Go inside the harsh reality of the War in Afghanistan in "Marines, au cœur de l'enfer" (Marines, in the Heart of Hell). Follow a platoon of US Marines at Combat Outpost Griffin in Helmand Province as they face relentless Taliban ambushes, IED threats, and intense firefights on the frontline. Discover raw, unfiltered human stories of bravery, grief, and survival amid counter-insurgency warfare.
This video documents the daily lives and psychological struggles of a U.S. Marine platoon at Combat Outpost Griffin in Afghanistan. It explores the brutal reality of asymmetric warfare, the constant threat of IEDs, and the complex effort to win \"hearts and minds\" among a population caught between the U.S. military and the Taliban, culminating in the tragic loss of a fellow soldier.
Tempête de sable dans la province du Allemande, l'extrême sud-afghan.
Ces gamins sont des Marines.
Depuis trois mois, ils vivent sur la ligne de front, harcelés par les talibans.
C'est un platoon d'une trentaine d'hommes.
Le moral ne vole pas haut.
C'était encore beau il y a une demi-heure.
Putain, ça craint.
Mais vous avez des tempêtes de sable aux États-Unis, en Arizona ?
Oui, je sais, mais moi, je suis de New York.
Je n'ai pas de tempête comme ça. Nous, on a des tempêtes de neige.
C'est plus cool.
Ici, on ne peut pas se réfugier.
Votre devise, c'est de gagner les cœurs et les esprits des Afghans.
Vous y croyez ?
Ils ne nous veulent pas, ici.
Peu importe ce qu'on y fait.
Karzaï, le président, ne veut plus de nous.
Et pourtant, c'est lui qui nous a demandé de venir.
Maintenant, il veut nommer des talibans au gouvernement.
Ceux-là même qui nous tirent dessus.
C'est leur pays, pas le nôtre.
Ça ne peut pas se régler si ça ne tient que sur nous.
Quand on va partir, ça recommencera comme avant.
Depuis qu'ils ont conquis cette position, il y a à peine deux mois,
ces hommes ont déjà perdu trois de leurs camarades.
Et un quatrième va bientôt tomber sous le feu.
Leur camp s'appelle Griffin, du nom du premier Marines mort ici.
Un poste de combat situé à côté d'un village que les insurgés contrôlaient depuis dix ans.
Un village qui reste truffé de talibans.
Des ennemis insaisissables qui se mêlent à la population
et qui n'hésitent pas à attaquer en plein jour.
Pendant trois semaines, nous allons vivre dans l'enfer.
Premier jour.
Voici la route qui relie la base arrière des Marines au poste avancé de Griffin.
Un cordon ombilical régulièrement pris pour cible par l'ennemi.
Il y a constamment des mines sur cette route.
On a déjà sauté six fois.
Là, on est obligé d'envoyer des mineurs devant au cas où.
Comme ça, on est sûr de ne pas endommager notre blindé.
Vous avez déjà sauté sur des mines ?
Ouais, c'était une quinzaine de mètres de là, on se trouve.
On a roulé sur une mine, elle a explosé, mais il n'y a pas eu de blessés.
Pourquoi il y a autant de mines sur cette route ?
On est au nord, et plus on va au nord, plus il y a de talibans.
Au sud, ça va, on a nettoyé, on les a repoussés vers le nord.
Sur cette route, ils reviennent tout le temps pour poser des mines.
Mais ils ne sont pas assez forts pour nous affronter directement, à la loyale.
Le poste avancé n'est situé qu'à cinq kilomètres.
Mais il faut trois heures pour les parcourir.
La route est scrutée, centimètre par centimètre.
La moindre alerte prise au sérieux.
Les Marines viennent d'avoir une information, mais il faut négocier.
Quelqu'un fume ici. Il y a un local qui demande des cigarettes.
Il dit qu'il sait où il y a une mine.
Et vous, les journalistes, vous n'auriez pas des clopes ?
Le gars, là-bas, nous demande deux clopes en échange.
Il nous dira où il y a une mine.
Merci, messieurs.
Les engins explosifs artisanaux, c'est ce qui cause le plus de pertes à l'armée américaine.
Alors le convoi est immédiatement stoppé.
Les démineurs vont vérifier.
Apparemment, ce n'était pas un tuyau crevé.
Si tu marches dessus, ça explose.
Comment ça marche ?
Tu vois le truc argenté, si tu mets ton pied dessus,
cela actionne le câble, ça arme l'engin et ça pète.
Ils nous observent ?
Oui, bien sûr, ils nous observent.
