Alexia Laroche Joubert est l'une des femmes les plus puissantes de la télévision. Elle a amené la télé-réalité en France. 🔔 Abonnez-vous à la chaine pour découvrir nos prochaines interviews. Pour suivre l'actualité au quotidien, RDV sur notre chaîne dédiée : @hugodecrypteactus
Livres mentionnés durant l'entretien : - Vivre pour les caméras, Constance Villanova (JC Lattès, 2024) - Téléréalité : La fabrique du sexisme, Valérie Rey-Robert (Les insolentes, 2022) - Les enfants sont rois, Delphine de Vigan (Gallimard, 2021)
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00:00 : Alexia Laroche Joubert : La reine de la TV 01:16 : Le rôle de productrice 05:56 : La révolution Loft Story 08:12 : Loft Story : polémiques et critiques 10:29 : Produire des programmes qu’on aime 11:33 : Loft Story censuré en 2024 ? 13:15 : Premiers apprentissages avec le Loft 14:27 : Les candidats de télé-réalité et la partie fake 16:53 : Un manque d’accompagnement des candidats par la production ? 19:38 : La série « Culte » : Le vrai du faux 21:40 : La longévité et l’évolution de la télé réalité 26:26 : L’équilibre entre le retour d’émissions emblématiques et l’innovation 32:14 : L’image de la femme donné par la télé réalité 35:34 : Ce que la télé-réalité peut nous apprendre 36:59 : Ce qui lie tous les programmes 39:18 : La télé réalité au quotidien avec les réseaux sociaux 43:36 : La télévision de demain 49:28 : La production rêvée d’Alexia Laroche Joubert
Entretien mené par Hugo Travers Avec la participation d’Alexia Laroche Joubert
Préparation éditoriale — Morgan Prot, Blanche Vathonne, Hugo Travers Production — Julien Potié
Chef opérateur — Vanon Borget Opérateur vidéo — Noé Periquet Ingénieure du son — Romane Meissonnier
Montage — Stanley Duplan Motion design — Romane Lorrain Étalonnage — Stanley Duplan Mixage — Arthaud Versaveaud Miniature — Hugo Prunier
Directeur de production — Julien Potié Responsable de production — Romane Meissonnier Chargé de production — Clement Chaulet Assistant de production — Noé Périquet
HugoDécrypte / 2024
Ils ont l'impression d'être meilleurs que la production.
Et nous, on sait qu'on sera meilleurs qu'eux.
Les femmes dans la réalité, c'est celles qui gagnent le plus d'argent
et c'est celles qui ont le pouvoir.
Il y a toute une séquence qui est improbable
où il y a l'inspection du travail qui débarque.
Tout ça est vrai.
Si on ne croit pas en soi, on ne fait pas des grandes choses.
Tout le monde a une part d'égocentrisme et de narcissisme en soi.
Mon invitée aujourd'hui est Alexia Laroche-Joubert,
productrice de télévision et présidente de la société Banij et France,
derrière de très nombreuses émissions diffusées à la télévision ou sur les plateformes.
Elle est connue pour avoir notamment lancé la télé-réalité en France
puisqu'elle était aux manettes de Love Story en 2001.
Première émission de ce genre dans le pays à avoir connu un succès important.
Elle a ensuite produit de nombreuses émissions encore aujourd'hui
comme Koh-Lanta, La Star Academy, Secret Story, Fort Boyard,
mais aussi Les Marseillais ou encore plus récemment Les 50 pour ne citer qu'eux.
Alors on va évoquer ensemble les coulisses de Love Story
mais aussi sa vision plus globale de la télé-réalité en France,
un genre à la télévision qui n'a jamais cessé de faire parler.
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Et on est partis.
Bonjour Alexia.
Bonjour.
Merci beaucoup de prendre le temps d'échanger.
On a plein de choses à voir ensemble, donc j'ai ravi de te recevoir.
Moi dès qu'il y a des madeleines, je viens, c'est ça.
On a su te convaincre.
Voilà, c'est venu juste pour là.
Alors avant de te parler de télé-réalité,
parce que c'est un des sujets qu'on va voir aujourd'hui,
une question déjà peut-être pour mieux comprendre qui tu es,
pour ceux peut-être qui ne te connaissent pas forcément,
ce que tu fais aussi de tes journées.
Tu es considérée comme l'une des personnes les plus importantes
de la télévision aujourd'hui, mais aussi de la production.
Tu as ce rôle de productrice.
Qu'est-ce que ça veut dire être productrice à la télévision,
et même plus largement ?
Alors moi, j'ai été pendant 30 ans productrice.
Productrice, c'est quelqu'un qui reçoit une idée
ou qui peut l'avoir éventuellement,
qui va monter des équipes pour la réaliser,
qui va la vendre avec un budget de prod à un diffuseur,
qui va la produire et qui va être responsable du final cut,
c'est-à-dire qui va être responsable du produit fini.
Donc ça, c'est de la production.
Ça veut dire que c'est quelqu'un qui a de l'instinct.
C'est quelqu'un qui quand même a du leadership
et c'est quelqu'un qui est capable de déceler le talent chez les autres
et qui est un bon vendeur, accessoirement.
Maintenant, ce que je fais, moi,
c'est que j'ai la chance de travailler avec des patrons de filiales
qui sont eux-mêmes producteurs.
Et j'ai ce qu'on appelle un rôle de holding,
c'est-à-dire plus stratégique, plus
que va-t-il se passer dans deux ans et dans cinq ans d'anticipation,
de gestion des gros deals financiers,
quand il y a des négociations avec des streamers,
donc des Netflix, des Amazon à un niveau un peu plus international,
des choses comme ça.
Mais j'ai le plaisir de travailler avec des gens qui,
justement, sont des producteurs et qui aiment le produit.
Ce qu'il faut aimer la télé pour bien produire pour la télé.
Et t'aimes la télé, toi ?
Moi, c'est dingue.
J'ai toujours le plaisir de regarder des programmes de télévision.
On en parlait juste avant que tu démarres de Loup Garou,
qui est sur Canal+, qui n'est pas produit par nous.
Et putain, je me suis pris une claque de plaisir, quoi.
Je me suis dit, enfin, il y a des gens qui réinventent des choses.
Ça va nous donner un couloir de création nouveau
et ça va convaincre des diffuseurs un peu apeurés par l'innovation,
des nouvelles écritures, des nouvelles manières de raconter, d'y aller.
Et c'est une chance.
Et je remercie vraiment Panayiotis et Farid et Mo
qui a travaillé, Ilias Boutis qui a travaillé pour Canal.
Parce que c'est grâce à eux, ça nous donne un nouveau champ d'exploration.
Et d'ailleurs, j'allais en parler après, mais on peut en parler dès maintenant.
Comment est-ce que tu expliques qu'il y a parfois du mal
à amener des nouveaux concepts, à amener des nouvelles choses,
que ce soit d'ailleurs sur des plateformes ou sur des chaînes de télévision ?
Alors déjà, il faut savoir que le marché français est un très bon marché d'adaptation.
C'est-à-dire qu'on a...
Je dis souvent que dans la création, il y a plusieurs types de création.
Il y a la création d'une page blanche.
Ça, ça nous arrive de le faire.
Et d'ailleurs, on exporte dans ces cas-là.
Par exemple, on parlait de Moe qui a fait The Power sur W9,
qui l'exporte dans une centaine de pays.
Mais les 50 qu'on a nous produits s'exportent aussi à l'international
et entre autres sur tout le continent américain.
Donc, on a une capacité créatrice.
Pour que ce soit clair là-dessus, pour que les gens comprennent,
c'est-à-dire qu'on crée un concept et ensuite, on est capable de l'exporter.
C'est-à-dire qu'il y a une licence et un concept qui est créé et qu'on peut vendre
pour que d'autres chaînes de télévision à l'étranger puissent le faire.
Avec un respect de ce qu'on appelle, nous, le format de pilard,
c'est-à-dire les éléments constitutifs du format.
Par exemple, on produit chez nous Koh-Lanta.
Koh-Lanta, c'est de la survie, des jeux, ça démarre deux équipes
et puis après, il y a une réunification.
C'est des choses comme ça.
Et puis après, il y a un autre talent, justement, en parlant de Koh-Lanta,
c'est le talent d'adaptation.
Et ça, les Français sont les meilleurs adaptateurs.
C'est-à-dire qu'ils sont capables de prendre un concept, par exemple turc,
qui, on va dire, n'a pas un petit concept et d'en faire un programme
qui va voyager dans le monde entier en passant par la France.
Et ça, il faut nous reconnaître ça.
