Coran : Aux origines du Livre fondateur de l'ISLAM - Documentaire Histoire - AT

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Le Coran - de l'arabe al-Qur'an qui signifie lecture ou récitation - est le livre fondateur de l'islam, une religion partagée par prÚs d'un milliard et demi de fidÚles dans le monde.
L'histoire de ses origines, entre les récits qu'en fait la tradition musulmane et les découvertes récentes de scientifiques, demeure largement méconnue.
C'est Ă cette dĂ©couverte, Ă cette " archĂ©ologie du Coran " qu'invite le film : un voyage dans les lieux ou le Coran a pris forme, oĂč il s'est dĂ©veloppĂ© et transmis, accompagnĂ© par les points de vue et analyses d'historiens.
"Coran, aux origines du livre"
Un film de Bruno ULMER
© ARTE FRANCE
#documentaire #histoire #coran
Le Coran - de lâArabe al-Qurâan qui signifie rĂ©citation ou lecture - est le Livre fondateur
de lâislam, une religion partagĂ©e par plus dâun milliard de fidĂšles dans le monde.
Pour les musulmans, le Coran est le recueil de la Parole de Dieu qui fut révélée au prophÚte Mahomet
entre lâan 610 et lâan 632 de lâĂšre chrĂ©tienne, Ă La Mecque et Ă MĂ©dine, en Arabie saoudite.
Lâensemble de la RĂ©vĂ©lation se rĂ©partit en de multiples unitĂ©s de texte, trĂšs courtes,
appelées versets, au nombre de 6000. Dans le Coran, ces 6000 versets sont regroupés
en 114 chapitres, appelés sourate, identifiées par un titre, de longueur variable, et organisées
selon un classement prĂ©cis, des sourates les plus longues aux sourates les plus courtesâŠ
Pour la tradition musulmane, Dieu lui-mĂȘme est le gardien du Coran,
câest-Ă -dire quâil nây aurait eu, tout au long de son histoire, quâune seule,
et unique, version du texte coranique, inchangée depuis quatorze siÚcles.
Lâune des meilleures preuves que nous ayons⊠Câest le fait que tous les Corans, dans le monde
entier, soient concordants. Le Coran quâon lit au Maroc est le mĂȘme que celui quâon lit en Chine.
Et celui quâon lit en Arabie Saoudite, le mĂȘme quâon lit ici, aujourdâhui, en Europe,
ou en Afrique du Sud. OĂč que lâon aille,
quelle que soit la direction vers laquelle on regarde, câest toujours le mĂȘme Coran.
Ce dogme dâun Coran « immuable », pilier de la tradition musulmane, allait pourtant ĂȘtre remis
en question par des scientifiques europĂ©ens, Ă la suite dâune dĂ©couverte totalement inattendueâŠ
En 1972, le toit de la grande mosquĂ©e de Sanaâa, la plus ancienne de la ville,
sâeffondre, et laisse apparaĂźtre une sorte de cache oĂč se trouvaient,
dissimulĂ©s depuis des siĂšcles, des milliers de parcheminsâŠ
Paolo Costa, un archéologue italien présent lors de la découverte, alerte les Autorités yéménites :
il sâagirait de fragments du Corans anciensâŠ
Une équipe de chercheurs européens procÚdent à une datation au Carbonne 14 et confirment : ces
fragments datent du tout premier siĂšcle de lâislam, vers lâan 680 de lâĂšre chrĂ©tienneâŠ
Ce sont les plus anciens manuscrits coraniques connus au monde, avec une
Ă©criture trĂšs rudimentaire, composĂ©e dâun simple squelette de consonnesâŠ
Un fonds inestimable aux yeux des scientifiques européens pour la
connaissance de lâhistoire du Livre saint de lâislam.
Ce fond est actuellement en cours dâĂ©tude et câest par ce biais que lâon a eu de
nouvelles informations sur la transmission du texte coranique, dans les premiers temps de
lâislam. Et câest lĂ , oĂč lâon a dĂ©couvert pour la premiĂšre fois, un manuscrit qui prĂ©sentait
une séquence différente des sourates, de celle qui est canoniquement admise.
Une organisation diffĂ©rente de lâordre des souratesâŠ
Mais aussi, lâexistence de palimpsestes, des fragments sur lesquels le texte initial
aurait Ă©tĂ© effacĂ© et remplacĂ© par un autre⊠La prĂ©sence Ă©galement de mots Ă©trangers, non-arabesâŠ
En clair, des diffĂ©rences notables par rapport au Coran tel quâil est aujourdâhuiâŠ
Le Coran aurait donc eu, comme les autres Livres saints, une histoire.
Au cours du premier siĂšcle de lâislam, le texte coranique,
son Ă©criture, son organisation, la forme mĂȘme du Livre, ont visiblement Ă©voluĂ©,
suivant lâexpension de cette nouvelle religion, suivant les conquĂȘtes de nouveaux territoires,
lâĂ©mergence de versions concurrentes, les jeux de pouvoir religieux et politiquesâŠ
Une histoire des origines qui sâĂ©crit aujourdâhui entre tradition islamique
et analyse scientifique, et qui appelle les chercheurs européens et les musulmans,
Ă croiser leurs rĂ©cits et leurs savoirsâŠ
Ferid Heider est Ă©tudiant Ă lâUniversitĂ© Libre de Berlin,
au département des langues sémitiques et arabes.
