Les 5 sens : un commentaire de Jean Yves Leloup

silouane1054
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19 oct. 2024
Le monde, c'est dans l'évangile de Jean au chapitre 3
Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique
afin que l'homme qui craint en lui, qui adhère à lui, ne périsse pas, mais ait la vie éternelle
Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé
Des exercices à pratiquer, j'en vois une
Jean me dit qu'il s'agit de voir, d'écouter, de toucher
Il me semblait que nos cinq sens sont un obstacle à l'illumination
Un peu comme les cinq maris de la Salle Maritaine
Pouvez-vous revenir sur ce point ?
Ce serait bien de faire de cette question un exercice
Un exercice qui fait de nos cinq sens non arrêtés
Notre problème, quelquefois, c'est qu'on s'arrête dans la vision, on s'arrête dans l'écouter
Et on ne va pas plus loin
De la même façon, je dirais que les cinq maris
On croit que cet homme ou cette femme vont nous donner la paix et le bonheur qu'on attend
Ce désir qui est en nous est un désir infini, et aucun être fini ne peut le convaincre
La femme de la Salle Maritaine découvre que même avec ce cinquième mari, elle ne se sent pas mariée
Parce que je n'ai pas de mariée
Elle ne connaît pas l'unité, l'état d'unité, l'état d'agapé, cet état d'alliance dans lequel elle est
Donc, les cinq sens, comment les accueillir, les utiliser dans cette quête de l'agapé ?
D'abord, les yeux
Dans un premier temps, il s'agit de voir ce que l'on voit
De voir objectivement l'objet, que ce soit telle ou telle chose que l'on regarde
Puis, dans un deuxième temps, voir l'invisible
On voit le visible, mais on ne s'enferme pas dans le visible
Là, c'est l'objectivation, c'est la saisie
Cette objectivation va entraîner l'idolâtrie justement de tel ou tel objet
Il s'agit de voir l'invisible dans lequel le visible apparaît
Je vois l'espace, je vois le jour
Comme on disait ce matin, l'IS, je vois le jour dans lequel les choses apparaissent
Puis, d'encore plus loin, je vois celui qui voit
Non seulement je vois l'objet regardé, je vois l'invisible qui l'englobe
Mais je vois aussi, je dirais, le regard qui le regarde
Là, vous sentez bien que mes yeux se sont posés sur un objet, se sont élargis
Se sont ouverts, et là, ils reviennent à leur source
Je reviens à la source de la lumière qui, en moi, voit
Et je vois alors, je dirais, ce qui me permet de voir
Et ce qui fait exister cet objet
Donc là, j'entre effectivement dans la lumière créatrice
Mon regard n'est pas arrêté par un objet
Mon regard n'est pas perdu dans l'invisible
Et n'est pas, je dirais, introverti dans ce qui me permet de voir
Mais il y a une totalité, il y a une non-dualité
Celui qui voit, ce qui est vu, est l'espace dans lequel les choses sont
C'est un exercice, chacun de nous peut le faire dans la nature, en regardant quelque chose
Et ça va nous conduire à un état d'unité, justement, avec la lumière
Et là, on voit que les sens ne sont pas des obstacles
C'est la connaissance de la lumière, mais je dirais des chemins
Avec ce chemin, on peut s'arrêter, en fait
De la même façon, avec l'oreille
Il y en a parmi nous qui sont davantage des visuels
Il y en a d'autres, pour eux, leur chemin, c'est par l'écoute
Donc écouter ce qu'on entend
Que ce soit une parole, une musique
Une parole, une musique, agréable, désagréable
Sans observer cela
Et puis, écouter le silence
Le fond de silence dans lequel cette parole apparaît
Cette parole vient du silence, elle retourne au silence
Cette musique vient du silence, elle retourne au silence