D'où est-ce qu'ils nous observent ?
De partout, ils nous observent tout le temps.
Quand on capte leur communication radio, on les entend dire.
Ils ont l'air fatigués ou soif, ils sont en train de s'asseoir.
Ils n'arrêtent pas de nous surveiller.
L'engin est bien une mine artisanale.
Elle contient tout de même 20 kilos d'explosifs.
Une charge à laquelle même les nouveaux blindages de l'armée américaine
ne résistent pas.
C'est une grosse mine, mais on en a vu des plus grosses par ici.
La route est nettoyée, en tout cas pour aujourd'hui.
Les Américains le savent, dès la nuit tombée,
les talibans poseront de nouvelles mines.
Fin de journée.
Nous arrivons enfin au front, à Griffin, avec le courrier.
Vous attendez ça avec impatience ?
Oui.
C'est comme à Noël, chaque fois que le courrier arrive.
Pourquoi ?
Parce que quand on reçoit tous ces trucs de nos familles,
ça nous remonte le moral.
Comme toujours, sur les lignes de front,
ce qui frappe, c'est la jeunesse des combattants.
Oui, c'est pour moi.
Ça vient de ma mère.
Moi aussi, c'est ma mère qui m'envoie ça.
C'est une femme bien.
Elle m'envoie des chaussettes, du boeuf séché et des rasoirs.
J'ai rien reçu cette semaine, mais la semaine dernière, oui.
Non, je n'ai rien reçu cette semaine.
Ma femme ne m'aime plus.
Dis-le, elle t'a écrit trois putains de pages !
C'est ta gonzesse qui t'écrit ?
Non, c'est comme une soeur.
Elle est célibataire, comme moi.
Ouais, une soeur.
Elle cherche un gars correct.
Je m'occuperai bien d'elle.
C'est moi, le mec qu'elle cherche.
Le peloton de Marines vit comme une fratrie.
Les hommes partagent tout.
J'adore ta mère.
Qu'est-ce qu'elle m'a envoyé aujourd'hui ?
C'est quel paquet que ta mère m'a envoyé ?
C'est celui-là.
Alors voyons ce que ta mère m'a envoyé.
Des boulettes de viande, du soda.
Que des bonnes choses.
Ces gamins gagnent 1000 euros par mois.
Un engagement sans limite,
mais des motivations différentes.
Moi, j'étais un drogué.
Je faisais partie d'un gang.
Un jour, je me suis dit que je préférais mourir
pour mon pays en faisant quelque chose de bien
plutôt que de mourir dans mon pays
pour quelque chose d'idiot.
C'est un peu « je t'aime, moi non plus ».
A la fois, j'adore et je déteste être ici.
J'adore la fin d'un combat
quand je peux me dire « oh, je suis encore en vie ».
C'est ce que j'aime, frôler la mort.
Pourquoi vous vous êtes engagé ?
Pour tuer.
Les autres pensent que ce n'est pas bien de l'avouer,
mais dans le fond, pour tout le monde,
c'est la motivation principale.
Moyenne d'âge, 21 ans.
Le patron du peloton est à peine plus âgé.
Le lieutenant Scott Cook, 25 ans,
déjà un vétéran de la guerre d'Irak.
Vous avez de grosses responsabilités ?
Oui, je sais.
C'est le boulot pour lequel j'ai signé.
J'ai une bonne équipe, de bons soldats,
de bons lieutenants,
mais c'est un fardeau lourd à porter.
Je dois assumer mes décisions.
Vous n'avez pas le droit à l'erreur ?
Je ne suis pas parfait, je fais des erreurs.
Le problème, c'est que mes erreurs ont des conséquences sur mes hommes.
En trois mois, Scott a déjà perdu trois hommes.
Il faut dire que ce camp est à portée de fusil des insurgés.
Le dernier assaut remonte au matin même.
Les talibans étaient à 50 mètres.
Il faut passer de ce côté de la toile.
Parce que comme ça, on ne peut pas nous voir.
C'est plutôt à l'abri ici.
Sauf que ce matin, on a eu une attaque.
Heureusement, personne n'a été blessé, grâce à Dieu.
Vous avez dû tirer ?
Moi, non.
Mais les sentinelles de ce poste-là et de ce poste-là-bas, oui.
Là-bas, c'est où on va pisser.
Il y a deux tuyaux.
Là encore, on a installé une toile pour qu'on ne nous voit pas.
Pourquoi c'est important qu'ils ne nous voient pas ?
Le village juste à côté est à peu près sûr maintenant.
