"Le cheveu, c'est comme une matière, comme le tissu ou le bois, on peut en faire tout ce qu'on veut." Micheline était coiffeuse quand c'était la grande folie des perruques, des postiches et des choucroutes. Un métier qu'elle a embrassé pour faire rêver les autres, et qu'elle transmet aujourd'hui bénévolement 💇
Ils sont retraités et transmettent leur savoir-faire aux jeunes générations, découvrez notre série de portraits de retraités bénévoles, en partenariat avec L'Outil en Main France.
Avec le soutien du Conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants (CPSTI) et de l’Assurance retraite, de l’action sociale AG2R Agirc-Arrco, de la fondation Bettencourt Schueller ainsi que du fonds Saint-Christophe.
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Je m'appelle Micheline.
J'ai pratiqué la coiffure
quand c'était la grande folie des perruques et des postiches.
Je faisais toujours des trucs un peu extraordinaires.
Mon métier, je l'ai choisi, je l'ai voulu.
Il n'y a pas que du superficiel dans le métier de l'esthétique.
C'est un métier où on devait faire rêver.
On peut donner et apporter quelque chose.
Ça donne une impulsion aux gens.
C'est pas inutile.
Le cheveu, c'est comme une matière,
comme le pain, comme le tissu, comme le bois.
On peut en faire tout ce qu'on veut.
Comment on placerait une sculpture ?
J'aime tout ce qui est artistique.
La coiffure, c'était ma passion.
L'apprentissage, c'était 14 ans.
Les professeurs m'ont dit à ma mère
« Votre fille, elle est bonne en français, elle est bonne en maths.
Vous n'allez pas la mettre dans la coiffure. »
Je voulais exactement ça.
J'ai continué l'école.
Je suis arrivée l'année de mes 15 ans.
J'ai trouvé une patronne qui acceptait que je travaille l'été.
Elle m'a appelée pendant 3 semaines Michel.
Je n'ai rien dit.
Au bout de 3 semaines, elle m'a dit
« Si vraiment tu veux faire la coiffure, je te prends. »
Je lui ai dit « Madame, je ne m'appelle pas Michel, je m'appelle Micheline. »
« Ce n'est pas grave, tu t'appelleras Michel. »
Après, le pli a été pris, ça ne m'a pas dérangée.
J'étais Michel en coiffure.
Ma maman est venue signer le contrat d'apprentissage.
Elle m'a dit « Je signe, tu n'en prends pas 3 ans et tu ne viens jamais te plaindre. »
« Non maman, c'est vraiment ce que je veux, j'ai bien réfléchi. »
En moyenne, c'était 48 heures par semaine.
Le salon faisait nocturne.
Je travaillais jusqu'à 8 heures le soir.
Je suis rentrée, j'avais les mains en sang.
Je cachais mes mains parce que ma mère m'avait dit
« Mais ça ne va pas, tu as les mains en sang. »
Elle me mettait les mains dans l'huile de paraffine.
Elle me mettait des bandes parce que j'avais un pot qui était mangé.
Je passais mes nuits comme ça.
Le matin, je repartais, ça a nourri mes mains.
J'avais quelques filantes.
Elles arrivaient à 11h30.
Et moi, ma petite Michèle, je me suis dépêchée aujourd'hui
pour faire ma coiffure, ma permanente, ma couleur.
J'ai abrégé mon bain.
C'était trop drôle.
Et moi, je les regardais.
« Oui madame, bien sûr madame. »
Je me disais « Je suis là depuis 8 heures ce matin. »
Mais je ne disais rien.
« Je peux vous acheter une petite voiture ? »
Je disais « Elle est complètement à côté de la plaque. »
Moi, apprentie, je devais gagner 12 francs par semaine.
Ce n'est pas 12 euros, 12 francs.
J'ai eu l'occasion d'aller à Monaco,
de travailler sur des mannequins
où j'ai remis dessus mes postiches, mes trucs et je coiffais.
