Musique classique : quand la nouvelle génération veut casser les codes
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19 Vues de vidéo·1 janv. 2025
Et merci d'être avec nous sur TV5, c'est l'heure de votre Grand Angle, un Grand Angle musical et artistique ce soir.
Et pour ce Grand Angle, ce premier Grand Angle de l'année 2025, deux artistes exceptionnels, deux musiciennes qui détonnent et qui apportent un souffle nouveau à la musique classique.
Tout d'abord la violoniste Julie Berthollet, bonsoir Julie Berthollet, et la violoncelliste et chanteuse Nesrine.
Bonsoir Nesrine, je suis ravi de vous recevoir sur le plateau du 64 Minutes, vous êtes des habituées de TV5, j'ai toujours un plaisir de vous accueillir ici.
Alors je le disais, vous faites partie de cette nouvelle génération de musiciens et de musiciennes de talent, vous avez joué toutes les deux sur les scènes du monde entier.
La musique classique, on est d'accord, c'est quelque chose dans laquelle vous êtes tombée dedans quand vous étiez enfant Julie ?
Oui, je suis tombée dedans quand j'avais un an et demi, j'ai vu mon premier concert, un peu moins, et j'ai décidé à je crois deux ans que c'était ce que je voulais en faire ma vie, je voulais en faire toute ma vie.
Et j'ai commencé à quatre ans après le violon avec mon tout petit violon que j'ai cassé d'ailleurs, parce que j'ai trop joué avec, mais après ça a continué,
et puis ma soeur a commencé de jouer, puis on a commencé de faire des duos, donc c'est là que l'aventure a commencé.
Et quelques années plus tard, ça donne ça, Vivaldi au violon par Julie Berthollet, on écoute.
Ça donne toujours des frissons, ce morceau de Vivaldi. Nesrine, à quel moment donné, on se dit je vais en faire mon activité principale, mon métier de la musique classique ?
Je pense que cette question-là n'est jamais arrivée parce que j'ai commencé la vie toute petite comme Julie à l'âge de cinq ans déjà dans ce monde-là, et j'en suis jamais sortie.
Et donc je me suis jamais posé la question, ça a toujours été comme une évidence, comme si on m'avait mis sur ce chemin-là et que je l'avais juste pris et accepté.
Et Nesrine, vous vous jouez également sur les scènes du monde entier avec les plus grands. On va regarder également ce que ça donne lorsque vous êtes sur scène.
Nesrine, vous chantez, on va en reparler dans un petit instant, mais je me tourne pour l'instant du côté de Julie Berthollet.
Julie Berthollet, vous venez de sortir avec votre soeur un coffret qui reprend vos dix ans de carrière.
Alors dedans, vous mélangez tout. Vous mélangez Vivaldi, Bach, Chopin, et on trouve à côté de ces grands classiques les Beatles, Freddie Mercury, Leonard Cohen par exemple.
Pourquoi ? Puisque vous, une de vos spécialités depuis quelques temps maintenant, c'est que vous mélangez tous les styles à la sauce classique.
Oui, c'est ce qu'on fait quand on est sur scène. C'est ce qu'on a fait sur toutes nos précédentes tournées avec Camille, c'est qu'on mélangeait les morceaux qui nous ont fait grandir.
Et à la maison, papa écoutait plus de chansons françaises ou anglaises, finalement plus de classiques.
Donc du coup, ça a été deux sources d'influence et on n'a pas voulu faire de distinction, de hiérarchie entre le classique et les autres styles qui nous ont inspiré quand on était petite.
Et avec cet album dix ans, c'est vraiment une rétrospective de tout ce qu'on a pu faire jusqu'à maintenant et de nos meilleurs moments.
Mais justement, Julie, comment est-ce qu'on aborde par exemple un morceau de rock ou un morceau de pop à la sauce classique ? On réinterprète les partitions ? Comment on s'y prend ?
Ah oui, complètement. Il faut déjà énormément écouter pour vraiment s'imprégner de ce qu'on va faire. Donc on écoute beaucoup, beaucoup de musique.
Et puis après, il y a des morceaux qui marchent ou qui ne marchent pas, je trouve, au violoncelle.
