Venez voir La Règle du Jeu au cinéma Saint-André des Arts : Du Mercredi 8 au Lundi 13 Février Du Mercredi 15 au Lundi 20 Février Les Mardis 28 Février et 7 Mars
Toutes les séances sont à 13h00 suivies d'une rencontre avec l'équipe du film.
Le Saint-André des Arts : 30 rue Saint-André des Arts, Paris 6eme - Métro / RER Saint-Michel ou Odéon
Moi, je leur ai vraiment dit, imaginez que c'est une impro qui dure 6 heures.
C'est juste qu'au milieu de l'impro, vous aurez l'impression que c'est plus un jeu et que c'est la réalité.
Mais non, c'est toujours l'impro, vous restez sérieux, vous allez à fond, vous vous engueulez.
Mais à la fin, vous vous tapez dans la main en disant, voilà, je t'ai bien eu il y a 3 heures quand j'ai dit ça, etc.
J'ai une petite proposition à vous faire.
Explique, Mithy, parce que chacun n'a tourné que ça.
Salut, Andréa.
Salut, Ambroise.
Eh ben, j'ai l'impression que ça fait longtemps qu'on veut faire cette vidéo.
Tout à fait. Bienvenue dans le making of de la règle du jeu.
Tout à fait. Alors, on va vous parler de la façon dont ce long-métrage s'est fait.
Donc, très vite, en sortant de l'école de cinéma avec Andréa, on a créé Ebim pour faire des vidéos YouTube,
mais surtout pour faire des longs-métrages. C'était l'objectif principal.
Sauf qu'à la création de Ebim, on n'avait pas d'argent et on n'avait que du temps et des idées.
Pour faire un long-métrage, la seule contrainte qu'on avait, c'est qu'on pouvait se payer une journée de tournage.
Mais comment on fait un long-métrage avec une journée de tournage, Ambroise ?
Ce long-métrage a été tourné en une seule nuit.
C'est là toute l'idée. C'est-à-dire que le fait de tourner en une seule nuit est complètement cohérent avec le scénario de ce long-métrage
et, en même temps, limite le budget puisqu'on a dû payer une seule journée de tournage.
Il faut déjà trouver un scénario qui puisse se développer que sur une seule nuit.
Il faut ensuite trouver un dispositif technique qui permette de filmer toutes les images dont on a besoin en une seule nuit aussi.
Et enfin, après, il y a toute la partie post-production qui est beaucoup plus longue
où il faut récupérer toutes ces images et créer l'histoire et la mettre en place.
Et donc la post-production du film a été très très longue alors que le tournage n'a duré que, concrètement, 6 heures.
C'est ça, c'est ça. On a tourné en 2012, une nuit, et on a fini le film...
Quand est-ce qu'on peut dire qu'on a fini le film ?
On l'a fini en 2015.
C'était une expérience super intéressante de faire ça.
On a pas mal appris à tous les niveaux pour le tournage, la production, la post-production, les relations avec les distributeurs, le milieu du cinéma français et tout.
Voilà, tout en faisant le film, c'est là que ça a été intéressant pour nous parce que c'était des découvertes.
Exactement, des super rencontres, une super aventure.
Mais on va peut-être tout de suite rentrer dans le vif du sujet puisque nous sommes dans une vidéo making-of.
Et donc Ambroise, qu'est-ce qu'on a filmé ce soir-là ?
Bonne question.
Comment on en est arrivé là ?
Le scénario du film, c'est 10 collègues de bureau qui sont en période d'essai de 6 mois.
Et à l'issue de la période d'essai, le dernier jour, c'est le vendredi soir,
ils restent tous les 10 dans le bureau pour jouer ensemble à un jeu de la vérité.
Donc ils ont préparé des questions sur des petits papiers et ils les lisent devant tout le monde.
Et ils doivent y répondre devant tout le monde.
C'est un jeu pour apprendre à se connaître.
Sachant que les questions sont anonymes.
Elles sont anonymes, mais nominatives.
C'est-à-dire que la question posée n'est pas signée, mais en revanche, elle est adressée à quelqu'un.