Mais il y a quelques jours, on a surpris un taliban en train d'installer une mine.
Il s'est sauvé avant qu'on puisse le tirer.
Le problème, c'est qu'on ne sait pas qui est taliban, qui ne l'est pas.
Du coup, quelqu'un s'approche.
Ça peut très bien être un sniper venu nous tirer dessus.
Pour le moment, ce n'est pas arrivé grâce aux toiles qu'on a installées.
Du coup, on est à peu près tranquille.
Là, tous ces trous dans le mur, ce sont des meurtrières.
Si les talibans passent la première ligne et qu'ils arrivent jusque-là,
un marine se met derrière chaque trou et tire.
Les murs sont épais, les balles ne parviennent pas à les traverser.
Des meurtrières, des tranchées.
En fait, les Américains ont déballé leur technologie,
une machine de guerre high-tech contre une insurrection insaisissable.
C'est quoi, là, ces écrans ?
Ces écrans sont contrôlés par cette télécommande qui oriente nos deux caméras.
Elles sont automatiques ?
Oui, l'une d'elles est automatique.
On entre les coordonnées où on veut qu'elle regarde et elle fait tout toute seule.
On peut aussi commander l'autre caméra avec ce joystick.
On peut zoomer. Il y a la mise au point automatique.
Ici, vous avez la carte des environs.
La première caméra est là.
Et là, il y a la deuxième qui nous montre de ce côté.
Sur cet écran, on observe ce qui se passe à 2200 m.
Si on repère quelque chose, on peut envoyer un drone
ou envoyer une patrouille en lui donnant les coordonnées.
Mais c'est vraiment utile ?
Oui, grâce à ces caméras, on a déjà tué 10 ou 12 ennemis.
Pendant que les caméras épient les talibans,
le lieutenant Scott les écoute avec un capitaine de la police afghane
qui vit avec les Marines sur le camp.
Comme tous les soirs, il se branche sur la fréquence de l'ennemi,
la fréquence des talibans.
Ils sont à quelle distance, là ?
Du côté nord, la nuit s'éloigne un peu.
Mais le jour, ils rodent souvent dans le coin
et ils peuvent s'approcher jusqu'à 300 m.
Mais c'est incroyable ! Ils sont tout prêts !
C'est très près, c'est vrai.
Souvent, ils envoient les éclaireurs pour savoir combien on est,
si on part en patrouille.
Et ensuite, ils transmettent les infos par radio
où ils montent sur leur moto et vont prévenir les combattants.
Alors on est vraiment sur la ligne de front ?
Oui. Oui, absolument.
On est vraiment sur les lignes de front.
On est un jet de pierre de l'ennemi.
C'est la règle du jeu.
Là, ce sont les talibans qu'on entend ?
Oui, bien sûr.
Ils sont en train de dire qu'ils envisagent d'attaquer les sentinelles du camp.
Oui, le poste juste derrière.
C'est en les écoutant que nous avons les infos.
Mais on ne fait que les écouter.
Jamais on ne leur parle.
Ce soir, finalement, il n'y aura pas d'attaque.
C'était de l'intox.
Certains experts appellent cette guerre la quatrième guerre mondiale.
Drones, satellites, rien n'y fait.
Depuis l'invasion de l'Afghanistan il y a 9 ans,
rien ne semble pouvoir contenir la résistance afghane.
Aujourd'hui, c'est presque la totalité de la population qui souhaite le retrait.
Des troupes d'occupation.
Les hommes de Griffin ne s'aventurent jamais à plus de 3 km de leur base.
Mais même aussi près, ils savent qu'ils ne sont jamais à l'abri d'une embuscade.
Personne n'oublie qu'en 2 mois, ils ont déjà perdu 3 hommes, soit 10% de leur groupe.
A chaque départ de patrouille, le contact est quasi certain.
Ce matin, ce n'est pas une patrouille de routine.
Les hommes de Scott, aidés de policiers afghans, ont un objectif précis.
Ce matin, on a eu une info comme quoi les talibans bloquaient une route à 500 m au nord.
Ces derniers jours, ils n'arrêtent pas de faire des barrages dans l'Oued.
Ils disent à la population que ce sont eux les patrons.
Alors, on joue au chat et à la souris avec eux.
Et le jeu commence dès 6h du matin.
Pour l'instant, silence radio du côté des talibans.
Pour rejoindre l'Oued où les insurgés auraient installé leur barrage,
les hommes du lieutenant Scott doivent d'abord traverser le village voisin.
