Christine Tournadre est la réalisatrice du documentaire "Le collège de monsieur Paty". Il est diffusé ce soir, mardi 17 octobre sur France 2. Christine Tournadre est retournée au collège de Samuel Paty, le collège du Bois d’Aulne d'abord seule, puis avec son équipe pendant toute une année scolaire afin de filmer les élèves et les professeurs après le drame.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
où vous vous êtes d'abord immergée seule, puis avec votre équipe pendant toute une année scolaire, le résultat est choc, très fort,
vous avez pu mesurer le traumatisme de tout le monde, que ce soit les élèves, les profs ou les parents,
avant d'en parler, quand vous avez appris l'attentat d'Arras au lycée Gambetta vendredi dernier,
j'imagine que vous vous êtes dit, ben voilà, voilà à nouveau des dizaines, des centaines de personnes qui vont se replonger dans le même effroi que ceux que j'ai filmé.
Oui, c'est exactement ça, j'ai été complètement bouleversée, parce que suite à l'expérience, en fait, que j'ai pu avoir au sein du Collège du Bois d'Aulne,
tout de suite, j'ai pensé, évidemment, à les émotions, les traumas, tout ce qui se passait, en fait, au lycée Arras.
Et en même temps, j'ai pensé aussi, évidemment, aux élèves, aux parents et aux professeurs du Collège du Bois d'Aulne.
Ça réouvre les blessures.
Exactement, les blessures étaient réouvertes aussi de ce côté-là. Donc voilà, un moment très triste.
C'est dur pour tout le monde, effectivement, de voir ce film, on se met tout de suite à la place de ce qui reste,
c'est comme ça qu'on dit, les profs, les parents, les enfants, se dire que ça va être dur pour tout le monde.
Ce film, il raconte la reconstruction, quand même, avec de nombreux témoignages de profs et d'élèves.
La plupart parlent pour la toute première fois.
D'ailleurs, tout le monde est traumatisé, ça on le comprend bien, notamment les élèves et en particulier les anciens élèves de Samuel Paty,
ceux qui ont assisté au cours qui a donné lieu à tout le reste.
Scène de dialogue entre ces élèves, on en écoute quelques-uns, on en parle après.
Après le 16 octobre, c'est plus devenu notre collège, c'est devenu quelque chose d'autre.
Quelque chose, on ne sait pas quoi, mais il y a quelque chose qui a changé.
Mais qui a trop changé le collège.
Puis même visuellement, ils ont installé une énorme grille, on dirait une prison.
Donc, même si c'est que le physique, le visuel, ça fait quand même quelque chose, au final.
C'était horrible, il y avait les journalistes qui nous demandaient à chaque fois...
Vous n'imaginez pas, à chaque fois, on sortait du cours, il y avait des gens qui nous couraient après pour nous demander quelque chose, mais on n'a pas envie de ça.
Ils nous mettaient le micro sous le nez, en mode, pourrez-vous parler, s'il vous plaît, etc.
Ça vous a fait mal ?
Mais oui, ça vous a fait mal, est-ce que vous avez souffert ?
Déjà, on avait 13 ans l'année dernière, vous imaginez ? Et on nous pose ce genre de questions.
Oui, mais mentalement, c'était...
C'est horrible, ça fait un traumatisme un peu.
Après, c'est vrai que l'assassinat, c'est quand même quelque chose,
mais ce qui m'a vraiment beaucoup intéressé, c'est de voir les professeurs au plus bas,
et vraiment, en train de fondre en larmes, c'était horrible.
J'ai toujours ces images, c'est choquant, c'est horrible.
Voilà, beaucoup de traumatisme. En même temps, on l'entend bien, les médias, les journalistes très présents, notamment au début, le collège qui change, voir les profs tristes, c'est des enfants qui ont grandi trop vite ?
Oui, sans doute.
C'est aussi une des séquences finales du film, finalement,
parce qu'ils évoluent au cours de cette année,
et à la fin, ils disent qu'effectivement, ils se sentent beaucoup plus matures.
Et comment ne pas être plus matures dans une situation pareille ?
Et le traumatisme, en fait, il a été à plusieurs niveaux,
c'est-à-dire qu'il y a eu, effectivement, l'impact de la perte de leurs professeurs,
le choc de voir, effectivement, toute la communauté du collège effondrée,
et puis, effectivement, ces médias aussi qui ont été extrêmement pushy
et qui les ont brutalisés, quelque part.
En tout cas, ils l'ont senti comme ça, eux, ils se sont sentis brutalisés.
Oui, mais c'est ça aussi qui est très fort, je trouve, dans le film,
c'est que c'est eux, finalement, qui vont tirer, y compris leurs professeurs, je dirais,
vers quelque chose aussi qui est de l'ordre de la résilience.
C'est vraiment eux qui, peut-être plus vite encore que leurs professeurs,
et avec l'aide de leurs professeurs, arrivent à tirer aussi, je dirais,
des enseignements de tout ça.
