Les contes de Roukiata [E2] - M’ba katré la hyène et M’ba Soamba le lièvre • RFI

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Ici, Rukyata Ouedraogo, la conteuse.
Êtes-vous bien installés, enfants, parents,
pour écouter le conte que je vais vous raconter aujourd'hui ?
Mbakatre, la hyène, et Mbaswamba, le lièvre.
Mbakatre
Il y a bien longtemps de ceux-là
vivaient dans un village de amis de longue date.
Une hyène nommée Mbakatre
et un lièvre qui s'appelait Mbaswamba.
Ils partageaient le même champ,
labouraient, sémaient et récoltaient ensemble.
C'était un vrai bonheur de les entendre chanter
pendant leur labeur.
Mais il advint qu'après de nombreuses années de pluie abondante,
la sécheresse vint frapper le village.
Ce fut une sécheresse terrible.
Pendant de longs mois,
le ciel resta sourd à la détresse des plantes,
aux lamentations des animaux
et aux prières des hommes.
Le marigo était sec et les greniers se vidaient.
Bientôt, la nourriture vint à manquer.
Que faire contre un soleil implacable ?
Nos deux amis se creusèrent la tête de longues heures
à la recherche de solutions
pour épargner la famine à leur famille.
Et ce fut Mbaswamba le lièvre
qui eut une idée le premier.
Écoute, soit nous quittons le village avec nos familles
et nous partons sur les routes
à la recherche des cieux plus cléments.
Oh, je n'aime pas beaucoup ça !
L'interrompi Mbakatre la hyène
qui se voyait déjà sur les routes,
écrasé par le soleil,
portant sur son dos ses enfants
et tout le mobilier de la maison
que sa femme ne voudrait jamais abandonner.
Soit, repris Mbaswamba,
nous partons chacun de notre côté,
toi à l'est et moi à l'ouest,
à la recherche de nourriture pour nos familles.
Ah ça, tu as bien parlé mon ami !
Partons dès demain et retrouvons-nous dans trois jours.
À ce stade de notre histoire,
vous devez savoir que Mbakatre la hyène
est la paresse incarnée.
Il veut bien travailler,
mais à condition de ne rien faire.
Je disais tantôt que Mbakatre et Mbaswamba
travaillaient et chantaient ensemble.
Mais quelle honte fout droit celui qui dira le contraire.
C'était surtout Mbakatre qui chantait
et Mbaswamba qui labourait.
Ainsi, tandis que son ami saluait sa famille
et prenait le chemin de l'ouest,
Mbakatre la hyène se cala confortablement
au fond de sa case pour dormir,
sa femme et ses enfants protestèrent en vain.
Mais Mbakatre était bien décidé
à laisser son ami rechercher de la nourriture tout seul.
Il savait bien que Mbaswamba était bien plus malin
et plus généreux que lui.
Le lièvre ne tarderait pas à trouver quelque chose à manger
et à partager sa trouvaille avec lui.
Et effectivement, il ne fallut que deux jours à Mbaswamba
pour revenir au village avec un grand sac
rempli de délicieuses galettes.
Il fut accueilli avec joie par sa femme et ses enfants.
Mais se souciant de la famille de son ami comme de la sienne,
Mbaswamba demanda à son épouse
de remplir de galettes une grande calébasse
et d'aller la remettre à la famille de Mbakatre la hyène.
De retour, la femme de Mbaswamba informa son mari
que Mbakatre était aussi rentré chez lui
et qu'il dormait.
Mais la nuit suivante, Mbakatre ne dormit pas.
Il énerva sa femme à se tourner
et à se retourner dans le lit toute la nuit.
Mais diable !
Pourquoi tu donc as gigoté comme ça
comme si tu avais mangé des fourmis là ?
Je me demande où Mbaswamba le lièvre
a pu trouver toutes ces galettes là.
Si toi aussi tu étais parti à la recherche de nourriture
au lieu de rester ici pour dormir là,
tu aurais certainement ta réponse.