Les soldats marchent dans les pas les uns des autres, en colonne,
pour éviter les mines disséminées sur les routes et les sentiers.
Nous sommes maintenant à 500 m du camp.
Et apparemment, notre progression n'est pas passée inaperçue.
Le toki se met à crépiter.
L'interprète des Marines traduit simultanément ce que disent les talibans.
Ils savent qu'on a pris à gauche, ils nous ont vus, ils se transmettent les infos.
Ils parlent de nous les talibans ? Ils ne savent pas exactement où nous sommes.
Cette fois, ce n'est pas de l'intox. L'affrontement est imminent.
On va se diviser en plusieurs groupes et on va progresser vers le nord.
Vers eux, pour les prendre en tonneille.
Après avoir traversé ce champ sur plus de 300 m, les Marines prennent position.
L'ennemi est maintenant tout proche.
Ils viennent de dire dans la radio qu'ils étaient prêts au combat.
Un calme précaire s'installe.
Quelques minutes après, les talibans ouvrent le feu.
C'est le lieutenant Scott qui prend en charge la direction des opérations.
Je suis actuellement à la position 872 dans le Oued, à 300 m au nord du barrage des talibans.
On est pris sous le feu, sporadique.
Les infos tombent. Sur Radio Taliban, la tension monte.
Ils disent qu'ils sont nombreux. Beaucoup de combattants sont prêts à l'assaut.
Ce qu'on va faire maintenant, c'est qu'un soldat va les allumer de là où proviennent les tirs.
Et ces gars vont avancer sur l'objectif afin de leur mettre la pression et de les cerner.
Mais il n'y a plus de Marines ici.
Mais alors ils sont où les Marines ?
Je ne sais pas, il n'y a personne à 20 m.
Le lieutenant Scott est isolé. Il lui faut rejoindre ses hommes en première ligne.
Mouvement à gauche. Tu l'as vu Richard ?
À 200 m, il y a du mouvement. Ça bouge dans les arbres.
Il y a un de mes hommes et son équipe qui progresse à 100 m à l'est.
Ils vont consolider leur position et à ce moment-là, moi et mon groupe, nous pousserons vers le nord.
Il y a un hélicoptère qui va survoler la zone pour nous préciser où nous devons bombarder.
Alors vous avez un soutien aérien ?
Oui et en plus un drone pour nous aider.
Un combat inégal.
Quelques insurgés armés de mitraillettes contre un échantillon de l'armée la plus puissante du monde.
L'autre groupe de Marines est parvenu à prendre position.
C'est maintenant aux hommes de Scott de se rapprocher de l'ennemi.
À découvert, les balles fusent de tous côtés.
Je me tapis au sol en attendant une accalmie.
Je me retrouve coupé du groupe.
Quelques instants plus tard, je rejoins Scott et ses hommes.
Ça dit quoi sur Radio Taliban ?
Les insurgés sont maintenant localisés.
Ils seraient regroupés autour de cette bâtisse à 150 mètres de notre position.
On a intercepté une communication dans laquelle les talibans disent qu'ils vont tirer dans tous les sens pour savoir où on est.
Pour l'instant, ils n'ont aucune idée de notre position.
Très souvent, ils arrosent comme des fous en espérant toucher quelqu'un par hasard.
C'est comme ça qu'ils espèrent nous repérer.
Au moindre mouvement près de la maison, les Marines tirent.
Mais les insurgés semblent difficiles à déloger.
Alors c'est l'aviation et l'artillerie qui vont finir le travail.
Eh mon frère, t'as un fumigène jaune ?
Derrière les arbres à 300 mètres, c'est là.
Balance la grenade le plus loin possible.
Scott demande à ce qu'on marque la cible avec un fumigène.
Vas-y, recule.
C'est bon, on voit la fumée jaune.
Les talibans ont fini par repérer Scott et ses hommes.
Les tirs ennemis se font plus précis.
Mais cela ne va pas durer.
Un obus vient de tomber sur la ferme où sont retranchés les insurgés.
Puis un deuxième.
C'est maintenant l'heure de se replier.
Quatre talibans seraient morts dans le bombardement.
Mais la zone est loin d'être totalement nettoyée.
Sur le chemin du retour, nous essuyons de nouvelles salves.
Et quand nous traversons le village, les tirs d'artillerie résonnent encore.
Abrités derrière des murs de terre glaise, les enfants du village ont peur.
Retour au camp Griffin, après une matinée de combat par près de 50 degrés.
Pour les hommes de Scott, une journée banale.
Vous êtes blessé ?