Après, les chaînes sont souvent frileuses aussi,
parce que déjà, elles n'ont pas énormément de cases.
Et donc, quand vous signez, par exemple, pour TF1, un Danse avec les Stars,
plus un Koh-Lanta, plus un Voice, Voice Kids et Voice Adult,
il faut reconnaître que ça vous chope beaucoup de primes,
sans compter les fictions.
Donc voilà, c'est ça qui est un peu compliqué,
c'est d'arriver à trouver les bonnes cases.
Et les streamers, les streamers, les plateformes,
c'est-à-dire les Amazon, les Disney+, etc.
Ils commencent à investir le flux,
c'est-à-dire les programmes type jeux, magazines, variétés, divertissements,
parce qu'ils s'aperçoivent que c'est plus facile à produire que des fictions.
C'est moins cher à produire que des fictions.
Et on produit dans un temps plus court, donc c'est plus intéressant pour eux.
Donc, on produit, par exemple, LOL.
LOL, c'est vraiment sur Prime Vidéo.
Voilà, c'est identifié à Prime Vidéo.
Et je pense que si vous cherchez en tant que diffuseur une identité,
le flux vous en apporte plus.
Vous savez où est Nikos, il est sur TF1.
Vous savez où est Denis Brogniart, il est sur TF1.
Vous savez où est Cyril Féraud, il est sur France 2.
Oui, alors qu'un film ou la fiction a peut-être plus tendance,
d'ailleurs, dans certains cas, à passer de l'un à l'autre,
d'une plateforme à une autre.
Et donc, au final, vous perdez votre identité.
Intéressant.
Alors là, on va parler beaucoup aujourd'hui de la téléréalité
parce qu'il y a eu la série Culte qui est sortie il y a quelques semaines.
On te suit du coup dans l'arrivée de Love Story
et plus largement de la téléréalité en France.
Excellente série pour ceux qui ne l'ont pas encore vue.
Est-ce qu'à l'époque,
on s'imaginait que Love Story allait créer une telle révolution,
finalement, dans le monde de la télévision, en tout cas en France ?
Non, jamais.
Moi, j'étais sûre qu'on était déjà dans une révolution.
C'est à dire, c'était l'émergence à l'époque de ce qu'on appelait les webcams.
C'est des petites caméras qu'on mettait en haut des ordinateurs
où on commençait à voir des gens qui se racontaient,
qui montraient leur quotidien qui n'était pas non plus exceptionnel.
C'était juste le besoin de livrer une partie de soi à une audience plus large.
Et je me disais, ce programme-là, c'est exactement ça.
Donc, ça raconte en effet les coulisses du Loft,
qui a été la première téléréalité en France,
qui était adaptée d'un format qui s'appelait Big Brother,
qui avait été lancé en Hollande.
Mais c'est un format qui avait une spécificité.
C'était que des jeunes, un dating dans un univers très pop,
très coloré, très Ikea à l'époque.
Et je pense que ça s'inscrivait dans l'envie des jeunes de se raconter,
de vivre ensemble et d'être un petit peu le voyeur de la vie des autres,
sans que ça soit exceptionnel.
Au final, il y a cette séquence de la piscine
dont tout le monde parle entre Louana et Jean-Edouard.
Mais ça n'a été que 30 secondes dans le programme sur deux mois et demi de diffusion.
Mais c'est vrai que ça a créé le buzz.
Mais ce qu'on aimait voir aussi, c'était leurs conversations d'ados, etc.
Et le côté miroir de la société.
Et c'était multigénérationnel parce que pour la première fois,
des jeunes s'asseyaient avec leurs parents et leur disaient
voilà, moi, je suis aussi cet ado là.
Et en même temps, c'est venu relativement tardivement en France,
c'est à dire que tu avais, dès les années 70, un American Family aux Etats-Unis
qui est considéré aujourd'hui comme l'une des premières télé-réalités.
Tu l'as dit, c'est adapté.
Il y avait Real World, qui a été la première Real World vraiment aux Etats-Unis
où on suivait des jeunes vivre dans un appartement.
Ouais, ça a été là, la spécificité,
c'était la notion d'enfermement dans un studio.
Donc, il y avait une forme qui était spécifique.
On n'était pas dans la réalité des gens.
On était dans un univers quand même créé pour les accueillir.
Donc, c'est là qu'il y a quand même une différence avec American Family,
par exemple, qui était dans un cadre différent.
Et bon, on le voit dans la série.
De toute façon, c'est quelque chose que certains ont connu à l'époque.
Lors de sa diffusion, Love Story a fait suite à plein de polémiques,
plein de débats en tout genre, y compris avec des politiques,
certains qui défendaient l'émission, d'autres, il me semble, c'est Balladur
par exemple, qui défendait l'émission et d'autres, à l'inverse,
qui l'ont vivement critiqué.
Il y avait des manifestations importantes et on le voit là aussi,
je pense, dans la série, avec des manifestations devant M6,
des lancers de poubelles, etc. devant.
À ce moment-là, est-ce que déjà avant le début de la diffusion,
tu t'attendais à ce genre de réaction ?
Non, parce que quand Big Brother a été lancé, donc on va dire l'ancêtre
aux Pays-Bas et dans d'autres territoires, ça n'avait pas déclenché un tel
un tel rage.
Et c'est vrai que d'un seul coup, s'en sont emparés à la fois
des intellectuels, des journaux comme Le Monde.
On a fait quand même cinq fois la couverture du Monde,
ce qui était surréaliste pour un programme de télévision.
Et donc, ça a déclenché.
Mais c'est probablement le côté français qui, de toute façon,
s'offusque de tout, gueule sur tout, se bagarre sur tout
et a une certaine forme de polarisation.
On le voit maintenant dans la vie politique.
Et c'est vrai qu'on ne s'attendait pas à ça.
Je pense que nous, on a été assez protégés.
On le raconte dans la série, c'est-à-dire que l'équipe de production
était elle-même dans un loft.
Et c'est ce qu'on raconte dans la série.
On raconte pas tant le programme télé, on raconte les coulisses
de ce programme télé.
Et donc, comment dans un loft, il y avait un autre loft qui était le nôtre.
Et c'est vrai qu'on était, comme je dis souvent, le bruit ambiant.
Et heureusement, parce que j'aurais peut-être eu des difficultés
à travailler sinon, était comme assourdi par les murs de notre propre loft.
Est-ce qu'à l'époque, ou même après coup,
t'as eu le sentiment que certaines critiques étaient justes
sur cette première émission, cette première saison ?
Je pense que les critiques ont...
En fait, les critiques ont été justes, mais on ne pouvait pas les anticiper.
C'est-à-dire que la critique, par exemple, de l'exposition des candidats,
le suivi des candidats, tout ça pouvait être juste.
Mais on ne pouvait pas, nous, se rendre compte
au moment où on a lancé le programme, que ça allait déchaîner tout ça.
Donc, en fait, quand on a essayé après de rattraper
et justement de bien organiser tout ça.
Mais on avait un temps de recul, un peu.
Intéressant. Et est-ce que toi, c'est quelque chose, on l'a compris,
que t'aimais et que t'aimes encore produire.
Est-ce que d'un point de vue de spectateur, c'est quelque chose
que toi-même, tu t'aurais voulu, je pense, regarder à l'époque
ou que t'aimes regarder aujourd'hui ?
Alors, moi, je pense qu'on ne produit que des programmes qu'on aime regarder.
Je pense qu'on a besoin d'être...
Enfin, moi, j'ai besoin de m'identifier.
J'ai besoin de me dire que ça me parle et c'est mon plaisir.
C'est mon plaisir et c'est pour ça, peut-être que je suis bonne
dans les programmes que j'ai produits et probablement que j'aurais été mauvaise
dans d'autres programmes si je ne les avais pas sentis.
Donc, oui, de là à participer, parce qu'on m'a souvent demandé, non.
Ça, pour le coup, je pense que j'étais trop âgée à l'époque,
même si j'avais que 30 ans pour ça.
Mais en revanche, on m'a souvent demandé si mes filles
me posaient la question.
Par exemple, j'ai un programme que j'adore, c'est Marie au premier regard.
Je regarde tous mes lundis, je suis devant et tout.
Eh bien, je dis pourquoi pas ?
Si une de tes filles voulait participer, tu ne serais pas fermée à l'idée.
Non, je ne serais pas fermée à l'idée.
C'est très loin.
C'est très loin de mes deux filles, mais je n'aurais pas été fermée.
Et sur l'évolution de la télé, parce que Love Story, ça a 23 ans, 24 ans.
Donc, c'est lancé en 2001.
