SECRETS DE VESTIAIRE avec Thibaut Collet

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8 nov. 2024 #FranceAthlé
SECRETS DE VESTIAIRE, épisode 4.
De sa découverte du saut à la perche chez son grand-père Jacques à sa 5e place aux Mondiaux de Budapest 2023, en passant par sa première rencontre avec Mondo Duplantis, sa grande complicité avec son frère Mathieu et l'importance de sa famille, Thibaut Collet se confie.
#FranceAthlé
Bonjour, c'est Thibaut Collet, perchesse de l'équipe de France.
Thibaut, pour commencer, parlons de tes débuts dans l'athlée,
et peut-être que même le plus simple, c'est d'écouter quelqu'un qui t'a vu sauter assez jeune.
Dis-moi Thibaut, est-ce que tu te rappelles quand, avec ton cousin Johan,
vous vouliez faire comme Mathieu qui sautait à la perche dans le verger de Nérol,
que tu étais un vrai honky-kinor, parce que tu voulais sauter bien plus souvent que lui,
et tu étais peut-être à l'époque un petit peu ambitieux.
Thibaut, je vais te dire un truc, je suis un papy heureux.
Clairement, Farhan, quand tu as passé 5,92 m,
je peux te dire que j'ai ressenti absolument les mêmes émotions,
les mêmes cœurs serrés que quand Philippe avait passé ses 5,92 m à Grenoble.
Joli cœur réveillé, je t'embrasse de tout cœur, salut mon Titi.
C'est la corde sensible, ça.
Ça commence fort.
C'est mon grand-père Jacques qui m'a mis le pied à l'étrier,
et qui a fait qu'aujourd'hui je suis ce que je suis,
et ce que je suis en train de devenir,
et c'est grâce à lui finalement que j'en suis là aujourd'hui.
Toutes les vacances avec lui, j'allais au stade avec lui,
on sautait dans le jardin, on sautait au stade.
Transmettre ça à ses petits-enfants, c'était quelque chose qui l'animait,
et il m'a transmis ça avec beaucoup de passion et beaucoup d'amour.
Quand je sautais à la perche, c'était vraiment du gros plaisir,
c'était vraiment le côté fun du truc.
Chez les jeunes, tu n'étais pas forcément le plus fort.
Comment tu vivais le fait d'être derrière certains, de ne pas être le meilleur encore ?
Comme je n'étais pas le plus grand, que je n'étais pas le plus fort,
que j'ai eu une croissance un peu tardive,
je luttais avec les armes du moment,
mais je savais que mon heure viendrait,
et que le jour où j'allais être à 100% de mes capacités physiques,
il n'y aurait pas match.
Parce que j'étais plus déterminé que les autres.
On a encore une petite surprise pour toi,
quelqu'un qui sautait un peu plus haut que toi, gamin.
En fait, c'est en 2014.
Là, sur cette photo, il y a Mondo Duplantis, Tommy Dayal, mon grand frère et moi.
On était allés aux Etats-Unis pour participer au pole vault summit,
la plus grosse compétition de saut à la perche au monde.
J'avais rencontré pour la première fois Mondo Duplantis,
qui était déjà sur une autre planète,
parce qu'on avait le même âge,
mais que j'avais sauté 3'47 quand lui avait dû faire 4'60 ou 4'70.
Aujourd'hui, on se retrouve et il y a un peu moins d'écart entre lui et moi,
même s'il y en a toujours beaucoup.
C'est vrai que c'était particulier.
Tu disais que tu étais persuadé qu'un jour,
tu passerais devant ceux qui te devançaient plus petit.
À quel moment a eu lieu le basculement ?
En junior, j'ai commencé à avoir des performances intéressantes.
J'ai fait 5'45 ou 5'50, je crois.
C'était des bonnes perfs.
À partir de ce moment-là, je pense que j'avais atteint ma taille actuelle.
J'avais plus qu'à affiner un peu tout ça.
Je dirais que c'est en junior où j'ai commencé à pouvoir matcher avec tout le monde.
Ma manière d'agir, ma manière de me comporter sur les compétitions,
sur les championnats,
ça voulait peut-être dire que j'avais envie d'être un champion un jour.
Je n'ai jamais douté de ce que je voulais faire, de ce que je voulais devenir.
Je n'ai jamais eu une période où je n'étais pas sûr de moi,
sans jamais être dans l'excès, bien sûr,
mais j'ai toujours su ce que je voulais et j'ai toujours été accroché à ce projet.
Je n'ai jamais laissé le doute prendre la moindre place.
On connaît ton père, Philippe Collet, ex-recordman de France en salle.
Il y a ton frère Mathieu.
Tu as été beaucoup comparé à eux.
