📏 Mes épisodes retour sont des épisodes spéciaux dans lesquels je reviens, à chaud, sur le dernier épisode publié sur ma chaîne. Ils sont réservés à mes abonnés Patreon. Aujourd'hui et pour une durée d'une semaine, je vous donne accès à mon dernier épisode retour sur Schopenhauer.
Titulaire d'un master en philosophie, Charles Robin a été professeur particulier pendant plus de dix ans. En 2018, il a créé la chaîne "Le Précepteur" pour partager sa passion pour la philosophie.
----------------------------------
🎨 CRÉDITS :
🎼 Musique de fin - Charles Robin / Le Rapporteur - "Experience"
Mes épisodes retours sont des épisodes spéciaux dans lesquels je reviens à chaud sur le dernier épisode publié sur ma chaîne.
Ils sont réservés à mes abonnés Patreon.
Aujourd'hui, et pour une durée d'une semaine, je vous donne accès à mon dernier épisode retour sur Schopenhauer.
Bonne écoute.
Bonjour à tous, j'espère que vous allez bien.
On se retrouve aujourd'hui pour un nouvel épisode retour qui va être consacré à mon dernier épisode sur Schopenhauer et l'art d'avoir toujours raison.
Alors on sait qu'en règle générale, les suites, que ce soit au cinéma, à la télévision ou même en littérature, ça marche moins bien que le premier volet.
Il y a des exceptions, bien sûr, mais c'est souvent comme ça.
L'engouement n'est pas le même, l'engagement n'est pas le même.
Mais il y a aussi des fois où faire une suite, eh bien c'est nécessaire, surtout quand le sujet est vaste, quand l'épisode 1 n'a fait que l'effleurer.
Or il se trouve que pendant la période électorale qui a eu lieu au début de l'été, on a assisté à un festival de sophisme, un festival d'arguments fallacieux.
Et donc même moi qui ne suis pas très amateur des débats télévisés, je n'ai pas pu échapper à quelques perles, à quelques démonstrations olympiques de rhétorique fallacieuse.
Et c'est là que j'ai repensé à mon premier épisode sur l'art d'avoir toujours raison et que je me suis dit, il en manque.
Il en manque beaucoup.
Et donc tout en prenant des notes sur les sophismes que j'entendais dans ces débats, j'ai repris la liste des sophismes de Schopenhauer,
et j'ai tout simplement coché les cases, les cases des sophismes dont il allait falloir que je parle dans ce deuxième épisode,
et le moins qu'on puisse dire, c'est que j'avais de la matière.
Alors bien sûr, quand on utilise des exemples de sophismes, quand on insère, comme je l'ai fait, des extraits de débats dans lesquels les débatteurs recourent à des sophismes,
on constate toujours la même chose.
C'est que le degré de réprobation du public dépend de son degré d'adhésion au discours de celui qui utilise un sophisme.
Qu'est-ce que je veux dire par là ?
Je veux dire par là que, si vous êtes d'accord avec Marine Le Pen, vous n'allez pas considérer que Marine Le Pen recourt à des sophismes.
Si vous êtes d'accord avec Jean-Luc Mélenchon, vous n'allez pas considérer que Jean-Luc Mélenchon recourt à des sophismes.
Je prends volontairement des personnalités opposées, justement pour vous montrer que notre jugement sur la qualité des arguments
ne dépend pas tant de la qualité réelle des arguments, c'est-à-dire de leur rigueur, de leur pertinence intellectuelle,
mais de l'affect qu'on éprouve à l'égard de celui qui les utilise.
Et c'est ce qui fait qu'en commentaire de cet épisode, il y a eu des gens pour me reprocher ce qu'ils ont perçu comme une orientation de ma part,
orientation au sens de parti pris, au sens de traitement de faveurs, ou au contraire de traitement de défaveurs,
parce qu'ils n'ont pas apprécié que j'utilise des extraits mettant en scène des personnes qu'ils apprécient.
Et ce qui est évidemment très amusant, c'est que les mécontents, ils étaient de tous les bords.
Mécontents que je parle des sophismes de Jordan Bardella, mécontents que je parle des sophismes de Louis Boyard,
ou mécontents que je parle des sophismes de gens dont le métier est justement de critiquer les sophismes.
Comme si ça nous mettait à l'abri d'en utiliser soi-même, ou comme si un sophisme cessait d'en être un
quand il était commis par quelqu'un qui fait partie de la sphère de l'esprit critique.
Et ça, je trouve ça très instructif. Très instructif à deux égards.
D'abord parce que personnellement, je trouve un peu dommage d'utiliser toute son énergie à chasser les sophismes.
Parce qu'utiliser un sophisme, ça ne veut pas dire que ce qu'on dit est faux.
Ça veut simplement dire qu'on l'a mal démontré.
Et donc passer son temps à vouloir débusquer les sophismes, ce n'est pas utiliser ce temps à se poser simplement la question
est-ce que c'est vrai ?
Or je pense que c'est ça qui est le plus important.
Est-ce que ce qu'on dit est vrai ?