Non, je me suis juste foulé la cheville.
Ah, je suis mort.
Combien de grenades vous avez tirées ?
16 grenades et un fumigène.
Vous avez été très actif ce matin ?
Oui, le plus important c'est que personne n'ait été blessé.
Cinq heures de combat ?
Si vous le dites, oui.
Ça a été long et tout le monde est intact.
Dis donc, vous avez des lectures intello ?
Ouais, et j'en ai d'autres.
Bob Dylan et les fantômes du Vietnam.
30 ans après, la même mélodie.
Rien ne change pour la chair à canon.
Chacun s'évade comme il peut.
Vous jouez à quoi ?
Ça m'occupe, je passe le temps.
Vous pensez à vos trois copains qui sont morts ici ?
Mon meilleur ami, George Davis.
Tyler Griffin.
Et Sorian Lamar.
On n'arrête pas d'en parler.
Le premier mort qu'on a eu c'est Griffin.
Après l'explosion, il est resté conscient pendant un moment.
Il était calme, il savait qu'il venait de sauter sur une mine.
Il venait de perdre ses deux jambes et un bras.
Il n'avait pas peur.
Il était conscient.
Il allait bien, encore quelques moments.
Il gardait son calme.
Même s'il savait qu'il avait sauté sur une mine, il n'avait pas peur.
Ça c'est une photo de Davis avec deux autres copains.
Le deuxième qu'on a perdu c'était lui.
Je venais de m'endormir et une demi-heure plus tard, j'ai été réveillé par des tirs.
On s'est tous relevé et on a tous couru.
Le groupe de Davis a repéré un engin explosif.
Ils ont voulu l'enlever.
Et tout d'un coup, j'ai vu Davis sur le sol, qui hurlait, qui ne sentait plus rien et qui ne pouvait plus bouger.
Moi non plus je ne pouvais plus bouger, je lui ai demandé de me parler.
Et il est mort quelques instants plus tard.
Vous ressentez de la haine ?
Oui, tout le temps.
Ça vous donne envie de tirer sur tout le monde.
Maintenant quand je retourne en patrouille dans le village, je regarde les gens qui me sourient et qui me font des signes.
Je me dis que ce sont peut-être des talibans.
Mais bon, on ne peut rien faire.
C'est comme perdre son meilleur ami ou son frère.
C'est une partie de ta vie, tes amis sont ici, tu fais des projets et d'un coup ton pote est mort.
Avec Griffin, on s'était dit qu'une fois qu'on serait de retour aux USA, on irait s'éclater dans les bars, on irait à la plage.
J'ai vraiment hâte de retourner aux Etats-Unis.
Moi, dès que j'atterris aux Etats-Unis, j'embrasse le sol.
Je me dis ça y est, je suis à la maison.
Le premier truc que je ferai, c'est d'aller dans un fast-food.
Et je commanderai de tout.
Je vais m'en mettre plein la panse.
Le fait de croiser des gens en te disant qu'il n'y a aucun risque, qu'ils te tirent dessus, ça va être super.
L'important c'est de rentrer au pays.
Il y a encore trois mois, le village qui entoure le camp était aux mains des talibans.
Pendant près d'une décennie, ces habitants se sont soumis aux insurgés.
Ce matin, sous l'attente, juste à l'entrée du camp, une trentaine d'hommes, les chefs du village, palabrent autour d'un problème de répartition d'eau.
Il s'agit de gagner les cœurs et les esprits, comme dirait Washington.
Depuis que les marines sont conquits le village, le lieutenant Scott est la plus haute autorité.
Ce matin, il doit arbitrer un différent entre paysans.
Il y a un gros problème sur le réseau d'irrigation.
Le responsable n'a pas fait du bon boulot.
Certains champs ne sont pas du tout irrigués.
Alors ils sont venus ici pour désigner un nouveau responsable.
Il y a deux camps qui ne sont pas d'accord, nous on est au milieu et on doit jouer les médiateurs.
Les barbes blanches se soumettent à l'autorité du village.
Car les américains savent se montrer généreux.
Réseau d'irrigation, écoles, routes, ils financent sans compter la reconstruction des villages.
Quel que soit l'envahisseur, russe, taliban ou américain, l'argent n'a pas d'odeur pour les paysans afghans ou pour leurs enfants.
C'est la seule manière de gagner cette guerre.
Il faut que l'on mette les gens de notre côté, voilà pourquoi on construit des écoles.
On fait ce qu'on peut, on s'occupe des problèmes d'irrigation dans les champs.