Comment est-ce que tu l'as vécu ?
Mon père, comme tu l'as dit, avait le record de France.
Il a fait partie des meilleurs perchesses français de l'histoire.
C'est très positif.
Moi, je l'ai très bien vécu parce que ça m'a donné envie de me dépasser
et de les battre.
Ma famille a toujours été un vrai soutien.
On ne m'a jamais empêché de quoi que ce soit.
On ne m'a jamais forcé à faire ce que je fais aujourd'hui.
On ne m'a jamais dit qu'il faudrait que je fasse de la perche.
Du jour où j'ai pu commencer à vivre un peu de mon sport,
j'ai dit que j'arrêtais les études et que je voulais faire de la perche.
Est-ce que vous acceptez ?
Oui.
Ok, parfait.
Ils m'ont toujours soutenu.
Ils n'ont jamais été à contresens.
C'est un projet qui marche bien.
On sait que parmi tes principaux supporters, il y a ton frère Mathieu.
En quoi son soutien est important pour toi ?
On vit la même chose aujourd'hui.
On est tous les deux perchistes professionnels.
On part en stage ensemble, on s'entraîne ensemble.
C'est un point de repère.
On sait qu'on peut compter sur cette personne.
Moi, je peux compter sur lui si j'ai un doute.
Il est là pour me rassurer et inversement.
C'est plutôt un avantage.
Ton frère, tu l'as côtoyé beaucoup sur les sautoirs,
mais aussi dans la vie de tous les jours.
Du coup, il nous a envoyé quelques petites pépites vidéo.
Petit nez.
Avec mon titi.
Je ne me rappelais même pas de ça.
Attention !
Ça, c'est pas mal.
Ça résume bien le truc.
La deuxième vidéo, je ne me rappelais pas du tout.
C'était une séance assez classique avec le groupe d'entraînement à Clermont.
Ça résumait bien l'état d'esprit de cette petite équipe.
Au championnat du monde de Eugene,
tu es éliminé en qualification.
Un an plus tard, tu termines 5e des mondiaux de Budapest
en étant dans la course à la médaille presque jusqu'au bout.
Qu'est-ce qui a changé en un an ?
J'ai eu besoin de me rendre compte
qu'arriver dans le monde des grands, c'était bien.
Il fallait plus que ça pour pouvoir être performant.
Et Eugene, je suis 18e, je crois.
J'ai participé au championnat du monde.
Par contre, là-bas, j'étais inexistant.
Je ne voulais plus que ça se reproduise.
Une année d'après, je suis arrivé en ayant bien travaillé
et en étant dans un état d'esprit différent.
Effectivement, j'ai battu mon record
et j'ai fait une belle performance, mais ça n'a pas suffi.
Est-ce que l'objectif, c'est de se dire
que j'ai fait partie des bons perchistes dans le monde,
que j'ai participé au championnat du monde,
que j'avais un bon niveau ?
Ou est-ce que c'est de se dire
que je veux faire partie des meilleurs du monde,
je veux avoir des médailles
et je veux qu'on se rappelle de mon nom ?
Je fais ça pour marquer mon histoire
et l'histoire de mon sport.
Je le vis avec beaucoup de passion et à fond.
J'ai envie d'écrire une histoire
et j'ai envie qu'elle soit belle.
À Budapest, il n'y a pas eu de médaille,
mais par contre, il y a eu des émotions.
Tu peux nous décrire ce que tu as pu ressentir
lors d'un tel concours ?
Je suis passé par plusieurs émotions.
J'étais très bien physiquement, je me sentais bien.
Le concours se déroule très bien.
Je bats mon record une première fois.
Je bats mon record une deuxième fois.
Tout au premier essai,
je mène le concours jusqu'à 5,90 m
et j'y croyais.
Derrière, les mecs ont été très bons.
Ils passent tous 95 m au premier.
Moi, je rate.
Ça m'oblige à faire l'impasse et tenter 6 m
et être face à une montagne.
Ce jour-là, je n'avais pas forcément les armes
pour faire beaucoup plus.
J'aurais peut-être pu faire 5,95 m,
mais 6 m, je pense que je n'étais pas prêt.
Je pense que chaque athlète se prépare
pour l'échéance majeure de l'année.
Moi, dans mon cas, on va dire que ce jour-là,
j'ai réussi à cocher toutes les cases.
J'ai réussi à être à mon meilleur niveau,
à être bien classé
et à sauter plus haut que mon record.
C'était un mélange d'émotions
et de satisfaction qui était assez ouf.
Ce n'est jamais tout beau, tout rose, une carrière.
Quand je commencerai à avoir quelques médailles
au niveau international, je pourrai être satisfait.
