crise, il valait mieux être d'accord, sinon on avait de grandes chances de se retrouver pointant à la NPE.
Et puis, André Pariot aimait son métier de chauffeur routier.
Depuis qu'il avait vingt ans, et ça faisait belle lurette, il sillonnait les routes à bord de ces énormes machines qu'il faisait rêver quand il était gamin.
Il en avait vu du pays pendant toutes ces années.
Il aimait les départs au petit matin, les copains routiers sympas qu'il retrouvait au hasard de ses voyages.
Quand il était au volant de son camion, il se sentait libre, André.
Libre, loin des tracasseries de la vie de tous les jours.
La journée avait mal commencé.
D'abord, un pneu crevait à la sortie de la ville, qu'il avait obligé à s'arrêter pour changer de roue.
Et puis, avec cette chaleur insupportable, il était en âge et il lui restait des kilomètres et des kilomètres à faire avant de se retrouver chez lui.
Une bonne douche glacée, voilà ce qu'il lui fallait.
Une bonne douche glacée, après une aussi dure journée.
André Pariot et son énorme camion étaient sortis de la ville écrasés de soleil quand, dans un terrain vague bordant la route, il remarqua deux individus allongés en plein soleil et recouverts chacun d'un duvet.
« Par cette chaleur, où ils sont fous, où ils sont morts », pensa-t-il.
Et pour en avoir le cœur net, André Pariot freine, range le lourd véhicule sur le bord de la route déserte et, en grandes enjambées, se dirige vers les deux corps qui sont toujours allongés dans l'herbe.
L'odeur épouvantable qui se dégage ne permet pas un instant de douter de l'état de décomposition dans lequel se trouvent les deux cadavres étendus là.
André Pariot, bouleversé par sa macabre découverte, remonte dans son camion, démarre à toute vitesse et va téléphoner à la gendarmerie la plus proche.
Mon enquête commence sous un ciel d'un bleu éclatant et sous une chaleur torride.
Les deux corps, habillés, sont allongés sur le ventre.
L'état de décomposition est avancé. Le médecin légiste situe la mort dans la nuit du 3 au 4 août, soit environ 36 heures.
Les victimes sont deux jeunes garçons entre 18 et 20 ans qui ont été abattus par une arme de petit calibre.
L'un des garçons a reçu deux balles dans la tête, l'une au sommet du crâne, l'autre derrière l'oreille droite.
Sur son compagnon, on remarque quinze points d'impact dans la tête, les épaules, la poitrine et le dos.
Le duvet qui le recouvre est troué de part en part à plusieurs endroits.
Tout près des cadavres, on a trouvé une toile de tente complète dans sa gaine de transport et un sac en plastique sur lequel on peut lire Western, trois places de l'église, McSeville.
La fouille pratiquée sur les corps des deux victimes permet de récupérer un ticket de train SNCF composté le 3 août à la gare de Nancy pour le trajet Nancy-Chaumont et deux tickets de bus au départ de Saint-Max.
Mais on ne découvre aucune somme d'argent, aucune pièce d'identité et nous remarquons également l'absence de sac pouvant contenir des vêtements de rechange ou des nécessaires de toilette.
Une fois ces constatations faites, nous pouvons tirer les enseignements suivants.
Les victimes ont vraisemblablement été tuées sur place à l'aide d'une arme de petit calibre, 22 longs rifles.
Cette hypothèse est confirmée par le médecin légiste.
Les deux jeunes gens sont très certainement originaires de la région de Nancy et ils ont été dévalisés après avoir été abattus.
A partir du 6 août, je forme cette équipe qui vont effectuer les opérations habituelles.
Audition des témoins, exploitation des indices découverts et des renseignements recueillis, fouille systématique des lieux du crime.
Le signalement des deux victimes est diffusé par radio à toutes les unités de police et de gendarmerie de France.
Les responsables du magasin de vêtements, d'où vient le sac en plastique découvert près des victimes, sont interrogés au cas où ils pourraient nous aider à retrouver l'identité des deux malheureuses victimes.
