“On m' a toujours dit que pour avancer, il faut savoir d' où l' on vient.” Luthier vielle à roue

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La vielle à roue : rencontre avec Sébastien Tourny, luthier français
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Je suis Sébastien Tourny, facteur de vielle à La Châtre.
Je suis installé depuis 2013
et je fabrique des vielles à roue depuis 1998.
Et donc là, vous êtes dans mon atelier de fabrication.
Et donc là, vous êtes dans mon atelier de montage
où là, je passe 80% de mon temps en fait.
Donc vous pouvez voir des gabarits.
J'ai tout un tas de gabarits,
donc c'est avec ça que je vais faire mes pièces,
préparer mes pièces.
Là, on a ce qu'on appelle des moules pour les caisses.
Donc j'ai un moule asymétrique, un moule symétrique.
Quelques machines comme une petite scie à chantourner
pour faire de la marqueterie et des choses assez fines.
Ici, on a une ponceuse, ponceuse et lapideur.
À côté, j'ai la scie à rebond.
Et juste à côté, la petite scie circulaire et perceuse de colonne.
Je suis en train de finir une vielle.
Donc là, je viens de monter les cordes ce matin.
Et donc, elle a poussé ses premiers cris ce matin en fait,
vers 10 heures du matin.
J'ai mis 70 heures à peu près pour la fabriquer.
La partie rythmique de la vielle en fait,
on appelle ça aussi un chevalet mobile,
qui va donner la rythmique.
Vous voyez, on peut en faire un.
Les ciseaux à bois.
Donc l'érable, c'est un bois qui est énormément utilisé en lutterie,
parce qu'il a des bonnes propriétés dynamiques
pour la vibration du bois.
Et aussi, c'est un bois qui bouge très peu.
Ce qui fait qu'on peut vraiment descendre dans les épaisseurs
et avoir un bois qui ne bouge pas beaucoup
et qui va vibrer.
Et aussi, l'intérêt de l'érable,
c'est qu'il a des...
Comme on peut voir ici en fait,
donc le fil du bois est ici.
Et là, on voit des ondes.
C'est ce qu'on appelle de l'érable ondé.
Et les ondes vont permettre
de multiplier la mécanique du bois,
c'est-à-dire la dureté du bois,
par 10 en fait.
Ce qui va permettre d'avoir des bois très fins.
Et ça va pouvoir bien vibrer sans se casser,
sans se déformer.
Donc là, j'ai en train de faire la marque du chien.
Donc là, je vais le désépaissir
pour enlever de la matière.
Voilà.
Vibration d'un chien de vieille érable.
Là, j'ai un chien qu'on appelle en Do.
Et celui-ci, il est en Sol grave.
Quand le diamètre...
Plus le diamètre est gros en fait sur les cordes,
comme sur beaucoup d'instruments,
plus le diamètre est gros,
plus on va descendre dans les graves.
La viole à roue, c'est un instrument à cordes frottées.
Donc on a trois parties différentes de la viole.
On a la partie rythmique qu'on vient de voir,
la partie mélodique.
Donc là, on va mettre des cordes.
Et en appuyant sur les touches,
on appuie sur le...
on appuie sur le saut 3,
et ça va couper la corde,
comme le doigt sur le violon.
À ne pas abîmer trop la corde
sur le frottement de la roue.
Parce que le...
Autant sur l'archer,
sur un violon,
on n'a pas besoin de mettre de coton,
parce que le cheval...
l'archer ne va pas toujours vers l'endroit.
On met de la colophane sur la roue.
Qui est l'archer de l'instrument.
Ça s'appelait Organistron.
Ça se jouait à deux.
Donc il y avait un musicien,
ça se tenait sur les genoux des deux musiciens.
Un musicien qui ne tournait que la manivelle.
Et un autre, au lieu d'appuyer sur les touches,
il appuyait, il tirait sur des petites tirettes.
Donc il allait donner aussi,
comme ici, des notes.
Et donc il n'avait pas beaucoup de notes.
Il avait entre 7 et 8 notes.
Et c'était pour accompagner les chants gregoriens.
A partir du XIVe siècle,
l'Organistron a un peu disparu.
Parce que l'Harmonium est arrivé.
Et donc l'Harmonium a pris la place de l'Organistron.
Et l'Organistron est devenu un peu l'instrument du diable.
Donc il a un peu...
Il a complètement disparu.
Presque disparu.
En fait, on a eu la vielle,
ce qu'on appelait chiffonnie ou symphonie.
Donc là, à l'inverse de l'autre,
c'était tout petit.
Ça fait comme une petite boîte.
Où il y a tout l'intérieur.
Il y a la roue, le clavier.
Il n'y avait pas encore la rythmique.
Il y avait juste les bourdons et les chanterelles.
Là, ça s'appelait symphonie ou chiffonnie.
Et à partir du XVIIe, XVIIIe,
l'âge d'or de la vielle à roue,
Marie-Antoinette s'est mise à jouer de la vielle.
Et là, il fallait que toute la cour joue de la vielle.
C'est là où il y a eu énormément de fabrication de vielle.
Et avec les corporations.
C'est-à-dire, le sculpteur faisait la sculpture.
Le marquetteur faisait la marquetterie.
Là, on a des chefs-d'œuvre en vielle à roue.
Avec des têtes, des super têtes en ébène.
Avec des dents en ivoire.
Un truc comme ça.
Et l'objectif, c'était que la vielle devait détrôner le violon.
Parce qu'en fait, la roue, qu'un archer...
En fait, là, comme c'est un cercle, on a un son continu.
Et l'objectif, c'était justement d'arriver à avoir un son continu.
Alors que le violon a l'objet de s'arrêter.
C'est retombé dans les oubliettes.
Donc, c'est les mandants qui jouaient de la vielle.
Et la vielle a un peu disparu.
Elle est revenue grâce au groupe folklorique.
Donc, l'un des premiers groupes folkloriques qui est sur Nantes.
C'est à côté, ici.
Qui s'appelle les Gays du Berry.
Qui a été formé en 1888.
Alors, l'objectif de ce groupe folklorique, c'était de monter...
D'avoir plusieurs musiciens ensemble.
Parce qu'on avait souvent...
Dans chaque petit village, il y avait souvent une vielle ou une corde à muses.
Qui animait les Saint-Blaise, les Saint-Vincent, les mariages, les enterrements aussi.
Et là, en fait, l'objectif, c'était de rassembler un peu tous les musiciens autour de la châtre.
Et donc, c'est là où est né les Gays du Berry.
Où ils sont montés jusqu'à 70, 80, voire 100 musiciens ensemble.
Où ils ont été un peu comme l'harmonie municipale d'aujourd'hui.