Voilà. Donc on sait pour qui est la question.
La personne qui reçoit la question sait que c'est un des 10 qui l'a posée, mais on ne sait pas qui.
Exactement.
Ne jouez pas à ce jeu chez vous, ou alors uniquement si vous voulez vous embrouiller avec les gens avec qui vous jouez.
Attends, qui a posé cette question ?
C'est toi là, ça te fait rire.
Le film commence de façon un peu joyeuse.
Les gens sont enthousiastes et petit à petit, ils se rendent compte que le jeu leur échappe complètement
et qu'il y a des tensions qui se créent, des choses qui ne sont pas prêtes à entendre.
Et donc il y avait une tension dramatique qui allait se créer naturellement.
Pour tourner un tel scénario, il fallait des comédiens qui aient déjà des affinités.
Parce que quand vous filmez 10 collègues de bureau qui sont censés se connaître depuis 6 mois,
soit on prend 10 vrais amis ou 10 vrais collègues, mais il faut leur apprendre à jouer.
Non, c'était plus simple d'aller chercher.
Dans une école de comédiens, 10 comédiens qui travaillent ensemble dans cette école depuis 6 mois
et du coup ils peuvent s'appeler par leur prénom, on a gardé les vrais prénoms,
et ils ont des affinités, certains s'entendent mieux que d'autres.
Mais voilà, on peut retrouver un peu ces liens indicibles au sein d'un groupe.
Il y a des complicités, voilà.
Donc 10 acteurs hyper talentueux et qui en plus avaient l'avantage de se connaître un petit peu
et d'être comédiens, c'est-à-dire de pouvoir exploiter une situation dramatique quand elle se présentait.
On a beaucoup travaillé un mois avant le tournage, on s'est vu plusieurs fois avec les comédiens,
on a fait des parties de ce jeu de la vérité et je leur disais
attention, il y a des façons différentes de poser des questions pour générer du drame,
il y a des façons différentes d'y répondre.
En fait c'est très simple, si la question est tirée,
Andréa, t'es vraiment un gros con.
Pourquoi ?
Bah voilà, soit tu rigoles et du coup c'est marrant, mais dramatiquement il n'y a pas trop d'intérêt,
soit tu réagis comme ça, tu fais qui a posé cette question ? Qui a écrit ça ?
C'est toi qui as écrit ça ?
Et là d'un coup, non mais voilà, là d'un coup il y a un truc qui se passe.
Donc c'est un peu dans cette direction qu'on a travaillé.
Vous ne me regardez jamais, vous ne regardez jamais les cadreurs,
si on se parle vous faites comme si on n'était pas là.
À partir de maintenant, ok ? Donc moteur ?
Et là vous attendez, dans le jeu, vous attendez mes dits. Action.
C'est bon, j'ai des questions ?
Une main vierge.
C'est bien ça, on prend la mienne au chaleur.
Noémie, au vu de ton ascension fulgurante,
est-ce que tu te vois comme la future meilleure commerciale de la boîte ?
Pas mal.
Il n'y a pas de scénario écrit en entier.
Le scénario tenait en une seule page, c'est-à-dire que la page,
c'était voilà, les dix collègues jouent dans tel contexte de travail.
Tu n'as pas écrit les répliques ?
Non, aucune réplique.
C'est-à-dire qu'il y a eu un gros mouvement narratif.
Exactement, il y a un synopsis qui a été écrit
avec les différents passages de tension
et la façon dont la tension augmente et les différents moments du film.
Mais il n'y a aucune réplique qui a été écrite,
tout le reste a été improvisé par les comédiens.
Notre travail des comédiens, qui en gros avaient
leur situation de départ, leur situation de fin.
Éventuellement un groupe de conflit.
Oui, chaque comédien avait une personnalité bien définie.
Donc on lui disait, voilà, toi tu commences,
t'es sympa avec telle personne, et à un moment tu te débrouilles,
à un moment il faut que tu t'embrouilles avec telle personne.