Donc, le son, la musique, la parole, sur ce fond de silence
Donc j'écoute le silence, j'écoute ce qu'on n'entend pas
Mais qui me permet que toutes choses soient entendues
Et puis, de nouveau, il y a ce retour vers moi
J'écoute celui qui m'écoute
Et là, il s'agit de se nettoyer cette oreille
Je me rends compte que ce que j'entends, ça dépend de mon acuité
En ce moment de mon acuité, je dirais physique
De mon oreille matérielle, mais aussi de mon écoute intérieure
Donc écouter celui qui m'écoute
Et plus profondément, je dirais, écouter la conscience
Qui me permet d'écouter, et la conscience qui crée
Ce que j'entends
Les sons, la musique que j'entends
Et là, découvrir cette nondualité entre l'objet, je dirais, perçu
Ma perception, et ce qui rend possible cette perception
L'espace dans lequel cette perception arrive
Donc là, mon écoute n'est pas arrêtée
Mais elle est ouverte, elle est ouverte
Je dirais jusqu'au mystère, jusqu'au silence
Jusqu'à la conscience qui me permet d'entendre
Et qui tient ensemble mon oreille et le son
Qu'il m'est donné de percevoir
Toucher, à nouveau, il s'agit bien de toucher
Une pierre, un corps, un objet
Vous écoutez l'expérience de Teilhard de Chardin
C'est en touchant un morceau de minerai
Qu'il a fait sa première expérience de lutte
Il touche le minerai, et dans ce minerai, il y a de l'impalpable
On trouve de l'intangible
Je dirais, notre main, non seulement elle tient quelque chose
Mais elle demeure ouverte, dans ce qu'on ne peut pas saisir
Il y a de l'insaisissable
Dans tout ce qu'on saisit
Et non seulement j'entre dans la conscience de cet insaisissable
Mais je touche celui qui touche
Cette capacité de toucher
Donc là, petit à petit, j'entre dans la conscience
Qui me permet de toucher
Et qui me permet, je dirais, de sentir l'insondable qui est là
Et en même temps, qui fait exister cet insondable
La conscience une, qui me rend capable de toucher
Qui me donne aussi, qui fait exister les choses à toucher
Et je perçois que tout cela est relié
De nouveau, j'entre dans le logos
Donc le toucher, qui est un organe qui peut sembler très charnel
Peut être aussi un organe très spirituel
Là, ce que je vous dis, c'est la pratique des pères de l'église
Quand ils parlent d'organes charnels, d'organes spirituels
Il ne s'agit pas de détruire nos organes charnels
Mais il s'agit de les ouvrir
De les utiliser spirituellement
C'est-à-dire d'une façon ouverte
Qui ne s'enferme pas sur les objets
Visibles, audibles ou palpables
On va continuer aussi avec le goût, la saveur
C'est précieux quelque chose de manger en silence
Ça nous permet de mieux goûter les saveurs
Sentir le goût, la saveur
Puis, au cœur de la saveur, sentir ce qui est au-delà de toute saveur
Ce qui n'a pas de goût
C'est pour ça, petit à petit, on apprend aussi à goûter différentes qualités d'eau
Ça devient de plus en plus subtil
De plus en plus, je dirais, la non-saveur, au-delà de la saveur
C'est pas un manque de saveur, mais c'est au-delà de toutes les saveurs
Je goûte ça
Et puis, je goûte celui qui goûte
Je goûte cette conscience qui, en moi, est capable de goûter
Je goûte en moi cette conscience qui fait l'union, l'unité, qui fait le lien
Entre mon organe sensoriel qui s'ouvre, qui devient spirituel
Et la chose goûtée
Et tout cela, c'est un
Je pourrais le faire encore avec l'odorant
Je sens ce que je sens
Agréable, désagréable
On sentait les réactions premières
Je sens bien ce que je sens
Il ne s'agit pas de se boucher le nez, il ne s'agit pas de se fermer les yeux, il ne s'agit pas de se couper les mains