Mais en tant quâimam, il est Ă ce titre « porteur de la tradition musulmane ». Un enseignement
quâil a reçu Ă lâUniversitĂ© Al-Azhar du Caire, haut-lieu du savoir islamique.
Dans la mosquée, les étudiants venus du monde entier se retrouvent pour des discussions
théologiques, un partage de connaissance⊠Et pour la récitation du Coran,
comme un Ă©cho perpĂ©tuel Ă la RĂ©vĂ©lation faite au prophĂšte Mahomet au tout dĂ©but du 7Ăšme siĂšcleâŠ
A cette Ă©poque, lâArabie nâĂ©tait quâun vaste dĂ©sert,
que parcouraient les nomades et leurs caravanesâŠ
Lâoasis de La Mecque abritait la Kabaa, un sanctuaire oĂč lâon vĂ©nĂ©rait encore de
multiples dieux, des idoles de pierre. Pourtant, les tribus juives et les
chrĂ©tiens prĂ©sents en Arabie diffusaient depuis longtemps dĂ©jĂ lâidĂ©e de la foi en un Dieu uniqueâŠ
Parmi les habitants de La Mecque, un homme faisait exception. Il sâappelait Muhammad, Mahomet.
Marchand caravanier, ĂągĂ© dâĂ peine 40 ans, il avait pour habitude de partir mĂ©diter, seul,
dans une grotte⊠Câest lĂ quâil reçu, en lâan 610, sa premiĂšre rĂ©vĂ©lation⊠Un homme lui apparut.
Lâhomme marcha vers lui et lui dit : Iqra ! « Lis ! Au nom de ton Seigneur qui a créé »
« qui a créé lâhomme dâune adhĂ©rence » « Lis !
Ton Seigneur est le TrÚs Noble » « qui a enseigné par la plume [le calame] »
« a enseignĂ© Ă l'homme ce que lâhomme ne savait pas ».
Et cet homme, que le prophĂšte Mohamet a vu, câĂ©tait JibraĂŻl,
lâarchange Gabriel, cet archange en qui les chrĂ©tiens et les juifs croient aussi.
Ces cinq versets furent les premiers de la Révélation faite à Mahomet.
La Révélation - tout entiÚre recueillie dans le Coran - affirme avant tout que Dieu est unique et
que Mahomet est son ultime ProphĂšte, son Messager, dans la lignĂ©e dâAbraham, de MoĂŻse et de JĂ©sus.
Elle aborde aussi les grands thÚmes de la soumission à Dieu, de la récompense
des fidĂšles, ou du Jugement dernier. Elle annonce enfin la venue dâune
communauté nouvelle, celle des Musulmans, et édicte les lois qui vont la régir,
sur le plan des rituels religieux, de lâorganisation sociale, de la politique.
Au fur et Ă mesure quâil les recevait, Mahomet partageait ses rĂ©vĂ©lations,
avec Khadija, sa femme, puis avec son cousin Ali et ses amis proches,
qui allaient former son premier cercle de fidĂšles, les Compagnons âŠ
Ensemble, ils apprenaient par cĆur chacune des rĂ©vĂ©lations que le ProphĂšte
continuait de recevoir, ils les rĂ©citaient inlassablement pour ne rien en oublierâŠ
Si La Mecque est aujourdâhui le lieu le plus sacrĂ© de lâislam, appelant chaque annĂ©e par
millions les musulmans au pĂšlerinage autour de la Kaaba, il nâen fut pas ainsi au temps du ProphĂšteâŠ
Les Mecquois se montrĂšrent tout dâabord indiffĂ©rents aux prĂ©dications de MahometâŠ
Mais quand le ProphĂšte les exhorta Ă renoncer au culte paĂŻen des idoles,
ils se mirent à le persécuter. Mahomet fut contraint de quitter La Mecque.
Câest Ă MĂ©dine, une oasis oĂč vivaient de nombreux arabes convertis au judaĂŻsme,
que le ProphĂšte sâinstalla, en lâan 622, avec ses premiers fidĂšles,
les Compagnons, dont AbĂ» Bakr, Omar, Uthman, et son cousin Ali.
MĂ©dine fut sacrĂ©e capitale du premier Etat islamique. A la tĂȘte dâune communautĂ© nouvelle et
dotĂ©e dâune puissante armĂ©e, le prophĂšte Mahomet partit Ă la conquĂȘte de nouveaux territoires.
Le ProphĂšte meurt en lâan 632.
