En France, le délai moyen pour tomber enceinte est actuellement de sept mois. Mais pour certains couples, cette attente peut durer des années au point de perdre parfois l’espoir de devenir parents. Aurélie et son mari ont traversé un très long parcours de la PMA, sans succès… Et puis un jour, la vie les gâte d’une belle surprise en la personne de Billie née il y a six ans. Un vrai miracle qu’ils nous racontent.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
que je rejoins maintenant.
Je ne sais pas si vous connaissez le délai moyen pour tomber enceinte
en France.
C'est 7 mois.
C'est la moyenne, à peu près.
Pour certains couples, ça peut durer des années.
Parfois, ça n'arrive jamais.
Aurélie, ça a pris du temps.
Vous allez nous raconter ça.
Ca va mieux, le trac?
- Aurélie: Oui.
- A.Lecaron: Il faut oublier.
On est toutes les deux.
Personne ne nous regarde.
En gros, vous avez traversé un long parcours de PMA,
sans succès.
Ca a été très difficile pour vous.
Je n'en dis pas trop, mais disons que la vie vous a réservé
une belle surprise.
Vous êtes en couple avec Alexandre depuis vos 18 ans.
L'année de votre mariage, c'était combien de temps après?
- Aurélie: 8 ans.
- A.Lecaron: Vous décidez de fonder une famille.
Racontez-moi.
Comment vous vient ce besoin, cette envie de devenir maman?
- Aurélie: On voulait concrétiser notre union.
J'ai offert ma pilule dans une petite boîte à Alex
l'année du mariage en disant que j'étais prête,
qu'on allait faire un mini-nous.
On a essayé de faire un bébé.
Au bout de 3 ans, il n'était toujours pas arrivé.
- A.Lecaron: Vous aviez quel âge?
- Aurélie: 26 ans, quand on a décidé...
Alex avait 27 ans quand on a décidé d'avoir un enfant.
- A.Lecaron: Au bout de 3 ans, ça ne marche pas.
Vous vous tournez vers un professionnel?
- Aurélie: Oui.
J'avais un suivi gynéco.
J'en parle.
Je dis que ça fait 3 ans et que ça ne fonctionne pas.
Qu'est-ce qu'on peut faire?
On nous a orientés vers les examens de base, un spermogramme pour Alex
et une batterie d'examens féminins pour moi.
Ca a révélé que j'avais une trompe bouchée et j'avais des cycles
très irréguliers.
Ca allait jusqu'à 50 ou 60 jours.
C'était très irrégulier.
Le spermogramme d'Alex a révélé qu'il était atteint d'une OATS.
Ca veut dire pas beaucoup de spermatozoides.
Le peu de spermatozoides présents ne sont pas fortement mobiles
et ils présentent des anomalies.
Ce n'était pas bon du tout.
- A.Lecaron: Une infime partie de ses spermatozoides
sont dits normaux.
- Aurélie: Vraiment très infime.
- A.Lecaron: Vous êtes très jeune, 26 ans.
J'imagine qu'il a à peu près votre âge.
Ca a dû être très dur à entendre.
Qu'avez-vous ressenti quand vous avez entendu
ces résultats?
- Aurélie: On se doutait un peu qu'il y avait un problème
après 3 ans d'essais, mais ça nous a quand même anéantis,
surtout mon mari.
Ca a été compliqué pour lui.
C'est vrai qu'il était jeune.
Dans sa masculinité, ça n'a pas été évident à digérer,
Comme information.
Il s'en voulait beaucoup.
Il disait: "J'ai l'impression d'être un soldat qu'on a désarmé."
Il s'en voulait beaucoup.
Je l'ai toujours rassuré.
Je ne lui en ai jamais voulu.
- A.Lecaron: Il a culpabilisé?
- Aurélie: Beaucoup, mais je ne lui ai jamais
reproché quoi que ce soit.
De mon côté, ce n'était pas terrible non plus.
On s'est accrochés.
On voulait affronter le parcours à 2, comme beaucoup
de parents, malheureusement.
"On va aller jusqu'au bout."
- A.Lecaron: Vous commencez un parcours PMA.
Ils sont optimistes, dans le centre PMA?
- Aurélie: Optimistes, je ne sais pas.
Ils ne nous l'ont pas fait remarquer, mais ils ont dit
qu'il fallait passer par des FIV avec des injections
intracytoplasmiques.
- A.Lecaron: Vous êtes devenue une pro.
- Aurélie: Oui.
C'était il y a longtemps, mais c'est resté.
On injecte les spermatozoides directement Dans l'ovule
pour les mettre en culture après.
On n'est pas passés par les inséminations artificielles
ni par les FIV classiques.
On savait déjà que c'était FIV ICSI.
Après, en cas d'échec, c'est le don de gamètes
et l'adoption.
- A.Lecaron: On vous explique ce qui va se passer.
Il faut faire la FIV la plus extrême.
