Est-ce une nouvelle ère qui s’ouvre ? Après la restitution de 26 trésors royaux au Bénin par la France, l’exposition « Révélation ! Art contemporain du Bénin » à la Conciergerie, à Paris, montre jusqu’au janvier 2025 les œuvres d’une quarantaine d’artistes béninois tout en ouvrant la voie à une création « post-restitution ». Qu’est-ce que la restitution a changé pour les artistes ? #bénin#restitution#création
Cet expo est né à l'occasion de la restitution des 26 trésors royaux,
mais également saisir l'opportunité de la découverte de ces trésors royaux
pour découvrir, révéler, ça a été notre objectif,
de révéler également cette scène artistique contemporaine du Vénus.
On n'est plus dans la restitution ici justement,
on est sur la révélation d'un art contemporain,
on n'est plus dans le passé,
et c'est montré bien sûr que le Vénus a une histoire,
mais il a aussi un présent et un futur.
Ce que vous voyez dans cette salle aujourd'hui,
ça n'a rien à voir de mystique, mais c'est culturel.
Je vous présente Lyssa Diakpa,
Lyssa Diakpa c'est Dieu des eaux maricageuses et des eaux douces.
Il n'y a que de la récupération,
ça c'est des bouteilles en plastique,
des bouteilles en plastique vertes,
c'est des bouteilles que j'ai ramassées.
Pour moi c'est des objets qui n'ont pas encore dit le dernier mot,
et moi je les ramasse et je les donne une autre vie.
Ce qui concerne les œuvres anciennes qui sont parties au Bénin,
moi je suis quand même satisfait,
mais il manque un peu parce qu'on n'en a que 26.
Je travaille sur la mémoire, je questionne la mémoire,
je questionne l'identité,
je questionne les traces que nous laissons,
mais aussi les traces qui nous constituent.
Et dans cette série, qui est une série de portraits aussi,
avec des textes en fenghui,
la mémoire que j'explore dedans c'est la mémoire orale
liée à la langue fenghui.
C'est l'archive que constituent les panégées claniques au Bénin,
qui sont des archives orales,
qui sont des mémoires orales et collectives
qui constituent l'identité de l'individu,
mais aussi l'identité du groupe.
Cette restitution constitue dans l'histoire du Bénin,
et je pense aussi dans l'histoire de la France,
de l'Afrique, de la France et du monde entier en fait,
constitue une première parce que ça ouvre la porte
pour quelque chose de grand, de demain, c'est une première.
Et cette exposition qui a été initiée
avec le retour des œuvres au Bénin et qui voyage depuis deux ans maintenant,
c'est le Bénin qui s'expose et qui invite le monde à sa rencontre en fait.
C'est une œuvre que j'ai créée pour la reconnaissance de la restitution.
Je suis parti de mon histoire quand j'étais jeune
où j'accompagnais ma grand-mère pour aller pêcher,
et nous on utilise les voiles sur des bateaux
et utilise par exemple la puissance de l'air qui nous ramenait.
Je dis que si aujourd'hui les œuvres,
le patrimoine royal a été restitué par la France,
là il est temps que les bateaux coupés sortent des murs
et ramènent la tradition vers les jeunes qui ont besoin au Bénin
pour faire de leur identité.
Parce qu'il est temps qu'on connaisse notre culture.
Et c'est pour ça que ce bateau s'appelle la reconnaissance.
Qu'est-ce que nous pouvons découvrir dans la tigritude ?
L'indépendance d'esprit, la volonté d'agir plutôt que de parler,
l'instinct, l'influx vital, et puis une volonté de se libérer.
Les tigres sont en gage dans le film et ils se libèrent.
Effectivement, pour moi, cette exposition,
c'est l'incarnation, la matérialisation d'une nouvelle ère
qui a été initiée par les restitutions.
Pour faire un peu d'humour, on pourrait dire que cette fois-ci,
les œuvres d'art sont arrivées volontairement.
Mais plus sérieusement, je pense que c'est effectivement
un mécanisme ou plus exactement une relation d'enrichissement mutuel.
Que ce soit au niveau des formes, comme au niveau des idées et des concepts.
Il y a une circulation libre qui s'effectue.