De toute manière, l'adresse qui se trouve sur le sac est à Maxéville, tout près de Nancy et cela confirme ce que nous pensions.
C'est dans la région de Nancy que nous devons chercher l'identité des deux jeunes gens.
J'envoie donc mon adjoint, le Major Morsan, enquêter à la gare de Nancy afin de connaître dans quelles circonstances ont été délivrés à la fois le ticket de train et les deux tickets de bus au départ de Saint-Max.
Je confie à trois équipes spécialisées le soin de fouiller minutieusement le lieu du crime et ses abords.
Le terrain vague où le chauffeur routier a découvert les cadavres des deux jeunes gens est passé au peigne fin dans le but de retrouver les douilles des cartouches utilisées par le meurtrier et, éventuellement, l'arme.
Munis d'appareils de détection des mines, mes hommes ratissent le lieu du crime et explorent également le lit de la rivière.
Ils ne tardent pas à découvrir sept étuis de calibre 22 long-rifle.
Six ont été éjectés à une distance de quatre à cinq mètres à la gauche des cadavres.
Le septième se trouvait sous le corps de l'une des victimes.
L'arme utilisée est donc bien une carabine 22 long-rifle.
Je fais diffuser un message radio sur le plan national.
Recherchez tout individu se déplaçant à pied ou en voiture détenteur d'une carabine 22 long-rifle à éjection latérale droite et en possession de pièces d'identité ou de documents ne lui appartenant pas.
J'essaie de mener mon enquête le plus efficacement possible et je sais déjà que, longtemps encore, je garderai dans ma mémoire l'image des deux corps sans vie de ces garçons, presque des enfants.
Assassinés dans la fleur de l'âge.
Sans relâche, mes hommes interrogent les gens des environs, recherchent ceux qui auraient pu passer par là au moment du drame.
Ainsi, deux témoins déclarent avoir entendu plusieurs détonations le 4 août entre 2h et 3h du matin.
Un automobiliste de passage sur les lieux vers 1h30 cette même nuit nous apprend qu'il a remarqué un véhicule de couleur sombre stationné sur le bas-côté de la route à hauteur du terrain vague où les cadavres ont été découverts.
Le 7 août, mon adjoint, le major Morson, de retour de Nancy, m'apprend que les billets de train numéro 7830 et 7831, trajet Nancy-Chaumont, ont été délivrés le 3 août par la machine 134 de la gare de Nancy.
Il serait donc possible que l'une des deux victimes habite entre ces deux agglomérations.
Je contacte donc toutes les brigades territoriales échelonnées entre Saint-Max et Nancy en leur demandant de rechercher parmi la population deux garçons correspondant au signalement des deux malheureuses victimes.
En même temps, je fais diffuser dans la presse nationale le signalement des deux jeunes gens.
Immédiatement, plusieurs personnes n'ayant reçu aucune nouvelle de leurs enfants en vacances se manifestent.
Nélas, toutes les vérifications effectuées se révèlent négatives.
Les parents des deux jeunes gens sont dans son bureau.
Pour eux, va commencer une terrible épreuve.
Au téléphone, je leur donne un signalement des deux victimes plus précis, plus complet que celui paru dans la presse et qui, au fur et à mesure que je précise certains détails, semble correspondre.
Il n'y a bientôt plus de doute.
La couleur des duvets, la marque des chaussures, tout nous laisse croire que nous venons d'identifier les deux malheureuses victimes.
Le lendemain, 11 août, les corps seront formellement reconnus par les familles.
Il s'agit de Laurent Grasset et Stéphane Soulier, âgés tous les deux de 19 ans et demeurant à Saint-Max.
Mais le mystère reste entier.
Pourquoi a-t-on tué ces deux garçons et qui les a tués ?
C'est ce que vous saurez dans quelques instants.
Dans un terrain vague à la sortie de la ville, un chauffeur routier a découvert étendu dans l'herbe deux cadavres truffés de balles de 22 longs rifles.
On ne retrouve aucun papier sur les victimes, qui semblent très jeunes.