Mais en musique traditionnelle.
Et à partir de 1950, la vielle est un peu retombée dans les oubliettes à cause de l'accordéon chromatique.
En fait, les musiciens qui jouaient de la vielle se sont mis souvent à l'accordéon chromatique.
Et la corde à muses se mettait au saxo ou à la clarinette.
Et donc, ils jouaient plus des morceaux de l'époque, des années 60, des années 50.
Qui étaient plus faciles que de les jouer avec la vielle.
Et c'est à partir de 1970 qu'on a eu Gabriel Yacoub.
Qui ont remis un peu la vielle dans...
C'était plus dans le folklore, c'était plutôt dans la musique traditionnelle.
On en a Mali Korn, qui était un groupe phare des années 70.
Et le festival aussi de Saint-Chartier.
Ce qui s'appelait le Festival des Maîtres Sonneurs.
Qui a démarré en 1976.
Et qui a existé jusqu'en 2013.
C'est ça, 2013.
Et le son continu a repris 2014 jusqu'encore cette année.
Et là, c'est un festival qui a eu une renommée mondiale.
Puisque c'est le plus gros festival d'Europe en musique traditionnelle.
En fait, ce festival a été créé en 1976.
Par Michel Frammentot, qui jouait de la vie à la roue.
En musique classique.
Et Jean-Louis Boncoeur, qui était un conteur renommé ici.
Qui était prof de dessin dans la vie courante.
Mais qui était conteur.
Qui créait des contes birichons.
Et leur objectif, c'était de rassembler les musiciens et les luthiers.
Parce que souvent, le musicien allait voir son luthier.
Et c'est tout, point, il s'arrêtait là.
Mais l'objectif, c'était de faire cette rencontre.
Et donc, ils ont commencé ce festival.
Qui était une petite fête de village.
Qui a démarré.
Et très vite, ça a monté.
Et en 2002, c'était le plus gros festival d'Europe.
Où il y avait plus de 30 000 personnes qui venaient.
Il y avait plus de personnes dans le hof que dans le hymne.
D'ailleurs, beaucoup de gens connaissaient le hof, mais pas le hymne.
A l'époque, j'avais une petite maison dans la châtre.
Avec un petit logement.
Je louais le truc pour 4 jours.
Il y avait des gens qui n'étaient jamais rentrés.
Il y avait un parc du château.
Où il y avait tout le hymne.
Ça faisait 10 ans qu'ils faisaient le festival.
Ils n'étaient jamais rentrés, voire les luthiers.
C'est vraiment ce festival qui m'a fait connaître les musiciens professionnels.
Et le réseau de la musique.
Où je me suis aperçu que je n'étais pas le seul à jouer de la vielle.
Aujourd'hui, c'est rigolo.
Parce que j'ai des gens qui se foutaient de moi.
Qui étaient des collègues avec moi.
Et aujourd'hui, ils viennent me commander des vielles.
Ce festival a vraiment fait une promotion sur cette musique traditionnelle.
Qui est énorme.
Aujourd'hui, c'est un peu fini.
Mais à une époque, les étrangers venaient.
Parce que la musique centre-France.
Il y a des musiciens comme Fredo Paris.
Frédéric Paris.
La Chavanée.
Qui est un groupe folklorique sur 100 coins.
Sainte-Anne-en-Hervére plutôt.
C'est une locomotive de la musique traditionnelle.
Ils jouent de l'accordéon.
Ils jouent de la vielle.
Ils jouent de l'accordéon muse.
Ils créent beaucoup de musiques.
Ils ont fait beaucoup d'albums.
Donc les étrangers venaient en France.
Chercher les partitions.
Les CD.
Les machins.
Pour apprendre leurs morceaux.
Aujourd'hui, ça c'est un peu fini.
La nouvelle génération de musiciens.
Belges.
Italiens.
Ils ont leurs compositions.
Ils se sont servis.
Leurs aînés se sont servis de tout ce que nous.
De tout ce que les français ont fait.
Et là, maintenant, ils créent leur musique.
Et ça marche super bien.
Et je dirais même que c'est en bien plus évolué que chez nous.
Là, j'ai fait des salons en Italie.
J'ai fait des salons en Hollande.
On allume la télé dans l'hôtel.
On a une émission consacrée au festival.
En France, la seule tradition qu'on entend, c'est Bretagne.
Ou l'Irlande.
Ou la Corse.
Le reste, on n'entend pas du tout parler.
Leçon continue l'année prochaine.
Rendez-vous du 11 au 14 juillet.
Au Château d'Ars.
Maintenant, beaucoup dans les musées.
Sur la Cité de la Musique à Paris, il y en a une.
Il y a une louvée.
Une vielle de 1724, je crois.
Il y a eu un époque, il y a eu des gens qui en ont racheté.
Il y a eu aussi des gens qui ont essayé d'en acheter.
Parce qu'ils se sont dit qu'il n'y aura plus de facteurs de vielle.
Donc on va en acheter, on va en acheter.
On va pouvoir les revendre à prix d'or.
Malheureusement, il y a encore des facteurs de vielle.
Ces vielles-là n'ont pas énormément gagné en argent.
Mais oui, ça existe encore.
Genre, ils visent 3 ou 4 des vielles qui sont de 1724.
La vélarousse, on peut l'appeler comme traditionnelle.
Mais pour moi, il y a deux choses un peu différentes.
Le traditionnel, pour moi, c'est très contemporain.
Aujourd'hui, les gens qui jouent de la vélarousse,
les musiciens professionnels comme les amateurs,
comme on peut voir au festival de Saint-Continu maintenant,
qui était à Saint-Chartier avant.
Maintenant, Saint-Continu, le Château d'Ars,
dont je fais partie dans l'organisation,
qui se déroule du 11 au 14 juillet,
qui va encore être cette année, 11 au 14 juillet.
C'est un festival où les musiciens qui jouent sur scène,
ils jouent bien des morceaux traditionnels
comme la bourrée, comme la valse.
Ça part vraiment des bases qui existent depuis très longtemps.
Mais avec leur composition.
C'est-à-dire que 90% des musiciens qui jouent sur scène,
c'est leur musique à eux.
C'est une musique très contemporaine et très vivante.
C'est ce qui permet d'évoluer au fil du temps.
Parce que comme elle évolue par rapport à son temps,
elle va toujours être en avance sur les choses,
comme il faut.
Sans oublier d'où on vient.
On a toujours dit, et ça je le dis,
s'il y avait un truc que je dirais,
c'est pour avancer, il faut savoir d'où on vient.
Et donc, on a les deux.
On a le folklore, on a les groupes folkloriques
qui sont habillés comme à une certaine époque,
qui ont figé l'époque,
qui jouent comme à l'époque.