A sa mort, la presque totalité de la péninsule
arabique sâĂ©tait ralliĂ©e Ă la foi monothĂ©iste de lâislamâŠ
Mais le ProphĂšte ne laissa aucune indication quant Ă sa successionâŠ
Ses quatre Compagnons se rĂ©unirent, et câest AbĂ» Bakr qui fut dĂ©signĂ© premier calife. Ali
revendique aussi la succession, au nom des liens de sang qui lâunissaient au ProphĂšte,
mais le califat lui fut refusĂ©. Et câest cette premiĂšre divergence qui,
deux siĂšcles plus tard, divisera les musulmans en deux branches. Les sunnites,
aujourdâhui majoritaires dans le monde, qui sâattachent Ă la lignĂ©e des califes
AbĂ» Bakr, Omar et Uthman ; et les chiites, qui se rattachent Ă AliâŠ
Alors qui, une fois le ProphĂšte disparu, allait prendre lâinitiative de la mise
par écrit du Coran ? Qui allait faire, des révélations, un véritable Livre ?
Avec quelle volonté ? Strictement religieuse ou déjà politique ?
Et dans cette transcription de la Parole de Dieu, quelle sera la part de lâintervention humaine ?
François DĂ©roche est lâun des spĂ©cialistes mondiaux de lâhistoire des manuscrits arabes.
Câest Ă la BibliothĂšque nationale de France, oĂč est conservĂ©e lâune des plus
importantes collections de manuscrits anciens, quâil travaille actuellement,
sur des corans provenant de Damas et du Caire⊠En tant que paléographe et codicologue,
il applique aux corans une double analyse ; Ă la fois de lâhistoire de lâĂ©criture,
et de lâhistoire des « codex », les plus anciennes formes de livre reliĂ©.
Dans les dĂ©buts de lâIslam, la mise par Ă©crit du Coran semble avoir Ă©tĂ© un enjeu
important pour les communautés musulmanes. Il y a semble-t-il, la volonté de réaliser
ce qui Ă©tait une promesse contenue dans le texte Coranique, celle dâun « Kitab », dâun livre qui
se matĂ©rialise et on a bien lâimpression que transcrire le texte Coranique correspondait Ă
une urgence de possĂ©der un livre qui faisait de la communautĂ© musulmane la dĂ©tentrice dâune Ă©criture,
au mĂȘme titre que juifs et chrĂ©tiens qui Ă©taient peuples du livre «Ahr el kitab ».
Le manuscrit Arabe 328 est lâun des plus anciens exemplaires du Coran aujourdâhui connu. Ecrit sur
du parchemin, de la peau de mouton, il est daté de la seconde moitié du 7Úme siÚcle.
Ce manuscrit fut dĂ©couvert dans une cache de la MosquĂ©e Amr, Ă Fustat, lâactuelle
banlieue du Caire, lors de la Campagne dâEgypte menĂ©e par Bonaparte Ă la fin du 18Ăšme siĂšcle.
Les fragments de parchemin quâil contient, Ă©crits par plusieurs copistes, reprĂ©sentent
environ la moitié du texte coranique. En plus de ceux qui se trouvent à la
BibliothĂšque nationale de France, dâautres fragments sont conservĂ©s Ă la BibliothĂšque
Nationale de Russie, Ă Saint-Petersbourg, Ă la BibliothĂšque Apostolique Vaticane,
Ă Rome, et dans une collection privĂ©e Ă LondresâŠ
Le manuscrit est particuliĂšrement intĂ©ressant, parce quâil montre un certain nombre de
caractĂ©ristiques de la transmission du texte coranique Ă lâĂ©poque ancienne et notamment le
fait quâil Ă©tait assez commun Ă ce moment-lĂ , de se mettre Ă plusieurs pour copier le texte sacrĂ©.
Nous savons que le texte a été copié par plusieurs intervenants parce que les mains sont trÚs
caractéristiques, à cÎté de celle-ci qui est sans doute la plus importante au sein du manuscrit.
Nous avons Ă©galement un autre copiste et qui lui Ă©crit dans un style beaucoup plus Ă©laborĂ© âŠ
LâĂ©criture est de type hedjazi, du nom du Hedjaz, la rĂ©gion dâArabie oĂč se trouvent
La Mecque et MĂ©dine. Câest lâune des notations les plus anciennes de la langue arabe, constituĂ©e
uniquement dâun squelette de consonnes, et donc dâune lecture trĂšs difficile : il nâexistait pas,
ou peu, de signes qui permettent de distinguer des lettres identiques. Les voyelles brĂšves,
non plus, ne sont pas notĂ©es⊠Quant aux sourates, elles nâĂ©taient
pas identifiĂ©es par un titre, mais juste par un espace vide qui les sĂ©paraientâŠ
A lâĂ©vidence, par rapport au Coran
actuel oĂč la ponctuation, lâorganisation du texte ne laissent place Ă aucune imprĂ©cision,
les premiers manuscrits coraniques, avec leur écriture rudimentaire,
pouvaient ĂȘtre source dâerreurs de lecture, voir dâinterprĂ©tations diffĂ©rentes du texte sacrĂ©âŠ
Mais pour les premiers musulmans, le recueil de la Parole divine pouvait-il courir ce risque ?
Ce que lâon sait de lâusage de lâĂ©criture dans lâArabie ancienne, je veux dire par lĂ , lâArabie
du 7Ăšme siĂšcle de notre Ăšre, montre que ce que lâon souhaitait avant tout,
quand on utilisait lâĂ©criture, câĂ©tait disposer dâun aide-mĂ©moire.