Il y a eu certaines séquences, tu le disais, qui sont devenues cultes littéralement.
Donc, cette scène, notamment cette séquence dans la piscine
entre Loana et Jean-Edouard.
Est-ce que c'est des choses, selon toi, qui pourraient être diffusées aujourd'hui ?
Ou qu'on pourrait voir à la télévision aujourd'hui ?
Alors, ça dépend où.
En fin de compte, je pense que le linéaire est géré par un organisme
qui s'appelle l'ARCOM, donc qui est un peu le gendarme de l'audiovisuel.
Ça serait plus compliqué sur des chaînes linéaires,
donc des chaînes historiques, c'est-à-dire TF1, M6, France Télévisions.
En revanche, sur des streamers qui se sont émancipés de ça,
puisque en fin de compte, c'est des chaînes internationales,
on voit assez trash.
Et j'en veux pour preuve un programme que j'aurais été incapable de produire,
qui est Frenchy Jor, sur Paramount+, qui là, va très, très, très, très loin,
mais qui n'est pas soumis à l'ARCOM.
Et d'ailleurs, je trouve que la téléréalité, quelquefois,
et c'est pour ça qu'on y rajoute des mécaniques et que les cinquante
fonctionnent bien, parce que c'est appuyé par une mécanique.
Comme on peut aller un peu moins fort dans la téléréalité pure,
il faut rajouter dans ces cas-là des éléments de stratégie,
comme Z-Traitors, comme tous ces trucs-là, qui font qu'il se passe
quelque chose entre les candidats, mais qui n'est pas de l'ordre
du sexe, voilà, tous ces choses-là.
Donc, c'est intéressant de voir qu'il y a quand même des différences de règles
entre ce qui peut se faire sur des plateformes aujourd'hui
et ce qui peut se faire à la télévision.
Ouais, et c'est d'ailleurs, il y en a une qui est sur abonnement
et l'autre qui est ouverte à tous.
Donc, c'est normal qu'elle n'ait pas exactement le même type de règles.
Néanmoins, je pense qu'il y a un petit équilibre.
Quelquefois, on pourrait dire qu'il faudrait peut-être lâcher un peu la bride
du côté des libraires.
Et sur cette production,
qu'est-ce que ça t'a appris à l'époque, tant d'ailleurs en tant que productrice,
parce que c'était ta première vraie grosse production,
qu'au niveau personnel, cette expérience de Love Story ?
Alors, ça m'a appris que j'avais une capacité à résister à la pression énorme.
Je pense que c'est un de mes atouts.
Ça m'a appris ma capacité de travail 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.
Ça m'a appris que vraiment, ce que j'aimais, c'était rencontrer des anonymes.
J'ai produit la Starac après,
donc j'ai eu la chance de rencontrer beaucoup d'artistes.
Mais je pense que ce qui m'intéresse, c'est de rencontrer des gens
qui sont différents de moi, qui viennent d'univers différents,
socio-culturels, qui ont des parcours différents.
Et c'est toujours ce que je dis dans mon métier.
Ce que je préfère faire, c'est le casting.
Et moi, le casting de Koh Lanta, il y a quelque chose d'extrêmement touchant
parce que ce n'est pas des gens qui viennent faire, par exemple, de la télé
pour faire de la télé.
Ils viennent vivre une aventure.
Il s'avère qu'elle est captée, mais ils aimeraient la vivre malgré la captation.
Et donc, quand vous leur dites
et racontez-moi votre vie, c'est des gens qui n'ont pas l'habitude de se raconter.
D'un seul coup, que des gens s'intéressent à une forme d'intimité.
Il y a des émotions qui passent, qui sont exceptionnelles.
Et c'est ce que j'aime moi aussi dans la télé réalité.
Et d'ailleurs, est-ce que c'est quelque chose qui a changé dans le temps ?
Parce qu'aujourd'hui, quand quelqu'un candidate à une télé réalité,
aujourd'hui, cette personne, elle sait l'exposition liée à la télé réalité,
ce qui n'était pas le cas de Love Story à l'époque.
Est-ce que ça a changé quelque chose ?
On parle souvent de perte de fraîcheur.
Je pense que ce n'est pas une perte de fraîcheur.
C'est une forme de jeu du chat et de la souris.
C'est à dire qu'ils ont l'impression d'être meilleurs que la production.
Et nous, on sait qu'on sera meilleur qu'eux.
Et donc, il y a un jeu de chat et de la souris où on essaie de les piéger.
Alors, ce qui est fantastique, c'est que quelquefois, on essaie de les piéger
et puis ils détournent le piège et l'utilisent différemment.
Donc ça, c'est ça qui est sympa dans la télé réalité.
C'est-à-dire quoi essayer de piéger un candidat ?
Ça peut être piéger, ça peut être lui envoyer un stimuli
en se disant qu'il va s'en emparer.
Un stimuli, c'est une forme de jeu.
On lui dit tiens, tu dois jouer tel personnage.
Par exemple, dans Secret, il y a beaucoup de ce type de choses.
Il va l'utiliser différemment
ou la personne qui va le voir l'utiliser va réagir différemment.
C'est ça qui est fantastique dans la télé réalité.
C'est ça que ça m'a appris la différence entre la fiction et la télé réalité.
C'est que la fiction, c'est merveilleux
puisque vous pouvez faire dire n'importe quoi à n'importe qui puisque c'est écrit.
En revanche, la télé réalité, ce n'est pas du tout le cas.
Mais vous pouvez essayer de générer des choses, mais elles vous échappent.
Et d'autant plus quand c'est des candidats qui ont tout regardé,
qui ont tout vu et qui ont envie d'être, de jouer, quoi.
D'ailleurs, c'est la question qui revient souvent,
parce que je pense qu'il y a des gens qui regarderont cette interview
qui, peut-être, regardent beaucoup de télé réalité,
d'autres, peut-être, qui n'en regardent jamais
et qui sont curieux de comprendre un peu cet univers-là.
Qu'est-ce qui est de l'ordre du réel, on va dire,
et du fabriqué ou de l'écrit dans une télé réalité ?
Tout est réel,
mais il y a énormément d'éléments qui sont générés.
C'est pour ça que je parle de stimuli.
Quand vous avez une règle, par exemple, sur un jeu,
quand vous prenez les 50, que vous avez un jeu
avec une stratégie où vous devez choisir, par exemple, un allié
et je te choisis toi, mais je ne choisis pas
ce qui aurait dû être mon meilleur ami ou ma gonzesse.
Tu crées un conflit inévitablement.
Je crée un conflit inévitablement.
Donc c'est ça.
Mais ce conflit, ta gonzesse, elle peut dire
bon, non, mais très bien, elle a eu raison de choisir mon mec
parce qu'il est excellent et à deux, ils vont gagner.
Il faut que je trouve quelqu'un de bien.
Ou inversement, elle a des vues sur toi, sur Hugo.
Donc c'est compliqué, ça.
Intéressant.
Oui, d'autant plus, encore une fois, quand certains candidats
commencent à appréhender tout ça.
Sur cette émission Love Story,
il y avait certains participants à l'issue de l'émission
qui avaient critiqué ou qui avaient estimé qu'il y avait eu un manque
d'accompagnement post-émission, après et pendant les années qui ont suivi.
Comment est-ce que tu vois cette question aujourd'hui
de l'accompagnement des candidats, y compris après une diffusion ?
Alors, ce qui est compliqué, c'est qu'à l'issue du Loft,
on a proposé justement, parce qu'on s'est rendu compte que le...
Vous avez une Loana, on va être très clair, qui rentre, elle n'est personne.
Elle sort, elle fait la remontée des champs.
On se doute que ça peut surprendre, d'autant plus qu'entre temps,
elle a été enfermée, donc n'a pas été au contact du phénomène de société
que le Loft...
Oui, il y a un côté avant, après, très radicale.
Donc ça, on lui a toujours proposé des psys.
Le problème de Loana, c'est qu'elle ne veut pas des psys.
Ils ont bon dos de dire ça parce qu'ils ont voulu s'émanciper aussi très vite.
Ça, c'est pour les candidats du Loft.
Après, on a mis en place tout un process qui est avant, pendant, après.
Et avant, c'est-à-dire qu'on essaie de les alerter.
Alors, c'est assez théorique, mais au moins, il y a une alerte
sur l'importance des réseaux sociaux, le fait, par exemple,
on voit ça sur Koh-Lanta,
les gens, quelquefois, ne comprennent pas que c'est un jeu
et que le jeu oblige à faire quelques prises stratégiques
qui peuvent être, dans la vie, perçues comme une trahison ou pas bien.
Et donc, ils se font insulter sur les réseaux.