Toi, en revanche, t'essayes de draguer telle personne
qui n'est pas au courant d'ailleurs.
Donc chacun avait ses objectifs clairs.
Et ensuite on a dit, voilà, maintenant on vous lâche dans l'arène
et allez-y, montrez-nous ce que vous êtes capable de faire.
Je crois que ça a été pour les comédiens un travail
assez original et difficile,
puisqu'il faut quand même être capable
d'avoir du recul sur soi-même,
de ne pas se sentir visé
et en même temps de jouer vachement
avec les traits de caractère qui sont les nôtres,
les défauts, les qualités.
Parfois j'intervenais pour leur dire, attention,
moins de rire, parce que dans l'ensemble
c'est souvent un jeu qui est marrant et on a envie de rigoler.
Je leur dis, non, désamorcez,
rigolez pas trop, prenez-le au premier degré,
soyez sérieux,
parce qu'il fallait installer une tension dramatique.
Ferme ta gueule, toi !
C'est très bien, il va te venir sur toi.
Les acteurs ne savaient pas forcément quand ils étaient filmés.
Ils ont été obligés de jouer
toutes les réactions, tout le temps, en permanence.
C'est vraiment une consigne qu'on a donnée aux comédiens,
c'est jouer en permanence.
Ne vous dites pas, la caméra est sur moi,
j'ai l'impression, donc je vais jouer plus.
Plus vous serez naturel, plus vous ne jouerez pas,
mieux le film sera et plus fort il sera.
Ne tenez pas compte de rien.
Faites comme vous vous sentez bien.
Ne vous dites surtout pas,
il y a une caméra là, je vais mettre comme ça,
parce que ça, c'est mort, ça se voit à l'image.
On ne peut plus bouger.
Si on fait ça, on se pose des questions,
on revient là.
Tant pis, je gère.
Vous serez dans le jeu naturel.
Vous ne posez jamais ces questions-là.
Parce que ce que vous pouvez croire de beau,
je ne le trouve pas beau.
On est dans un genre de naturalisme,
le but est d'être le plus naturel possible.
La structure narrative est très classique,
c'est comme n'importe quel film.
Il y a une exposition, un drame qui se passe,
le développement avance au milieu du film.
Après, il y a une conclusion,
il y a des points de non-retour.
C'est comme un film classique,
les répliques sont totalement improvisées.
Vu que les comédiens se connaissaient
entre eux du cours de théâtre,
je leur ai demandé de se poser
les questions à eux-mêmes,
sur des trucs vrais.
Ils ont joué leur personnalité à eux
plutôt que des personnages imaginés
pour cette cohésion de groupe.
Sans cheveux.
Sans cheveux...
Pour la femme que tu aimes.
Les comédiens ont écrit les questions,
j'en ai rajouté quelques-unes
dans le chapeau car elle me paraissait importante
côté dramatique.
J'ai fait une sélection sur les questions
qu'ils avaient posées, c'était un travail important.
Après, le chapeau, il y avait 150 questions.
On ne savait pas du tout dans quel ordre
les questions allaient être tirées.
On a dit qu'on allait partir d'une situation joyeuse
qui se finit dramatiquement,
mais au fond,
on ne sait pas dans quel ordre les questions arriveront.
Il y a eu un peu de magie.
Maintenant, quand on regarde le film, on se dit
que cette question tombe là, c'est parfait.
C'est vraiment génial que ce soit la dernière question.
C'était intéressant de voir comment ils s'attaquaient
les uns les autres en tant que comédiens
mais aussi que personnages.
Tu fais très attention à ton look.
Es-tu homo ?
Envisages-tu un jour de tenter une expérience avec un mec ?
C'était drôle
parce que certains comédiens
avaient pour consigne de le prendre vraiment mal
et d'autres de le prendre à la rigolade
donc ils devaient aussi jouer avec ça.
Je ne vois pas trop l'intérêt de la question.
Un petit peu d'humour, on n'a jamais fait le mal, pas grave.
Ils ont été super
parce qu'ils ont tout de suite dit oui, ils m'ont fait confiance
et ils ont vraiment plongé.