C'est-Ă -dire non pas, quelque chose qui permettait une lecture autonome,
mais un support pour permettre de retrouver le texte mĂ©morisĂ© par lâutilisateur et capable de
subvenir Ă dâĂ©ventuelles dĂ©faillances de mĂ©moire en lui donnant les moyens de
retrouver le texte lui-mĂȘme. Câest en tous les cas ainsi que plusieurs spĂ©cialistes expliquent
les débuts de la notation par exemple de la poésie arabe, qui se faisait avec des aide-mémoires qui
nâĂ©taient pas destinĂ©s Ă circuler comme des livres, mais plutĂŽt comme des notes.
Pour le Coran, il semble quâil en a Ă©tĂ© de mĂȘme et que ce que lâon cherchait avant tout,
quand on Ă©tait en train de copier un texte, comme celui que jâai sous les
yeux, câĂ©tait dâavoir grosso modo, un fil directeur pour retrouver le texte lui-mĂȘme.
MĂȘme utilisĂ©e comme aide-mĂ©moire, et malgrĂ© ses insuffisances orthographiques,
la mise par écrit de la Révélation coranique montre la grande confiance que témoignaient les
premiers musulmans dans la capacitĂ© dâun Livre Ă assurer la sauvegarde de la RĂ©vĂ©lation coranique.
Restait Ă donner Ă ce Livre - fut-il encore dans sa forme primaire - un statut central, unique.
En un mot, un statut de texte canonique.
Câest Ă cette tache que sâest consacrĂ© le calife Uthman, troisiĂšme successeur du ProphĂšte Mahomet,
et dont le rĂ©cit de la tradition musulmane a Ă©tabli prĂ©cisĂ©ment les conditions et les enjeuxâŠ
A lâĂ©poque du calife Uthman, lâempire islamique sâest considĂ©rablement Ă©tendu,
au Nord, vers les provinces de Sham, lâactuelle Syrie, mais aussi Ă lâEst,
vers les provinces de Perse, et Ă lâouest, vers lâEgypte. Ces conquĂȘtes ont incorporĂ© Ă lâempire
des populations, converties Ă lâislam, mais ne maĂźtrisant pas la langue arabeâŠ
Et voilà pourquoi il y eut parmi les musulmans des désaccords concernant la récitation du Coran.
Notamment dans des endroits trĂšs Ă©loignĂ©s de La Mecque et de MĂ©dine, ces berceaux de lâIslam.
Et les musulmans commencĂšrent Ă se disputer. En particulier lors de deux batailles
contre les ArmĂ©niens et les AzĂ©ris. Et lâun des plus proches compagnons
du prophÚte Mahomet, qui portait le nom de Hudhayfa, était présent lors de ces
batailles. Et quand il sâen revint aprĂšs avoir vu ces conflits entre les musulmans,
il alla sur-le-champ retrouver Uthman Ibn 'AffĂąn qui Ă©tait le calife de lâĂ©poque.
Et il dit à Uthman Ibn 'Affùn : « Oh, Uthman ! Sauve cette « Umma », sauve cette communauté
avant quâelle ne se divise et avant quâelle ne se dispute au sujet de son Livre, comme lâont dĂ©jĂ
fait les Juifs et les Chrétiens avant eux ». Et Uthman Ibn Affùn
prit cet avertissement trĂšs, trĂšs au sĂ©rieux. Et câest la raison pour laquelle il fit convoquer
une commission Ă laquelle il demanda de faire plusieurs copies du CoranâŠ
De MĂ©dine, les copies furent envoyĂ©es vers les principales villes de lâempire musulman,
vers La Mecque, Bassora, Kufa, Damas et Le CaireâŠ
Le calife Uthman imposait ainsi sa version « officielle », que la tradition musulmane
retiendra comme la « vulgate dâUthman », la forme canonique du texte coranique qui,
encore aujourdâhui, est la version de rĂ©fĂ©rence.
Mais lâimposition de cette « vulgate » se fit au prix de
dĂ©cisions despotiques. Dâautres versions du texte coranique existaient dans lâempire,
concurrentes, avec un nombre de versets ou une organisation différentes des sourates.
Les plus connues furent celle de Ali, le cousin du ProphĂšte Mahomet qui,
selon la tradition chiite, aurait compté trois fois plus de révélations coraniques que
la « vulgate dâUthman »⊠Et celle de Ibn MasĂ»d, qui fut, lui aussi, un des proches du ProphĂšteâŠ
Le calife Uthman interdit ces versions concurrentes Ă la sienne et demanda
leur destruction dĂ©finitive. Ibn MasĂ»d, qui ne voulut sây soumettre, fut publiquement chĂątiĂ© !
La « vulgate uthmanienne » objet de foi autant que de pouvoir, fut portĂ©e au rang dâobjet de
dévotion par la tradition musulmane. Dans la mosquée Al-Hussein du Caire,
un exemplaire du Coran attribué à Uthman serait gardé derriÚre cette porte que les
fidÚles embrassent⊠Une véritable relique que, exceptionnellement, Ferid Heider
est autorisĂ© Ă approcher⊠A vrai dire, câest un trĂšs
grand moment pour moi. Ceci est bien lâun des exemplaires du Coran
qui fut Ă©crit Ă lâĂ©poque dâUthman ? Que Dieu soit satisfait de lui.