Donc là, on les briefe vraiment sur comment appréhender ça,
comment essayer de prendre du recul, etc.
Pendant le jeu, il y a toujours quelqu'un sur place maintenant.
Et après le jeu, il y a automatiquement quelqu'un qui les débriefe
et qui peut aussi leur proposer un accompagnement pendant la durée
ou même, ça peut être au moment de la diffusion,
parce que c'est décalé entre le tournage et la diffusion.
Donc là-dessus, pour le coup, on est très au fait de ça.
Et c'est vrai que oui, du coup, c'est une période où aujourd'hui,
il y a à la fois sûrement un accompagnement qui est plus important,
mais aussi, du coup, des risques.
Je pense que les réseaux sociaux ont dû ajouter une dimension de réaction
à des émissions, mais ça vaut pour la téléréalité comme ça vaut pour d'autres choses.
Ça vaut pour tout.
Moi, par exemple, je suis assez présente sur les réseaux sociaux,
pas du tout personnellement, mais professionnellement.
Et j'avoue que je ne regarde très peu les commentaires.
Je fais très attention parce que je sais que quelquefois,
je peux prendre des positions qui peuvent déclencher des réactions un peu épidermiques.
Et comme je suis au final, comme tout le monde, un peu sensible, je me préserve.
Et c'est souvent ce qu'on dit à nos candidats.
C'est-à-dire que ce qui est dingue, et je trouve que c'est psychologiquement,
il faut qu'on arrive à dépasser ça, c'est comment une critique
enlève les 200 bonnes choses qui ont été dites.
Le commentaire négatif sur 99 positifs qui va te flinguer.
Et en fin de compte, il est tellement marginal que je leur dis,
mais allez à votre boulangerie et vous verrez que la personne
vous dira quelque chose de gentil.
Et c'est la personne qui vous dira quelque chose de gentil
qui est plus importante que celle qui vous...
Mais la nature humaine est ainsi faite.
Oui, c'est quand même présent.
Là, on parlait de Love Story,
donc il y a cette série culte qui est sortie sur Prime Vidéo.
Qu'est-ce qui est de l'ordre du...
Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est faux ?
Question qui revient souvent, mais je pense que beaucoup de gens ont dû se poser
depuis la diffusion.
Oui, et alors,
c'est une question qui a évidemment occupé l'esprit
des deux auteurs et du réalisateur.
Et de tous ceux qui ont vu la série.
Il y a tout ce qui concerne le business,
c'est-à-dire les coulisses business, la lutte M6, TF1,
la manière...
Par exemple, il y a toute une séquence qui est improbable
où il y a l'inspection du travail qui débarque.
Voilà, tout ça est vrai.
En revanche, comment les personnages s'en emparent,
c'est vraiment des personnages.
Il y a des personnages qui n'ont jamais existé.
Par exemple, il y a un personnage qu'on voulait mettre dans la série,
des gens, des outsiders, parce que c'est une histoire d'outsiders,
des gens qui vont de l'ombre arriver dans la lumière,
soit d'une loana qui, d'un seul coup, va dans la lumière,
soit des producteurs qui n'étaient personne et qui, d'un seul coup, lancent un genre
ou même une chaîne de télévision M6,
qui était une petite chaîne qui, d'un seul coup, bat TF1.
Et puis, on voulait faire une trajectoire inverse,
c'est-à-dire quelqu'un qui, d'un seul coup, par une identification exagérée,
va descendre dans la dépression, etc.
Ce personnage n'a jamais existé, par exemple.
C'est un personnage qui a été inventé pour montrer aussi la dualité,
et ne pas non plus se voiler la face.
Ce que j'espère dans cette série, c'est qu'elle est honnête.
Elle est honnête dans la manière dont ça s'est passé,
mais aussi dans la critique.
Moi, je suis le personnage d'Isabelle de Rochechouart,
qui est, on va dire, un ersatz de moi.
À un moment, elle était un peu lisse.
Et donc, j'ai dit aux auteurs, il faut la durcir,
c'est-à-dire qu'il faut y mettre aussi des problématiques qu'elle a,
voilà, il faut la durcir.
Et donc, très sincèrement, elle est plus dure que moi.
Elle a le sens de la punchline, ce que j'adore.
Mais il y a quand même...
Voilà, on va dire que tout ça est vrai,
mais tout ça a été concentré sur des personnages
qui ne sont pas automatiquement les personnages qui ont porté cette vérité-là.
Une forme de reflet, mais avec des personnages qui parfois sont inventés.
Et je regardais les chiffres avec l'équipe sur la télé-réalité aujourd'hui en France.
C'est les chiffres du CSA, donc ancêtre de l'ARCOM, qui date de 2019.
On a 11 700 heures de télé-réalité qui ont été diffusées à la télé en 2019.
C'est 4 000 heures de plus que de l'info, 10 000 heures de plus que le sport.
Le sport, ça m'étonne moins parce que c'est forcément des événements.
Mais comment t'expliques aujourd'hui, en tout cas, il y a quelques années,
là, en 2019, ce goût encore très important pour la télé-réalité ?
Parce que c'est un feuilleton.
Il y a deux raisons.
Il y a une raison de consommation,
c'est-à-dire que c'est quand même des histoires qui sont...
C'est du no-brainer, c'est-à-dire que c'est facile.
C'est un peu...
Alors, je ne sais pas si ton public verra, mais il y avait ce qu'on appelait les années AB.
C'était Hélène et les garçons.
C'était toutes ces séries qui étaient faciles à consommer.
Donc, il y a cet élément-là.
Deux, pourquoi il y a tant d'heures aussi ?
C'est que le modèle de diffusion fait que c'est des accès,
souvent quotidiens, et donc ça consomme beaucoup d'heures de programme.
Le JT à l'époque, France 2 a rallongé son JT, mais il était de 40 minutes.
Donc, de facto...
De toute façon, le sport, c'est un match de foot d'une heure et demie.
Donc ça. Et puis après, maintenant, il y a un deuxième effet,
c'est que c'est fausse soyeur de replay,
c'est-à-dire que les chaînes, vous avez vu le lancement de M6+, TF1+,
ils ont besoin de créer un drive entre le linéaire
et le digital et que les gens restent sur la plateforme du digital.
Et ça, ces programmes-là font que tu restes sur la plateforme du digital.
Donc, il y a une vraie dimension stratégique pour les chaînes en soi.
Et j'imagine aussi, du coup, sur les plateformes aussi.
Oui, bien sûr.
Love is blind, c'est des programmes de téléréalité,
tous ces programmes-là qui sont sur les plateformes.
Qui peuvent fonctionner, quoi.
Et c'est vrai que la téléréalité, c'est une partie de ces programmes.
Après, je pense qu'on va évoquer plus largement la téléréalité au-delà de...
Oui, parce qu'on parle beaucoup de téléréalité pure.
Après, la téléréalité, dans sa manière de traiter un genre,
a impacté beaucoup de genres, même le documentaire.
Maintenant, vous voyez des gens qui parlent face caméra,
ce qui n'était pas du tout le cas avant.
Il y a un côté confessionnal.
Voilà, Koh-Lanta est un jeu d'aventure avec une part, on peut dire,
de téléréalité, de vie en communauté sur les camps, etc.
Il y a beaucoup de genres.
Star Academy, il y a une part de téléréalité sur la quotidienne.
Mais c'est vrai qu'il y a eu quand même des émissions de téléréalité
qui se sont arrêtées ces dernières années.
Les Marseillais, etc.
C'est des émissions qui existaient, qui avaient un très gros succès
il y a quelques années et qui n'existent plus pour beaucoup d'entre elles aujourd'hui.
À l'inverse, on a d'autres téléréalités, si on les définit comme telles,
Star Academy, etc., qui sont toujours très présentes
et qui fonctionnent toujours très, très bien, y compris chez les jeunes.
Comment on t'explique, du coup, cette transition ?
Est-ce que c'est que le concept de la téléréalité classique,
traditionnelle, avec un lieu défini et pas forcément un jeu en parallèle ?
Alors, ce qui est très marrant, c'est que quand on a lancé les Marseillais,
on a décidé de faire des téléréalités sans mécanique de jeu,
alors qu'il y avait avant Six Crêtes que j'avais lancé, Loftory, etc.
Donc ça, c'était une petite révolution.
Puis on a fait ça pendant six ans et puis on s'est dit
il faut remettre de la mécanique.
Et là arrivent les cinquante, etc.
Je pense que tout ça est une variation de renouvellement.
Là, par exemple, la grande tendance avec le succès de The Traitors,
c'est tous ces jeux stratégiques.