Cependant, grâce à leur signalement diffusé dans la presse au niveau national, on finit par retrouver leur famille et connaître enfin leur identité.
Il s'agit de Laurent Grasset et Stéphane Soulier.
Ils ont tous deux 19 ans.
Les parents des deux garçons sont accablés de chagrin et il m'est difficile de les interroger pour l'instant.
J'apprends néanmoins que Laurent et Stéphane, les deux malheureuses victimes, étaient partis en vacances munis de leur carte bancaire.
Nous prévenons immédiatement les banques.
Le père de Laurent Grasset est désespéré.
Pourquoi ils les ont tués, mon commandant ?
Est-ce que vous pouvez m'expliquer ça ?
Deux garçons qui avaient toute la vie devant eux, qui ne nous avaient donné que des satisfactions.
Faut être un monstre pour tuer comme ça de sang-froid deux enfants innocents.
Mais comment trouver les assassins, mon commandant ?
Depuis le temps, ils ont dû s'évanouir dans la nature. Ils sont peut-être même passés à l'étranger.
On ne les retrouvera jamais.
Monsieur Grasset, il ne faut pas désespérer.
Tous les gendarmes de France sont à la recherche de ceux qui ont tué votre fils et son ami Stéphane.
Croyez-moi, tout est mis en œuvre pour qu'on arrête les coupables le plus vite possible.
Le hasard.
Ma femme dit souvent qu'il n'y a pas de hasard.
Mais moi, je dis que dans notre métier, le hasard, ou ce qu'on appelle le hasard, la chance, fait parfois bien les choses.
Il est 18h30, ce 11 août.
Les gendarmes de la brigade d'Uzès, dans le gare, arrêtent en plein village une 205 Peugeot qui roule au pas.
À son bord, il y a deux jeunes gens stupéfaits de l'intervention des gendarmes.
L'un d'eux, le conducteur, baisse sa vitre et demande...
Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'on a fait ?
Monsieur, vous êtes en infraction. Descendez de votre voiture et regardez vos pneus.
L'un d'eux est lisse. Veuillez changer votre roue immédiatement, s'il vous plaît.
Le jeune homme répond d'un ton impatient.
Mais je vous promets de faire ça à la première station service, mais là, laissez-moi partir, je suis très pressé.
Le gendarme reste ferme.
Non, je regrette, monsieur, je vous prie de descendre du véhicule et de changer immédiatement votre roue.
Le jeune homme sort de sa voiture en bougonnant.
Son compagnon descend lui aussi et demande...
Antoine, tu veux que je t'aide ?
D'un pas traînant, le conducteur va ouvrir le coffre pour y prendre son cri et sa roue de secours.
Le gendarme le suit et, machinalement, inspecte le coffre de la voiture.
Ce coffre est une véritable caverne d'Ali Baba.
Parmi un lot impressionnant d'objets hétéroclites, il y a, bien en vue, une carabine 22 long-rifle et trois boîtes de cartouches.
Le gendarme, qui, bien évidemment, a entendu parler de l'affaire des deux jeunes campeurs assassinés,
envoie la carabine à un haut le corps et fait immédiatement arrêter les deux passagers de la 205 Peugeot, qui sont aussitôt fouillés.
Sur l'un d'eux, on trouve une carte d'identité, une carte bleue et un permis de conduire au nom de Laurent Grasset.
Vers 19h, la brigade de gendarmerie d'Uzès, dans le gars, me prévient par téléphone que deux suspects ont été mis en examen, c'est-à-dire placés en garde à vue.
Je prends aussitôt le train pour Uzès, accompagné de mon adjoint, le major Morsan.
J'ai hâte de rencontrer les deux meurtriers présumés.
Ils ont 17 et 19 ans.
Eux aussi sont presque des enfants.
Mais ceux-là, ils ont tué, j'en suis sûr.
Après quatre heures d'interrogatoire, et devant les preuves évidentes de leur culpabilité,
telles que la carte d'identité et la carte bleue trouvées sur l'un d'eux,
les vêtements et affaires personnelles de Laurent Grasset et Stéphane Soulier,
et surtout la carabine, dont l'examen prouvera bientôt qu'elle est bien l'arme du crime,
ils finissent par avouer.