Stupide femme !
Tu ne sais pas que c'est en dormant qu'on réfléchit le mieux non ?
Le lendemain matin très tôt,
Mbakatre la hyène alla voir son ami.
Bonjour mon ami !
Merci beaucoup pour les galettes.
Toute la famille s'en est repue
jusqu'à la dernière miette.
Je suis content.
Et toi, qu'as-tu ramené ?
Pas grand chose mon cher ami.
Même pas un petit grain de riz à se mettre sous la dent.
Mais dis-moi,
où as-tu trouvé tes galettes là ?
A un jour de marche d'ici,
il y a un arbre miraculeux sur lequel poussent des galettes.
Reviens me voir demain matin
et je t'y conduirai.
Cette nuit-là non plus,
Mbakatre n'arrivait pas à trouver le sommeil.
A trois heures du matin,
Mbakatre finit par aller frapper à la porte de son ami Mbassouamba le lièvre.
Qui est là ?
demanda Mbassouamba encore endormi.
C'est moi Mbakatre.
Je suis prêt à aller chercher les galettes là.
Mais Mbakatre,
ce n'est pas encore le matin.
Reviens me voir quand l'âne va brer.
De mauvaise grâce,
Mbakatre retourna se coucher.
Mais le sommeil ne venait toujours pas.
Soudé,
il eut une idée géniale.
Il se leva et fila jusqu'à l'enclos des ânes.
Il les chicota et les bouscula
si bien que les bêtes énervées se mirent après.
Mbakatre courit tout droit
chez son ami Mbassouamba le lièvre.
Qui est là ?
demanda Mbassouamba le lièvre.
C'est moi Mbakatre.
Les ânes sont en train de brer.
Viens, on y va.
Mais Mbakatre,
ce n'est pas encore le matin.
Va te coucher et reviens me voir
quand le coq aura chanté.
Mbakatre la hyène retourna chez lui
tout en marmonnant dans sa barbe.
Mais pour qui il se prend ce Mbassouamba là même ?
C'est quel genre de lièvre qui peut dormir
pendant que son ami meurt de faim ?
Sans même passer par chez lui,
Mbakatre fila dans le poulailler
avec un grand bâton.
Il s'agita et tapa si bien dans tous les coins
que le coq effrayé se mirent à chanter comme des fous.
De nouveau, Mbakatre la hyène
courit chez Mbassouamba le lièvre.
Qui est là encore ?
demanda Mbassouamba agacé.
C'est moi mon ami.
Les coqs ont chanté.
On y va.
Mais Mbakatre,
il ne fait pas encore jour.
Reviens me voir quand la vieille dame aura toussé.
Mbassouamba le lièvre avant de retourner se coucher auprès de sa femme.
Cette fois-ci, Mbakatre était vraiment énervé.
Il retourna chez lui
et prit dans la cuisine de sa femme
une bonne poignée de piments pilés.
Puis, il se dirigea vers la case de la vieille dame.
Arrivé devant la fenêtre de sa chambre,
il souffla très fort sur le piment.
La pauvre vieille se mit à tousser,
tousser au point d'être obligée de sortir de chez elle.
Mais elle ne vit pas Mbakatre
qui était déjà devant la porte de Mbassouamba.
Cococo !
Oui, c'est bon Mbakatre.
J'ai entendu la vieille dame tousser.
On y va.
Nos deux amis marchèrent de longues heures
avant d'atteindre l'arbre à galettes.
Plus ils s'approchaient,
et plus Mbakatre salivait.
Mbakatre,
inutile de grimper sur l'arbre.
Explique Mbassouamba.
Pour cueillir les galettes, tu dois juste dire
« Galettes tombent, je vais te ramasser. »
C'est tout ?
Oui, c'est tout.
Elles tombent et tu les ramasses.
Mais attention,
tu ne dois jamais demander à la cheffe des galettes de tomber.