Loup-Garou fait partie de ça.
Il y a plein de programmes qu'on voit émerger un peu dans le monde.
Ça, c'est une tendance.
Puis à un moment, ça va évidemment s'arrêter.
Il y aura une autre tendance.
Ce qui est important, c'est que la téléréalité,
elle est très connectée avec la société.
Donc, c'est un genre de programme qui est au diapason de la société.
Donc, je pense que sa réussite vient de sa capacité à s'adapter
justement à l'univers des jeunes, à ce qu'ils consomment
aussi ailleurs sur YouTube, sur les jeux de société, les jeux vidéo et tout ça.
Mais c'est vrai que du coup, tu parlais de Loup-Garou,
qui est pareil, que j'ai adoré suivre.
Tu considères qu'un jeu comme Loup-Garou, c'est de la téléréalité
ou c'est un jeu ou c'est un mélange des deux ?
C'est un mélange des deux, parce qu'il y a du jeu.
Pour le coup, il y a un vrai jeu.
Mais il y a quand même beaucoup de téléréalité,
ne serait-ce que dans la manière dont tu essaies de manipuler l'autre,
dont tu fais des alliances, donc c'est des éléments de téléréalité.
Donc, c'est un mix.
C'est un peu un mélange des deux.
Et d'ailleurs, c'est peut-être qu'on aurait dû commencer comme ça.
Et d'ailleurs, il y a une unité de lieux.
C'est-à-dire que là, pour le coup,
on revient dans ce qu'on appelle nous la téléréalité d'enfermement.
C'est-à-dire qu'ils sont dans une...
Alors oui, c'est dans une forêt, mais c'est pas chez eux.
Donc, on est dans une vraie téléréalité d'enfermement.
Qui est quand même présente.
Et on parlait de L'Astar Academy,
on parlait de Secret Story,
on parlait de Koh-Lanta.
Il y en a aussi qui reviennent, du coup.
Star Trek a un bon exemple.
Popstar aussi, qui est revenu récemment sur Prime Vidéo.
Qu'est-ce qui fait, selon toi, qu'il y a un tel retour et une envie ?
Parce que typiquement, Star Academy a très bien fonctionné, par exemple,
de retrouver certaines marques, certaines émissions qui n'étaient pas là.
Est-ce qu'il y a un côté Madeleine de Proust ou est-ce que c'est autre chose ?
Ouais, il y a plein de choses.
Il y a évidemment un côté Madeleine de Proust.
C'est-à-dire qu'on est content de partager avec éventuellement nos enfants un programme.
On produit Fort Boyard, on voit bien l'impact que c'est de partager
quelque chose qu'on a vécu nous-mêmes, enfants.
Deux, il y a un effet rassurant pour les chaînes.
C'est-à-dire que comme c'est quand même un proven success, ça a fonctionné.
Donc, c'est plus simple de relancer quelque chose
qui est dans la tête des gens, perçu comme un succès ou dont la marque est connue.
Et puis, le marché publicitaire étant ce qu'il est
et que les chaînes vivent du marché publicitaire, je parle des chaînes privées,
lancer quelque chose de nouveau, ça peut aussi angoisser leurs annonceurs.
Donc là, au moins, vous lancez Star Academy, ils savent très bien ce que c'est.
Ils savent ce que ça raconte.
Ils savent qu'il n'y a pas de bad buzz et donc ils sont rassurés.
Quand vous lancez un nouveau programme, c'est plus complexe.
Et d'ailleurs, c'est marrant de voir que Loup Garou est lancé
par une chaîne qui est une chaîne d'abonnement.
Oui, c'est vrai.
Et donc, elle est moins sensible à la pub.
Surtout que oui, je pense qu'énormément de gens l'ont vu sur ma channel
avec la plateforme et toute cette dimension-là.
Mais c'est quand même une question qui revient assez souvent.
Et on voit donc côté chaîne, cette question du degré de risque
que tu peux prendre en tant que chaîne de télévision,
mais en tant que productrice de ton côté, comment est-ce que tu
fais cet arbitrage entre proposer des licences connues,
aller inventer des choses nouvelles, des nouveaux concepts ?
Comment est-ce que même toi, dans ton temps et avec tes équipes,
avec les différentes boîtes de prod, vous gérez cet équilibre-là ?
Alors déjà, il faut savoir qu'on est le premier groupe de production mondiale.
Donc ça veut dire qu'il y a la France, mais il y a aussi l'Italie, l'Espagne,
les Etats-Unis, l'Inde, voilà.
Donc tout ça, tous ces gens-là génèrent ce qu'on appelle de l'IP,
c'est-à-dire du format.
Donc on se nourrit aussi beaucoup, et c'est le but,
au travers de nos différentes entités qui elles-mêmes génèrent des programmes.
Par exemple, on a un programme-là qui a été inventé par les Australiens
qui s'appelle The Summit.
Le but, c'est des anonymes qui doivent monter en haut d'un sommet.
Et évidemment, à la fois, moins ils seront,
plus ils gagneront d'argent, mais chacun porte une partie de l'argent.
Donc ça veut dire que s'ils séparent de certains, ils risquent de perdre de l'argent.
Donc il y a un jeu stratégique là-dessus.
Et est-ce que pour arriver à temps là-haut, il faut...
Il faut laisser les personnes moins aptes physiquement,
mais qui peuvent avoir beaucoup d'argent.
Donc ça, c'est lancé en Allemagne, c'est lancé en Scandinavie,
c'est lancé aux Etats-Unis.
Donc tout ça, c'est nos formats qui voyagent.
Donc on va choper dans notre catalogue à nous de programmes.
Mais ce qui ne nous empêche pas aussi d'aller chercher
dans les catalogues de ce qu'on appelle des formats tiers,
c'est-à-dire des formats qui viennent de l'extérieur.
Donc ça, par exemple, j'ai produit 10 couples parfaits.
C'est un programme qui vient de MTV.
Et donc, on est allé chercher des formats tiers.
Et puis après, il y a la création.
Nous, on investit en France 5 millions par an dans la création.
Alors ça concerne le flux et la fiction, mais c'est quand même un énorme montant.
Et c'est pour ça que je dis souvent que les gros groupes,
ils ont aussi cette capacité à prendre des risques.
Par exemple, on a ce qu'on appelle un fonds international de financement.
Si vous avez ce qu'on appelle un gap de financement,
il vous manque un petit bout pour que le programme d'un programme
bien devienne un programme super.
Dans ces cas-là, on peut faire appel nous à l'international
et leur demander cette manne financière.
Et ils le font.
Pourquoi ?
Parce qu'ils se disent que si on augmente la qualité,
le programme va voyager et donc nourrir les autres filiales.
Intéressant.
Et on parlait de la question de renouvellement de certaines licences.
Est-ce qu'un love story, ça pourrait fonctionner selon toi aujourd'hui ?
Et est-ce que c'est partie des discussions,
des choses qu'ils pourraient voir à nouveau le jour ?
Alors, il y a quelque chose que je n'avais pas anticipé du tout
avec la sortie de Cult, donc la série fiction.
C'est le fait que ça allait remettre au goût du jour la marque Love Story.
Donc, il y a une curiosité maintenant sur la marque, y compris de personnes.
Moi, je n'ai pas connu.
J'avais quatre ans quand c'était diffusé.
C'est des choses que je n'ai pas connues.
Alors, j'ai connu Secret Story, mais je pense que la série aussi,
même auprès d'un public plus jeune, a fait découvrir un peu les coulisses de ça.
Ouais, et je pense que ça, donc la marque réexiste à nouveau,
alors qu'elle était...
Puisqu'il n'y a eu que deux saisons, ça ne s'est pas arrêté de manque de succès.
Ça s'est arrêté par une guerre entre M6 et TF1.
Donc, oui, la marque ressort.
Après, moi, je pense, et je ne donne pas d'informations,
je ne suis pas en train de négocier quoi que ce soit,
mais je pense qu'il y a un retour à une certaine forme d'authenticité,
de mélange de gens qui n'auraient jamais dû se rencontrer
et qui peuvent échanger sans automatiquement justement être surstimulés.
Moi, j'ai toujours eu peur dans la production de cette surproduction,
de la peur du vide.
Et je dis toujours que dans l'ennui, la meilleure téléréalité se passe dans l'ennui.
Alors, soit parce qu'on embrasse,
parce qu'on s'emmerde tellement qu'on va le rouler une pelle,
soit parce qu'on se dit des choses très intimes,
soit parce que d'un seul coup, on va générer une forme de création spontanée.
Donc, je crois beaucoup au retour de cette forme de téléréalité.