Ils ont une force, les élèves, ça, vous l'avez ressenti,
à force de les côtoyer pendant toute cette année ?
Oui, au départ, c'est dur, parce que pour certains,
c'était très difficile de mettre des mots sur tout ce qu'ils venaient de vivre,
mais en même temps, je trouve qu'ils sont déconcertants, parfois,
c'est pas la facilité, parce qu'on peut pas dire non plus que ce soit facile,
mais en tout cas, dans la manière où ils arrivent à se redresser,
à se tenir debout et à être solidaires les uns des autres,
et très solidaires aussi des professeurs.
Alors les professeurs, justement, on en voit beaucoup,
qui se démènent pour les faire avancer, là,
c'est vraiment aussi peut-être une déclaration d'amour au prof,
qu'on pointe du doigt par moment, ce film, il est fantastique aussi pour ça.
Vous avez été frappés aussi par leur investissement ?
Bien sûr.
Sachant qu'eux-mêmes ont vécu un traumatisme terrible,
ils ont perdu un collègue, un ami ?
Exactement, c'est ça.
C'est qu'en fait, déjà, c'est une équipe, effectivement,
qui, à mon avis, est très investie et très impliquée,
mais là, avec ce qui s'est passé, à briser comme ils étaient,
trouver cette énergie et penser tout le temps d'abord aux élèves,
parce que finalement, c'est quand même ça,
alors qu'ils sont eux-mêmes extrêmement meurtris, extrêmement traumatisés,
trouver les mots, c'est pas si simple non plus,
ils ont besoin parfois d'aide extérieure aussi pour pouvoir...
Il n'y a pas de formation, en fait, pour trouver les mots,
mais certains les trouvent.
Oui.
C'est ça qui est très fort.
Et puis, cette motivation surtout pour faire en sorte que ces élèves
qui sont des élèves de troisième mois quand je les suis,
qui étaient ceux de quatrième quand ils étaient dans le cours de Samuel Paty,
vont quitter le collège.
Et donc, ces professeurs n'ont de cesse que de se dire,
avant qu'ils quittent le collège,
il faut absolument qu'on ait mis tout à plat,
qu'on soit tous ensemble et qu'on ait avancé ensemble
pour comprendre ce qui s'est véritablement passé
et comment on peut trouver des ressources pour aller de l'avant.
En fait, ils sont peut-être soudés sur cette mission d'éducation et de prof,
c'est ça ?
C'est très juste.
C'est très juste parce qu'ils témoignent de ça en disant qu'en fait,
pour eux, le fait d'avoir vécu la même chose ensemble leur permet aussi d'avancer.
Et puis, cette notion de réparer est quelque chose de très important aussi
dans leur reconstruction.
Alors, ça les a évidemment changés aussi,
notamment dans leur manière d'enseigner.
On regarde un court extrait.
Je mentirais de dire que je fais cours exactement comme avant.
J'ai toujours autant de plaisir.
Voilà, j'aime enseigner.
Mais par contre, c'est vrai que maintenant,
je pense que je pèse plus mes mots qu'auparavant.
Ça, c'est terrible.
Parce qu'il y a la peur.
La peur, évidemment.
Oui.
En fait, c'est une peur, quand on voit l'ensemble du film aussi,
qui est dirigée beaucoup sur les réseaux sociaux.
En fait, toute cette histoire a été...
Il y a une rumeur qui a circulé dans le collège,
mais qui a été complètement instrumentalisée
et relayée par des adultes à l'extérieur.
Et en fait, ce qu'évoque cette professeure,
c'est ça, c'est la peur.
Quand on dit quelque chose,
aujourd'hui, on n'a plus de contrôle sur ce qu'on dit.
Donc, ce n'est pas une peur des élèves.
C'est une peur véritablement de cette information
qui devient virale.
Et si...
D'ailleurs, elle donne un exemple.
Elle est prof de sport.
Et donc, elle dit, voilà, une main qui ripe
à un moment donné dans une roue ou quelque chose comme ça,
des élèves peuvent en parler,
les parents peuvent s'enflammer.
Un parent fait une vidéo et tu passes pour un pédophile.
Exactement.
Et donc, c'est ça, en fait, qui fait peur aussi.
C'est le fait qu'il n'y ait plus de contrôle.
Et c'est ça.
Les réseaux sociaux n'aident pas.
Sorry.
Tonight, 9.10pm.
The Collège de M. Paty.
Christine Tournard.
Thank you very much.
And then, we remind you of the special evening
animated in a row by Marie Trucker.
Thank you very much for coming to see us.
Thank you.
Thank you very much.
And it's also terrible to say
when this film will be released.
Yes, exactly.
And we say to ourselves,
stories are repeated.
So, it's really terrible.
A really important film to see
tonight at 9.10pm on France 2.
Thank you, Christine.
Thank you, Benjamin.