On fait ce qu'on peut pour régler ce qui ne va pas.
Mais c'est un long chemin.
Des bonbons, des poignées de main.
Pourtant, personne n'est dupe.
Les marines restent une armée d'occupation.
Leur arrivée ici n'a pas changé les vieilles habitudes.
La quasi totalité des champs reste consacrée à la culture du pavot.
90% de l'héroïne mondiale vient de cette province.
Ça vous fait rien de voir autant de champs de drogue partout autour de vous ?
Est-ce que j'en pense ?
C'est complètement dingue, mais c'est leur façon de subsister.
Il faut bien qu'ils s'en sortent.
Ils ne se posent pas de questions.
Les paysans font pousser de l'opium.
La drogue leur apporte beaucoup plus d'argent que tout le reste.
Mais l'argent de la drogue, il sert aux talibans ?
Oui, en fait, c'est ça le problème.
Ils taxent l'opium et avec l'argent, ils achètent des armes et des explosifs.
Quand les enfants nous suivent, c'est bon signe.
Pourquoi ?
Ça veut dire que les talibans ne vont pas attaquer tout de suite.
Parce que la population sait quand ils vont attaquer ?
Les gens savent quand les talibans sont dans le coin.
Tout le monde se connaît ici.
Tout le monde se connaît, seulement personne ne veut parler.
Les Américains ont toutes les peines du monde à identifier l'ennemi qui se cache facilement parmi les villageois.
Même s'ils n'ont pas adhéré au test taliban, beaucoup de paysans ont rejoint l'insurrection.
Alors les conversations avec les autochtones ne sont jamais vraiment anodines.
On se balade, on demande aux gens leur avis sur notre présence, s'ils sont contents de ce que l'on fait.
Passer l'entrée en matière, cela tourne à l'interrogatoire en règle.
Ascendance, descendance, mosquée fréquentée.
Pendant un bon quart d'heure, cet homme va devoir répondre à un formulaire préétabli.
C'est quoi le nom de ton père et de ton grand-père ?
Progressivement, tous les habitants du village sont ainsi fichés.
Un travail de fourmi.
Combien de familles vont à la mosquée ?
Notre objectif, c'est ce bâtiment.
Le groupe de Bill Rose va se poster le long de cet alignement d'arbres jusqu'à l'aube.
Nous, on sera à l'intérieur de la bâtisse, cachés.
Normalement, personne ne saura qu'on est là.
Et a priori, on sera à couvert.
Le plan, c'est de tenter une embuscade avec les policiers afghans.
On va grimper dans les montagnes.
Comme ça, quand les talibans descendront vers le village au petit matin, on les attrapera.
En général, le matin, ils descendent dans la vallée.
L'opération doit commencer en pleine nuit.
Mais difficile d'être discret.
Il est 3h du matin, quand la colonne de Marines s'ébranle dans l'obscurité.
Pendant 2h30, les hommes du lieutenant Scott vont marcher dans le noir absolu,
guidés par un informateur afghan.
Il nous a signalé les endroits où il pouvait y avoir des mines.
Il va nous aider à trouver le meilleur chemin pour rejoindre le lieu de l'embuscade.
C'est dingue, la silhouette qui me précède.
La marche est ouverte par un soldat qui est un détecteur de mines.
Nous suivons ses traces.
L'embuscade va avoir lieu ici ?
Oui, là-bas.
Vous allez attendre les talibans ?
Oui, il y a un groupe qui va attendre aussi.
Les talibans envoient souvent des éclaireurs.
Au petit matin, ils passent fréquemment par ici.
L'autre groupe de Marines va les rabattre.
Et nous, on les attrapera.
On les fouillera dans la maison à côté.
Si on trouve des armes sur eux, on les garde.
Sinon, on devra les relâcher.
Quelques minutes plus tard, le jour pointe.
De l'autre côté de cette maison, une dizaine de Marines et de policiers afghans ont pris position.
Nous ne sommes pas autorisés à filmer l'embuscade.
Nous attendons avec le reste du groupe.
Malgré la tension, certains ne perdent pas le sens de l'humour, ni de l'autodérision.
Vous voyez, j'ai mis un autocollant, au cas où j'oublie, à mettre sur l'épaule.
Et là, j'ai mis « pointez sur l'ennemi ».
Comme ça, je suis sûr de ne pas oublier.
Les premiers suspects sont interpellés sur le chemin derrière la maison.
S'agit-il de talibans ou de simples paysans qui passaient par là ?
C'est bien tout l'enjeu de cette guerre.
