Témoin de Notre-Dame : "Le sens de ma mission partait en fumée"

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3 Vues de vidéo·10 déc. 2024
Hubert Gossot, responsable des relations testateurs et legs du diocèse de Paris, a vécu l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris à quelques mètres de distance, dans son bureau situé juste à côté de l'édifice, au 6e étage. Il raconte ses souvenirs de ce soir du 15 avril 2019 qui l'ont profondément marqué ainsi que son attachement à la cathédrale. A l'occasion de la réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris, retrouvez le témoignage de plusieurs "témoins de Notre-Dame". En partenariat avec la Fondation Notre-Dame.
C'était une journée du 15 avril 2019.
C'était une journée comme les autres.
En particulier, c'était assez beau.
Tout allait bien.
Il était 6h30.
J'étais au téléphone avec une personne
qui me demandait des renseignements.
Et tout d'un coup, je vois passer dans le ciel.
Ce qui n'était pas un nuage,
mais évidemment de la fumée.
En regardant un peu, je voyais
que ça ne sortait pas du tout de la rue,
mais ça sortait du toit de la cathédrale,
de façon indécise.
Donc j'ai interrompu ma conversation,
j'ai ouvert la fenêtre, je suis rentré sur le balcon.
Et là, je me suis retrouvé tout seul face à
la flèche qui, il faut le savoir,
il faut s'en souvenir, était en plein travaux.
Il y avait juste autour de cet échafaudage
un grand panache de fumée blanche
qui commençait à sortir pile au niveau de la base.
La première idée qui m'est venue,
c'était de se dire, c'est foutu.
C'était assez hypnotique.
J'ai pris quelques images,
mais j'étais un peu tétanisé.
J'ai vu les premiers camions de pompiers
arriver aux rues du Cloâtre.
Et j'étais à la fois triste et fasciné.
J'ai dû descendre de mon propre chef
du bureau où j'étais et du balcon.
J'ai fermé ma fenêtre,
fermé mes volets pour protéger en me disant
si les vitres explosent,
au moins ça protégera mon bureau.
J'ai emmené mon ordinateur,
quelques papiers importants.
Le truc était un peu un affolement.
Il y avait une sorte de grand silence
parmi les personnes qui regardaient ce feu.
Cette émotion revient quand je raconte ce feu
parce que je suis salarié du diocèse,
je travaille pour l'église de Paris,
je travaille pour la cathédrale.
C'est mon envie de rendement professionnel.
Tous les jours, je suis dans ce bureau
voyant cette cathédrale.
Il m'arrive souvent quand j'étais au téléphone
de devoir fermer les fenêtres
parce qu'on ne m'entendait pas.
Quand le carillon de Notre-Dame sonne,
ce n'est pas juste une sonnette d'immeuble.
J'avais un lien de chair avec cet événement-là
qui est un vaisseau qui représente l'église de Paris.
Moi, modestement, dans ma petite action,
je soutiens cette église, je travaille pour.
Je vais souvent à des offices.
Ce n'est plus qu'un événement de quartier.
C'est tout le sens de ma mission auprès de l'église
qui partait en fumée.
Cette cathédrale, je dis souvent,
elle est éblouissante.
Elle a été financée par des mécènes, forcément.
Certains ont donné de leur talent,
des tailleurs de pierres, des architectes,
des couvreurs, des charpentiers, des artisans.
Certains ont donné de l'argent.
Certains donnent une pierre,
un morceau de transept, un arc-en-bouton,
ce qu'on veut, ce qu'on peut.
Une pierre, ça n'a pas de sens,
mais un milliard de pierres, ça fait une cathédrale.
Pour pouvoir construire cette cathédrale,
les testateurs, modestement,
participent aussi à cela.
Si aujourd'hui, 900 ans plus tard,
on a toujours une cathédrale,
c'est parce que chacun a participé à la construction,
à l'entretien, et que mes testateurs,
aussi modestes soient-ils,
participent à ce chemin.
Aujourd'hui, je suis heureux de pouvoir,
en cette fin 2024,
savoir que mes testateurs,
je les appelle mes protégés
puisque je les accompagne chaque année
pour qu'ils puissent vivre sereinement
leur fin de vie,
au-delà des volontés qu'ils ont déposées,
savoir que la cathédrale va redémarrer,
va les accueillir.
L'essentiel, c'est que pour eux comme pour nous,
les offices, les messes, les célébrations
puissent reprendre,
que la vie religieuse,
notre vie de chrétien,
de catholique,
puisse reprendre dans cette église,
et c'est ça l'essentiel.