La performance qu'ils livrent est extraordinaire
de ce point de vue-là.
Ambroise est venue avec cette idée
de filmer des gens dans une pièce toute une nuit.
Moi, j'ai trouvé ça tout de suite
très intéressant, assez excitant.
Déjà parce que c'était impossible à faire
mais comme on ne le savait pas, on a essayé quand même
et à la fin ça a marché.
La première étape
c'est techniquement comment on fait pour filmer
ces gens en temps réel
parce que les acteurs ont joué au jeu
et il n'y avait pas d'action coupée
toutes les 5 minutes.
On a vraiment tourné des blocs entiers d'une heure en continu.
Donc on a identifié un décor,
une table, une salle de réunion.
On a 10 comédiens autour de la table
qui doivent jouer non-stop entre eux.
On ne doit pas les gêner mais pourtant
on doit arriver à filmer et à enregistrer
le maximum de choses qui se disent sans les gêner.
Comme on ne voulait pas que les cadreurs se filment
les uns les autres,
on a naturellement choisi des cadres
plutôt resserrés sur les comédiens qui sont filmés en poitrine
parce que si on avait des plans larges on avait le risque
de voir les cadreurs et en même temps c'était
un choix assez assumé, ce qui fait que le film
est constitué principalement de plans poitrine
où on voit un voire deux comédiens
dans le cadre. Ça apporte en plus quelque chose
qu'on a intégré complètement au dispositif
qui est qu'on se sent à la table avec eux,
on se sent proche d'eux.
Et c'est ça qui est intéressant dans les contraintes
techniques, c'est que ça vous permet de trouver des solutions
qui viennent renforcer le film
au final puisque du coup
on était un peu obligé de faire
des plans serrés mais les plans serrés
permettent de renforcer l'implication
du spectateur dans le film. On a vraiment l'impression
d'être à la table avec eux puisque
c'est à peu près ce qu'on verrait si on était en face d'eux.
Et pour que les cadreurs puissent se déplacer
facilement et cadrer
toute la nuit puisque c'est quand même des caméras
lourdes qu'on a utilisées et ils ont dû les porter
pendant à peu près huit heures,
on a utilisé des systèmes qui s'appellent
les easy rings qui sont en fait
des gilets qui viennent vous balancer la caméra
devant vous, qui la portent et du coup
le cadreur a très peu d'efforts à faire
pour faire un plan et surtout ça vous met
la caméra à hauteur de la table. Ce qui fait que les cadreurs
peuvent cadrer debout, ils ne sont pas obligés d'être accroupis
pendant huit heures.
On peut mettre un truc aujourd'hui.
Ouais, on va se mettre une baguette.
Le premier point c'est comment on prend les images
et le deuxième point c'est comment on prend le son.
Pour les images on a choisi d'avoir trois cadreurs
qui étaient donc disposés tout autour
de la table où il y avait les comédiens
et chacun des cadreurs répondait
aux besoins d'Ambroise qui lui était
en régie, il avait les trois images
en retour en permanence
et il était en communication avec les trois cadreurs
vas-y, va sur Pauline, va sur Mehdi,
fais des choses comme ça.
Allô la centrale ?
C'est un peu fort non ?
Bah c'est bon.
Pas le pouvoir ?
J'y jure le pas.
Est-ce que tu m'entends là ?
Ok alors bon maintenant on va se caler sérieusement.
Faites-moi des plans.
Est-ce qu'il y a des gens assis à la table ?
Essaie de rester fixe genre une minute.
Je fais quoi ?
Et Steph toi tu te sens bien ?
D'accord donc Steph doit retirer son soutien-garde.
Donc les problématiques de ce genre de dispositif
c'est que
les cadreurs doivent à la fois être
capables d'aller partout
et en même temps ils doivent ne pas se voir
puisque si vous voyez le cadreur d'en face
forcément ça vous sort du film
donc ça a été le premier gros défi technique
c'était comment on fait
pour avoir trois cadreurs dans une pièce
sans qu'ils se voient
en leur permettant d'aller filmer n'importe quel acteur.