Sauf que j'imagine que c'est aussi le plus risqué souvent pour une chaîne
qui va se dire ouh là, le concept, je le vois pas,
ou alors je ne sais pas où ça nous mène, ou il y a une forme d'imprévu.
C'est pour ça que je n'ai pas d'annonce à faire.
C'est que ça fait peur aux chaînes.
C'est à nous aussi de les convaincre d'avoir moins de frileusité.
Sur ces programmes-là.
Une question peut-être, parce qu'on parlait de Love Story ici,
on l'avait vu et c'est encore le cas aujourd'hui sur la téléréalité.
Il y a quand même des critiques qui sont très nombreuses,
qui sont adressées à cet univers-là.
L'une des critiques, c'est l'idée que la téléréalité
ait montré une image jugée dégradante des femmes.
Qu'est-ce que tu en penses et comment est-ce que tu vois cette question ?
Alors, je me suis beaucoup battue avec notre copain CSA, ex-Harkom,
parce que je ne supporte pas l'idée de la victimisation des femmes.
Les femmes dans la téléréalité, ça peut surprendre beaucoup de gens,
mais c'est celles qui gagnent le plus d'argent et c'est celles qui ont le pouvoir.
C'est-à-dire que les meilleurs personnages sont des femmes
et elles savent extrêmement bien ce qu'elles font.
Et donc, je ne supporte pas cette notion de victimisation
des intellectuels qui souvent, ou de l'Harkom,
et pour avoir été confrontée au CSA, tu t'aperçois qu'ils ne regardaient pas.
Donc, en plus, c'était purement sur des articles de presse
où ce n'était même pas un point de vue intériorisé et réfléchi.
Donc, ça, ça m'énerve beaucoup.
Je pense qu'il y a des programmes de téléréalité qui sont allés trop loin.
En revanche, le côté soit un peu dépravant,
mais ce n'est pas genré, c'est-à-dire de violences verbales.
Et ça, je trouve que ça nous a globalement, à nous, le secteur d'activité, fait du mal.
Et là, pour le coup, je trouve que c'est bien que l'Harkom intervienne.
En contexte, en 2016, le CSA, donc l'ancêtre de l'Harkom,
gendarme de l'audiovisuel, avait notamment épinglé les chaînes NRJ12,
NT1 et W9 pour des scènes considérées comme sexistes et humiliantes
pour les femmes dans Les Anges, Bachelors ou encore Les Marseillais.
Dans son ouvrage Téléréalité, la fabrique du sexisme, publié en 2022,
l'autrice Valérie Reyrobert dénonce notamment une vision des femmes
réductrices, stéréotypées et réactionnaires dans certaines émissions
de téléréalité, des séquences jouées, filmées et conservées au montage.
Oui, parce que c'est vrai qu'il y a une distinction entre la façon dont on se présente
à tout point de vue et ça, c'est libre à chacun finalement de se présenter
à tout point de vue comme il veut.
Il y a l'autre volet qui est presque un volet à part, mais qui est la question
des violences sexistes et sexuelles et de toute cette dimension-là.
Ça aussi, j'imagine que sur des émissions de téléréalité,
il y a des choses qui ont été mises en place et sur lesquelles il y a un travail.
D'autant plus que je pense que c'est des critiques
qui, franchement, n'ont pas lieu d'être en France,
qui, en revanche, pourraient avoir lieu à l'international
où il n'y a pas comme ça de prise de conscience aussi forte qu'en France.
On est quand même dans un pays qui fait très attention à ça.
On a quand même un organisme qui s'appelle l'ARCOM, justement, qui sert à ça.
Et donc, là-dessus, les chaînes, parce qu'il faut expliquer
aux téléspectateurs que les chaînes ne sont pas propriétaires de leur canal.
C'est des conventions qui sont remises en jeu, et on l'a vu récemment,
sont remises en jeu.
Et donc, si par hasard,
ils ne font pas attention à certaines choses,
ils ont un risque sur leurs conventions.
Donc, on fait très attention à ça.
Et je pense que c'est un débat qui n'a pas lieu d'être en France.
Et comme je vous l'ai dit, moi, ça m'a beaucoup énervé
qu'on attaque les femmes là-dessus comme des pauvres petites choses.
Voilà, il faut arrêter.
Maintenant, on n'a pas besoin.
On n'a pas besoin d'une telle injuncia pour exister, quoi.
Malgré toutes les critiques qu'on peut entendre envers ces formats
et qui reviennent souvent, selon toi,
qu'est-ce qu'on a aujourd'hui en tant que public à apprendre de la téléréalité ?
Je ne sais pas si...
Alors apprendre, je pense que les plus âgés ont à apprendre sur une jeunesse.
Et ça, c'est quand même...
Alors, ce n'est pas toute la jeunesse.
Évidemment, je dis toujours que si vous allez dans une terminale
et que vous vous demandez qui veut faire de la téléréalité,
si vous avez une personne qui lève le doigt, on est vraiment au grand max.
Donc, mais ça apprend quand même une certaine forme de jeunesse.
Après, c'est fondamentalement ce que je dis, c'est un programme de divertissement.
Vous avez l'information pour ça.
Il y a Téréseau pour ça, pour apprendre.
Il y a Arte pour apprendre.
Il y a France Télévisions.
Il y a d'autres, enfin, il y a d'autres émissions de TF1,
un reportage, par exemple, qui font ça très bien.
Voilà, chacun est dans son rôle.
Je ne prétends pas
apprendre quelque chose aux jeunes.
Oui, c'est une émission de divertissement et tu l'assumes aussi comme telle.
Et alors maintenant, moi, j'en fais plus parce que ça fait longtemps
que je ne fais plus de téléréalité.
Mais toutes les productions chez nous,
entre autres, il y a une société qui s'appelait B-Productions,
qui produit beaucoup de téléréalité.
Voilà, ils ont l'humilité de se dire qu'ils divertissent les gens.
Et comme tu le disais et tu viens de le dire, ton rôle aujourd'hui,
c'est un rôle qui est bien plus large.
On fait 28 minutes sur Arte avec Elisa Batkin.
Donc, on propose aussi d'autres choses.
Et c'est justement ce sur quoi j'allais venir.
Aujourd'hui, le groupe Banijé, qui est un groupe immense,
je pense que les gens ne réalisent pas forcément toutes les émissions
qu'ils peuvent regarder au quotidien et qui sont produites par ce groupe là.
Ce n'est pas que de la téléréalité, de fait.
Non, c'est beaucoup de jeux.
C'est beaucoup, beaucoup de jeux, notamment.
Par exemple de Nagui. Enfin, il y a tous les jeux de Nagui.
Et est-ce qu'il y a quand même des points communs
entre tous ces types de concepts, de choses qui sont récurrentes
dans ce rôle de productrice ?
Toujours pour essayer de comprendre un peu le rôle de producteur ou de productrice.
Quels sont les éléments qui sont communs à la fiction,
à une émission de téléréalité et à un jeu, par exemple ?
Il y a une phrase que Thomas Valentin disait.
Thomas Valentin, c'était le patron des programmes d'M6.
C'était pourquoi les gens viennent, pourquoi les gens resteront,
pourquoi les gens reviendront ?
Je pense que c'est les trois seules questions qui valent dans notre métier.
C'est-à-dire que tous les programmes qui sont faits
pour se faire plaisir ne marchent pas.
Tous les programmes qui sont faits avec des bandes où on a l'impression
que la blague, c'est vraiment du private joke, ça ne marche pas.
Donc, il faut travailler pour le plus grand nombre.
Après, il y a des programmes qui vont, en effet, on en parlait tout à l'heure,
qui vont apprendre des choses.
Là, on produit un sublime documentaire sur l'anniversaire de la mort d'Anne Franck.
Évidemment, là, c'est un véritable enseignement.
Et d'ailleurs, je conseille à tout le monde de relire adulte son livre
parce que c'était une véritable romancière.
Voilà, donc c'est la diversité des propositions.
Nous, on a la chance et je pense que c'est pour ça aussi
que je suis très heureux de diriger ce groupe en France.
C'est que j'ai à la fois des sociétés comme KM qui produit Anne Franck,
qui produit le 28 minutes, qui produit un très beau documentaire
sur les violences dans les Outre-mer.
Voilà, donc ça, c'est des sujets de société.
Mais j'ai aussi Cyril Hanouna, mais j'ai aussi Star Academy.
J'ai aussi des programmes de Nagui ou de la téléréalité et beaucoup de fiction.
Et donc, je pense que c'est dans la diversité des groupes
que tout le monde peut s'exprimer.
Et évidemment, les uns, Elisabeth Quint va pas faire de la téléréalité.