Donc il faut bien choisir pour voir si c'est en plus ou pas de les jouer de manière instrumentale et puis après essayer de faire des arrangements différents avec le piano et puis adapter aux instruments.
Alors en tout cas, il y en a un qui marche très bien. On va en écouter un extrait. C'est une reprise de Alléluia de Leonard Cohen.
J'adore.
Julie Bertolini, une dernière question à propos de ce mélange des genres. Vous avez joué avec chacun, Ponky, Bray, Malouf ou encore Malade.
Comment lorsqu'on est musicienne classique, on joue également avec des rockeurs, avec des slammeurs ? Ce ne doit pas être évident, non ? Au contraire, ça se marie très bien.
Ça se marie très bien parce que c'est des gens qui sont très ouverts d'esprit, peut-être même plus que certaines personnes qui sont plus dans l'élitisme de la musique classique.
Même si je respecte infiniment la musique classique et c'est ce qui m'a fait grandir, bien sûr, je ne crache pas du tout dessus.
Et maintenant, je m'ouvre même à d'autres arts parce que je prépare un livre, je prépare un album de chansons.
Donc je pense qu'avant d'être une musicienne, je me rends compte maintenant que je suis une artiste et du coup, je peux faire plein de choses.
Et justement, peut-être un peu chanter également prochainement ?
Oui, bien sûr. Oui, ce sera un album avec des chansons originales. Je suis en train de travailler dessus en studio.
Donc je suis en plein travail et c'est super excitant et ça fait du bien. Je vais mettre des cordes, bien sûr, dessus.
Bien sûr, la base. Vous pourrez peut-être poser quelques questions à Nesrine puisque Nesrine, son dernier vinyle, ça s'appelle Kamyamakan.
Et là, c'est intéressant parce que vous mêlez vos différentes influences, la musique d'origine algérienne, la musique classique et vous chantez également sur ce nouvel album.
Pourquoi vous avez décidé, en plus d'un instrument à cordes, de vous accompagner avec votre voix, Nesrine ?
Parce que ma voix a toujours été là. C'est celle qui m'a finalement mise sur la voix de la musique.
Quand j'étais toute petite, à l'âge de 5 ans justement, mon institutrice trouvait que je chantais très bien et c'est elle qui était à mes parents.
C'était déjà là et c'est elle qui a dit à mes parents qu'il faudrait qu'elle fasse de la musique.
Donc la voix était là avant. Ensuite, le violoncelle est venu. Ça m'a demandé énormément d'énergie, énormément de travail.
Donc j'avais mis la voix un peu de côté. Et puis voilà, cet album-là, c'est mon deuxième album solo.
J'ai commencé à écrire, j'ai commencé à composer, qui est aussi une autre voix justement.
Et puis j'ai mis toutes ces choses-là ensemble. Le violoncelle, le chant. Le violoncelle se rapproche énormément de la voix, bien entendu, comme instrument.
Ça s'accompagne bien les deux.
Ça marche bien ensemble.
On écoute un extrait ?
Oui.
Justement, Kanyamakan, le morceau éponyme. On en reparle juste après.
Oui, tout à fait.
Julie Berthelé, je vous voyais très attentive.
Oui, je voulais savoir ce que ça voulait dire, Kanyamakan.
Kanyamakan, ça veut dire « Il était une fois ». C'est à partir de là que démarrent toutes les belles histoires, toutes les inventions, tous les imaginaires, comme dans les contes.
Et puis comme chez nous, je dirais, dans le monde arabe, il y a eu immensément cette culture du conte. C'est un peu ce que j'essaie de reproduire là.
Quel regard portent les autres musiciens classiques ou musiciennes classiques sur vos travaux ?
Est-ce que, comme vous le disiez tout à l'heure, c'est toujours élitiste ou ils sont contents, les autres artistes, que vous ouvriez à d'autres chants ?
Ça dépend lesquels.
Il y a des critiques ?
Alors, bien sûr, il y a toujours des critiques, mais on a appris depuis qu'on est petite à prendre les critiques constructives.
C'est-à-dire, si on me dit « Ah, moi, j'aurais pu s'interpréter ça comme ça ou comme ça, ou moi, je devrais bien jouer ça, ce répertoire peut-être moins », là, c'est des choses que je peux tout à fait entendre.