Il ne s'agit pas de se boucher les oreilles
Il s'agit d'écouter ce qu'on écoute, de voir ce que l'on voit, de toucher ce que l'on touche
De goûter ce que l'on goûte et de respirer ce que l'on sent
Et puis sentir là aussi, parfois, dans ce que l'on sent, un parfum
C'est ce qu'on appelle l'odeur de sainteté
Vous savez que le saint, Kadosh, c'est l'autre
L'autre, de l'autreté
C'est un parfum qui est au-delà de tous les parfums
Il nous arrive quelque part de sentir ça
Il y a un parfum qui échappe à tout le connu, c'est de l'inconnu
La faveur de l'inconnu, le parfum de l'inconnu
Une essence inconnue
Je respire ça
Et c'est sur ce fond inconnu que ce parfum m'apparaît
Et puis, je dirais, je sens celui qui sent
Je respire celui qui respire
Donc là, j'entre dans la conscience qui me rend capable de sentir ce parfum
Et je sens que cette conscience qui me rend capable de respirer
C'est la conscience qui fait aussi exister cette odeur
Qui n'est pas simplement une odeur, qui est un parfum
Et qui est peut-être au-delà de tous les parfums
Donc, l'exercice spirituel de tous nos sens
C'est vraiment un bel exercice
En tout cas, dans la tradition orthodoxe, les sens ne sont pas des obstacles à la connaissance de Dieu
Ce sont les organes de la connaissance de Dieu
Ils sont des obstacles si on s'arrête, si on nique de l'art
Si ma main, elle prend
Si mes yeux, ils captent ou ils convoient
Si mes oreilles, je dirais, s'enferment sur un mot, sur un conseil, s'arrêtent
Il y a des arrêts sur l'image, il y a des arrêts sur le conseil
Il y a des mots, vous savez bien, on ne peut plus les entendre
On est arrêté par les mots
Parfois le mot Dieu, parfois le mot amour
On a vu que c'est difficile pour certains enseignants
Il y a là où il s'agit de réouvrir
Et devenir capable d'écouter au-delà de ce que l'on sait
Donc cette ouverture des sens va nous conduire à, je dirais, une intelligence non arrêtée
Je connais ce que je connais, mais je connais aussi tout ce que je connais
Ce que je connais est fini, ce que je ne connais pas est infini
Vous entendez bien ?
Être scientifique, la différence entre le scientiste et le scientifique
Le scientiste c'est quelqu'un dont la connaissance est arrêtée par ce qu'il sait
Il prend ce qu'il sait pour la réalité
Et c'est ça l'idéalité
Prendre ce que l'on sait, ce que l'on perçoit pour étant la réalité
Mais aucun scientifique ne me dira que c'est la réalité
Il me dira que c'est ma perception de la réalité
C'est ma conception, c'est mon interprétation de la réalité
C'est ce que mes instruments me donnent
Mais la réalité est toujours plus que ce que je peux en faire
Donc avoir l'intelligence non arrêtée par ce que je sais
Garder l'intelligence ouverte à tout ce que je ne sais pas
De la même façon au niveau de l'amour
L'ouverture des sens, l'ouverture de l'intelligence, l'ouverture du cœur
Avoir le cœur non arrêté par ce que l'on aime
Donc il faut commencer par aimer ce que l'on aime
Cette personne, cet enfant peut-être
Cet homme, cette femme, cette communauté, cette église
Aimer ce que l'on aime
Mais avoir le cœur non arrêté par ce que l'on aime
Parce qu'à ce moment là, cet homme devient une idole
Cette femme devient une idole
J'en fais mon tout
J'aime ce que j'aime, mais je vois que ce n'est pas tout
Que c'est ce que mon cœur peut contenir
Et je ne fais pas de cet être, de cette communauté, un absolu
Et à ce moment là, mon cœur n'est pas arrêté
Comment aller encore plus loin ?
Comment avoir une foi non arrêtée par ce que l'on croit ?