Tout simplement, on sâaccorde pour dire que ce Coran est lâune des six copies que
le calife Uthman avait ordonnĂ© dâĂ©crire.
On peut voir les pages ? Et prendre connaissance de cette écriture ? Il
est grand, Au nom dâHallah ! Il nây a ni ponctuation,
ni voyelles. BismillahâŠ
Sans ponctuation et sans voyelles, cette sourate est trĂšs difficile Ă lire.
Je peux voir la derniĂšre page ? Câest la derniĂšre, celle-ci ?
Câest la derniĂšre Câest la sourate An-naas, « Les Hommes » nâest-ce
pas ? Oui. Gloire Ă Dieu ! Câest grandiose, câest incroyable quand on y pense⊠Que ce Coran ait
Ă©tĂ© Ă©crit par la main de lâun des vĂ©nĂ©rĂ©s Compagnons, que Dieu soit satisfait dâeux.
Il y a dâautres informations que lâon doit connaĂźtre au sujet de ce saint Coran ?
Ce Coran pĂšse 80 kilogrammes.
80 Kilogrammes ! Câest trĂšs lourd !
- Oui, câest trĂšs lourd.
Et il fait combien de pages ?
- 1087 feuillets !
- Combien ?
- 1087 feuillets !
Ah !
Franchement la conservation est superbe. Il a plus de 1400 ans,
câest vraiment trĂšs trĂšs ancien⊠Si vieux et malgrĂ© cela, gloire Ă Dieu,
on dirait quâil a Ă©tĂ© Ă©crit⊠il y a Ă peine 100 ans ! Dieu est grand. Câest merveilleux.
On dit quâil y a des taches de sang dans ce Coran.
- Je ne sais pas Ă quelle page elles se trouvent,
pourtant elles existent bel et bien, mais, jâignore oĂčâŠ
- Est-ce que ça pourrait ĂȘtre ça, les marques de sang ?
- Elles existent bien, mais elles sont effacées.
- Vous voulez dire quâelles ne sont pas visibles.
- Non, pas trĂšs visibles.
Dâautres corans, aussi volumineux et tachĂ©s de sang, sont rĂ©pertoriĂ©s dans le monde
musulman. A Istanbul et à Tashkent, en Ouzbékistan, pour les plus connus.
Considérés comme contemporains du calife Uthman par la tradition musulmane,
aucun dâeux nâa pas pu ĂȘtre historiquement datĂ©, les scientifiques y voyant plutĂŽt
des copies tardives, du 8Úme ou 9Úme siÚcle. La légende qui les accompagne, en revanche,
reflÚte bien une vérité historique attachée au Coran.
Le rĂšgne dâUthman fut une longue crise. AprĂšs dix annĂ©es dâun pouvoir despotique, en lâan 656,
il fut assassiné dans son palais de Médine. Entouré de corans précise la tradition,
expliquant ainsi les taches de sang califal sur les pages du texte sacrĂ©âŠ
Les rĂ©voltĂ©s auraient accusĂ© Uthman dâavoir imposĂ© par la force sa seule version officielle
du Coran : « Le Coran, câĂ©tait plusieurs livres, et toi tu les as rĂ©duits Ă un seul ». Allusion
directe aux versions concurrentes dâAli ou de Ibn Massoud, dĂ©truites sur ordre dâUthmanâŠ
Ali, qui avait revendiqué la succession par ses liens de sang avec le prophÚte Mahomet,
fut porté au pouvoir. Mais son rÚgne tourna court. Ali fut destitué par un jeune gouverneur de Syrie,
du nom de MuâĂąwiya, un proche du calife Uthman. Ali est assassinĂ© Ă son tourâŠ
MuâĂąwiya sâempara alors du pouvoir et fonda, en lâan 661, la puissante dynastie des Omeyyades. Une
dynastie sunnite qui allait rĂ©gner sur lâempire musulman, Ă partir de sa nouvelle capitale, DamasâŠ
Trente années à peine aprÚs la mort du prophÚte Mahomet, et une fois mise en place une premiÚre
version canonique du texte sacré par le calife Uthman, le Coran allait, sous les Omeyyades,
entrer dans la seconde phase de son histoire⊠En déplaçant sa capitale de Médine à Damas,
lâempire musulman situait dĂ©sormais le siĂšge de son pouvoir religieux et politique dans
un environnement plus complexe, voire plus hostile, que ne lâĂ©tait lâArabieâŠ
Il fallut dâabord faire face Ă la rĂ©volte des chiites, menĂ©e par le fils dâAli, Hussein, qui
sera massacrĂ© Ă Karbala, en Irak, dĂ©capitĂ© par les armĂ©es omeyyades lors dâune bataille.
Selon la tradition, la tĂȘte de Hussein serait conservĂ©e - curieux paradoxe - dans la mosquĂ©e
mĂȘme des Omeyyades, relique aujourdâhui vĂ©nĂ©rĂ©e par les pĂšlerins chiites venus dâIranâŠ
Avec le massacre de Hussein, les Omeyyades ne mettaient pas fin à la lignée chiite, mais ils
amorçaient une victoire future, symbolique : les chiites allaient reconnaitre la « vulgate
dâUthman » comme texte coranique officiel et unique pour lâensemble de la communautĂ© musulmane.
