Bienvenue au cœur de la plus grande ville d’Afrique, Le Caire. En hiver, le soleil n’est pas encore levé que Nasma, est déjà debout et au fourneau. Chaque matin, elle réveille sa fille Nagham, 9 ans, avec un verre de lait. Nagham a plutôt du mal à émerger à ces heures indues. Heureusement en famille, on reste plutôt silencieux le matin, et Nasma laisse toujours quelques minutes à sa fille pour sortir du brouillard. Nagham est bien éveillée. L’heure pour elle d’une toilette de chat, mais avec lavage de pieds et des oreilles pour complaire avec le rituel des ablutions religieuses. Car après la toilette, viendra la prière. Le petit-déjeuner est un moment important. Et Nasma a préparé pour sa fille du foul, plat traditionnel à base de fèves cuites. Avant de quitter l’appartement, Nagham vérifie une dernière fois son sac. Muhi en père moderne participe lui aussi aux derniers préparatifs. Puis, il est l’heure où les enfants partent pour l’école, accompagnés par leur père. Le Caire est une ville millénaire, mais c’est avant tout aujourd’hui une ville moderne, où les avenues encombrées sont bordées d’immeubles. L’école est trop loin pour que les enfants puissent y aller seuls ou à pied. Et puis en route, s’ils ont le temps, ils font une pause à la piscine où Nagham aime aller nager.
Les Petits Matins du Monde - Égypte Réalisateur : Charles-Antoine De Rouvre & Marie-France Barrier
Un petit matin sur l'Egypte.
Un petit matin sur le Caire.
Bienvenue dans la capitale millénaire et surdimensionnée
de l'un des pays les plus peuplés du Moyen-Orient.
En hiver, le soleil n'est pas encore levé
que Nasma, 36 ans, est déjà debout et au fourneau.
Dans cette famille de la petite bourgeoisie,
Nasma a préféré aborder le soleil
et a abandonné il y a quelques années son métier de journaliste
pour s'occuper de ses enfants qui dorment encore.
Le premier debout est souvent bailli, 4 ans.
Le cadet de ses deux enfants, qui entre jus de fruits et dessins animés,
est loin d'avoir le matin le même dynamisme
que son père, Moui, 40 ans.
À peine debout, celui-ci fait régulièrement sa gym du matin.
Ce n'est pas tant pour lutter contre l'embonpoint des années,
mais plutôt pour pérenniser une habitude
qui remonte au temps où il était champion d'athlétisme.
Chaque matin, Nasma réveille sa fille Najam, 9 ans,
avec un verre de lait.
Najam a plutôt du mal à émerger à ces heures indues.
Heureusement, en famille, on reste plutôt silencieux le matin.
Et Nasma laisse toujours quelques minutes à sa fille
pour sortir du brouillard.
De toute manière, pour elle, il n'y a pas un instant à perdre.
À peine sortie de la chambre de sa fille,
la voilà de retour en cuisine
pour servir un petit café à son mari fin prêt.
Le café est un élément-clé de la vie sociale kérote.
À la maison comme à l'extérieur, il marque les moments de la journée.
Préparé à la turque, à Ouatourki,
comme souvent dans le Moyen-Orient,
et mélangé avec de la cardamome,
il est aussi parfois chauffé dans du sable pour mieux diffuser la chaleur.
Les cafés les plus prestigieux au goût égyptien
sont ceux originaires du Yémen, d'Éthiopie et de Colombie.
Najam est bien éveillée.
L'heure pour elle d'une toilette de chat.
Mais avec lavage de pieds et des oreilles
pour complaire avec le rituel des ablutions religieuses.
Car après la toilette, viendra la prière.
La voix du Mohedzine s'est à peine tue
que le soleil se lève sur la ville.
Une cohue étrange où se mêlent passé et présent,
présent et futur, anime les rues et les ponts
qui franchissent les rives du Nil.
A la maison, c'est donc l'heure de la prière.
Najam dispose d'une boussole intégrée sur son tapis de prière.
Le fin du fin, pour orienter celui-ci,
comme tout bon musulman, en direction de la Mecque.
Mais si la famille est musulmane,
et si Najam fait sa prière chaque matin,
ce n'est pas pour autant dire qu'elle est fondamentaliste.
A l'image de l'école choisie pour leur enfant
et dont la petite revêt maintenant l'uniforme.
Une école privée, catholique.
Le petit-déjeuner est un moment important
et Nasma a préparé pour sa fille du foul,
plat traditionnel à base de fèves cuites.
C'est une recette très riche,
que les gens consomment généralement dans la rue
avant d'aller au travail ou à l'école.
Mais Nasma n'aime pas trop que sa fille mange
dans les échoppes ambulantes.
Bahy n'est pas vraiment autonome
et son père doit l'aider à s'habiller.
Najam l'est un peu plus,
mais elle continue à prendre plaisir
à ce que sa mère la coiffe.
En Égypte, la coiffure a bien changé
ces 15 dernières années.
