📏 Extrait de mon entretien sur la chaîne YouTube "Biomécanique" au cours duquel nous avons parlé de mon rapport à la vulgarisation, de la liberté d'expression, de la censure, du conditionnement, et de plein d'autres choses.
Titulaire d'un master en philosophie, Charles Robin a été professeur particulier pendant plus de dix ans. En 2018, il a créé la chaîne "Le Précepteur" pour partager sa passion pour la philosophie.
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🎨 CRÉDITS :
🎼 Musique de fin - Charles Robin / Le Rapporteur - "Experience"
Cette capsule est un extrait de l'entretien que j'ai réalisé sur la chaîne Biomechanik,
dans lequel nous avons abordé de nombreux sujets.
Mon rapport à la vulgarisation, mon avis sur la liberté d'expression,
sur la censure ou encore sur le conditionnement.
Pour ceux que ça intéresse, n'hésitez pas à aller écouter l'entretien dans son intégralité,
c'est sur la chaîne Biomechanik, le lien est dans la description.
La question que tu posais c'était,
est-ce que le savoir qu'on transmet,
est-ce qu'il est mis au service de la nuance et de la subtilité ?
Pas toujours.
Personnellement, j'ai l'impression qu'on va chercher dans la connaissance,
dans la culture,
on va moins chercher des éléments de réflexion
pour nous aider à mieux appréhender le monde
ou à mieux affiner notre compréhension du monde.
On y va moins pour ces raisons-là
que pour trouver matière
à justifier ou à soutenir
la vision du monde qu'on a déjà.
Je m'explique.
Quand tu regardes la plupart des chaînes de vulgarisation,
que tu vas voir les statistiques,
que tu consultes,
tu fais des sondages pour savoir qui regarde ce genre de contenu,
tu t'aperçois que ce sont des gens qui ont déjà des connaissances
sur le contenu qu'ils consomment.
Comme si finalement le vulgarisateur, malgré lui,
s'adressait à des gens qui savaient déjà,
sous-entendu qui étaient déjà d'accord avec lui.
Maintenant, si tu transposes ça à ceux qui font du contenu politique,
tu vas retrouver ça, j'allais dire, x10,
parce qu'on va surtout et souvent consulter le contenu
avec lequel on est d'accord.
Ce qui est évidemment le contraire de l'exercice de la pensée
puisque la pensée ne progresse que dans la confrontation à l'altérité,
c'est-à-dire que dans la confrontation à ce qui n'est pas elle.
Tu le sais en tant que sportif,
le sportif va aller chercher la contrainte au sens physique du terme.
Il va chercher à contrarier son muscle pour que le muscle se développe.
Eh bien, la pensée fonctionne de la même façon.
La pensée, pour se développer, pour croître,
pour élargir son champ d'appréhension,
elle a besoin d'être confrontée à ce qui n'est pas elle,
c'est-à-dire à des idées contradictoires.
Et on ne progresse jamais autant dans la compréhension du monde
et dans l'éclairage de la réalité
qu'en allant écouter ceux qui disent des choses avec lesquelles on n'est pas d'accord.
L'ennui, c'est que ça, pour beaucoup de gens,
et j'avoue que là-dessus, je suis peut-être un petit peu bizarre,
mais j'ai toujours eu du mal à le comprendre,
pour beaucoup de gens, ça, c'est un exercice très désagréable,
d'écouter des gens avec lesquels ils ne sont pas d'accord.
C'est-à-dire, sur le plan même nerveux,
ils n'arrivent pas à se contenir,
ils changent de chaîne parce que ce qu'ils entendent,
leur hérisse le poil.
Je sais que depuis que je suis petit,
j'adore entendre des idées avec lesquelles je ne suis pas d'accord,
ne serait-ce que pour mieux les comprendre et mieux les combattre.
Alors aujourd'hui, je suis sorti de ça,
c'est-à-dire que je n'ai plus du tout une approche militante des idées.
C'est pour ça que je me fais souvent taxer de relativisme.
C'est pas ça, le relativisme.
Le relativisme, c'est de dire qu'une chose peut être à la fois vraie et fausse
et que donc, il n'y a pas de vérité.
Moi, je ne suis pas relativiste, je suis contextualiste,
je suis perspectiviste.
C'est-à-dire que je pense que tout ce que dit quelqu'un
a du sens dans le contexte à l'intérieur duquel il l'exprime.