Mais aussi, en parallèle, on a les instruments,
on a les groupes traditionnels,
plus on va dire plus folk,
où ils ont pris les bases de la tradition
et ils l'ont fait évoluer.
Je suis convaincu qu'elle va encore évoluer
parce que ces dix dernières années,
je pense que c'est l'instrument qui a le plus évolué
sur tous les instruments du monde.
Moi, j'ai vu une grosse évolution.
J'ai commencé à en faire chez Cardiff en 98.
J'ai commencé à en faire chez Gorjon en 93.
J'ai eu mon BEP en 94, en 79, 89.
J'ai commencé à en faire 89.
Ce que je faisais en 89 et ce que je fais aujourd'hui,
ça n'a plus rien à voir.
Il y a bien toujours le clavier,
il y a bien toujours les cordes,
mais ça n'a plus du tout le même son,
ça n'a plus du tout les mêmes objectifs.
On est beaucoup plus régulier sur les choses.
Il faut que ce soit un instrument qui soit juste,
parfaitement juste.
Alors qu'avant, on était un peu aléatoire.
Il y a ça, c'est aussi grâce aux musiciens professionnels
qui ont des exigences et qui ne veulent jouer pas
qu'avec des cordes muses ou des accordéons.
Ils jouent avec tous les instruments.
Donc là, il faut que l'instrument soit un instrument de musique
et pas un instrument traditionnel.
Parce qu'à une époque, on disait,
c'est une vielle, on ne peut pas faire mieux.
Les Gilles Chalmin, ils jouent de la vielle.
Il a joué avec n'importe quel instrument,
comme n'importe qui avec un autre instrument.
Il m'a dit, en effet, on n'était pas beaucoup
de musiciens professionnels,
donc j'étais le meilleur de France, facilement,
comparé à un guitariste jazzman ou un guitariste classique.
Là, ils sont beaucoup sur le marché.
Pour être le meilleur, il faut vraiment être très fort.
Moi, j'utilise beaucoup les caisses en érable,
la table en épicéa, le fond en érable aussi.
Mais je remplace des fois l'érable par le noyé,
donc il y a un bois qui est beaucoup plus marron.
Là, on en a du noyau d'Amérique,
qu'on appelle ça, qui est un peu noir.
On peut l'utiliser autre que la table d'épicéa.
Moi, je l'utilise à 90 %,
parce que l'épicéa a un bois qui est vraiment reconnu
pour la résonance.
Et il faut savoir aussi que plus l'instrument va jouer,
plus le bois va se bonifier en fait dans la vibration.
Donc on peut vraiment avoir un instrument
qui va évoluer avec le musicien.
On peut avoir du vrai cédar,
donc c'est un bois qui est un petit peu plus rouge,
mais aussi qui est un résineux,
et qui pousse très vite, contrairement à l'érable.
Et là, en fait, il y a un son très dynamique, direct,
mais dans le temps, il va moins se bonifier.
S'il ne marche pas au démarrage,
on ne va pas arriver à avoir quelque chose...
Alors que là, bon, il faut que ça marche bien sûr.
Même au démarrage, il faut que ça démarre.
Mais le musicien, je le vois, des gens comme Gilles
ou comme Greg, qui en joue beaucoup,
très souvent, de la guêle, quand même beaucoup,
par jour, par rapport à un client lambda
qui va en jouer 5 à 6 heures par semaine,
alors que c'est 5 à 6 heures par jour,
voire sûrement plus,
et bien là, je le vois, en un mois,
l'instrument a énormément évolué.
Quand il part de l'atelier et qu'il revient,
il a complètement changé le son.
Le bois bouge, il va évoluer,
parce que plus on le fait vibrer,
plus il va devenir souple et plus il va vibrer,
et aussi le réglage et la patte du musicien
qu'il va avoir derrière.
Parce qu'il faut savoir que l'instrument peut être très long,
si le musicien est très mauvais, ça ne va pas marcher.
Et à l'inverse, ça peut être un instrument
qui ne soit pas terrible,
mais avec un super musicien, ça va sonner toujours.
En luthier, il faut utiliser des bois,
en fait, à la différence d'un ébéniste,
on est quand même très proche,
on demande quasiment la même qualité,
c'est-à-dire qu'on travaille au centième,
comme l'ébénisterie,
à la différence, c'est qu'un ébéniste
va utiliser des planches de bois.
Et nous, les luthiers,
on est obligés d'avoir toujours la veine,
il faut que ça soit bien franc.
Et donc, j'ai un,
il y en a un, une scierie en France,
qui fait ça, ça s'appelle les bois de luthier.
Il est dans le jura, donc dans les hauteurs.
Pourquoi ? Parce qu'en fait, les bois,
plus ils sont dans les hauteurs,
plus ils poussent lentement.
Plus ils poussent lentement,
les fibres du bois sont très serrées.
Et plus elles sont serrées,
automatiquement, ça va transmettre mieux le son.
Et surtout, ça va moins mouger,
parce que mécaniquement,
il est beaucoup plus résistant,
donc on peut vraiment descendre dans les épaisseurs.
Pour vous donner des exemples,
la table d'harmonie fait 3,2 en épaisseur.
Mes écrits, ça fait en 2,1,
et ainsi de suite.
Si j'utilisais des bois d'ébénisterie,
en planche,
j'aurais des déformations, en fait.
Et je suis obligé de travailler
sur des épaisseurs un peu plus importantes.
Et donc là, en fait,
souvent, en lutherie,
le mec de la scierie,
qui était anciennement Bernard Michaud,
j'ai perdu le nom de son remplaçant,
il a des bois qui font à peu près
la hauteur d'une contrebasse.
Il prend le tronc,
et au lieu de découper en planche,
il va le fendre en deux,
et après, il va le découper en camembert.
Ce qui fait qu'on a toujours
les veines du bois bien franches,
et surtout ce qu'on appelle surquartier.
C'est-à-dire que les veines de la table
ne sont pas comme ça,
elles sont toujours bien comme ça.
Pour qu'elles ne bougent pas trop,
et surtout qu'on s'aperçoit
que c'est là qu'il y a le meilleur son.
J'associe souvent la lutherie
à la cuisine, en fait.
On a tous les mêmes ingrédients.
Suivant comment on va les utiliser,
automatiquement, ça va changer le son.
Et surtout dans la vieille,
c'est encore très artisanal,
voire toujours artisanal.
Alors j'ai quelques machines numériques,
mais 80% du temps,
c'est de la prestation,
donc c'est fait à la main.
Et là, chaque luthier,
on est en 15e en France
à fabriquer des vielles à roue,
chaque luthier a son son,
chaque luthier a son instrument.