La téléréalité va pas aller sur Arte et tant mieux.
Voilà, chacun a son créneau et son couloir de neige.
Et sur la question de la téléréalité,
je voulais qu'on aborde un peu la question du lien entre téléréalité
et Internet, réseaux sociaux, même créateur de contenu ou autre.
Il y a une journaliste, Constance Villanova, qui avait écrit un livre
Vive pour les caméras, qui parle de sa perception, son regard sur la téléréalité.
Elle a fait une sorte d'enquête sur le sujet et elle disait que selon elle,
les réseaux sociaux permettent de produire sa propre téléréalité,
que c'est un peu une nouvelle forme de téléréalité,
mais à l'échelle de chaque personne sur son réseau social et sur son compte.
Est-ce que tu as le même regard sur les réseaux ?
Je dis, on a eu peur de Big Brother, mais c'est en fait quand
Big Brother s'est installé chez nous à travers la téléréalité.
Mais on ne s'attendait pas à ce point, à ce que les gens s'installent
dans Big Brother et nourrissent l'antre de Big Brother.
Et c'est vrai que les gens maintenant se livrent.
Et d'ailleurs, c'est marrant parce que j'ai eu mon petit cousin
qui s'est retiré des réseaux sociaux en disant
je n'en peux plus de tous ces gens qui surproduisent leur vie.
C'est-à-dire qu'ils jouent à être heureux, qu'ils jouent à être amoureux,
qu'ils jouent à voyager tout le temps, qu'ils jouent à avoir une vie exceptionnelle, etc.
Et on est arrivé...
Alors, heureusement, il y a des gens qui ont contrebalancé ça
avec des moments de vérité poignants.
Je pense à Caroline Receveur,
qui a beaucoup parlé de sa maladie, des choses comme ça
et qui ont probablement aidé beaucoup de malades.
Mais en fin de compte, ils sont allés dans le même travers.
Oui, une mise en avant de soi, finalement, et probablement une vision velléitaire,
c'est-à-dire qui j'aimerais être, quelle image je voudrais donner de moi,
qui n'est pas automatiquement la réalité.
On sait heureusement que les gens sont plus subtils.
Non, mais le parallèle est fort.
Et je pense même, d'ailleurs, c'est à l'échelle de chacun,
mais même aussi à l'échelle des créateurs de contenu, c'est-à-dire que...
Dans mon cas, c'est vrai que même si je me considère comme créateur de contenu,
je parle très peu de moi, finalement.
Oui, tu parles de l'info, toi.
C'est plus de l'info, mais c'est vrai que c'est des parallèles
qui peuvent parfois être faits sur, mine de rien, une mise en avant de soi.
Malgré tout, quoi.
Ouais, mais alors après cette exposé...
Ouais, je pense que c'est flatteur pour...
Tout le monde a une part d'égocentrisme et de narcissisme en soi.
Et tant mieux aussi, parce que ça vous permet de faire des grandes choses.
Si on ne croit pas en soi, on ne fait pas des grandes choses.
Donc, je pense que c'est important.
Mais je me dis qu'il y a certaines personnes
qui ont probablement exposé des choses.
Il y a une série actuellement...
Enfin, on va dire qu'il y a un livre, surtout que je conseille,
de Delphine de Vigan qui s'appelle Les Enfants rois,
où d'ailleurs, je suis citée dans le livre,
où elle explique la dangerosité d'exposer ses enfants.
C'est des influenceurs qui exposent leurs enfants
dans des programmes où ils ouvrent des cadeaux, etc.
Qui est adapté au cinéma, je crois, en plus.
Qui est adapté en fiction sur Disney+.
Et donc, voilà, ça, je pense qu'il y a des gens
qui sont peut-être allés trop loin en exposant certaines choses
de leur intimité ou, par exemple, votre relation amoureuse.
Et puis, d'un seul coup, vous vous séparez.
Et puis, vous avez pourtant dit que vous étiez amoureux.
Enfin, tout ça, c'est compliqué.
C'est pour ça que moi, j'expose assez peu de ma vie personnelle.
Je pense que je dois avoir une photo de mes enfants.
Là, je suis née à 22 ans, donc je dois me composter.
Voilà, je pense que chacun se rend compte aussi
de l'aspect dangerosité.
Et d'ailleurs, je voudrais prendre la parole sur un truc.
Je vais parler de TikTok.
Mais ma fille m'a alertée sur une chose.
C'est qu'à un moment, il y a un bout de temps,
elle avait des moments de déprime et elle regardait TikTok.
Et TikTok l'alimentait dans sa déprime.
Et je voudrais profiter de la parole qu'il m'est donnée
pour dire aux jeunes gens, faites attention aux algorithmes,
parce que si vous avez un moment de mou,
vous pouvez vous retrouver comme ça alimenté constamment dans votre...
Et en fait, quand ça prend une dimension
que ça n'aurait jamais dû prendre au début.
J'ai lu un article du New Yorker littéralement sur le sujet hier soir.
Il y a eu pas mal de dépôts de plaintes, d'ailleurs, même aux Etats-Unis,
de parents qui ont porté plainte contre des plateformes.
Je ne sais plus d'ailleurs quelles plateformes dans ce cas précis,
mais parce que justement, ils avaient accusé des plateformes
d'avoir alimenté en fait...
Moi, je pensais que ce n'était pas vrai et je pense que c'est vrai
et qu'il faut vraiment prévenir les enfants aussi de se retirer de ça.
Voilà.
C'est un enjeu qui est quand même très, très important.
Il y a eu de plus en plus d'études là-dessus.
On mettra des liens en description pour ceux qui veulent se renseigner,
mais qui montrent...
C'est important de le dire.
Complètement.
Sur la télévision, Love Story, ça a 23 ans, 23, 24 ans.
La télé, à l'époque, elle ne ressemblait pas du tout à la télé qu'on a aujourd'hui.
Question vraiment pas évidente, mais je veux quand même voir un peu où tu...
Quelle va être la télé de demain ?
Exactement, j'ai un peu envie de comprendre, j'ai envie de voir.
Et notamment, alors, il y a la question des programmes.
Il y a deux questions, je pense.
Il y a la question des programmes, de se dire est-ce que tu as l'impression que
c'est des cycles et en fait,
alors il y a des nouvelles choses qui sont arrivées comme la télé-réalité,
mais autrement, tu parlais de retour de l'Astara, etc.
C'est pas comme des effets de mode ou de cycles qui reviennent.
Mais en termes d'usage aussi, comment est-ce que tu vois la suite ?
Et 25 ans, c'est un horizon qui est très lointain,
mais Amima, sur les prochaines années ?
Alors, c'est très compliqué.
C'est marrant parce qu'on a fait une réunion stratégique
avec tous les patrons de pays.
On est une dizaine de patrons de pays pour réfléchir un peu à ça.
Et quand même, on a dû admettre que ce n'était pas simple
à plus d'un an d'anticiper.
Tout le monde ne peut que constater la transformation,
mais à une rapidité énorme, du secteur de l'audiovisuel.
C'est arrivé avec l'arrivée des plateformes.
Puis d'un seul coup, YouTube dit qu'elle est la grille,
la plus grande de France, ce qui est d'une certaine façon vrai.
Mais qu'est-ce que ça veut dire que ça ?
Mais à la fois, elle ne finance pas.
Donc, ce qu'on se dit, nous, c'est qu'on a une chance,
c'est qu'on est des storytellers.
On est des producteurs de contenu, un peu comme vous.
Et donc, on se dit qu'on produise pour une chaîne linéaire,
pour une plateforme, pour YouTube, pour des réseaux sociaux.
On est toujours en train de produire.
Toujours besoin d'avoir des contenus.
On aura toujours besoin d'avoir des histoires et de raconter du contenu.
Donc ça, nous, on va dire que côté producteur,
on doit s'adapter.
On doit peut-être trouver des modes de financement différents,
mais en tout cas, on saura s'adapter.
Sur les diffuseurs, et je parle des diffuseurs historiques,
ça, c'est plus compliqué.
Et c'est d'ailleurs pour ça que, heureusement, TF1 a lancé,
avec l'arrivée de Rodolphe Bellemare, qui d'ailleurs venait de l'univers
des plateformes, puisqu'il avait été administrateur de Netflix.
Il a lancé TF1+, avec une rapidité déconcertante et une efficacité remarquable.
Et M6 a d'ailleurs été, pour le coup, plus novateur avant,
mais a su rebondir.
C'est comment ils vont alimenter et financer leur chaîne linéaire,
qui quand même a un avantage par rapport aux autres,
c'est que c'est une bande publicitaire ouverte.