C'est très important.
Regarde,
la cheffe c'est celle qui est la plus grosse.
Elle est accrochée à la plus haute branche de l'arbre.
Bien sûr, bien sûr.
Répondit Mbakatre,
tout en se disant à lui-même,
« Cheffe des galettes, je m'occuperai de toi plus tard. »
La récolte commença.
« Galettes tombent, je vais te ramasser. »
Ils remplirent rapidement l'herbeuse
et retournèrent au village nourrir leurs familles.
C'est ainsi que Mbakatre la hyène
et Mbaswamba le lièvre
purent enfin dire adieu à la famine.
Mais la vie n'est-elle pas ainsi faite
que dès qu'un problème disparaît,
un autre apparaît.
Mbakatre se mit à penser jour et nuit
à la cheffe des galettes.
Cette galette-là doit être tellement bonne.
Il se mit à y penser le jour
et à en rêver la nuit.
C'était devenu une obsession.
Arriva donc ce qui devait arriver.
Un jour, alors qu'ils avaient fait une bonne récolte
et que leur sac était bien rempli,
Mbaswamba dit,
« Rentrons, mon ami, avant que la nuit ne tombe. »
« Oh, par devant, par devant ! »
répondit Mbakatre la hyène.
« Je rentrerai plus tard, je veux me reposer un peu. »
Dès que la silhouette de Mbaswamba disparut au loin,
Mbakatre sortit de son vêtement
un énorme sac.
« Que toutes les galettes tombent
pour que je les ramasse ! »
cria Mbaswamba.
Et toutes les galettes tombèrent d'un coup,
sauf la cheffe des galettes.
« Cheffe des galettes, tombe pour que je te ramasse ! »
insista Mbakatre.
Mais la cheffe des galettes ne tomba pas.
Elle répéta son ordre plusieurs fois,
mais en vain.
Très agacée,
Mbakatre la hyène ne grimpa dans l'arbre
pour aller l'accueillir lui-même.
Mais dès qu'il arriva sur la branche,
la cheffe des galettes se laissa tomber au sol.
Mbakatre est descendu donc pour la ramasser.
Mais avant qu'il n'ait pu mettre la main dessus,
la cheffe des galettes remonta sur sa branche.
« Ah, tu veux jouer à la maligne avec moi ?
D'accord, que tu le veuilles ou non,
tu finiras dans mon estomac ! »
Mais Mbakatre ne grimpa de nouveau dans l'arbre.
Dès qu'il voulut l'attraper en haut,
la cheffe des galettes était en bas.
Et dès qu'il voulut l'attraper en bas,
elle était déjà de retour en haut de l'arbre.
Soudain, Mbakatre eut une idée.
Il remonta en haut de l'arbre
et comme prévu,
la galette se laissa tomber au sol.
Mais au lieu de l'imiter,
cette fois-ci Mbakatre mit la main dans sa bouche,
l'enfonça profondément dans son oesophage
et en ressortit son estomac
qui l'accrocha à la plus haute branche.
« Dès que la cheffe des galettes monte, avale-la ! »
ordonna-t-il à son estomac.
Mais au moment où Mbakatre mit le pied au sol,
un grand épervier arrivait à piquer sur l'estomac,
l'attrapa entre ses serres
et l'emporta avec lui pour aller nourrir sa famine.
Comme je vous le disais,
c'était la famine dans tout le pays.
Tu as voulu prendre plus que ce dont tu avais besoin,
lui dit la cheffe des galettes.
Et maintenant te voilà sans estomac,
assis sur une montagne de galettes
que tu ne pourras même pas manger.
Tu as eu les yeux plus gros que le ventre,
maintenant tu n'as même plus de ventre
et il ne te reste plus que tes yeux pour pleurer.
Ici Rukyata Ouedraogo la conteuse.
C'est là que je dépose ce conte
et c'est là que ce conte m'abandonne.