Lâautre dĂ©fi, dâimportance, se trouvait du cĂŽtĂ© de Byzance⊠et de son puissant empire chrĂ©tien,
greco-oriental, lui-mĂȘme hĂ©ritier de lâempire romain.
Les conquĂ©rants arabes musulmans lui avaient dĂ©jĂ ravi les provinces de Syrie et dâEgypte,
mais pour le calife Muaâwiya, lâinfluence de Byzance sur la MĂ©diterranĂ©e restait un
obstacle pour lui qui voulait porter lâislam vers lâIfriqiya, la porte de lâAfrique du NordâŠ
En lâan 670, le calife y envoie lâun de ses gĂ©nĂ©raux qui fit de Kairouan,
en Tunisie, le point de dĂ©part de lâislamisation du Maghreb, et de la diffusion du Coran dâUthman.
Le général y édifia une grande mosquée et les fidÚles musulmans,
nouvellement convertis, y furent regroupĂ©s autour du seul et unique Coran dâUthmanâŠ
Aux corans apportés par les troupes omeyyades,
vinrent sâajouter ceux que les copistes kairouanais commençaient Ă produire sur placeâŠ
âŠIls allaient ainsi constituer lâune des plus grandes bibliothĂšques coraniques
des premiers temps de lâislam, et dont il subsiste aujourdâhui
une rare collection de quelques dizaines de milliers de fragments.
Parmi eux, deux exemplaires historiques de Coran de lâĂ©poque omeyyadeâŠ
ConsidĂ©rĂ©s aujourdâhui comme patrimoine de la ville, tĂ©moins de lâhistoire de Kairouan,
lâanalyse de ces corans anciens fut rĂ©cemment confiĂ©e Ă François DĂ©rocheâŠ
Sous la direction de Mourad Rammah, docteur en archéologie islamique,
les prĂ©cieux fragments de parchemin coraniques sont minutieusement restaurĂ©sâŠ
Le Coran est considĂ©rĂ© comme lâune des choses les plus prĂ©cieuses pour la communautĂ© musulmane.
Le Coran occupe une place trĂšs particuliĂšre dans le cĆur de chaque musulman.
Câest pourquoi, lorsque je restaure un manuscrit sur lequel sont Ă©crits des versets du Coran,
cela éveille un autre restaurateur an moi. Quand je restaure un manuscrit en général,
jâessaie de faire la plus belle restauration possible,
de la plus belle forme, pour que le manuscrit se conserve au mieux.
Mais quand je restaure un manuscrit coranique, ça me procure un sentiment de plénitude,
un sentiment de bonheur réellement indescriptible. Car on préserve une
chose investie dâune valeur culturelle, humaine qui, pour lâIslam, est unique !
Le style dâĂ©criture sâapparente assez bien Ă ce quâon connaĂźt sous le nom dâĂ©criture du Hedjaz,
le nom de la rĂ©gion oĂč se trouvent les deux villes saintes de La Mecque, et de MĂ©dine.
De quelle Ă©poque vous dateriez le cas Ă©chĂ©antâŠ
Du dĂ©but du 8Ăšme siĂšcle, jâimagine que ça pourrait coĂŻncider avec
la deuxiĂšme phase de lâinstallation musulmane Ă Kairouan.
Absolument, ça aurait pu effectivement ĂȘtre un des moyens dâislamisation du
pays avec cette prĂ©sence dâune collection de corans Ă la Grande MosquĂ©e de Kairouan.
Il y a sans doute eu une volonté de faire durer ce
manuscrit. On le voit dans ces pages qui ont été repassées pour les rendre plus lisibles.
Absolument.
Je ne pense pas quâĂ Kairouan, dans les manuscrits de la collection, on observe
de divergences par rapport Ă ce qui est la vulgate uthmanienne. Les sourates sont dans
lâordre oĂč on les connaĂźt actuellement. On a lâimpression effectivement que dans
lâhistoire il y ait une volontĂ© de diffusion de copies de rĂ©fĂ©rence qui a Ă©tĂ© trĂšs forte.
LĂ , câest vraiment tout-Ă -fait autre chose. Câest sublime et câest vraiment grandiose.
Si on ouvre une page, on a vraiment la vision de la taille de ce manuscrit qui
était vraiment impressionnant⊠Impressionnant effectivement,
nous disposons de plus de 250 feuillets, alors quâon considĂšre que ce manuscrit
était constitué de prÚs de 500 feuillets. Oui, ça représentait un volume énorme. Donc là ,
mĂȘme si ça nâest pas exactement le tout dĂ©but du 8Ăšme siĂšcle, câest vraiment la premiĂšre moitiĂ©,
et câest un tĂ©moignage tout Ă fait exceptionnel sur la diffusion du texte coranique Ă cette
Ă©poque et lâart du livre aussi, parce quâil faut quand mĂȘme remarquer cet espĂšce de saut
qualitatif tout Ă fait impressionnant entre les deux manuscrits. La finesse du trait...