Et on ne fait pas la même chose, en fait.
Alors, on utilise beaucoup de cordes
en vieille à roue,
tout ce qui est musique traditionnelle,
on utilise beaucoup de cordes boyaux,
du boyau d'auvin au bovin.
Quand on part sur des altos,
comme celle-ci,
pour descendre dans les graves,
là, on va être obligé d'utiliser
des cordes du quatuor.
Donc là, je vais utiliser un sol d'alto
et un do d'alto,
que je vais descendre pour avoir...
Parce qu'en fait,
dès qu'on a de la corde métallique,
on va alourdir la corde,
ce qui fait que la vibration
va être beaucoup moins vite,
va aller moins vite,
et donc on descend dans les graves.
Comme si vous pouviez regarder
sur les bourdons,
ils sont encore plus gros,
avec des filets plus gros.
Et là, ils sont encore plus graves.
Et il y a des cordes
dont je n'ai pas trop parlé,
parce qu'elles ne sont pas encore bien réglées,
mais...
Elles sont toutes déréglées,
mais c'est des cordes de sympathie.
Donc c'est les seules cordes
qui ne touchent pas la roue
et qui vont sonner par sympathie.
Donc quand les autres cordes
vont faire certaines harmoniques,
elles vont réagir,
et c'est ce qui va donner
un peu de suste,
ou de la reverb, en fait.
Mais celle que je vais démarrer
la semaine prochaine,
que je vais travailler
avec Romain Beaudoin,
j'ai déjà fait un prototype,
où là, on a la roue qui bouge
pour pouvoir faire comme un violon,
en fait, vraiment diminuer le son
ou remonter le son.
Elle va toucher plus ou moins
la corde.
Jusqu'à même se décrocher
complètement des cordes,
on va pouvoir faire
ce qu'on appelle du tapping.
Donc au lieu d'avoir le son
par le chevalet,
en tapant sur les touches,
ça va donner une note.
Et ça, c'est Grégory Jolivet,
qui est un violeur, un violiste
sur Châteauroux.
En fait, c'est lui qui a eu l'idée
de transcrire ce qui se passait
en guitare,
avec le tapping sur la guitare,
qu'il a remis sur sa vielle.
Et donc, comme il n'y a pas
beaucoup de son,
comme on ne frappe pas beaucoup
la corde,
il faudrait jouer plus.
Sa première idée,
c'était de déplacer la corde
sur le chevalet
pour qu'elle ne touche plus la roue.
Et Romain Beaudoin,
qui est un de ses collègues,
qui est aussi musicien professionnel,
mais qui, lui, est sur pot,
il a eu l'idée de bouger la roue
pour décrocher la roue
et pouvoir jouer en tapping
et en même temps en son continu
quand il le souhaite.
Et on a un autre violeux
qui s'appelle Guilhem Desc,
qui est le fils d'un luthier
qui s'appelle Daniel Frouvel,
qui est plutôt axé
sur les percussions,
qui, lui, musicien,
un peu aussi luthier,
parce qu'il fait un peu tout.
Il a carrément une petite barrette
ici, là.
En appuyant avec sa main,
il fait descendre la roue.
Et donc, il a à peu près
le même système
que Romain a sur sa vielle.
Au lieu que la roue bouge
en latérale,
elle va plutôt descendre.
On peut diminuer le son
ou l'augmenter.
Il faut savoir que la vieille à roue,
les musiciens professionnels
en vieille à roue,
c'est très jeune.
C'est le premier,
c'était Valentin Clastrier,
et c'est 1978-1980.
Oui, c'est vrai.
Vous voyez, c'est vraiment très jeune.
Et depuis Valentin,
il y a eu beaucoup d'émulations
de musiciens professionnels
en vieille à roue.
On a des Gilles Chaminade, aussi,
qui est à côté de Châteauroux,
à Etrechet, exactement,
qui a été le musicien.
Il a fait un peu
toutes les grosses scènes
avec Jean-Jacques Goldman,
avec Stéphane Escher,
et tout ça.
Il a tourné longtemps
avec un groupe Corse,
Chant Corse et Mouvrini.
Et lui, aussi,
en tant que musicien professionnel,
automatiquement,
en jouant de la vieille
huit heures par jour,
voire même plus,
il a des idées
et le luthier doit s'adapter à ça.
Donc, avec Gilles,
j'ai bossé,
on a fait une vieille
la même que celle-ci,
en trois chanterelles.
J'en ai fait une la même,
mais en deux chanterelles,
et j'en ai fait une, aussi,
en ténor, en harigras,
où il joue dans un groupe,
ça s'appelle Medi Gordi,
donc c'est du blues à la vieille à roue.
Alors, ça fait plus de 20 ans
que je fabrique des vieilles,
donc j'avance,
en fait, on avance toujours.
On trouve toujours des nouveautés
dans la lutterie,
dans le son,
dans les techniques,
et donc,
quand on demande un truc
qui n'a jamais été fait,
il faut réfléchir.
Souvent, je fais un premier prototype
aux musiciens,
c'est ce qui s'est passé
pour Romain Beaudoin
ou pour Jean-Luc Hime,
où j'ai fait une copie 18e.
Je n'en avais jamais fait avant,
j'en avais vu quelques-unes
dans les musées,
mais l'objectif,
c'était d'avoir un instrument petit,
bien décoré,
avec un son de l'époque,
mais aussi un son
qu'on peut entendre aujourd'hui,
c'est-à-dire mettre des micros
pour pouvoir le brancher,
pour jouer dans n'importe
quelle situation.
Et donc,
quand c'est comme ça,
quand je ne suis pas sûr
de la chose,
je fais d'abord
un prototype,
et après,
le musicien,
on va bosser un an,
deux ans dessus,
jusqu'à ce qu'on soit
au bout du réglage,
qu'on ait tout compris,
et que là,
je fais l'instrument final.
Ça arrive toujours,
mais là,
justement,
on réfléchit,
on se repose.
Je vois,
quand j'ai fait
la ténore de Gilles Chaminade,
c'était beaucoup plus longue
que j'avais jamais fait.
On a travaillé ensemble,
là,
je n'ai pas fait de prototype,
c'était direct.
En fait,
normalement,
je fais une vielle,
je la démarre.
Celle-ci,
je l'ai démarrée
il y a trois semaines.
Sur celle de Gilles,
je l'ai démarrée
au mois de janvier,
et je l'ai livrée
au mois de juillet.
En fait,
il y avait des choses
qui n'allaient pas,
donc j'en ai fait deux
en même temps,
avec une lutterie
comme j'avais l'habitude
de faire,
et c'était au moment
du Covid.
Pour moi,
ça a été une chance,
ce Covid.