Tout ce que dit quelqu'un a du sens à l'intérieur de son paradigme.
Et moi, je suis pour comprendre ce paradigme
et non pas pour le rejeter au motif qu'il me déplaît
ou qu'il contredit ce que je pense.
Et j'ai l'impression qu'il n'y a pas d'autre voie d'accès
ou en tout cas de rapprochement à la vérité
que de passer par ce biais-là.
Je ne suis pas un idéaliste platonicien
qui pense que la vérité est hors du monde matériel et physique.
Pour moi, la vérité, elle jaillit de l'interaction,
elle jaillit de la confrontation des idées.
Donc c'est quelque chose de très concret.
Ça passe par la discussion, ça passe aussi par la mise à l'épreuve
de ce qu'on pense par rapport à la réalité.
Tu as des gens, par exemple, qui vont croire quelque chose,
ils ont une vision du monde.
Et la réalité aura beau leur donner tort jour après jour,
ils vont continuer à s'accrocher à cette opinion, à cette croyance
parce qu'ils auront assimilé leur identité à cette croyance.
On en est tous un peu là.
Tu sais, tu as beaucoup de gens qui aiment bien dire
« Moi, je suis comme ça. Je ne peux pas me refaire, je suis comme ça. »
Cette idée toujours d'indivisibilité entre ce qu'on est et ce qu'on pense.
Et quand on y réfléchit, c'est dramatique de penser comme ça
parce que ça veut dire que c'est s'interdire de changer d'avis,
c'est s'interdire d'évoluer, c'est s'interdire de gagner en maturité
au niveau de sa pensée, au niveau de sa réflexion.
Et ce n'est pas un hasard si c'est surtout le contenu politique sur YouTube
qui attire les gens qui sont déjà d'accord avec nous
parce que la politique, c'est le lieu du dogmatisme,
c'est le lieu du sectarisme par essence.
Pourquoi ? Parce que le projet du militant politique,
ce n'est pas de faire évoluer sa pensée,
c'est de convertir les autres à sa pensée.
Donc si le militant se met à douter,
si le militant se met à exprimer un avis contraire
à la ligne qu'il est supposé défendre,
quelque part, c'est un suicide social et même psychologique.
C'est-à-dire qu'il ne sait plus qui il est.
C'est pour ça qu'il y en a qui se font traiter de confus.
Confus, dans la bouche d'un militant, ça veut dire
tu t'autorises à avoir une position nuancée sur un sujet.
Tu t'autorises à dévier de la ligne que tu es censé défendre.
Pour eux, ça c'est de la confusion.
Alors qu'en fait, le confus répondra non.
J'essaye simplement d'entendre ce qu'il peut y avoir de vrai ou de pertinent
dans un camp mais aussi dans un autre.
Parce que la vérité, elle ne se donne jamais à un seul camp.
La vérité, elle se donne toujours de manière morcelée,
de manière éparpillée.
Et le travail du philosophe ou de l'aspirant philosophe,
c'est d'aller ramasser tous les petits morceaux de vérité
pour les rassembler et pour les réconcilier entre eux.
Donc les gens comme moi, c'est-à-dire les gens qui essayent
de donner de la matière à réflexion
en allant prendre dans tous les camps, dans toutes les pensées,
dans tous les courants, on appelle ça l'éclectisme en philosophie,
ça existe, c'est pas nouveau, ça date de l'école d'Alexandrie.
Et l'éclectisme, c'est de dire que toutes les pensées
ne sont pas conciliables entre elles.
En revanche, dans toutes sinon dans la plupart des pensées,
on peut trouver des éléments qui ont l'air hétérogène
ou qui ont l'air contradictoire à première vue
mais qu'on peut rassembler pour former une totalité cohérente.
Et cette totalité cohérente, elle est indépendante
de tout intérêt partisan, de tout intérêt de camp.
Tu comprends ce que je veux dire ?
Le sectarisme me semble être le pire piège pour la pensée.
Parce que c'est s'interdire et c'est se priver volontairement,
donc c'est pour moi une forme de servitude volontaire,
c'est se priver volontairement d'éléments de compréhension
sous prétexte qu'ils ne font pas partie de notre camp.
Mais j'ai pourtant entendu à ton encontre des critiques
comme quoi tu faisais partie du côté des mauvais.
Parce que dans le choix de tes contenus, dans le choix de tes épisodes,
des philosophes que tu veux représenter,
on sentait une pointe d'idéologie que tu essayais d'infuser dans tes contenus.