On a affaire à des professionnels du dessin, des gens qui sont des enlumineurs qualifiés.
Il y a une grande variété de couleurs et de motifs aussi.
Oui, ce motif de flÚche est assez exceptionnel. La qualité du décor
et surtout sa variĂ©tĂ©. On a lâimpression quâil nây a pas deux sourates prĂ©cĂ©dĂ©es
dâun bandeau identique. Que ce soit du dĂ©cor vĂ©gĂ©tal ou du dĂ©cor davantage gĂ©omĂ©trique.
Encore aujourdâhui, ça reste un manuscrit impressionnant par sa
dimension. On a vu tout Ă lâheure un autre manuscrit qui Ă©tait plus petit,
peut-ĂȘtre une page⊠On voit bien la diffĂ©rence de valeur,
et la diffĂ©rence des moyens mis en Ćuvre. Ăa, je crois, câest un des joyaux de la collection.
Absolument
Avec des territoires conquis de la MĂ©diterranĂ©e aux confins de lâAsie
centrale, lâislam pouvait affirmer sa puissance face Ă lâempire chrĂ©tien de
Byzance comme troisiÚme et derniÚre religion révélée.
Il lui restait cependant à donner une véritable « expression » à cette puissance,
mais dans une grandeur de lâislam liĂ©e Ă lâhistoire du christianismeâŠ
Lâartisan en sera Abd al-Malik, le calife le plus « flamboyant » de la dynastie des
Omeyyades⊠Il fit de lâĂ©dification des premiers monuments de lâislam et de
la rĂ©forme du Coran les deux piliers de son rĂšgne qui dĂ©buta en lâan 685âŠ
Sur lâemplacement mĂȘme de la mosquĂ©e, avant que la rĂ©gion ne soit conquise par les musulmans,
se trouvait une petite église dédiée à Saint Jean le Baptiste, une figure chrétienne présente dans
le Coran, sous le nom de Yahyù. Son tombeau fut gardé au
centre de la salle de priĂšre et il est toujours, aujourdâhui, vĂ©nĂ©rĂ© par les musulmansâŠ
La prĂ©sence des chrĂ©tiens en terre musulmane sâest Ă©galement traduite dans lâart des dĂ©cors
omeyyades, dont la Grande mosquée de Damas témoigne encore, et que François Déroche
vient observer aujourdâhui, cherchant Ă en Ă©tablir le lien entre lâarchitecture
et les corans omeyyades, dont un en particulier, rarissime, qui fut découvert à Sanaa, en 1972.
Les dĂ©cors vont ĂȘtre sans doute, la façon la plus directe de percevoir les
changements qui sont opérés, qui introduisent une synthÚse entre le savoir faire des sujets
chrĂ©tiens ou juifs de lâempire arabe et les besoins des nouveaux maĂźtres.
On fera appel Ă des artisans et des artistes chrĂ©tiens, certains seraient mĂȘme venus,
prĂȘtĂ©s par lâempereur Byzantin et les dĂ©cors quâils vont installer sont bien sĂ»r
marqués par la culture qui est la leur, adaptée naturellement aux exigences du monde musulman.
On peut faire des parallĂšles extrĂȘmement prĂ©cis,
entre ces mosaïques chrétiennes et les décors des Corans.
Dans les enluminures qui ornent les Corans dâĂ©poque Omeyyade, on peut peut-ĂȘtre retrouver
une trace de lâinfluence de ces grandes constructions. On peut naturellement
rapprocher la structure de la grande mosquée de Damas, avec cette enluminure qui figure
sur la page de droite de ce célÚbre fragment trouvé à Sanaa il y a de cela quelques années.
Dans un empire oĂč les musulmans non-arabes sont dĂ©sormais majoritaires,
il fallait, pour le pouvoir omeyyade, souder la communauté musulmane, lui donner une cohérence,
une unitĂ©. Comme lors des califats prĂ©cĂ©dents, le Coran en sera lâoutil, mais plus comme un
simple « aide-mĂ©moire » comme il a pu lâĂȘtre jusquâalors avec son Ă©criture rudimentaireâŠ
Pour le calife omeyyade Abd al-Malik,
lâamĂ©lioration de la « vulgate dâUthman » sâimposa.
Au défectueux « squelette de consonnes », il fit ajouter des ponctuations trÚs précises.
Distinction des lettres similaires, notation des voyelles, indication de prononciationâŠ
Ainsi complĂ©tĂ©, le texte coranique ne pouvait plus prĂȘter Ă des erreurs de lecture, ou Ă des
interprétations contradictoires ou dissidentes⊠Le calife Abd al-Malik appella les foules
musulmanes Ă ne suivre que ce quâil imposait comme « lâunique version
du Coran », celle dâUthman, mais au texte dĂ©sormais dĂ©finitivement fixĂ©.