Ça m'a permis
de bloquer,
on ne faisait plus
de réglages,
plus de révisions
parce que les clients
n'avaient plus le droit
de bouger.
Je m'étais axé
que sur la fabrication,
et au bout de trois mois,
j'avais un peu d'avance
dans mon planning,
donc je me suis dit
soit je ramène tout le monde
parce que j'ai quatre ans
de délai en fabrication,
j'ai quatre ans
de commandes d'avance,
et soit je ramène
tout le monde
ou j'essaye
de trouver
une nouvelle lutterie.
Je suis parti là-dessus.
A l'époque,
je faisais pas mal
de courses à pied,
et quand on va
du point A au point B,
il faut s'occuper de l'esprit,
et c'est là que ça tourne.
Et en courant,
j'ai trouvé
une technique
de lutterie,
de barrage
que j'ai mis en place,
et ça a fonctionné.
Et la viol de Gilles,
la ténore de Gilles,
c'était la première
avec ce système-là.
Et ce qui est rigolo
dans l'histoire,
c'est que quasiment
dans les mêmes moments,
j'ai un facteur de guitare
qui habite en Bretagne
qui s'appelle Fred Ponce,
qui a trouvé
la même technique.
Et je l'ai su
parce que lui,
la guitare étant
beaucoup plus médiatisée,
il a fait des vidéos
sur YouTube,
il expliquait
qu'il avait trouvé
un nouveau barrage
et des trucs comme ça.
Et de la façon
dont ils expliquaient,
je me dis mais ça ressemble
vraiment à ce que je viens
de mettre en place.
C'est rigolo.
Et en fait,
j'ai envoyé un petit mail
en disant là,
t'inquiète,
je fais pas de guitare,
mais je fais des viols à roues,
et sur telle vidéo
que t'as mis sur YouTube,
j'ai l'impression
que ça ressemble
beaucoup à ce que
j'ai mis en place.
Ce que t'appelles
les barrages dynamiques,
ça y ressemble.
Et il me dit
ok Seb,
je te connais,
ma belle soeur joue de la viol
Donc il m'a envoyé
tout son processus,
je lui ai envoyé
tout mon processus,
et en effet,
c'est vraiment très proche.
Et on a essayé de comprendre
comment on avait pu faire
la même chose en même temps.
En fait,
on a regardé
un tremblement de terre,
une émission sur
les tremblements de terre
en Chine,
et ils se sont aperçus
que les bâtiments
qui étaient faits
en collage,
en multicollage
avec du bambou,
en fait,
au moment des vibrations,
l'immeuble bouge,
mais il se casse pas.
En fait,
il prend toute la vibration,
mais il a une mémoire
de forme,
enfin,
une très bonne mémoire
de forme,
et donc,
c'est comme ça
qu'on a eu cette idée.
Donc,
au lieu de découper
dans la masse,
j'ai fait des gabarits
de centrage,
et je viens coller
plusieurs pièces
avec un centrage,
ce qui fait que j'ai
un centrage
comme sur l'étable,
mais avec une mémoire
de forme dynamique,
en fait.
Et donc,
dès que le bois
se met en vibration,
son objectif,
c'est de revenir
très vite comme un ressort
à son état normal,
et c'est ce qui va donner
du son à l'instrument.
Et on a fait
la même chose
en même temps.
Lui, il l'a fait,
il a dû le faire
en mois de mars,
tout au début du confinement,
et moi,
je l'ai mis en place
au mois d'avril,
fin avril.
C'est pour ça
que le métier,
je l'adore,
c'est parce qu'on n'a
pas de limite,
en fait.
Et tous les jours,
c'est pas comme
dans le violon
où il y a
des stratégies
varieuses du violon,
à la veille,
il n'y en a pas.
Chacun va dans son monde
et chacun va
suivre son chemin.
Et l'objectif,
c'est d'arriver
à optimiser
son truc.
Et donc,
tous les jours,
on apprend des choses,
tous les jours,
on avance,
on avance.
Et puis là,
on a une nouvelle génération
de facteurs de viol,
des Benjamin Pouzadou,
qui sont un petit peu
plus jeunes que moi,
ont bien compris
que tout seul,
ça pouvait pas fonctionner.
Et donc,
on se passe
beaucoup de choses,
en fait.
Le fait qu'il y ait
des luthiers,
des musiciens professionnels,
automatiquement,
le musicien professionnel
va chez un luthier
parce qu'il aime bien
ce son,
parce qu'il est connecté
avec cette viol.
Et donc,
il va faire avancer
le luthier.
Et donc,
comme il va partir
dans un sens,
un autre dans un autre sens,
que si l'artiste
veut pas faire la même chose
qu'un autre artiste,
sinon,
ça servira à rien.
Et s'il veut se faire connaître,
il faut qu'il ait
quelque chose de différent.
Et donc,
c'est comme ça
qu'on avance.
Et alors qu'avant,
pas trop,
en fait,
on copiait ce qui se faisait
parce que l'âge d'or
de la Vielle,
c'était Marie-Antoinette.
Mais après,
il y a eu un petit village
qui s'appelle Genza,
qui est juste
à côté de Vichy,
où là,
ça a été la capitale
de la Vielle à Roux,
un peu comme Mirko
pour le violon.
Il y a eu Pajot jeune,
Pajot plutôt,
Pajot qui avait appris
à Paris
avant la révolution.
Il s'est barré
en campagne
parce qu'il avait peur
de se faire couper la tête.
Il est arrivé à Genza,
1768 ou 1774.
Et là,
il y a eu
pendant 1774,
1775,
à 1930,
il y a eu la maison Pajot.
De père en fils,
ça s'est transmis.
Et en même temps,
il a formé des luthiers
comme Nigu,
comme Descante,
comme Caille,
comme Pimpard
et comme Tixier,
qui se sont tous installés
autour de Genza.
C'est-à-dire que
tous les gens
qui voulaient de la Vielle,
s'ils allaient à Genza,
ils avaient
automatiquement une Vielle.
Ils ne s'entendaient
soi-disant pas
par devant,
mais professionnellement,
ils s'entendaient très bien
parce que
j'ai des Vielles,
on les reconnaît,
parce que c'est de l'artisanat,
donc on reconnaît bien
le coup de patte,
mais c'était Nigu
qui avait le plus de commandes,
donc lui,
pour avancer plus vite,
il appelait Pajot,
parce que c'était le maître,
il appelait Pajot,
il dit voilà,
j'ai une Vielle à faire
tout de suite,
il faut qu'elle aille vite.
Donc Pajot distribuait,
demandait les chevaliers
à un tel,
les claviers à l'un,
de la caisse à l'autre
et en une semaine,
la Vielle était montée.