Chaque homme est conduit à l'intérieur pour un interrogatoire.
Quelques questions, mais pour identifier avec certitude les suspects,
les Marines disposent surtout d'un nouveau joujou.
Cet appareil photo qui permet de scanner l'iris et de relever les empreintes digitales.
Toutes les données recueillies sont transmises en temps réel aux Etats-Unis.
Si l'homme est déjà fiché, il est immédiatement arrêté.
Les contrôles s'enchaînent.
Les Marines n'attendent qu'une chose, en découdre avec les talibans.
Ça va sûrement tirer aujourd'hui.
Ça va être sympa.
C'est un truc de fou.
On va devoir en relâcher la plupart.
Et dès qu'on leur enlève les menottes, ils vont aller chercher leur fusil.
Et sans doute nous suivre pour nous tirer dessus.
Mieux vaut avoir son fusil bien chargé.
C'est une belle journée qu'ils annoncent.
Jusque là, tout est calme.
Mais cela ne va pas durer.
Ils tirent sur quelqu'un.
Les civils s'inquiètent.
Les Marines sont sur le qui-vive.
Les talibans sont venus au contact.
Il faut vite trouver une voie de repli au cas où la situation s'envenimerait.
Il y a des talibans qui sont descendus.
Les commandants afghans ont ouvert le feu.
L'un d'eux a été touché à la hanche.
Les deux autres ont pris la fuite.
C'est pour ça qu'ils tiraient.
Quand on pense qu'ils en ont loupé deux.
Mais bon, on en a un.
Celui-là, on va bien s'en occuper.
Finalement, la plupart des personnes contrôlées sont relâchées.
Ce qu'on va faire maintenant,
c'est qu'on rentre avec ceux qui semblent les plus louches
et les ramener au camp Griffin.
Parmi tous ceux qui ont été contrôlés,
seuls ces trois suspects seront maintenus en détention
malgré leur dénégation.
On a ces trois gars.
Ça doit être des éclaireurs venus voir ce que nous fabriquions.
Ensuite, un peu plus tard, on a attendu
et il y a trois gars qui ont débarqué.
Deux étaient en moto avec des toquets et des kalachnikovs.
On en a blessé un.
Reste maintenant à ramener les prisonniers du jour au camp Griffin.
Sans doute la phase la plus délicate de toute l'opération.
Traverser le village avec des afghans menottés
rend les Marines très nerveux.
Il y a des meurtrières là-haut.
Ils craignent que les talibans ne cherchent par tous les moyens
à libérer leurs compagnons d'armes.
Faites attention aux femmes aussi.
Il y a deux gamins là-bas.
Normalement, il n'y a pas d'enfants quand les talibans sont là.
Mais bon, il faut se méfier quand même.
On a un poste pas loin.
Ils pourraient nous aider au cas où.
C'est un peu plus sûr ici.
Maintenant, on est dans le champ de nos caméras.
C'est plus sûr.
Et encore une journée de boulot.
Les trois prisonniers doivent passer la nuit sur le camp
avant d'être transférés à Kaboul.
Ils risquent gros.
Cela peut se finir dans une prison américaine
comme celle de Guantanamo.
Mais les sages du village ne l'entendent pas de cette oreille.
Le lendemain matin, réunion de crise sous la tente.
Ces hommes sont venus pour une réclamation.
Qu'est-ce qu'ils veulent ?
En fait, parmi les types qu'on a capturés pendant l'embuscade d'hier,
l'un d'entre eux est un mullah.
Et ils disent qu'il est innocent.
Et que certainement, il n'a rien à voir avec les talibans.
Les Marines et la police afghane acceptent de le libérer.
Mais il y a des conditions.
La parole des sages ne suffit pas aux soldats américains.
La tractation doit être officialisée.
On a établi ce document avec leurs photos.
Et ils ont signé avec leurs empreintes digitales.
Ils certifient ainsi qu'ils se portent garant pour lui.
Qu'il n'est pas un taliban et qu'il n'est pas un militant.
Et qu'il n'a rien à voir avec les talibans.
Si c'est faux, on pourra se retourner contre eux.
Là, vous voyez, c'est son père.
Là, c'est le type avec qui j'ai parlé.
Et il y a les six sages qui ont donné leur parole.
Le mullah est aussitôt libéré.
Pas question de se mettre la population à dos.
On va t'indemniser pour les requêtes qu'on a tirées sur ta maison.
Pour Scott, sous l'attente ce matin, les doléances s'enchaînent.
C'est maintenant au tour de cet homme.
