Le Québec : sur les traces du castor, l'emblème du Canada - Échappées belles 14 décembre 2024
Dans l'Ouest québécois, durant l'été Indien, les forêts revêtent des couleurs intenses qui donnent aux paysages leur charme unique. Bien que peu connu, l'ouest du Québec est central pour tout ce qui compose et nourrit l'imaginaire : les coureurs des bois et leurs canots remplis à ras bord de lourdes fourrures, les premiers colons défrichant des terres sauvages, la joie des prospecteurs trouvant de l'or ou encore l'ingéniosité des trappeurs. En traversant les différentes régions de cette route, rencontre avec des aventuriers et des bâtisseurs d'aujourd'hui en suivant les trajets empruntés par Champlain et d'autres explorateurs. Ismael Khelifa est accompagné d'Alexis Lopez, photographe, réalisateur et explorateur aventurier, dans un périple qui part de Montréal et qui s'achève dans l'Outaouais.
Je me déshabille, on fonce direct.
Et bah c'est ça.
Parce que je sais que je n'irai jamais sinon.
Faut que tu te mouilles quand même un peu, mais faut pas traîner effectivement.
Assez fantastique ici c'est qu'il y a des bruits de la nature tout le temps.
Cette nuit à la fois il y avait un grand silence,
et en même temps d'un coup t'as un cri, un chant d'un animal que tu n'imagines même pas.
Une fois j'étais en cilierie, je dors dans ma tente,
et le matin à 6h j'entends...
C'est pas possible, qu'est-ce qu'il se passe ?
On ouvre la tente, un ours.
C'est marrant que tu parles d'ours parce que je sais que dans les forêts autour d'ici,
il y a justement des ours, des loups, des lynx,
énormément de faune, et il y a encore cette tradition des trappeurs.
C'est pour ça que je voulais qu'on vienne dans cette partie des Laurentides en particulier.
Alors moi ça me pose un peu question quand même,
parce que le principe c'est de chasser des animaux,
et c'est une pratique qui n'est pas du tout la mienne.
Mais je trouve que c'est intéressant d'aller voir ce qu'il fait l'âme des territoires,
et ça, ça en fait vraiment partie.
Je pense que c'est Karl.
C'est un peu l'Amérique ici quand même.
Le gros pick-up.
Regarde-moi ça.
Salut les gars!
Ça va?
Vous êtes prêts pour la trappe?
Écoute, oui. Par contre, quand je vois comment tu es habillé, je ne suis pas sûr qu'on soit prêts.
Vous avez des bottes d'eau?
Tu as peut-être des choses à nous prêter.
Je vais vous en prêter.
Et qu'est-ce qu'on peut voir en allant dans la forêt comme ça avec toi?
Là, j'ai l'intention d'aller vous faire visiter un habitat de castor.
D'accord.
Je vais vous amener où il y a des barrages à castor, des huttes à castor.
Je vais vous parler du castor, l'emblème du Canada.
Par la suite, j'ai installé des pièges hier.
On va aller vérifier si on n'aurait pas de capture.
D'accord.
C'est bon pour vous?
Donc, un trappeur, c'est quelqu'un qui chasse?
Un trappeur, non. Ce n'est pas un chasseur.
Un trappeur est une personne qui capture des énemons à fourrure à l'aide de pièges.
Donc, on n'utilisera pas d'armes à feu, d'arc ou d'arbalète.
Alors, si vous êtes prêts les gars, on embarque?
Allez, on y va!
Regarde le petit jeune là, comme il prend plaisir.
C'est toute ma contradiction.
J'adore piloter des engins, des motos, des gros 4x4.
Et en même temps, j'adore la lenteur du cheval, la nature, tu vois.
Oui.
Toi, ça ne te pose pas problème de venir comme ça dans la nature avec un aussi gros engin?
Il faut que je ramène mes grosses bêtes après.
Tu ne te ramènes pas l'ours sur ton dos?
Non.
Et alors toi, comment tu t'es mis à tout ça?
Tu avais des parents qui chassaient?
Non, moi, depuis que je suis tout petit, la faune, la forêt m'attirait, m'intéressait.