Alors au début,
c'est toujours un peu...
maintenant,
j'y suis habitué,
et puis je sais
qu'elle va partir
sur d'autres aventures,
et quand c'est des mains
comme la Benoit Roblin,
c'est un musicien professionnel,
donc je sais
qu'elle a un truc
très bonne main
et qu'elle va encore
bien mieux jouer
que dans mes mains en fait,
comme quand on met les cordes.
Dès qu'on met les cordes,
là je les ai mises ce matin,
j'ai fini la Vielle,
tout collé le samedi matin,
samedi après-midi,
j'ai pas eu le temps
de mettre les cordes,
je les ai mises ce matin
et donc l'objectif,
c'était d'entendre
ce qu'il allait se passer.
J'étais au Conservatoire
de Châteauroux,
j'ai démarré la musique
à 6 ans,
donc j'en ai 50,
c'est un petit moment
que je joue de la musique
et à partir de 6 ans,
il fallait faire,
au Conservatoire,
je sais pas si c'est encore
le cas,
mais je crois que si,
avant de faire un instrument,
il faut faire 2 ans de solfège
et moi qui étais nul à l'école
et nul en solfège,
donc la théorie,
j'ai dû refaire une année,
une troisième année
et j'ai réussi enfin à voir
et mon objectif,
c'était faire de la trompette
et je suis arrivé
sur le banc pour aller
en trompette,
il nous faisait faire
un exercice de lecture
de partitions
et il fallait lire
j'étais le cinquième
sur le banc,
donc les 5 premiers
ont réussi à chanter
la première phrase,
donc je l'ai mémorisé,
donc je l'ai dit tout de suite
et le gars me dit
ah bah super,
tu sais super bien lire,
t'es le meilleur,
tu vas me faire lire
la deuxième ligne
et là,
c'était beaucoup moins drôle,
donc quand il a vu
que je savais pas mieux lire
que les autres,
il m'a pas pris.
Après,
à partir du Conservatoire,
dans les couloirs du Conservatoire,
je dis à ma mère,
c'est bon,
j'arrête la musique,
je me mets au judo
et le prof de Villerou,
qui s'appelle toujours,
Jacky le couturier,
qui habite sur la Châtre,
a entendu cette phrase
et il a dit,
si tu veux,
moi je peux t'apprendre
un instrument sans solfège
et donc c'est comme ça
que je suis arrivé
à la Villerou.
Tout de suite plus,
c'était vraiment un instrument
sur lequel je me suis
tout de suite plus
et n'étant pas très bon,
j'aimais pas du tout l'école
donc je me suis plutôt réfugié
dans la musique
où j'y passais des heures
et des heures et des heures
et comme ça payait,
ça marchait,
j'y avançais vite
donc j'étais très motivé.
On a très vite joué
avec des copains
qui s'appellent
Daniel Langlois
et Gérard Guillaume
donc Daniel Langlois
qui est prof de corde musée
à Nevers,
à Bourges
et à Issoudun
et avec lui,
on avait monté un trio
qu'on appelait
les trios des cordes musées
de la Brande
et on faisait les Saint-Blaise,
on animait les Saint-Blaise,
les Saint-Vincent,
on animait quelques soirées
des balles,
des soirées contes
avec Jean-Pierre Michaud
qui est décédé maintenant
mais qui faisait des contes
sur Jean-Louis Boncoeur
donc il reproduisait
donc il faisait des contes.
Nous, quand il allait
se grimer autrement,
on jouait de la vielle
À partir de 12-13 ans,
j'étais beaucoup
avec mon oncle menuisier
qui s'appelle
Roger Chamda,
mon oncle
qui n'était pas à son compte
mais qui avait des machines
chez lui
et l'été,
il faisait toujours
des petites choses
pour les voisins
où je l'aidais
et j'étais tout le temps
avec lui.
C'est lui qui m'a donné
l'amour du bois.
En fin de troisième,
je suis parti,
je suis arrivé à Lachat,
au lycée de Lachat
donc c'est un lycée professionnel
axé sur le bois.
J'ai passé mon CAP,
mon BEP de menuiserie
et après mon CAP
des ministeries.
Après j'ai fait
un diplôme
dans la restauration
de meubles anciens.
J'ai appris la sculpture,
le vernis au tampon,
la marqueterie.
L'objectif,
c'était de fabriquer
des viales en bois.
Et quand j'ai commencé
la viale en conservatoire
en 84-83,
il y avait quelques viales
qui étaient en location
au conservatoire
qui étaient
un petit papy
qui s'appelait
André Gorjon
qui était sur Châteauroux
qui était ébéniste
et sculpteur
et surtout tourneur
sur bois
et qui vendait
à faire des machines
à bois
et lui s'est mis
à faire des viales
à peu près à sa retraite
en 74 quand je suis né.
Il a commencé
à en faire une,
deux, trois
et il en a vendu
quelques-unes
et je suis allé
très souvent chez lui.
C'est avec lui
que j'ai appris le métier.
Donc j'ai commencé
à aller chez lui
à 14-15 ans
quand j'ai eu ma mobilette
où je pouvais aller
chez lui.
Donc j'y allais
souvent le samedi après-midi.
Après j'y allais
le samedi
toute la journée.
Après j'y allais
le samedi
et le dimanche.
Des fois j'y allais
toute la semaine
en vacances
quand je dormais
directement chez lui
et c'est lui
qui m'a vraiment
donné la passion
de la buterie.
Et j'ai eu la chance
par le biais du festival
de Saint-Chartier
en 98,
en 97,
Carbeuf,
Bernard Carbeuf
qui était facteur
de viales
sur la Bretagne
qui n'avait pas trop
de boulot
parce qu'en Bretagne
c'est un peu excentré
et il n'y avait pas
énormément de joueurs
de viales.
Il a dit
je vais venir
au centre,
en centre
et là je suis au milieu
de la France
donc je suis ciblé
beaucoup plus devant.
Donc il arrive
en 96 à la Châtre
et en 98
il m'a embauché
en septembre 98
il m'a embauché
comme salarié.
Quand on fait
que de la musique traditionnelle
les morceaux
ça fait 32 mesures
c'est assez facile
à mémoriser
c'est pas très compliqué
mais quand on veut partir
sur d'autres genres
de musique
du classique
j'ai fait du classique
j'ai fait du jazz
j'ai fait du baroque
là la mémoire
suffit pas.
Quand il y a
toute une symphonie
où il y a
je sais plus
combien de mesures
à apprendre
souvent des fois
ça se décline
c'est-à-dire que
il y a sur tel
la partie
elle est comme ça
mais la partie
la prime
elle est différente
d'une note
et donc on peut pas
s'en rappeler
donc là il faut
savoir lire la musique.