C'est-à-dire que c'est beaucoup plus facile pour eux de communiquer
sur leur programme qu'un Netflix ou qu'un Amazon,
qui doit faire de l'affichage, aller acheter, même maintenant,
on le voit, de l'espace pub sur une chaîne linéaire.
Donc, ils ont quand même un atout que les autres n'ont pas.
Et c'est toute cette transformation sur lequel on est très attentifs.
Et ce qu'on dit, c'est que nous, notre but, c'est que tous les diffuseurs
soient heureux.
Donc, on est prêts à investir à leur côté.
On est prêts à réfléchir avec eux.
C'est très important qu'on soit solidaires de tous ces gens-là,
parce que déjà, ça a été nos partenaires historiques
et puis parce que ça sera toujours quand même une source pour nous
de diffusion de nos programmes.
Donc, voilà. Maintenant, je suis incapable.
On voit, par exemple, l'émergence des fasts, les chaînes.
Voilà, on a vu l'émergence.
Les fasts, c'est quoi ? C'est les chaînes ?
C'est les chaînes qui sont une forme de verticalité,
c'est-à-dire c'est une chaîne qui a un sujet fast.
Nous, par exemple, on a des chaînes qui s'appellent Icônes,
qui sont des chaînes documentaires, télé-réalité, etc.,
donc qui ont une verticalité de genre.
Moi, je crois beaucoup comme ça à des abonnements.
Moi, avec ma fille, j'adore les films d'horreur.
Donc, on regarde des films d'horreur
sur des plateformes qui sont dédiées aux films d'horreur.
Donc, il y aura ça.
Mais à la fois, comment on produit les programmes
qui alimentent ces chaînes-là ?
Parce que c'est de l'achat.
C'est ce qu'on appelle de l'achat de catalogue.
Ce n'est pas de la production fraîche.
Et donc, pour tout ça, il faut bien produire.
Oui, c'est fou que tu dises que c'est difficile de se projeter à Horizon 1.
Non, parce qu'à la fois, je suis...
En vrai, c'est pour ça que je t'ai posé la question à Horizon 25 ans,
mais je sais moi-même que...
Et quand on me pose la question, dans mon cas, évidemment,
ce n'est pas la même situation, mais je dis toujours TikTok, par exemple.
Je ne pouvais pas anticiper l'arrivée de TikTok.
Et pourtant, ça a amené un chamboulement sur TikTok.
Aujourd'hui, il y a 6 millions de personnes qui nous suivent là-bas.
Je n'aurais jamais anticipé.
Ça a amené un chamboulement sur Insta, parce que Insta, c'est inspiré de TikTok.
Sur YouTube, qui a amené des formats qu'il y avait sur TikTok.
Et tout ça, je n'aurais jamais pu m'anticiper.
Donc, je vois très bien le truc.
Et en même temps, je me dis pour un...
Nous, à la limite, on n'est que des guillemets,
mais on n'est que 30 dans l'équipe.
Vous, vous êtes un groupe qui est beaucoup plus important.
C'est un peu plus nombreux.
Mais nous, à la différence de toi, déjà...
Ça peut être vertigineux de se dire, en fait...
Mais on produit tellement de genres,
du très cher au pas cher, du plateforme.
Heureusement, on n'a pas...
Ce qui est compliqué, c'est quand tu as toujours le même pied dans le même sabot.
Nous, on a su diversifier et c'est pour ça que d'ailleurs,
on travaille beaucoup à la diversification de nos marques.
Par exemple, j'ai lancé quelque chose qui marche très bien.
C'est les parcs Fort Boyard.
C'est des parcs de 1200 mètres carrés.
Donc, tu vois, c'est des vrais parcs.
Et tu joues en famille à l'aventure Fort Boyard.
Bon, il s'avère qu'on a ouvert déjà 5 sites avec Otyum.
Et on va en ouvrir jusqu'à 13.
Donc, c'est une manière aussi d'utiliser nos marques et de diversifier.
Donc, nous, l'important, c'est de diversifier, de faire des spectacles,
de faire des choses comme ça.
Par exemple, la tournée Starac, c'est 400 000...
475 000 billets, je crois.
Donc, tout ça, voilà.
Donc, on travaille là-dessus.
Et on travaille aussi pour s'émanciper quelquefois de nos diffuseurs,
c'est-à-dire du modèle classique de je te commande un programme,
je te le paye et voilà, et je te l'achète pour éventuellement nous-mêmes
investir sur de la production puisqu'on a les moyens d'investir.
Donc, voilà. Donc, tout ça...
Mais je reste attentive à tous ces mouvements
et je ne vais pas non plus plonger dans des mouvements par angoisse.
Des choses qui changent.
C'est-à-dire qu'il faut tout faire ou de...
Peut-être dernière question et ça terminera peut-être
de terminer avec une forme de recos.
Est-ce qu'il y a une émission,
d'ailleurs, que ce soit de télé, de plateforme ou autre,
que tu aurais aimé produire ?
Oh, il y en a plein.
J'aurais... Moi, j'adore les gros Barnum.
J'aurais adoré produire Ninja Warrior
parce que j'adore l'exploit sportif.
J'adore les grosses structures.
Donc, ça, après...
Je suis fan de...
Je vous l'ai dit, de l'Amour et dans le Pré.
Je n'ai pas dit... Enfin, l'Amour et dans le Pré, je suis fan et de...
Voilà, donc...
Mais est-ce que j'aurais aimé les produire ?
J'aime trop les regarder, peut-être, pour les produire.
Et puis après, il y a des tas de concepts que j'aurais adoré faire.
Il y a ce concept sur la plateforme dont le nom m'échappe, là,
où le but, c'est qu'ils ne s'embrassent pas.
C'est hot...
C'est quoi ?
Hot to Handle.
Voilà, j'adore les coulisses qui parlent.
C'est Hot to Handle.
Ça, ça me fait vraiment marrer.
Je trouve ça hyper drôle.
C'est sorti pendant le confinement, je pense.
Oui, c'est sorti pendant le confinement.
Et donc, le but, c'est des gens qui sont hyper hot
et qui rentrent dans un endroit.
Sauf que le but du jeu, s'ils veulent gagner la cagnotte,
c'est de ne surtout pas se toucher, de s'embrasser, etc.
Je trouve ça hyper drôle.
Pas l'anti-téléréalité, mais c'est un peu dans l'autre sens.
Après, il y a des documentaires.
On a produit pour Netflix Raël sur cette secte,
qui est un documentaire que j'ai adoré chapeauter.
Tout ce qui a très, très bien fonctionné, on a beaucoup parlé.
Voilà, donc je...
Très bien, très bien, très bien.
Merci beaucoup.
C'est moi qui te remercie.
Je crois que je peux partir avec une madeleine.
Oui, franchement, oui.
C'est vrai que tu n'y as pas touché pour toute l'heure.
J'ai pas touché, j'ai pas osé quoi.
Non, si, si, tu peux repartir avec une madeleine.
Je me suis dit, c'est de la déco peut-être ?
Non, non, c'est pas de la déco.
Je pense qu'elle se mange, normalement.
Non, merci beaucoup d'avoir pris le temps d'échanger sur tout ça.
Je pense que c'est intéressant, même pour...
J'en profite pour meubler pendant que tu manges.
Non, je vais manger mon bout de madeleine.
Mais même pour des personnes qui ne regardent pas forcément de télé-réalité
ou qui ne suivent pas tout ça, ou même d'ailleurs qui ont un regard.
Je suis sûr que ce sera le cas dans les commentaires très critiques
sur ces programmes-là, de comprendre ton regard sur tout ça,
de comprendre comment aussi ça évolue au fil du temps,
parce qu'on a vu qu'il y a pas mal d'évolutions.
D'ailleurs, on se nourrit quand même beaucoup, nous, pour le coup.
On regarde les critiques aussi pour faire évoluer les formats,
pour prendre conscience de certaines choses.
Parce qu'il y a des choses qui changent dans le temps, quoi.
Bien sûr, c'est utile de nous écrire tant qu'on est poli.
Merci beaucoup, Alexa, pour ton temps.
Et merci à vous d'avoir suivi cette nouvelle interview.
Je sais pas si vous voulez en découvrir d'autres.
Vous le savez peut-être, on en fait de plus en plus sur cette chaîne YouTube
dédiée au grand format, donc je vous mets des liens en description
et vous en retrouverez directement sur la chaîne.
Rendez-vous aussi sur Instagram pour plus d'actualités.
Ça, je pense que vous le savez. Merci encore.
Merci. Merci à tout le monde. On se dit à très vite.