Et comme le fit le calife Uthman avant lui,
Abd al-Malik fit envoyer des copies officielles dans les capitales de lâempireâŠ
Moins dâun siĂšcle Ă peine aprĂšs la disparition du prophĂšte Mahomet, lâislam, au mĂȘme titre que les
deux religions rĂ©vĂ©lĂ©es, dĂ©tient son Livre. LâĆuvre du calife Uthman, et sa volontĂ© dâun
Coran unique, et unifiĂ©, sont enfin accomplies. La vulgate dâUthman, vĂ©nĂ©rĂ©e par la tradition
musulmane, est la seule rĂ©fĂ©rence pour lâĂ©dition du Coran aujourdâhui dans le monde.
Mais lâhistoire des origines du Coran nâa, pour autant, pas encore livrĂ© tous ses mystĂšresâŠ
Une inestimable collection de photographies, quâon croyait Ă jamais disparue, vient de rĂ©apparaitreâŠ
Entre les années 1920 et 1930, Gotthelf Bergstrasser, un chercheur orientaliste allemand,
parcourut la Méditerranée, de la Turquie au Maroc, en passant par Damas et Le Caire,
jusquâaux grandes bibliothĂšques europĂ©ennes Ă la recherche de corans du premier siĂšcle de lâislam.
Il en photographia les pages par milliers,
constituant ainsi lâune des plus riches sources dâinformation sur lâhistoire du CoranâŠ
Dans la lignée des grands orientalistes allemands,
Gotthelf Bergstrasser avait pour projet dâapprofondir la recherche sur le texte
coranique. Mais son rĂȘve sâest achevé⊠En pleine guerre, en 1944⊠LâAcadĂ©mie
de Sciences de BaviĂšre a Ă©tĂ© bombardĂ©e, on dĂ©clara les archives dĂ©truites⊠AnĂ©antiesâŠ
Les archives de Bergstrasser avaient été, en fait, volontairement dissimulées,
peut-ĂȘtre par crainte, Ă lâĂ©poque, dâengager une analyse du Coran,
probablement jugée trop sensible⊠Retrouvées en 2007,
elles ont Ă©tĂ© confiĂ©es Ă une unitĂ© de recherche de lâAcadĂ©mie des Sciences humaines de Brangdebourg,
appelée « Corpus Coranicum » et dirigée par le professeur Angelika Neuwirth.
Pour elle et son équipe, le fonds photographique de Bergstrasser, par sa richesse, augure de
plusieurs annĂ©es de recherche, passionnantes, et soulevant lâenthousiasme des scientifiques
europĂ©ens, comme avaient pu le faire, il y a plus de trente ans, les fragments de Sanaa, au YĂ©menâŠ
Que va-t-on découvrir ? Quels secrets ces archives
vont-elles rĂ©vĂ©ler de lâhistoire du Coran aux premiers temps de lâislam ?
Il est encore trop tÎt pour le dire, mais il est sûr que les archives de Bergstrasser offrent une
opportunitĂ© nouvelle, exceptionnelle, dâĂ©largir le champ dâanalyse du Coran.
Mais avec une approche aujourdâhui partagĂ©e entre tradition scientifique et tradition musulmane.
Nous essayons toujours de transcrire et dâanalyser les manuscrits les plus
anciens du Coran, car ils sont dâune plus grande importance et sont plus
proches de lâĂ©poque Ă laquelle le Coran a Ă©tĂ© envoyĂ© sur terre.
Il me semble intĂ©ressant que les musulmans sâimpliquent eux aussi dans ces travaux.
Dâabord pour savoir quelles sont les recherches menĂ©es ici, et avec quelles
mĂ©thodes⊠Et ce que lâon pense du Coran en Occident. Ensuite, si les musulmans
prennent part Ă ces Ă©tudes orientalistes, cela leur permettra peut-ĂȘtre de faire changer des
opinions dĂ©favorables Ă lâislam et au Coran, qui sous-entendent que tout est faux et falsifiĂ©âŠ
Câest vraiment passionnant de transcrire ces manuscrits coraniques. On voit par exemple,
quand on lit une sourate⊠La 20e sourate, par exemple, je lâai transcrite 3 ou 4 fois,
et maintenant, je la connais par cĆur. Et petit Ă petit,
je comprends ce quâont ressenti, Ă lâĂ©poque, les gens qui lisaient le Coran.
Moi, je trouve que câest trĂšs utile de collecter des manuscrits et de les examiner. Et câest trĂšs
important pour les Musulmans, parce que, en tant que Musulmans, nous partons bien
sĂ»r du principe â comme il est dit dans le Coran, dâailleurs â que câest Dieu qui
a préservé le Livre, avec les moyens dont disposent les hommes, bien sûr.
Jâaurais peut-ĂȘtre
une autre question. Comment ressens-tu, finalement, en tant que Musulmane, le
fait de participer Ă pareil projet, qui est quand mĂȘme dirigĂ© â et qui a Ă©tĂ© mis en place - par des
orientalistes, câest Ă dire par des scientifiques non musulmans ?
Cela ne mâa jamais vraiment posĂ© de problĂšme. Il est vrai que nous avons une autre approche
du Coran. Nous le percevons vraiment en tant que livre saint, et nous y voyons notre religion.
Donc, tu nây vois pas de contradiction ? Et personnellement, moi non,
pour autant que je sois au courant de ce projet,
je ne ressens pas lĂ de contradiction. Parce que ces gens travaillent de façon trĂšs objectiveâŠ