Pour ça on a utilisé différentes techniques
mais notamment déjà on a habillé les cadreurs en noir
puisque si jamais il y avait une épaule
qui rentrait dans l'image de l'autre cadreur
ça se voyait moins si c'était noir que si c'était rose
et ensuite on met en place
aussi tout un dispositif sonore
qui permet de prendre le son
de tous les acteurs en même temps.
Comme les micros HF c'est moins fiable
que des micros Canon
avec ces deux sources de son
on a été capables de capter
l'intégralité de toutes les répliques
de rien perdre des petites phrases
qui se disaient les uns les autres.
Ce qui est très intéressant sur le dispositif technique
c'est qu'on ne s'en rend pas du tout compte
en regardant le film
mais c'est que dans la pièce il y a plein de gens
qui sont en train de faire en sorte
que le film puisse se filmer
notamment des machinaux
qui guident les câbles des caméras
parce que les caméras étaient sur secteur pour ne pas avoir à gérer les batteries
qui rampent au sol
donc il y a plein de gens qui sont en train de ramper
et notamment l'assistant caméra
qui vient apporter les cartes mémoires fraîches
on avait deux cartes mémoires par caméra
on n'avait pas les moyens d'enregistrer les trois caméras
en même temps sur un gros enregistreur
et donc il y a eu toute une logistique
pour apporter des cartes vides aux cadreurs
pendant qu'ils sont en train de tourner
tout en laissant deux caméras tourner en même temps
pour permettre à Ambroise d'avoir des options de montage
en permanence tout au long du film
et donc de ne rien perdre de l'improvisation
et de la spontanéité des acteurs
ton alim secteur est juste à côté de ta ssd
c'est ta carte
et quand t'appuies cartes
tu passes la main devant ton écran
et tu passes la main devant ton écran
pour nous ça veut dire
j'ai besoin d'une carte
et c'est Nico qu'il faut qu'il donne tout
ce qui était marrant c'était qu'on savait
qu'on pouvait que le faire en une nuit
et qu'on voulait le faire en une nuit
et après on s'est dit mais attends ça implique quoi
ah bah ça implique du coup
qu'il nous faut autant de cadreurs
ah mais du coup ça implique qu'ils peuvent pas se filmer
du coup on fait des cadres comme ça
et en fait à chaque problématique qu'on a eu
on a dû trouver une réponse
et c'est un truc qu'on avait jamais fait
que personne n'a jamais fait
et donc c'était rigolo de progresser
comme un jeu en disant comment on fait
pour résoudre les problèmes qui arrivent les uns après les autres
et au final on l'a tourné
c'est ça qui est bien parce que le cinéma c'est ça
si vous avez un budget limité c'est pas drôle le cinéma
le cinéma il faut des contraintes
parce que c'est des contraintes qui créent la créativité
donc on est content, on a réussi à faire dans le tournage
on a shooté tout ce qu'on voulait shooter
comme on fait avec 18h de rush pour faire un long métrage
alors 3 fois 6h plus exactement
puisque en fait on a filmé
je crois cumulé vraiment 6h
avec 3 caméras
donc on avait plusieurs points de vue
alors montage complètement inédit, moi j'avais jamais monté un truc comme ça
mais en fait c'est un peu un montage
bon on dit multicam
et donc c'est là que Andréa
m'a installé une timeline
sur le logiciel de montage qui était particulière
où je pouvais revoir en fait
les caméras synchronisées donc les 6h en entier
concrètement il y a 2 sélections à faire
c'est première sélection
quelle caméra je garde
quand il y a telle question
parce que ce qu'il faut savoir c'est qu'on a pas pu filmer tout le monde
tout le temps c'est à dire que
parfois les cadreurs sont pris de court c'est à dire que
il y a une question je dis une question Pauline machin
si Pauline n'est pas filmée j'ai pas la réaction de Pauline
donc si la question m'intéresse
comment je mets un plan d'écoute etc
ça c'était un truc que je m'étais dit dès le début
c'est pas grave qu'on n'ait pas les gens concernés