Le fait de me retrouver en forêt, je suis comme dans un autre état d'esprit.
C'est comme une période comme si j'étais hypnotisé.
Je suis comme dans un autre univers.
C'est marrant ce mélange entre la chasse et la poésie.
Oui.
Mais c'est marrant parce qu'en fait, on a un point commun, c'est l'amour qu'on a pour la nature.
Et on a deux manières de l'interpréter en fait.
Elles sont très différentes.
Et j'ai hâte de découvrir vraiment ce qu'il en ressort de ta pratique.
Moi, je trouve que ça moque un peu de musique dans cette voiture, mon cher Carl.
Tu n'as pas un peu de son québécois, là?
Écoute, ici, en pleine forêt, si on réussit à avoir du réseau, on va être très chanceux.
Alors, est-ce qu'on lui donne son permis, Carl?
Oui, un bon conducteur.
Là, on va récupérer les pièges, tout ça.
Par contre, vous ferez attention, les gars, il y a des chasseurs à l'affût.
Ici, les chasseurs, ils ne rigolent pas.
Il n'y a pas d'inquiétude, c'est pas ouvert encore.
Attention à vos yeux avec les branches.
Carl, est-ce qu'on trouve beaucoup d'animaux dans ces forêts?
On trouve quoi ici, à part les castors?
Oui, je te dirais, les 15 espèces d'animaux à fourrure sont ici parce que ce qui arrive,
c'est qu'on a beaucoup de forêts, beaucoup de résineux et beaucoup de bois francs,
ce qui favorise l'habitat de la plupart des espèces.
On arrive.
C'est ici?
Oui.
Ah oui.
C'est un barrage de castors, ça?
Oui, ça, c'est le barrage.
Vous pouvez voir un deuxième barrage un peu plus haut.
Je n'avais jamais vu un barrage de castors de ma vie.
Dans le fond, le barrage, c'est pour inonder le territoire
parce qu'en inondant le territoire, ça lui permet d'aller ronger des arbres sans avoir à sortir de l'eau.
Donc, si je comprends bien, ces barrages qu'on voit là,
tu vois, dans mon imaginaire, c'était pour retenir l'eau, mais je ne savais pas vraiment pourquoi,
c'est comme un garde-manger qui lui permet de survivre en toute saison.
Je te dirais que oui.
Dans le fond, c'est un herbivore à 100 %
et il se nourrit d'écorces, de branches, de feuilles et de plantes aquatiques durant l'été.
Là, tu dirais qu'ils sont combien ici? C'est quoi? C'est une famille, deux familles?
Habituellement, tu sais, dans les colonies de castors, c'est quatre à six individus.
OK.
Fait que là, moi, par respect, j'en capture deux.
En capturant deux castors, bien, ça va préserver mes castors encore pendant plusieurs années dans le même plan d'eau.
Fait que dans le fond, en apportant un équilibre de population en forêt,
on évite qu'ils se retrouvent un jour chez les riverains.
Oui, parce que s'il y a une confrontation entre les riverains et les castors, ils se font tuer, les castors.
Oui.
Alors là, tu vas le poser où, ton piège?
Alors là, je vais faire une brèche avec ma botte pour laisser écouler l'eau.
Là, je crée une fuite comme ça.
Et là, je vais venir installer mon piège directement à la fuite.
J'enlève les ancrages de chaque côté pour le mettre en action.
Le niveau d'eau, là, dans quelques heures, il va avoir baissé peut-être de 2-3 cm, puis lui, il le ressent.
Dans le fond, c'est comme un leurre sonore.
Il va entendre une fuite au loin.
Fait que par instinct, il va venir tout de suite bloquer ça.
Alors c'est comme ça. C'est une question de survie.
Ils sont très sensibles au final, ces castors.
Oui, exactement. Ils veulent surtout pas perdre leur débit d'eau, surtout pendant la période d'automne.
Parce qu'ils savent très bien que dans environ un mois, il va y avoir une couche de glace qui va se former sur le plan d'eau.
Les températures vont chuter drastiquement bientôt.
Fait qu'il faut qu'il préserve son épaisseur d'eau.
Une question de survie.