À l'époque, Nasma,
comme la grande majorité des jeunes égyptiennes,
ne portait pas de foulard sur la tête
et encore moins de voile.
Mais aujourd'hui, cet accessoire
à la forte connotation religieuse est devenu la norme.
L'Égypte a pourtant une tradition
d'islam modéré et progressiste.
Quelques groupes fondamentalistes
ont tenté sans succès de radicaliser la population.
Mais le voile a fait son bout de chemin,
même si on aime à dire ou à penser ici
que c'est plus une question de mode
qu'une question de croyance.
Avant de quitter l'appartement,
Najam vérifie une dernière fois son sac.
Sa mère donne des sirops vitaminés
pour fortifier les enfants en ce début d'hiver.
Moui, en paire moderne,
participe lui aussi au dernier préparatif.
Les enfants ont quelques instants de loisir
avant de prendre la direction de l'école.
Mais Najam doit rapidement interrompre la partie de carte
pour aider sa mère et faire la vaisselle du petit déjeuner.
Nasma glisse dans les cartables des enfants
des sandwiches pour leur pause déjeuner,
au menu, fromage à tartiner ou petites saucisses.
Le soleil grimpe doucement sur l'horizon,
donnant au vieux building des airs futuristes.
Dans les rues, les éboueurs sont au travail
et ramassent tant bien que mal des détritus abandonnés ça et là.
Ici, le tri sélectif est naturellement effectué
par les récupérateurs de matériaux.
Les premières boutiques ouvrent,
les petits commerces entament leur journée.
C'est l'heure où les enfants partent pour l'école,
accompagnés par leur père.
Les rituels du matin s'achèvent par un au revoir
depuis le balcon avant de grimper en voiture.
Si les intérieurs des immeubles sont coquets,
les parties communes sont généralement très délabrées.
Le Caire est une ville millénaire,
mais c'est avant tout aujourd'hui une ville moderne
où les avenues encombrées sont bordées d'immeubles.
L'école est trop loin pour que les enfants
puissent y aller seuls ou à pied.
Et puis en route, s'ils ont le temps,
ils font une pause à la piscine où Najam aime aller nager.
Séparant la ville en deux,
le Nil reste l'axe principal du pays.
La tranquillité du fleuve contraste avec l'agitation de la ville.
Comme au temps des pharaons,
il est à la fois fleuve nourricier et axe de transport.
Ses eaux irriguent les terres et permettent l'éculture.
Ses eaux portent les feloucs
qui, grâce au vent dans un sens et au courant dans l'autre,
peuvent le parcourir facilement du nord au sud et du sud au nord.
Signe du milieu relativement aisé auquel appartient la famille,
mouille et chef comptable dans un institut universitaire,
les parents sont membres, comme beaucoup de bourgeois cairotes,
d'un club de sport au centre-ville.
Cette appartenance, au-delà des installations sportives
à laquelle elle donne accès, est d'abord un marqueur social fort.
Il y a les clubs réservés à des groupes professionnels,
mais surtout, généralement, dès que l'on a un peu d'argent,
on cotise dans un club.
Et plus le club est cher,
plus il marque que l'on appartient à l'élite du pays.
Après cet intermède sportif pour Najam,
il est temps de reprendre le chemin de l'école.
Les avenues présentent désormais leur visage habituel,
celui d'embouteillages monstres.
Chaque matin, voitures, bus, taxis
cherchent à se frayer un passage, souvent dans l'anarchie la plus totale.
A bord du véhicule familial,
les longs moments d'attente laissent à Najam quelques instants
pour réviser une dernière fois ses leçons.
Son frère en profite pour se reposer.
Les enfants sont plutôt chanceux,
car généralement, se rendre à l'école tient plutôt du marathon
que de la partie de plaisir pour les enfants égyptiens.
Des taxis ou des minibus hors d'âge
et dont le nombre d'occupants ferait bondir chez nous la marée-chaussée
sont souvent réquisitionnés pour assurer le transport scolaire.
Rien à voir avec le confort insouciant
dont bénéficient Najam et Baï.
L'école est située dans le quartier de Garden City,
un quartier riche du Caire, pratiquement au centre-ville
qui, au siècle dernier, abritait encore les colons
et l'administration britannique.
Pour aider à fluidifier le trafic,
un surveillant guide les parents et ouvre la porte aux enfants.
La Mère de Dieu, c'est le nom de cette institution.
Une école religieuse catholique francophone réservée aux filles.
Un paradoxe pour une égyptienne musulmane ?
Non, car dans le pays, l'enseignement privé religieux
est bien meilleur que l'enseignement public.
Les écoles sont mieux organisées, mieux tenues
et l'enseignement est de meilleure qualité.
Et si les parents ont choisi une école francophone,
c'est uniquement parce qu'elle était moins chère que les anglophones.
Mais c'est là une toute autre histoire, bien loin de la nôtre.
Alors il est temps de se dire au revoir
et à bientôt pour un autre petit matin.