Ça va être rapide. Quelqu'un sera là dans un quart d'heure avec l'argent.
On a tiré par erreur des requêtes sur sa maison.
Du coup, on va lui donner de l'argent pour qu'il répare les dégâts.
Au passage, le paysan est lui aussi fiché.
A l'aide du fameux appareil photo qui scanne l'iris.
Combien vous lui donnez ?
On va lui donner 2000 dollars américains.
1000 dollars pour...
Et surtout 1000 dollars parce que le toit de sa ferme a été très endommagé.
Comme il n'essaie ni lire ni écrire, il fait juste une marque.
L'argent lui est remis immédiatement en liquide.
Dis-lui de tenir ça comme ça.
On va faire une photo.
Tiens ça comme ça. Prends l'argent.
Ok, impeccable.
Explique-lui que je vais lui donner un reçu.
Nous, on a une copie.
Il peut en faire ce qu'il veut, même la jeter s'il a peur de se faire choper par les talibans avec.
Quoi qu'il en soit, c'est son exemplaire.
Explique-lui.
L'homme ne va pas hésiter longtemps.
Il n'en veut pas, il a peur.
En fait, il ne vit pas loin de l'endroit où on a tendu l'embuscade hier.
Il y a plein de talibans qui traînent par là-bas.
Du coup, s'il l'attrape avec ça, il risque vraiment d'avoir des ennuis.
Est-ce que si les talibans apprennent que vous êtes là,
vous risquez des représailles ?
Oui, bien sûr, ils peuvent s'en prendre à nous et nous frapper.
À leurs yeux, accepter cet argent, c'est un peu comme si j'avais fait un rapport sur eux.
Quand on va rentrer au village, les gens vont forcément se demander d'où sortent les billets.
S'ils apprennent qu'on est venu discuter avec vous,
ils peuvent aller jusqu'à nous pendre ou nous égorger.
Si les Américains s'en vont, à votre avis, qu'est-ce qui va se passer ?
Les talibans reviendront sûrement si les Américains partent.
Ce qu'on apprécie avec les Américains, c'est la sécurité, la reconstruction des écoles.
Tu sais, quand je vous ai vu écrire tout à l'heure, j'ai eu envie de pleurer.
On n'a pas été à l'école et nos enfants aussi sont analphabètes.
Tu as bien vu tout à l'heure, personne ne savait écrire son nom.
Dernier jour à Griffin.
Bientôt, nous quittons le camp et ses gamins qui nous ont fait tout partager.
Ils vont attendre la relève plusieurs semaines
et ne seront de retour aux Etats-Unis que dans deux mois, avec leurs fantômes.
J'ai fait un rêve cette nuit, j'étais de retour aux Etats-Unis.
On était tous ensemble et on partait en patrouille.
Et ça pétait dans tous les sens, une vraie boucherie.
Vous avez des amis qui sont atteints du syndrome post-traumatique ?
Moi, mon frère en souffre.
Il a été marine il y a cinq ans environ.
Il a vécu des trucs atroces en Irak.
Qu'est-ce qu'il a fait ?
C'est difficile à expliquer.
C'est comme une angoisse, ça vous stresse,
avoir été dans des endroits complètement dingues.
Dès que vous entendez un boum, vous avez envie de tuer les gens autour de vous.
Vous flippez tout le temps.
Mon grand-père m'a raconté l'histoire d'un gars qui sortait de chez lui en pleine nuit,
presque totalement nu et qui rampait sur le sol.
Le type était complètement à l'ouest.
Certains de ces soldats ont déjà décidé de rempiler
et de revenir se battre en Afghanistan.
Mais d'autres sont à bout et veulent tourner la page,
comme nous le confiait Jack Richards.
Quand je vais rentrer aux Etats-Unis, je vais prendre d'abord une longue douche.
Je vais boire un litre de thé glacé
et puis je vais faire l'amour à ma femme pendant trois jours.
Et je m'occuperai de ma fille.
Je veux devenir prof d'histoire et enseigner dans le lycée où j'ai étudié.
Plus personne ne me tira dessus.
Je m'occuperai de ma famille.
Quelques jours après mon départ, je recevais ce mail du lieutenant Scott.
Paul, j'ai de bien tristes nouvelles de la famille du camp Griffin.
Le 26 juin, de retour de patrouille, le caporal Richards a sauté sur une mine.
Il est mort à 22 heures.
Il laisse derrière lui une veuve et une petite fille de trois mois.
Kayden.
Ce reportage est dédié au caporal Richards, 22 ans, mort au combat.