Si ça ne marche pas, il n'y aura pas d'autre option que de faire
un don de gamètes ou d'adopter.
Comment s'est passé ce parcours?
Vous avez fait une 1re FIV qui s'est soldée par un échec.
Ensuite, qu'est-ce qui s'est passé?
C'est l'ascenseur ascensionnel.
- Aurélie: C'est compliqué à vivre au quotidien.
Je pense à tous les couples qui passent par cette période.
J'ai eu 5 FIV ICSI.
La 1re, j'ai eu la chance D'avoir un transfert
qui s'est soldé par un échec.
Les 4 suivantes, en fait...
Le médecin a décidé d'une culture prolongée à J5, pour voir s'il
y avait une division cellulaire.
Malheureusement, les 4 FIV suivantes,
il n'y a jamais eu de division cellulaire.
Je n'ai pas eu de nouveau transfert.
A chaque fois, ça a été un échec.
Nous les avons cumulés.
- A.Lecaron: Ca veut dire que les embryons ne se forment pas.
- Aurélie: Il n'y a pas de division.
Ca ne se forme pas.
C'est sans doute pour ça que ça a été un échec
lors du 1er transfert.
Ca ne fonctionnait pas.
Il n'y avait pas de division.
- A.Lecaron: J'imagine que c'est dur à vivre, même pour
le couple.
Comment vous traversez ça, tous les 2?
- Aurélie: Il y a eu des hauts et des bas.
On a la chance d'être un couple soudé.
On s'entend bien.
On s'est soutenus tous les 2,
mais je ne cache pas qu'il y a eu des hauts et des bas.
- A.Lecaron: Forcément, même physiquement.
- Aurélie: Physiquement et moralement.
C'est des injections d'hormones.
Ca n'a pas toujours été facile.
Parfois, c'est fatigant, au quotidien.
On a tout gardé pour nous.
Ca n'a pas toujours été facile, mais on s'est soutenus.
- A.Lecaron: Votre couple était soudé pour affronter ça.
Votre 5e échec, c'était en 2013.
On vous a proposé, de façon classique,
de faire un don de gamètes ou un don d'ovocytes, ou les 2.
Comment avez-vous pris cette option?
- Aurélie: On devait faire les 2 tentatives.
La 1re avec un don d'ovocytes et avec un don de sperme,
pour le 2e.
D'un commun accord, on s'est dit qu'on arrêtait.
On voulait essayer d'avoir un enfant avec mes ovocytes
et son sperme.
Ca ne fonctionnait pas.
Ce sont de belles techniques.
Les dons, c'est bien, mais...
- A.Lecaron: Ce n'était pas pour vous?
- Aurélie: Physiquement, je devais arrêter,
moralement, mais aussi pour notre couple.
On s'est dit qu'on arrêtait.
On voulait faire une pause et essayer de se retrouver.
C'était un peu de l'acharnement.
5 FIV, c'est beaucoup.
On a stoppé.
- A.Lecaron: Après, vous partez aux Etats-Unis.
Ca faisait combien de temps?
9 ans? Non?
Quasiment?
- Aurélie: 2017...
Ca faisait 9 ans, oui.
- A.Lecaron: Ca faisait 9 ans que vous étiez
dans des parcours PMA.
On comprend que vous étiez épuisés.
Vous décidez de partir aux Etats-Unis en amoureux
en vous disant: "C'est pas grave.
On trouvera notre bonheur ailleurs.
On fait une pause."
Quand vous rentrez, en septembre, ce qui n'est pas étonnant
chez vous, vous avez un retard qui vous paraît
ne pas être classique.
- Aurélie: On a fait ce voyage pour se féliciter tous les 2
d'avoir tenu le coup pendant toutes ces années,
de nous être soutenus mutuellement.
C'était très bien.
Au retour, j'ai atteint 64 jours de retard de règles.
Ca m'était déjà arrivé mais j'ai senti quelque chose.
J'ai fait un test.
J'étais seule à la maison.
J'ai fait le test urinaire.
Grande surprise, très grande surprise!
J'ai fait une prise de sang tout de suite.
Je me suis dit que j'étais en train de rêver,
que ce n'était pas possible.
- A.Lecaron: Et votre mari, après le test?
- Aurélie: Je lui ai dit après la prise de sang.
Je voulais être sûre.
- A.Lecaron: Avec la prise de sang, vous voyez que c'est positif.
Comment vous réagissez?
- Aurélie: J'ai eu un tsunami d'émotions.
C'était quelque chose qu'on attendait
depuis presque 10 ans.
On le ressentait enfin.
C'était concret.
J'ai eu la joie, la peur...
- A.Lecaron: Et lui, quand vous lui avez annoncé?
- Aurélie: Je lui ai annoncé le soir.
J'avais acheté un livre, "Le Guide du futur papa".
Je l'avais emballé.
Il a ouvert le livre.
Quand il l'a vu, il a dit: "Non, non, non..."
Ca a duré un moment.