Donc là j'ai reparti
à 18 ans
je suis reparti
au conservatoire
mais il n'y a qu'en France
qu'on a le mot
solfège.
En France
on fait d'abord
la théorie
avant la pratique.
Dans tous les autres
pays
je vois
Lisa Wolf
qui est facteur de cordomus
qui est installée à Neuilly
à côté là
elle elle est
allemande
elle a appris la clarinette
elle sait super bien lire la musique
mais elle a fait d'abord
7 ans de clarinette
avant de voir
théoriquement
ce qu'il se passait.
Et donc eux
ils appellent ça
la théorie musicale
c'est-à-dire qu'ils apprennent
la musique
et après ils mettent une théorie
sur ce qu'ils viennent d'apprendre.
Donc c'est simple.
C'est comme si nous
on devait apprendre à parler
à lire avant de parler.
Recours
ce qui est sur le quatuor
il y a l'item
où ça va être axé plus
sur l'accordéon
l'accordéon oui
il y a la tonique chromatique
la guitare
le saxo
enfin tous les cuivres
le piano
il y a aussi le côté régie
son
donc l'ingénieur du son
et ainsi de suite
mais en viol à roue
il n'y a pas.
Et après quand je suis arrivé
chez Kerbeuf
98
moi mon axe
c'était
ce que faisait
Valentin Castrier
ce que faisait Gilles Chaminat
c'est-à-dire avec des viols
contemporaines
c'est-à-dire avec
des micros
de l'amplification
des sons plus graves
donc ils sont alto
sans ténor
donc à partir de
98
jusqu'en 99
2000
j'ai exactement fait
comme ils le disaient
comme ils voulaient
qu'on fasse
mais à partir de 2000
j'ai commencé à faire
mes instruments
je passais du temps
tous les soirs
en fait
je finissais
ma journée de salarié
à 18h
je rentrais à la maison
avec
quand j'avais mes enfants
je m'occupais
de mes enfants
avec ma femme
et une fois qu'ils allaient au lit
je repartais à l'atelier
à partir de 21h30
jusqu'à minuit
1h du matin
juste pour comprendre
vraiment ce qu'était
que la lutterie
et comment améliorer
les choses
en parallèle
j'avais un groupe
qui s'appelait
La Bête Noire
et de l'au-delà
donc c'était un groupe
on était neuf musiciens
sur scène
l'autre c'était
plutôt du bal
on était un quatuor
basse, batterie, viol,
corde de muse
avec mon frère
et quand j'avais
fait deux viols identiques
et quand j'en avais une
qui était à l'atelier
l'autre était sur scène
et j'essayais de comprendre
ce qui se passait
en changeant un truc
en changeant un petit truc
un bois
une épaisseur
changement de matériaux
et ainsi de suite
pour comprendre
pas mal de choses
ce qu'on m'avait appris
avec André Gorjon
ou ce que j'avais appris
avec Bernard Kerbeuf
il y avait des choses
qui étaient logiques
il y avait des trucs
qui allaient bien
mais il y avait des trucs
qui allaient pas
je comprenais bien
que c'était pas ça
donc je voulais vraiment
comprendre et me former moi
prendre l'expérience
parce que les secrets
professionnels
ça n'existe pas
c'est vraiment l'expérience
qui fait que
il n'y a pas de secret
c'est ça
au lycée de la Châtre
il y en a deux en France
il y en a une à Château-Chinon
et une à la Châtre
la première
elle est arrivée à la Châtre
en 2002
avec le biais
du festival
le prof d'événe historique
qui était à l'époque
qui est décédé maintenant
mais qui était monsieur Bélanger
et le comité
Georges de Sens
ils ont mis en place
une classe de lutterie
c'est une découverte
à la lutterie
où on est cinq
alors au début
c'était que la vielle
avec Raymond Chance
enfin non
à l'époque
c'était Pascal Crangat
et Michel
qui étaient profs de techno
mais qui a fait
toute une bible
sur la vielle
sur la vielle à roue
comment fabriquer sa vielle
sa propre vielle
et donc ils ont été
pendant un an
sur cette école
après il y a eu Raymond Chance
et aujourd'hui
on est cinq intervenants
professionnels
donc il y a
Lisa Wolf
qui intervient
sur la corde muse
il y a Jérémy Vanglavey
qui intervient
sur l'accordéon diatonique
qui est installé sur Juan
Bertrand Bonnefoy
qui est aussi installé
sur Juan
qui est facteur de guitare
et lui leur montre
de fabriquer une ukulélé
Timothée Jean
qui est luthier équatoire
qui est installé à Mollusson
et moi même
à la vielle à roue
et on intervient tous
à peu près trois
et quatre semaines
c'est vraiment de faire découvrir
aux gens
la lutherie en fait
et après s'ils sont
fans de ce métier
ils peuvent partir
après sur les écoles
comme Mirecourt
comme Newark
en Angleterre
comme Crenoy
en Italie
ou d'autres
ou l'ITEM
un truc comme ça
alors non
non
non non non
on a
nous on a une quinzaine
en facteur de vielle
je pense qu'on n'a pas
vraiment été beaucoup plus
Mirecourt
cette école de Mirecourt
a été créée
par des luthiers
parce qu'en 72
74
ils étaient plus que
je crois
ils étaient plus qu'une vingtaine
aujourd'hui
il y a plus de 700
voire 800 luthiers
inscrits
à la chambre de métier
sur la France
donc là
c'est un peu l'inverse
il y a un peu trop
il y a un peu trop de luthiers
par rapport à la demande
et surtout la Chine
aujourd'hui
alors dans la vieille à roue
je crois que ça ne les intéresse pas
et je pense que c'est pas
un marché assez gros
pour ce qui les intéresse
en luthier
en quatuor
comme en guitare
là par contre
ils font des trucs
qui ne sont pas chers
et qui marchent très bien
je vois la marque Takamine
une guitare à 350 euros
ça vaut l'équivalent
d'une guitare
à 6000 euros
chez un luthier
donc beaucoup de facteurs
de guitare
leur boulot principal
c'est pas de fabriquer
c'est plutôt de réviser
faire des réglages
donc les musiciens
vont voir le luthier
pour faire un réglage
plus personnalisé
sur la touche
le son
machin et tout
mais c'est sur
les instruments chinois
et il y a beaucoup
d'outils en France
qui font fabriquer
les instruments en Chine
c'est à dire
ou en Roumanie
ils les font
ce qu'on appelle
les mettre blanc
c'est à dire
sans vernis
sans rien
ils les achètent
à 30-40 euros
et ils les revendent
20 000 euros
il n'y a pas qu'en France
c'est juste
la différence
entre un violon chinois
et un violon
ou une guitare
c'est que