Et qui m'a demandé, surtout qu'il n'y ait pas un cheveu qui dépasse
parce qu'à l'époque, on ne faisait pas des retouches comme on voulait dans les photos.
Il ne fallait rien qui dépasse.
Mais j'ai bien aimé.
Mais j'étais toujours par moi et par vous.
Je pense que j'en avais fait le tour.
Je voulais revenir à ce pour quoi j'avais fait,
c'est être en contact avec la clientèle.
Les femmes, elles rentraient dans le salon.
Des fois, elles n'avaient pas bon moral.
Elles s'assoyaient.
Et quand elles étaient passées par nos mains,
elles repartaient.
Elles avaient le sourire et elles se sentaient mieux.
Les cinq dernières années de ma vie avant d'être à la retraite,
j'ai travaillé pour l'ADMR,
le service à domicile.
J'ai mis en pratique mon savoir-faire de coiffeuse.
Bien sûr, des gens qui étaient en fin de vie ou qui étaient très…
J'arrivais, je les coiffais, je leur coupais les cheveux,
je les arrangeais et je leur mettais un petit coup de rouge à lèvres.
Je leur amenais un petit truc en plus.
Et d'un seul coup, on leur met un miroir.
Tout ce qui est attrait à l'esthétique, même aux vêtements,
à ce qu'on fait quand on parle aujourd'hui de relooker les jumeaux,
de tout ça, ça donne une impulsion aux gens.
Et ce n'est pas inutile.
J'ai dû faire un petit truc rigolo.
Je ne rajoute que d'un côté, que sur la droite.
Déjà, quand je vois quelqu'un, je regarde son visage.
C'est un visage rond, c'est un visage angulaire.
Son incarnation de peau, si par exemple elle veut une couleur,
si c'est une femme et qu'elle veut une couleur de cheveux.
Une fois que j'ai regardé ça, je touche la matière.
On peut avoir un cheveu fin et un cheveu qui est épais.
L'épaisseur, c'est la quantité de cheveux.
Ça, il peut être ou gros ou fin.
Où c'est catastrophique, c'est quand on a un cheveu fin et en manque d'épaisseur.
Quand j'étais très jeune, on crépait tout le cheveu.
On ramassait le cheveu.
Aujourd'hui, en ayant cette assise-là, ça permet d'avoir quand même...
Pour donner du volume, pour donner du maintien.
Je vais le créper.
Ça sera plus facile pour moi.
Après, je peux le modeler comme je veux.
Il se tient tout seul.
Moi, je suis d'une génération où on faisait les choucroutes.
On faisait des trucs très haut.
Brigitte Bardot, à qui on a fêté ses 90 ans, elle portait des choucroutes.
Si on est un bon professionnel, on doit d'abord écouter la cliente.
C'est important.
Elles n'ont pas toujours raison.
Elles n'ont pas toujours...
Elles ont des envies qui ne sont pas toujours réalisables en fonction des cheveux qu'elles ont.
La mode, elle a évolué.
Moi, je suis d'une génération où on faisait des coiffures très nettes, très apprêtées.
Aujourd'hui, on est vraiment, j'aime bien d'ailleurs, dans le naturel.
J'aime tout ce qui est artistique.
Genre cabaret, les trucs, les drag queens avec des coiffures énormes.
C'est ce qui m'intéresse dans mon métier.
Ça ne m'aurait pas déplu de travailler dans le spectacle d'ailleurs.
Je pourrais faire mieux, mais bon.
Alors, vous savez ce que je vais faire ?
C'est pas trop mal.
Il faut que je reparte avec mon matériel parce qu'il faut que j'emmène à l'atelier.
Je suis présidente de l'association.
Être sur l'extérieur, avoir de la communication, continuer d'apprendre et continuer à faire travailler son cerveau,
continuer à avoir des relations sociales, continuer à avoir des activités.
Je crois que par-dessus tout, le lien social, ça maintient en forme, regardez.
Je vous fais voir.