Je crois ce que je crois
J'ai mes convictions personnelles
J'ai mes expériences personnelles
Mais mon expérience n'est pas arrêtée par mes expériences
Comme ma foi n'est pas arrêtée par les mots
Ma foi n'est pas arrêtée par le mot Dieu
N'est pas arrêtée par le mot dignité
N'est pas arrêtée par le mot lumière
N'est pas arrêtée par le mot amour
Parce que Dieu est plus que tout ça
Plus que tout ce que je peux en contenir
Donc là, l'exercice que Jean nous propose
Pour moi, c'est un exercice de tous les sens
Les sens non arrêtés par ce qu'ils voient
Et sans finir que ce n'est pas évident
On va en parler tout de suite
Chaque année, on cherche à en avoir plein la vue
On aimerait qu'on nous en mette plein la vue
C'est ça l'idolâtrie
Ça nous remplisse
On aimerait qu'on nous en mette plein le cœur
On aimerait être dispensé de croire
On aimerait être fasciné intellectuellement
On aimerait tout ça être plein, rempli
Donc justement, l'exercice de nos sens
C'est découvrir que rien ne peut nous remplir
Que seul l'infini peut remplir ce désir infini
Un désir non arrêté par ce qu'il désire
Une intelligence non arrêtée par ce qu'elle sait
Un amour non arrêté par ce qu'il aime
Une foi non arrêtée par ce qu'elle croit
C'est dans ce chemin que nous sommes entrés
Bon, c'est un exercice
C'est vraiment un exercice
Qu'on peut pratiquer dans le quotidien
Quand on entend quelque chose
Lorsqu'on regarde quelque chose
Lorsqu'on comprend quelque chose
Bien comprendre et de savoir que ce n'est pas tout
Quand on aime quelqu'un
Et de savoir que tout cela est une manifestation
Et c'est ce que je peux contenir
Et ce qui est le réel
Ce qui est le réel que mon cœur, que mon intelligence, que mes sens cherchent
Et au-delà de toute saisie
Et dans cette désaisie
Dans cette non saisie
Et bien ce qui est ce réel
La réalité se donne à voir
A entendre
Se donne à aimer
Se donne à comprendre
Mais au-delà, au-delà
Par-delà toute saisie
Bon, c'est la pratique même aussi de la
Au point de vue théologique, de la théologie approfondie
C'est cela
Mais ce n'est pas cela
Dieu est lumière, mais il est bien plus que lumière
Il est d'amour, mais il est bien plus
Parce que les émettraient caractère
Ne dites pas que Dieu est amour
Ou blasphème
Ça veut dire l'amour
Il y en a, c'est un genre
Il y a quelqu'un qui n'a pas d'amour
Bien sûr que si, lui c'est un genre
Mais ce qu'il est en train de dire
C'est que Dieu n'est pas l'amour tel qu'on le pense
Il est plus que l'amour tel qu'on le pense
Que Dieu
Je dirais plus Dieu que le Dieu que l'on pense
Que l'on peut saisir
Que l'on peut appréhender
Donc à la fois, il est lumière
Mais plus que l'amour
Il est amour
Et plus, tu as tous les noms
Et aucun nom que tout le monde
Il a bien ces noms-là
Mais ce qu'il est
C'est plus que ce qu'on appelle la vie
C'est plus que ce qu'on appelle l'amour
Bon, c'est la pratique
À exercer
C'est ça qui est intéressant
C'est la pratique
C'est l'exercice
Cette invincible tranquillité du coeur
Cet invincible
Et humble amour
C'est peut-être là
Là où est je suis
Là où est ton véritable je suis
Un avec lui
Lié en toi et toi en lui
Bon, quelques instants
Pour savourer
Ce que les gens
Rappellent ce qu'il y a
Ce qu'il est là
Ce qu'il est là et qui est toujours
Silencieuse et subtile
Présence pure
Innocente
Comme l'allure
Plus profonde
Que toutes nos attractions
En nous cet espace
La pure présence
La pure conscience
Laissez être
Je suis
Le fils de Dieu
Incompréhensible
Avec la source
De tout ce qui vit et respire
Son Père
Et notre Père
Il y a aussi un temps pour la célébration
Un temps pour le remerciement
Pour la louange
Cette forme d'amour
Qu'on a évoquée
Sous le nom d'Eucharistie
Qu'on va retrouver aussi dans Eucharistie
De dire merci
Et remerciement
Les pharistos
Les pharistopolis en grec
Merci beaucoup
Donc un temps pour la louange
Et c'est vers cela
Vers cette liturgie
Que nous nous dirigeons
Vers cette autre forme
D'amour et de contemplation
Un petit peu de temps nous est donné
Pour nous reposer
Et pour nous préparer
A Eucharistie
A la liturgie
Le fils de la Mère
Les fils des chastes
Louez-vous à Dieu
Pour notre frère
Il est beau et joyeux
Louez les primes
Les conseils de l'immunité
Médite-toi le Père
Et le fils
Et le saint d'esprit
Maintenant et toujours
Au ciel et dans le monde
les siècles, les siècles.
Amen.