Antoine Lacoste, le plus âgé des deux, raconte.
Le 3 août, vers 10h30-11h le soir, sur la route, à la sortie de Chaumont,
on a rencontré Laurent et Stéphane qui faisaient du stop.
Alors j'ai arrêté la voiture et puis on les a pris.
Ils étaient sympas.
Ils partaient vers le sud, mais ils s'étaient arrêtés à Chaumont
parce qu'il devait y avoir un concert de rock dans les environs, vers le 5 août.
Alors nous, on a décidé, Olivier et moi, d'aller avec eux.
On a bu un verre tous les quatre et puis ensuite on a cherché un terrain pour dormir.
Vers 1h du matin, c'était le 4 août donc, à la sortie de la ville,
on s'est arrêtés sur un terrain vague et on s'est installés pour la nuit.
Comme il était très chaud, on n'a même pas planté la tente.
On était fatigués, on s'est couchés, chacun dans son duvet.
Moi je dormais à points fermés quand, vers 3h du matin,
j'ai été réveillé en sursaut par des cris horribles.
C'était Laurent. Il cria tellement et d'une manière si atroce
que ses hurlements couvraient les détonations de la carabine
dont Olivier était en train de se servir pour les tuer tous les deux.
— Mais dis-moi, Antoine, tu n'as rien fait pour empêcher cette tuerie ?
— Mais quand je me suis levé, c'était trop tard, monsieur.
Tout ça, ça avait duré quelques secondes.
Après, j'ai aidé Olivier à les fouiller.
On a retourné leur corps sur le ventre,
on a pris les portefeuilles avec les pièces d'identité, les cartes bleues, tout ça.
Puis on a trouvé sur eux 800 francs.
On a tout emporté, l'or, carnet, chèque, les cartes de crédit,
aussi les sacs à dos avec leurs affaires.
Et puis on a pris la route en direction de la Côte d'Azur.
C'est là qu'on s'est fait épingler à cause d'un pneu usé.
Je regarde Olivier en regard. L'assassin. Il est calme, serein.
C'est un adolescent de 17 ans, aux cheveux un peu longs, aux jeans troués.
Il ressemble à bien des jeunes de son âge.
Mais lui, lui c'est un assassin.
C'est lui qui a abattu de sang-froid les deux garçons pour les dépouiller.
Qu'est-ce qui a bien pu se passer dans sa tête à ce moment-là ?
Qu'est-ce qui a fait que, de paisible vacancier qu'il était,
il soit devenu en une seconde un abominable criminel ?
Je le regarde droit dans les yeux. Il n'évite pas mon regard.
Olivier, les parents de Stéphane et de Laurent m'ont demandé pourquoi.
Pourquoi on avait tué leur fils.
Aujourd'hui, c'est moi qui te demande pourquoi.
Olivier Regourd baisse la tête. Il fixe intensément le rebord de mon bureau.
Je ne sais pas ce qui m'a pris, monsieur. Il faisait trop chaud.
Je ne pouvais pas dormir.
Tout d'un coup, j'ai eu envie de les tuer. Comme ça.
Pour voir.
Lors du procès, les psychiatres trouveront peut-être des circonstances atténuantes
à ce monstre après un acte aussi épouvantable.
L'assassinat de deux garçons de 19 ans.
Comme ça. Pour rien.
Pour moi.
Je crois que c'est Jacques Brel qui disait
Il y a des soirs comme ça où j'ai tellement mal à l'homme, où j'ai tellement honte pour lui
que je crois que je préférerais être un chien.
Il y a des soirs comme ça.
Moi aussi, grand Jacques, je crois que je préférerais être un chien.
Vous venez d'écouter Au coeur du crime.
Un podcast issu des archives d'Europe 1.
Réalisation, Julien Tharaud.
Production, Raphaël Mariat.
Promotion, Marie Corpet.
Au coeur du crime est disponible sur le site et l'appli Europe 1.
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