Pourquoi ?
Et alors ?
Ah, elle a mis des chignons.
Mais oui, elle a mis les petites mousses.
Les mousses rigolotes.
Maintenant, à vous.
Quoi ? Mais on ne va pas faire comme toi là.
Non. Est-ce que la semaine dernière, on a pensé à une création ?
Est-ce que vous vous rappelez de quoi on a parlé ?
Oui.
Les petits bigoudis bleus tout ortigiennés, c'est pas toi là ?
Non.
Si, tout bouclé.
Tout bouclé là et là, les fleurs.
Et là, on fait les traces en fleurs.
Alors, tu sais ce qu'on va faire pour l'instant ? C'est ça.
On va commencer par les mouiller.
Ça va être plus simple pour faire les bigoudis.
Ceux-là, oui.
On transmet, on partage.
À l'automne, c'est un échange avec les jeunes.
Là, il faut que tu sois concentré. C'est ta coiffure de star.
Tu devrais être mieux que la mienne.
Pourquoi ?
Il faut qu'à chaque fois, tu prennes le déméloir et que ta mèche, elle soit bien lissée.
D'accord ?
Tu prends le plein et après, tu fais ça.
C'est un régal.
Je l'enroule jusqu'en…
Je la croise et je fais pour que ça tienne.
Regarde, il y a du fil de fer dedans.
C'est rigolo, hein ?
Je leur donne des bases qui servent.
Mais je ne leur demande pas de faire une réalisation traditionnelle.
Je leur demande de s'amuser et de faire un truc rigolo.
Ce n'est pas en six heures que vous allez passer avec moi, que vous allez apprendre.
Mais par contre, vous allez découvrir le cheveu, la matière.
Je vais vous donner les moyens et vous allez réaliser quelque chose.
Et travaillez votre imagination, assouplir vos doigts.
Comment on fait déjà un muslim pour enrouler après ?
Tu enroules bien et puis une fois que tu es là, tu les enroules comme ça.
Regarde, tu peux le tortiller comme ça. Là, il ne va pas bouger, rien.
Mais je ne sais pas. Moi, je n'ose pas faire ça.
Mais regarde, tu as vu ? Allez, go !
On parle beaucoup de l'intelligence de la main.
J'ai toujours ce souvenir que j'ai parlé tout à l'heure.
Ne pas apprendre ta coiffure.
Voilà, c'était moins que rien.
Pour faire travailler nos mains, il faut avoir un minimum de cerveau.
Parce que les mains, elles doivent apprendre et elles n'apprennent pas sans avoir un minimum intellectuel.
Ce n'est pas possible.
C'est mieux que ce soit moi qui démarre ?
Non.
À toi. Attends.
Je me suis loupée.
Même moi, ça m'arrive que je me loupe.
Tout le monde.
C'est comme ça qu'on apprend.
J'aime bien ce que tu viens de dire.
Je m'appelle Micheline.
Je détestais mon prénom quand j'étais jeune.
À mon époque, la Micheline, c'était une locomotive qui était extrêmement connue.
Dans les années 50, j'allais à l'école et j'ai entendu toute ma vie quand j'étais jeune.
C'est pour ça que quand je suis rentrée en coiffure pour m'appeler Michel, ça ne m'a pas trop dérangée.
Et puis, j'ai retrouvé mon prénom avec l'outil en main parce qu'un jour, j'ai reçu un mot d'une bénévole qui m'a écrit
« Tu es pour nous une vraie locomotive ».
Je crois que c'était le plus beau des cadeaux.
Elle m'a réconciliée avec mon prénom.
J'ai donc remercié que je sois une vraie locomotive pour eux.
J'en étais très fière.
Mais j'avais de la chance parce que l'équipe de bénévoles qui était là, j'avais que des wagons de première classe.
J'aurais des compliments avant que tu manges ta madeleine.
Merci Micheline !
C'est qui qui a fait cette coiffure ?
Micheline !
Elle t'a vue ?