Le président tunisien Kaïs Saïed a été réélu avec 90,7% des voix, mais avec le taux de participation le plus faible depuis la présidentielle de 2011. En effet, 71,2% de Tunisiens se sont abstenus. Comment expliquer cette forte abstention ? Pourquoi l’opposition reste-t-elle silencieuse ? Pourquoi Kaïs Saïed continue-t-il d’être aussi populaire malgré sa politique répressive ? Avec Amira Souilem, correspondante de RFI à Tunis. #tunisie#kaissaied#tunis 🔔 Abonnez-vous à notre chaîne : https://rfi.my/YTfr 🔴 Suivez RFI en DIRECT vidéo ici : https://rfi.my/YTliveFR 🌍 L’actualité du monde et de l’Afrique en direct : https://www.rfi.fr/fr/ Rejoignez-nous sur Facebook : https://rfi.my/FBfr Suivez-nous sur X (Twitter) : https://rfi.my/Xfr Découvrez l’actu en images sur Instagram : https://rfi.my/IGfr Recevez les dernières infos sur Telegram : https://rfi.my/TGfr
Massoma, bonjour.
Bonjour Juan, et bonjour à vos nombreux auditeurs.
A Abidjan, en Côte d'Ivoire, vous avez des questions sur la Tunisie
après l'écrasante victoire du président sortant, Qaïs Saïed.
Effectivement, le président tunisien Qaïs Saïed a été rélu avec plus de 90% de voix,
mais avec le taux de participation le plus faible depuis la présidentielle de 2011.
Alors, qu'est-ce qui explique cette forte abstention ?
Et pourquoi l'opposition reste-t-elle silencieuse ?
Forte abstention, 28,8% de participation,
c'est effectivement la plus forte abstention depuis l'avènement de la démocratie il y a 13 ans.
Bonjour Amiras Willem. Amiras Willem, êtes-vous là ?
Oui, oui, je vous entends.
On vous entend, soyez la bienvenue, vous êtes correspondante de RFI à Tunis.
Comment expliquer une telle abstention ?
Alors oui, bonjour Juan, et puis bonjour Massoma, qui est un habitué de l'émission.
Alors, vous avez raison, 28,8% des votants, c'est peu, et encore, c'est une moyenne.
Il faut savoir que le taux des 18-25 ans qui se sont déplacés aux urnes est seulement de 6%.
Alors, ce scrutin n'a pas réussi à passionner,
et on le sentait dès le début de la campagne, pour deux raisons principales.
Vous savez, il y a en Tunisie une grande fatigue post-révolutionnaire.
Après la révolution, une myriade de partis se sont créés,
il y avait des débats partout, tout le temps, du café à la radio, en passant par la télévision.
Tout cela a beaucoup grisé les Tunisiens,
et puis au bout de quelques années, ils ont fini par se lasser,
d'autant qu'ils ont eu l'impression que leur quotidien ne s'améliorait pas vraiment.
En reportage sur le terrain, vous savez, il est très courant de rencontrer des Tunisiens qui vous disent
« Moi, la politique, c'est fini, ça ne m'intéresse plus ».
Donc lassitude post-révolutionnaire, désintérêt même pour la chose publique, mais pas seulement, Amira.
Oui, il y a une deuxième grande raison qui peut expliquer cette désaffection dans les urnes,
c'est tout simplement cette impression que l'affaire était déjà conclue,
que le scrutin était sans enjeu.
Eh bien, pourquoi cette impression ?
Parce que, vous savez, plusieurs candidats avaient déposé leur candidature
et ont été interdits de se présenter à cette présidentielle.
Résultat, les Tunisiens se sont retrouvés avec seuls deux candidats face à Paysaï,
dont l'un a été emprisonné le jour même de la validation de sa candidature
pour de supposés faux parrainages.
On a donc là un cocktail qui fait que les Tunisiens ont préféré rester chez eux ou aller à la plage.
Et Emma Soma s'interrogeait justement sur l'opposition.
Oui, vu de l'étranger, parce que cette opposition tunisienne, si on ne l'entend pas trop,
eh bien c'est parce qu'elle est en partie en prison.
Des dizaines d'opposants et dissidents peuplent les prisons tunisiennes désormais.
Quant à l'opposition qui est encore dehors, elle a conscience d'avoir une épée de Damoclès sur la tête.
Vous savez, l'arsenal législatif qui a été mis en place sous Paysaï
permet d'arrêter une personne pour un simple avis ou analyse.
Et puis, il faut aussi dire que l'opposition tunisienne est aujourd'hui un vaste champ de ruines
qui n'arrive pas à s'effédérer.
Un exemple, certains appelaient à boycotter le scrutin,
d'autres au contraire à aller voter massivement ce dimanche.
Effectivement, une opposition en ordre dispersé.
Vous avez une dernière question, Ma Soma ?
Alors là, effectivement, Ma Soma, c'est vrai que ça peut sembler paradoxal,
mais Amira Souhidem, Kays Saïd est quand même très populaire.
Oui, et là, pareil, il y a deux explications principales.
D'abord, parce que vous savez, le président tunisien qui est un ancien assistant de droit,
qui a une démarche comme ça un peu mécanique, continue de jouir de l'image d'homme intègre, propre.
Ce sont des images, des termes qui reviennent beaucoup dans la bouche de ses soutiens.
Ensuite, parce qu'une partie non négligeable des Tunisiens qui subissent de plein fouet la crise économique
est persuadée que son malheur est dû à l'ancienne élite politique
qui aurait profité de la décennie post-révolutionnaire pour s'enrichir.
Aujourd'hui, à défaut d'espérer voir leurs conditions de vie s'améliorer,
certains Tunisiens se satisfont de voir l'ancienne élite chuter et remplir les prisons du pays.
Et c'est sur ce ressentiment que joue habilement le président tunisien
qui se présente comme une digue contre le retour des anciens partis,
et notamment contre les islamistes de Narva.
C'est ce pacte-là qui l'ira Kays Saïd à son électorat,
qui a tendance à fermer les yeux sur les atteintes aux droits de l'homme.
Et je terminerai en vous disant que ça peut paraître très paradoxal,
mais en reconduisant Kays Saïd au pouvoir,
beaucoup d'électeurs tunisiens ont le sentiment d'avoir fait un vote-tanction.