Si on me dit « Non, tu as totalement tort d'ouvrir la musique classique à tout le monde, c'est pas fait pour tout le monde, il faut avoir appris l'histoire de la musique avant d'écouter de la musique »,
là, je ne suis pas d'accord parce que je pense qu'on peut commencer à s'intéresser à la musique en commençant par n'importe quel embout de la musique.
Et puis, il faut l'ouvrir aux jeunes pour qu'elles puissent continuer à vivre cette musique.
D'ailleurs, Julie Berthelot, vous me dites souvent, quand on en parle, qu'en concert, vous avez toutes les générations dans votre public.
Oui, c'est ça qui est trop mignon, c'est qu'on a des familles.
Quelle chance !
Des fois, c'est les petits qui amènent leurs parents.
Et c'est le fait d'avoir ouvert justement à d'autres morceaux des reprises, vous pensez, qui a permis de démocratiser un petit peu cette musique ?
Je pense que ça a pu enlever la peur que certaines personnes peuvent avoir en allant à un concert classique.
Parce que quand on n'est jamais allé, on se dit, je ne sais pas, quand est-ce que je vais devoir applaudir ?
Est-ce que je dois rester assis tout le long ? Est-ce que je ne dois pas faire de bruit, etc.
Et puis souvent, les musiciens sont en grande robe noire, costume.
Tout ça est très sérieux, c'est une musique très sérieuse.
Mais je pense qu'on peut garder le sérieux et puis la technique vraiment précise de cette musique, mais en la rendant accessible à tout le monde.
Et que les gens n'aient pas peur d'aller écouter du classique.
Ils puissent avoir une petite porte d'entrée où ils viennent, ils écoutent une chanson qu'ils connaissent.
Puis après, ils écoutent un morceau de classique qu'ils ne connaissent pas.
Et du coup, ça les amène à peut-être, quand ils rentrent chez eux, à aller écouter du classique.
Et c'est effectivement ça, et c'est une très très belle mission.
Julie Nesrin, j'imagine que c'est l'un de vos endroits préférés à Paris, dont on va parler maintenant.
L'Opéra Garnier, vous y avez joué déjà, l'Opéra Garnier ?
Non.
Jamais, Nesrin ?
Non plus.
L'Opéra Garnier, vous le savez, fête ses 150 ans cette année.
Il a vu passer les plus grandes voix et les plus grands danseurs du monde.
Et pour célébrer cet anniversaire, on vous emmène dans les coulisses de cet écran exceptionnel classé Monument historique en 1923.
Visite guidée, signée Pascal Achard.
Sa façade, opulente, en fait l'un des joyaux de la capitale française.
L'oeuvre de Charles Garnier, érigée il y a 150 ans, marque à l'époque un contre-pied face à l'architecture rigoureuse du célèbre baron Haussmann.
Garnier et Haussmann ne s'entendaient pas, ils ont eu plusieurs accrochages ensemble.
D'ailleurs Haussmann avait finalement réalisé sur l'Avenue de l'Opéra et dans les alentours des bâtiments un petit peu plus hauts que prévu.
Et donc Garnier s'était mis en colère et il a dû rajouter quelques mètres à sa façade.
Un chef-d'oeuvre commandé par l'empereur Napoléon III.
Après 14 ans de travaux et 36 millions de francs or, 329 millions d'euros aujourd'hui, l'Opéra Garnier est enfin inauguré en grande pompe le 5 janvier 1875.
Un majestueux monument qui accroche le regard à l'extérieur comme à l'intérieur.
Du vaste vestibule en passant par le grand foyer jusque dans les loges, la visite est un véritable voyage dans le temps.
C'est très beau, c'est très cosy d'attester à l'atmosphère d'une loge.
Vous voyez la soie avec le motif qui a été repris exactement le motif que désirait Charles Garnier pour les loges au niveau du plafond, des murs.
Et puis regardez les fauteuils, la finition des fauteuils que l'on retrouve bien sûr assortis aux fauteuils d'orchestre.
A l'ouverture en 1875, le Palais Garnier est le plus grand opéra du monde.
Au lamin, il a exposé tous les chiffres, plus de 11 000 m2 au niveau de l'emprise au sol, 173 m de long, 125 m de large.