Ou en tout cas, est-ce que ce qu'on dit trouve un écho dans la réalité ?
Est-ce que ça met le doigt sur un aspect de la réalité ?
C'est ça que je trouve le plus important et ça n'engage qu'au moi.
Et la deuxième chose que ça montre, c'est quelque chose sur quoi j'insiste depuis longtemps
et plus le temps passe, plus j'ai l'impression que ça se vérifie,
c'est qu'on a les idées de ses affects.
Alors je n'irais pas jusqu'à dire que la pensée se réduit à l'affect.
Par exemple, il ne suffit pas de trouver quelqu'un sympathique pour adhérer à ses idées
et d'ailleurs je suis absolument certain qu'il nous arrive tous
d'éprouver de la sympathie pour des gens avec qui on n'est pas du tout d'accord sur le plan des idées
et parfois même qu'on prend plaisir à haïr à cause de ses idées quelqu'un qu'on trouve sympathique
comme si notre désaccord se nourrissait de la culpabilité qu'on éprouve à le trouver sympathique.
Mais bon, ça c'est encore un autre sujet.
Mais quand je dis qu'on a les idées de ses affects, je veux dire par là,
il n'y a pas d'idées pures, il n'y a pas d'idées désincarnées.
Il y a toujours une influence, il y a toujours une incidence de la personne sur les idées qu'elle porte
et donc sur notre manière de réagir à ses idées.
Et ça c'est quelque chose qu'on peut tous constater quand on écoute les réactions
de ceux qui commentent les débats politiques ou les débats en général d'ailleurs,
pas forcément politiques.
A savoir que quand les gens réagissent à des débats,
et d'ailleurs sur Youtube ça porte un nom, ça s'appelle le format React,
ils savent déjà avec qui ils sont d'accord, ou plus exactement,
ils savent déjà avec qui ils vont être d'accord.
Leur opinion est déjà faite.
Et ce, préalablement à l'énoncer des arguments.
Et donc tout au long du débat, leur travail de commentateur,
leur travail de réacteur, va consister à contredire absolument tout ce que va dire
le débatteur qu'ils n'aiment pas, et à valider absolument tout ce que va dire le débatteur
au prix bien sûr de toutes les contorsions intellectuelles,
de toutes les contorsions psychologiques,
au prix de la déformation, au prix de l'exagération, de la déviation,
au prix de la mauvaise foi, et même de l'attaque personnelle.
Et donc c'est pour ça que j'ai tenu à illustrer les sophismes dont j'ai parlé,
avec des propos venant de personnalités très différentes,
voire des personnalités opposées entre elles sur le plan des idées.
Justement parce que si on s'attache à dénoncer les sophismes,
il faut le faire pour tout le monde.
Il ne faut pas avoir la dénonciation sélective.
Dire qu'on a les idées de ses affects, c'est dire que quand on n'arrive pas à reconnaître
que quelqu'un qu'on apprécie, ou dont on apprécie l'intelligence,
dont on apprécie les analyses,
quand on n'arrive pas à reconnaître que cette personne a commis un sophisme,
ça veut dire qu'on fait passer son affect avant la raison.
Et je vais être clair là-dessus, on est tous comme ça.
On est tous sous l'effet de ce biais de complaisance
qui fait qu'on trouvera toujours des arguments pour défendre un ami
et qu'on trouvera toujours des arguments pour renfoncer un ennemi.
Et évidemment, le stade ultime, c'est quand on arrive à s'appliquer à soi-même
les critiques qu'on fait aux autres.
Quand on arrive à se dire, là, ce que j'ai dit, c'était un sophisme.
Et en réalité, c'est pas si grave.
Parce qu'au final, ce qui compte, c'est de se dire,
qu'est-ce qui m'anime ?
Est-ce que ce qui m'anime, c'est le désir de m'approcher de la vérité ?
Est-ce que c'est le désir de juger les choses équitablement,
sans mauvaise foi, sans malhonnêteté ?
Ou est-ce que c'est juste de gagner ?
Est-ce que c'est juste de militer ?
De convertir ?
De jouer un rôle ?
Elle est là, la question.
Et elle nous concerne tous.
Donc peut-être qu'un jour, il y aura un troisième épisode
sur l'art d'avoir toujours raison.
Pas tout de suite, parce que je pense qu'il faut aussi laisser la place
aux thématiques proprement philosophiques.
Et c'est pas comme si on en manquait.
Mais je ne doute pas qu'à l'occasion des prochaines échéances électorales,
ou à l'occasion des prochains grands débats de société,
les médias seront là pour immortaliser quelques grands moments
de dialectiques heuristiques.
Voilà, j'en ai terminé avec cet épisode retour consacré à mon dernier épisode
sur Schopenhauer et l'art d'avoir toujours raison.
Je vous remercie pour votre attention
et je vous dis à très bientôt pour de nouvelles aventures philosophiques.
Pour accéder à l'intégralité de mon contenu inédit,
rendez-vous sur Patreon, le lien est dans la description.