c'est standardisé
et donc
ils ont tous
le même réglage
c'est à dire
la hauteur
entre la touche
et la corde
c'est une hauteur
standard
et donc
s'il y a des musiciens
qui sont plus ou moins forts
il faut qu'ils changent
il faut qu'ils bougent
un peu le chevalet
et là ils vont voir le luthier
pour faire ces réglages
c'est un peu la différence
d'une guitare d'un luthier
c'est à dire
ou comme la viol
c'est qu'on va personner
le réglage de l'instrument
par rapport au musicien
quand il va venir
chercher la viol
il va arriver le matin
il va repartir
qu'à l'après-midi
parce qu'on va
bosser ensemble
pour qu'elle soit
optimisée
pour qu'il puisse
la jouer correctement
il y a beaucoup
de musiciens professionnels
donc s'ils prennent
des musiciens professionnels
de chaque
un peu de chaque
façon de jouer
ils vont arriver
à faire des guitares
de telle sorte
et ça sera au musicien
pour acheter la guitare
qu'il veut en fait
et comme ils en font plein
ils en sortent
2000 à la journée presque
donc en fait
ils peuvent vraiment
choisir ce qu'ils veulent
contrairement à nous
on fait la commande
et la personne
nous fait confiance
en comptabilité
je suis à 72% de charge
48% l'URSAF
donc ça c'est obligatoire
et après le reste
c'est sur la matière première
l'électricité
j'ai utilisé tout ça
donc ça ne me reste
dans ma poche
que 28%
je vis avec 28%
en France
j'ai Ousmane
mon collègue allemand
qui fait acteur de viol
je l'ai eu en cours
au lycée de la Châtre
parce qu'à l'époque
je n'allais pas
les cours de luterie
je faisais les cours de viol
pour une journée
je l'avais eu
et il voulait s'installer
en France
parce que pour lui
c'était la viol
ça se vend plus en France
il a eu
dans un petit village
qui était vide
des métiers d'art
comme nous
à la Châtre
mais il a eu
un atelier gratuit
un loyer
sans loyer
pendant 5 ans
il a eu une subvention
de 180 000 euros
pour s'installer
donc il s'est acheté
des machines au top
une scie comme ça
moi ça vaut
3000 euros
il en a eu
une super performante
enfin voilà
après je suis nu
en blanc
j'aime bien être ici
quand même
ce qui me lève le matin
ce n'est pas d'aller
voir une piscine
de la Ferrari
si c'était l'argent
je n'aurais pas fait
ce boulot là
je suis à peu près
au SMIG
j'arrive à me sortir
1500-1600 euros
par mois
après c'est pas pareil
quand on est patron
il y a d'autres avantages
j'ai beaucoup de boulot
si j'avais moins de boulot
si je manquais de boulot
je pense que
j'en ferais d'autres
j'ai certains collègues
qui font des ukuleles
qui font des
il y en a d'autres
qui font des mandolines
des bouzoukis
mais moi
j'ai 4 ans de boulot
et puis j'aurais bien voulu
former quelqu'un
avoir un salarié
mais on nous demande
des normes
en France
là je vois
Sébastien Lipsman
il a 4 ouvriers
ils ont des statuts différents
c'est à dire qu'il a
un salarié
qui utilise 25%
de son temps
et les autres
pour cent
il va dans
d'autres artisans
et il va
tourner comme ça
ce qui fait qu'à la fin du mois
il a toujours son salaire
à 100%
il l'a formé
sur telle machine
il fait que des caisses
et c'est à dire
que lui il peut pas
lui prendre son boulot
parce qu'il sait faire
que des caisses
il sait pas faire le reste
et il avance comme ça
il fait 6 vielles par mois
et il a 2 ans et demi
de délai
donc ça veut dire que moi
j'ai 4 ans de délai
je fabrique 1 vielle par mois
lui il en fait 6 par mois
et moi j'ai 2 ans et demi
de délai
c'est à dire que
à lui tout seul
il en fournit
il fournit énormément de vielles
et lui il m'a dit
les normes
sont pas faites pareil
si ma machine
aux normes
c'est à dire comme
celle que j'ai là
elle est attachée
à la norme CE
si la personne
s'est fait du mal
c'est qu'il a fait une bêtise
c'est exactement
comme un accident de bagnole
c'est très rare
que ça soit à cause
de la voiture
quand il y a un accident
de voiture
c'est souvent
99% du temps
c'est à cause du chauffeur
dans les machines
c'est pareil
si on n'a pas fait attention
si on n'est pas bien concentré
c'est là
qu'on s'abîme les doigts
donc là si jamais
j'ai un salarié
s'il s'abîme les doigts
et bien c'est moi
qui prend
sur son oncle
les voies
ceux qui viennent
au lycée de la Châtre
en fait
c'est
il faut essayer en fait
il n'y a pas besoin
d'être dans le bois
moi je suis passé
dans le bois
j'ai d'abord fait
c'est appeler
les ministeries
et tout ça
parce que je voulais
toucher le bois
et après je suis parti
à l'industrie
et c'est un instrument en bois
mais elle n'est pas obligée
moi j'ai des élèves
cette année
il y en a qu'une
qui est
qui a un BEP
menuiserie
mais tous les autres
ils viennent de
tout qui est confondu
l'an dernier
j'avais une comptable
qui n'avait jamais
touché un ciseau à bois
qui n'avait jamais touché
un morceau de bois d'ailleurs
et à la fin de l'année
elle a fait son violon
et elle a super bien bossé
super attentive
et en fait
ce qu'il faut juste
c'est la motivation
si on se pose des questions
on avance
la classe de luterie
en fait
c'est une formation complémentaire
donc on accueille des gens
cette année
j'ai 10 élèves
sur les 10 élèves
il y en a 3
qui sont mineurs
mais tous les autres
sont majeurs
dont une dame
qui a mon âge
50 ans
et une autre
qui a 62 ans
en fait
qui a envie de
ces dernières années
en fait
elle a envie de toucher
autre chose
elle est infirmière
donc elle veut faire un truc
elle m'a dit
plus terre à terre
et elle me dit
plus dans l'urgence
ça va être un peu plus compliqué
c'est de trouver des stages
et trouver des patrons
pour l'apprendre
3 semaines avec nous
ça ne va pas suffire
alors là moi j'utilise
de la nacre reconstituée
je vais vous montrer
tout à l'heure
les plaques
en fait
quand j'ai commencé
à fabriquer des bières
en 98
la nacre
était assez grosse
aujourd'hui
avec la pêche
qui est sur
il y a des surpêches
les coquillages
n'ont plus le temps
de grossir
donc la nacre
est de plus en plus petite
