Jérusalem, la terre promise ?

Ici et ailleurs voyages
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21 Vues de vidéo·14 déc. 2024
« C'est mon premier voyage à Jérusalem. Je viens ici rempli d'images dorées d'une ville idéale. Comme pour beaucoup d'autres, ce voyage est aussi pour moi une sorte de pèlerinage. Dans mes bagages, j'ai emporté une bible, des prophéties, des poèmes. 'De toi, on dira, tout homme y est né. C'est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur. Tous ont les yeux sur toi. Ils espèrent.' … Le conflit, je l'avais presque oublié. Je ne voulais pas y penser, sinon je ne serais pas venu. La terre promise, la cité sainte, tout ça a-t-il encore un sens aujourd'hui ? »
Réalisateur : Patrice Chagnard
C'est mon premier voyage à Jérusalem.
Je viens ici rempli d'images dorées d'une ville idéale.
Comme pour beaucoup d'autres, ce voyage est aussi pour moi une sorte de pèlerinage.
Dans mes bagages, j'ai emporté une Bible, des prophéties, des poèmes.
On dira tout homme y est né.
C'est là que montrent les tribus, les tribus du Seigneur.
Tous ont les yeux sur toi, ils espèrent.
Où est-ce qu'on va ?
Vous êtes de France ?
Bienvenue à l'Israël.
Le conflit, je l'avais presque oublié.
Je ne voulais pas y penser, sinon je ne serais pas venu.
La terre promise, la cité sainte.
Tout ça a-t-il encore un sens aujourd'hui ?
Le taxi collectif me lâche à l'extérieur des remparts, à Mea Shearim, le quartier des Juifs orthodoxes.
Je dois finir le trajet à pied.
Le chauffeur n'y peut rien. Il s'arrête parce que tout s'arrête.
Dans quelques instants, ce sera le début du Shabbat.
La porte de Damas, la vieille ville, le quartier arabe.
D'abord, je n'ai pas su lire les visages fermés, les regards hostiles ou absents.
Je n'ai pas vu les portes lourdement blindées, les armes qui gonflent discrètement les poches des uns,
les gestes de colère ou d'humiliation des autres.
Je n'ai pas compris tout de suite que Jérusalem était une ville occupée.
Les soldats.
Je suis entré chez un coiffeur, rue El Ouad.
Il a l'air d'être un musulman. Il ne veut rien prendre.
Il travaille et il est serein. Il a une force de coeur incroyable.
Il est un peu comme un jebana.
Jebana, un peu comme un jebana.
C'est un musulman, pas un jahoud. Il a les yeux comme des assassins.
Ils ne le disent pas. Ils disent que c'est un musulman.
Mais je ne suis pas un jahoud.
Je suis un jahoud.
Le coiffeur redoute aujourd'hui ce qui est arrivé à certains de ses voisins.
Un jour, les soldats israéliens débarquent par surprise avec un percepteur des impôts.
Ils exigent une somme énorme, impossible à réunir.
Et c'est l'expulsion.
Une sorte d'épuration discrète.
Le coiffeur m'a dit aussi, chaque jour des colons juifs occupent les maisons des familles palestiniennes expulsées.
Ils me montrent leurs drapeaux, leurs guérites.
Comme tous ceux de la vieille ville, mon hôtel est un couvent.
Une forteresse qui date des croisées.
Portes blindées, couvre-feu à 22h.
J'ai le temps de lire.
Jérusalem, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble ses poussins.
Et vous n'avez pas voulu.
Qu'est-ce qui me pousse à revenir dans le quartier des juifs orthodoxes ?
Est-ce parce qu'ils refusent de porter les armes, de faire la guerre ?
Parce qu'ils rejettent l'état d'Israël ?
Dans quelques jours, ils fêteront Soukot, la fête des cabanes.
En mémoire des 40 années passées dans le désert, au temps de Moïse et d'Aaron.
Ils retrouvent ce qui fut le réconfort de leurs ancêtres au temps de l'Exode.
Le cédrat, le myrthe, la palme.
Aujourd'hui n'existe pour eux que dans cette lumière du passé.
Dans ce rapport à la mémoire, au commencement.
La perfection qu'ils recherchent inlassablement.
Leurs peurs de la moindre impureté sont-elles encore de ce monde ?
Vendredi, jour de prière pour les musulmans.
Par dizaines de milliers, ils envahissent les rues de la vieille ville qui conduisent au Dôme du Rocher, leur lieu saint.