Et pour vous donner une idée de la taille de la scène, le bâtiment de la Comédie Française, toute la Comédie Française rentre sur la scène du Palais Garnier.
Dans cette salle, on ne peut pas passer sans parler de la fameuse peinture de Marc Chagall qui est au plafond de la salle depuis 60 ans.
L'oeuvre, voulue par l'écrivain André Malraux, ministre des Affaires culturelles à l'époque, rend hommage à des compositeurs d'opéra et de ballet.
Un palais qui inspire un grand nombre d'artistes. Degas peindra les petits rats de l'opéra.
Plus tard, Maurice Ravel y écrira sa plus fameuse partition, le Boléro.
Au sous-sol, le monument conserve encore des secrets bien gardés.
Une ancienne salle des machines pour lever ou descendre rideaux étoiles en trompe-l'œil remplacées depuis par des moteurs électriques.
Un abri aussi, ayant servi de refuge aux gens du quartier pendant la seconde guerre mondiale.
Mais également, à une dizaine de mètres sous la scène, une cuve réservoir en cas d'incendie.
Charles Garnier connaissait parfaitement l'histoire de l'opéra en France, en Europe, mais surtout à Paris.
Il savait que le feu était le principal ennemi des salles de spectacle puisqu'on avait perdu énormément d'opéra et de théâtre avant la construction de l'Opéra Garnier.
Donc cette eau, on pourrait, en cas d'incendie, y placer une pompe à eau pour pouvoir l'utiliser.
Un opéra classé depuis un siècle monument historique qui reste à ce jour l'un des trésors parisiens les plus visités.
Quel écrin, Julie Bertollet, vous aimeriez y jouer ?
Oui, parce que je pense à tous les artistes incroyables qui ont foulé ces planches et du coup, je pense que je serais très stressée si je devais y jouer.
Mais ça et le théâtre du Châtelet, c'est mes deux rêves à Paris.
Il y a un autre endroit dans le monde qui vous fait rêver ?
Le Carnegie Hall, bien sûr.
Evidemment, ça me fait rêver depuis que je suis toute petite, mais aussi jouer dans un stade, faire un concert une fois dans un stade, ça j'adorerais.
Démocratiser vraiment à fond et avoir un énorme public et puis interagir avec beaucoup de gens.
Je pense que c'est vraiment différent des concerts intimistes qu'on peut faire plus souvent.
Julie Bertollet, une dernière petite question, on vous la pose souvent, mais j'imagine que si vous pouviez jouer avec un musicien mort ou encore vivant sur un morceau, qui serait-il ?
Moi, ce serait soit Pomme, soit Aurora et deux chanteuses que j'aime beaucoup.
Ah non, mon rêve absolu, Camélia Jordana, j'adore sa voix.
Je pense que ça pourrait être possible avec Camélia Jordana.
On espère.
Le message est passé en tout cas.
Julie Bertollet, je rappelle que vous avez sorti un album qui s'appelle 10 ans avec votre soeur Camille Bertollet qui reprend vos tout meilleurs morceaux de ces dix dernières années.
Puis Néthrine qui a sorti également un nouvel album qui s'appelle Kanyamakan, le nouvel album de Néthrine.
Néthrine, c'est à vous, on va l'écouter en live pour un petit morceau rien que pour nous.
Allez-y Néthrine, vous allez nous jouer quoi ?
Je vais vous interpréter un oeuvre de mon dernier album qui s'appelle Fear.
Et c'est un poème de Khalil Gibran que j'ai mis en musique.
Le plateau est à vous.
Merci.
C'est un poème de Khalil Gibran qui s'appelle Fear.
Le river doit prendre le risque d'entrer dans l'océan.
Parce qu'il n'y a qu'eux qui vont disparaître.
Parce que c'est là que le river va s'échapper.
Ce n'est pas à propos de disparaître dans l'océan, non.
Mais je deviens l'océan.
Il n'y a pas, il n'y a pas.
Personne ne peut repartir, personne ne peut repartir.
Personne ne peut repartir, non, non, non, personne.
Bravo Néthrine.
Quel beau moment, quel beau morceau.
Merci beaucoup pour cette très belle intervention.
Merci beaucoup.