Ça je l'ai entendu, j'essaie de t'écouter,
je te trouve très intéressant, je te trouve toujours très neutre,
en tout cas tu essayes de faire vraiment ce travail de neutralité.
Alors plus que neutre, je dirais mesuré.
Je me permets de le préciser parce que neutre,
ça pourrait donner l'impression que je n'ai pas d'affect,
que je n'ai pas de biais ou que je n'ai pas d'opinion.
Ce qui évidemment n'est pas le cas,
puisque tout être humain a des biais et des opinions.
Mais en tout cas, d'essayer d'être mesuré quand je dis quelque chose,
de ne pas le dire simplement pour satisfaire une part de marché,
mais parce que je crois sincèrement et honnêtement que c'est vrai
ou que ça comporte du vrai.
C'est pour ça que sur ma chaîne, je peux faire 4 épisodes d'affilé
sur un anarchiste, un socialiste, un existentialiste
ou tout ce qu'on veut qui est traditionnellement rattaché à la gauche.
Même si en réalité c'est beaucoup plus compliqué que ça.
Sans avoir de complexe de qu'est-ce qu'on va en dire,
qu'est-ce qu'on va en penser.
Mais c'est vrai que pour certaines personnes,
et là je vais répondre plus directement à ta question,
le fait de traiter de certains auteurs,
c'est déjà émettre une opinion à propos de ces auteurs.
Sauf que malheureusement, là où ça peut difficilement fonctionner sur moi,
c'est que si le fait de parler, je ne sais pas de qui je pourrais prendre l'exemple,
mais on va dire de Nietzsche par exemple,
qui est souvent rattaché comme une figure de droite
ou récupérée par une certaine droite.
S'il parlait de Nietzsche, s'il parlait des libéraux,
des auteurs libéraux comme...
Alors Jeremy Bentham c'est pareil,
parce que c'est là en fait où ce genre de question
ne peut que m'amener à montrer qu'il y a une incompréhension
de ceux qui me font ce reproche.
On va dire oui tu parles de l'utilitarisme,
donc ton épisode sur Bentham et l'égoïsme,
donc ça veut dire que tu es d'accord avec Bentham
et que tu es d'accord pour dire que l'être humain est égoïste,
donc quelque part tu justifies l'individualisme, le capitalisme, etc.
Je dis non, cette pensée existe,
elle a une influence dans le monde, j'en parle.
Oui voilà, c'est pas parce que ça existe et que c'est là
que tu le valides nécessairement d'ailleurs.
Ben ça serait compliqué parce que
si je parle à la fois de Bentham et de Kant,
de Platon et d'Aristote, de Spinoza et de Descartes,
et tu peux appliquer ça à tous les couples
de visions du monde différentes,
mon seul devoir c'est de parler de tout,
d'un maximum en tout cas,
de représentants de tel ou tel courant de pensée.
Donc pour certaines personnes,
le fait de donner du crédit à certains discours,
le fait de prendre au sérieux,
ah ben tiens, l'exemple est tout donné,
Frédéric Delavier, je l'ai reçu sur ma chaîne,
on a fait deux entretiens,
eh bien si je donne la parole à Frédéric Delavier,
ça veut dire qu'à travers ça,
je cherche à diffuser les idées de Frédéric Delavier.
Je reçois les mêmes critiques 100% du temps.
Parce que tu t'autorises,
et je pense que c'est aussi ça le travail de l'esprit libre,
c'est de s'autoriser lui-même,
c'est pas d'attendre une autorisation,
c'est de s'autoriser de donner la parole
à des personnes, des personnalités
dont on estime qu'ils sont intéressants,
qu'ils ont un regard intéressant
et qu'ils peuvent nous apporter quelque chose
dans notre compréhension du monde.
Moi, si demain je lis Jordan Peterson
et que je m'aperçois que dans son livre
il y a des choses que je trouve intéressantes
d'un point de vue philosophique,
je ferai un épisode sur Jordan Peterson.
Et si le lendemain, j'ai envie de faire un épisode
sur Pierre-Joseph Proudhon,
parce que je trouve qu'il y a des choses intéressantes
chez Pierre-Joseph Proudhon
qui méritent d'être exprimées,
je ferai mon épisode sur Pierre-Joseph Proudhon,
qui de toute façon, cet épisode,
il est déjà en cours de préparation.