Une circulation qui est génératrice d'éléments nouveaux,
qui est génératrice d'idées nouvelles,
qui est génératrice d'intensité et d'émotions nouvelles.
A titre personnel, en tant qu'artiste binational,
évidemment béninois et français par ordre alphabétique,
je ne pourrais pas être plus heureux.
Et à titre encore plus intime, je dirais,
mon père était l'un des premiers cinéastes du Bénin.
Ma mère était une médiéviste qui enseignait l'histoire et la littérature du Moyen-Âge.
Pour moi, montrer ce premier film réalisé entièrement par IA
dans un lieu qui est un lieu médiéval, un des joyaux médiévaux de Paris,
c'est très touchant, c'est un hommage à eux.
Et c'est un hommage à leur mémoire, pour moi.
Pour moi, le bleu, c'est une couleur de méditation, spirituelle.
Mais c'est aussi une couleur qui me rappelle mes origines,
parce que je suis de l'ethnie yoruba.
Et dans mon ethnie, on a ce tissu-là, qui s'appelle le adiré,
qui est fabriqué avec une feuille du bleu indigo, la feuille de Elou.
Et ça permet de raconter l'histoire de la communauté.
Et donc, je suppose que mon attrait pour le bleu est ancré dans ce genre de détails-là,
le fait que j'ai grandi avec ce tissu-là,
mais aussi parce que le bleu, c'est une couleur qui m'apaise, moi, dans ma pratique de peinture.
Et ça me permet aussi de représenter la peau noire de manière un peu fantasmée.
Puisque mes tableaux sont un peu entre le réel et le songe,
ça me permet de peindre le corps féminin noir de manière symbolique.
Je pense que la restitution des œuvres au Bénin, c'est un départ,
parce que vous savez qu'on a reçu 45 ou 46 œuvres sur 7000,
donc c'est rien, c'est pilote, comme on dit.
C'est un bon départ, ça a ouvert le débat sur la suite de la vie de ces objets-là
qui sont dans les musées européens, donc c'est une très belle chose.
Maintenant, le fait qu'il y ait un retour d'exposition
qui permet de présenter des artistes béninois à un public européen,
c'est une très belle chose aussi.
Ça permet à ce public qui n'est pas habitué, peut-être, à ces approches-là de l'art,
à ces sujets-là qui sont traités, à ces médiums-là, de les découvrir.
Ça crée de la curiosité, ça crée de l'intérêt,
et c'est très bien pour les artistes béninois.
À ma gauche, Condot le Réquin, c'est une sculpture pour rendre hommage au roi Béanzin,
un roi qui a vraiment joué dans l'histoire de la colonisation,
le roi qui se métamorphose par la puissance du Vaudou, au Bénin.
C'est un peu dans ce sens pour rendre hommage à ce roi qui se métamorphose en requin.
Ici, ce n'est pas la métamorphose finale, mais c'est la base,
c'est le moment de la transformation que je présente,
où on voit un homme mi-humain et mi-animal.
La restitution, oui, c'est très important,
parce que tout le monde n'a pas la chance de venir ici, à Paris ou en Europe,
pour voir ce que nos ailleurs, les anciens, les aînés ont fait.
C'est une chance, au niveau de la restitution,
pour les personnes qui n'ont pas la chance de voyager,
de voir, de contempler au mieux ce qui se faisait,
afin qu'il y ait une corrélation parce qu'on ne peut pas se séparer de son passé.
C'est le moment et le temps.
Derrière la porte, qu'est-ce qu'il y a derrière la porte ?
Le moment ne pouvant pas nous dire qu'il est pour l'autre,
le temps viendrait nous dire que ce sont des artistes contemporains qu'ils sont,
que ce sont des artistes contemporains que le Bénin est en train de présenter,
et c'est à la fin de voir si vraiment ce sont des artistes contemporains.
Je suis béninois, c'est-à-dire qu'il y a des œuvres des rois,
c'est-à-dire des œuvres pour des rois qui ont été présentées,
mais on ne sait pas exactement dans quelle intention.
Ces œuvres ont été réalisées, à quoi serviraient ces œuvres ?
La France les ayant prises,
aujourd'hui la France les ayant restituées,
ça va être un poste d'interrogation.