Depuis quelques temps, ils se remettent à pratiquer.
C'est une manière de résister.
Le Saint-Sépulcre, le tombeau du Christ.
Depuis toujours, il est l'objet d'une rivalité féroce entre orthodoxes et catholiques.
Coptes, Arméniens, Grecs.
Ils se disputent la moindre pierre, les droits de passage, les préséances.
Jésus, pour sanctifier le peuple avec ton propre sang.
Partez de la porte de la ville.
Soyez avec nous dans notre travail de construire la ville de la terre, oh Jésus.
Que dans la construction, nous ne travaillions pas en vain. Amen.
Misérez les nostres dômes.
Vendredi, 15 heures.
Les franciscains font leur sortie.
Ils exercent le droit de procession qui leur a été concédé par un calife il y a quelques siècles.
Quatrième station du chemin de croix.
C'est là que la procession croise chaque vendredi à la même heure la foule des musulmans qui reviennent de la mosquée.
Peut-on venir ici pour prier alors qu'il s'agit d'abord d'occuper le terrain,
de montrer sa force, de tenir une position stratégique sur l'échiquier de la guerre sainte ?
Comme celle des juifs, des musulmans, leur prière est devenue un acte politique.
Il est difficile d'être chrétien à Jérusalem.
Difficile de croire.
Chaque jour, je relis des textes qui exaltent une Jérusalem de gloire.
La ville de la paix.
La cité de Dieu.
Je ne m'y retrouve pas.
Je m'y perds.
Et Dieu se tait.
Jésus, l'amour.
Alléluia.
Jésus, l'amour.
Depuis que je suis ici, Mounir est la première personne, la seule qui soit venue vers moi et qui m'ait parlé.
Mon nom est Mounir.
Jésus, l'amour.
Les Ethiopiens ont été chassés du Seigneur sepulcre.
parce que parmi les chrétiens, ils étaient les moins forts, les moins nombreux et surtout les
moins riches. Ils se sont réfugiés sur le toit. On dit qu'ils sont venus avec la reine de Saba au
temps de Salomon. Leur présence ici me touche. À l'est de la ville, je passe près d'un camp de
réfugiés, des familles palestiniennes qui viennent d'être chassées de la vieille ville. Ils n'ont
plus rien, plus de travail, plus de papiers d'identité. Je me suis échappé. Aux portes de
Jérusalem, il y a d'autres lieux saints. Bethléem, la grotte de la nativité. C'est aussi la zone A,
l'embryon de ce qui sera un jour la Palestine arabe. Checkpoint de Bethléem, passage obligé
pour les milliers d'ouvriers et d'employés palestiniens qui viennent chaque jour travailler
à Jérusalem. Je n'irai pas plus loin.
Je découvre qu'il y a une autre manière de franchir le barrage en passant par la montagne
en douce. Il faut traverser le chantier d'à côté sous le regard des soldats. Parfois,
ils tirent. Avec la fin du millénaire arrivent à Jérusalem d'autres chrétiens, des fondamentalistes,
évangélistes, baptistes. Pour eux, la fin du monde est proche. Ils viennent pour l'accomplissement
d'une prophétie. Dans les derniers jours, une guerre opposera Israël à toutes les nations.
Israël gagnera. Les autres nations seront détruites. Cette destruction annoncera le
retour du Messie, le leur. Dans la vieille ville, avec la nuit vient l'angoisse. Toute cette folie,
toute cette violence n'auront peut-être jamais de fin. Aujourd'hui, Yom Kippour, le jour du grand
pardon. Jérusalem est une ville morte. Pour moi, ce silence évoque aussi bien la paix,
l'harmonie retrouvée, un monde sans pollution, sans nuisance, un avant-goût du paradis ou bien
le couvre-feu, l'imminence d'une catastrophe, une autre version de la fin des temps.
Le mur, c'est tout ce qui reste de l'ancien temple détruit.
Le checkpoint est fermé à cause des faits suivants. Avec ou sans permis, avec ou sans la carte si
convoitée de résidents à Jérusalem, tout le monde devra passer par la montagne. L'ange du
seigneur me montra la ville sainte, la Jérusalem nouvelle qui descendait du ciel. Son éclat était
semblable à celui d'une pierre très précieuse. Les nations marcheront à sa lumière et les rois
de la terre y apporteront leur gloire. Ses portes ne se fermeront plus.