Ça veut dire que je n'attends pas d'avoir la permission.
Parce qu'avoir la permission,
ça veut dire je te permets de.
Mais moi, personne n'a à me permettre de.
Ma sanction, ma sanction au sens
ce qui va acter ce que je fais,
ça va être est-ce que les gens vont apprécier
ou pas ce que j'ai fait.
Et c'est la seule chose qui compte pour moi.
Et même dans ce jugement-là,
est-ce que les gens vont apprécier ou pas,
il y a quand même quelque chose de plus important encore,
c'est est-ce que j'ai le sentiment
d'avoir bien parlé, bien parlé,
bien fait comprendre, bien expliqué,
bien transmettre l'auteur dont je parle.
Et mon seul baromètre, c'est moi-même.
Quand je lis un auteur,
est-ce que je trouve que c'est intéressant ?
Oui ou non.
Si la réponse est oui,
je pars du principe que ce qui m'intéresse moi
a des chances d'intéresser les autres.
Et je ne dis même pas va intéresser les autres,
je dis bien a des chances d'intéresser les autres.
C'est comme quand tu discutes avec quelqu'un des fois,
tu ne sais pas trop quoi dire,
et puis tu vas dire une banalité,
quelque chose qui t'a traversé l'esprit
ou un truc que tu as fait.
Et la personne va dire c'est marrant que tu dis ça
parce que c'est marrant que tu dis ça
sous-entendu ce que tu as pensé
ou ce que tu as vécu,
ça m'est arrivé aussi.
Des fois, c'est quand on ne cherche pas
à intéresser les gens
qu'on les intéresse réellement.
Moi, je fonctionne comme ça.
Je lis quelque chose.
Est-ce que ça m'intéresse ?
Oui ou non ?
Et est-ce que ça va intéresser les autres ?
Je n'en sais rien.
L'autre fois, j'ai fait un épisode,
je ne sais plus d'ailleurs sur quoi c'était.
J'étais persuadé qu'il allait avoir
cent mille vues au bout de deux jours.
Je ne sais plus quel c'était.
Je me suis dit ça,
c'est un sujet qui va intéresser les gens.
Erreur.
Erreur de simplement poser la question
de savoir si ça allait intéresser les gens
parce que ça ne marche pas comme ça.
La question c'est est-ce que toi ça t'intéresse ?
Et si ça t'intéresse et que tu le fais bien,
c'est la seule chose qui compte.
Eh bien ça, pour certaines personnes,
c'est déjà prendre trop de libertés
avec certains courants de pensée.
Si c'est prendre des libertés
avec ces courants de pensée,
ça veut dire probablement, insidieusement,
être d'accord avec un tel ou un tel.
Donc, ça veut dire travailler de façon souterraine
à diffuser des opinions politiques.
Moi, je veux bien.
Mais dans ce cas-là,
qu'est-ce qui fait que quand je parle
de Bentham ou de Delavier
que je distille des opinions personnelles,
mais que quand je parle de Bakounine
ou de Marx ou de Paul Lafargue,
à ce moment-là,
je ne distille pas des opinions personnelles ?
Donc, ça veut dire qu'il y a...
C'est un peu...
Oui, d'un point de vue.
Oui, voilà, il y a le bon épisode
et le mauvais épisode.
Le mauvais épisode, c'est celui
où je distille mes opinions
et le bon, c'est celui
où j'essaye d'être neutre.
Non, je ne suis neutre dans aucun des deux
et je n'essaye de distiller des opinions
dans aucun des deux.
En revanche,
qu'il y ait forcément
une dimension d'intérêt personnel
concernant les auteurs dont je traite,
c'est inévitable
parce que sinon, je n'en parlerai pas.
De la même façon qu'un scientifique
qui va faire un doctorat
sur la structure moléculaire
de tel système biologique,
ça l'intéresse
parce que sinon,
il n'aurait pas travaillé là-dessus.
Est-ce qu'on va lui reprocher pour autant
d'avoir un biais
parce qu'il s'est intéressé à ce sujet-là ?
Je ne le pense pas.
Pour moi, les choses sont en réalité
beaucoup plus simples
que certaines personnes se l'imaginent.
Mon questionnement, il se limite
à ce que je lis.
Est-ce que ça m'intéresse ?
Si la réponse est oui, j'en parle.
Pour écouter cet entretien
dans son intégralité,
rendez-vous sur la chaîne Biomechanik.
Le lien est dans la description.