à la seconde près c'est à dire quand ils parlent
quand ils écoutent puisque le fait d'avoir quelqu'un d'autre
même extérieur à la conversation
qui écoute et ben ça va nous
impliquer vachement dans le groupe
puisqu'à mon avis dans un groupe il suffit de voir
n'importe quel visage pour savoir ce qu'il se passe dans le groupe
sur les timelines il faut d'abord
sélectionner les caméras qu'on garde
parce qu'il y a 3 caméras qui filment
on a décidé d'enlever des questions parce que c'était beaucoup trop long
et on s'est dit on va viser un film d'une durée normale
il y a un gros travail donc on a du retaper
toutes les questions
on a la liste des questions donc en tout il y en a genre
plus de 300 je crois au final
enfin pas dans le film final mais il y avait plus de 300
avec toutes les questions
les personnes qui posent des questions et il fallait se dire
qu'est-ce qui est intéressant pour le film ou pas
donc il y a des questions typiquement qui sont des questions
qui font avancer l'intrigue par exemple
qui déclenchent une dispute et donc font monter la tension
donc ça évidemment on les garde
Mathieu tu fais souvent allusion
à des clichés notamment sur des maghrébins
est-ce que t'arrives à réfléchir un peu
avant de parler ?
il y a des questions qui sont plus triviales qui sont plus gratos
du genre elle raconte moi ton premier baiser
ah non je te raconte pas je suis gêné
qui peuvent être marrant des moments de vie marrant
mais s'il y en a trop des questions comme ça bah le film est trop long
et finalement n'apporte rien donc c'est plutôt ces questions là
que j'ai voulu enlever au montage
en me concentrant sur une
trame narrative et c'est donc finalement
au montage que s'est construit le scénario
avec des points très précis
des embranchements vraiment
narratifs en mode ah bah cette question
elle va marquer le début d'une dispute
mais non parce que c'est tout le temps pareil
c'est tout le temps vous êtes tout le temps à dire non mais nous on nous attaque
pourquoi vous êtes tout le temps à Mathieu ?
au montage on voit pas forcément les cuts
on se dit pas qu'il y a parfois 10 minutes
entre deux questions qui se suivent pour donner l'impression
que tout ça a vraiment duré en temps réel
la durée du film ça c'était un travail qui a pris
deux ans tout simplement
vraiment cette partie là était fascinante parce qu'on
savait pas du tout
on a vraiment toujours appris en le faisant
et moi plus je passais du temps dessus plus je me disais
ah mais en fait le film il parle de ça
et donc je regardais, j'isolais tel ou tel moment
et le reste je l'enlevais alors il y a des moments
c'est crève-cœur parce que tu dois
enlever des trucs qui sont marrants ou qui sont pas mal
en te disant bah ouais mais pour le bien du film
il faut les enlever c'est comme ça
on a eu quand même deux grosses étapes de post-production
assez lourdes
un c'était de
d'effacer les cadreurs
qui ont été filmés parce qu'on a beau
faire tout ce qu'on pouvait pour ne pas les filmer
des fois ils ont été dans les champs des caméras
et donc voilà
on avait conscience que ça sortait un peu le spectateur de l'intrigue
de voir un bout de transmetteur
un bout de cam enfin bon voilà
donc on a eu une grosse grosse phase de
d'effacement numérique avec C'est moi Didi
image par image, voilà petite dédicace
bravo et merci, voilà qui a effacé
numériquement et recréé les arrière-plans
avec des tracks et tout pour sortir
tous les cadreurs du film et la deuxième
grosse phase ça a été le nettoyage son
avec le montage final on s'est dit que ça valait le coup
de faire venir les comédiens pour redoubler certaines
phrases
donc c'était très intéressant à faire puisqu'il fallait
les enregistrer avec aussi beaucoup de naturel, on avait identifié
les phrases qu'on entendait le moins bien, parfois qui étaient
chuchotées ou au contraire qui étaient trop
fortes et donc saturées
d'accord mais attends, mais attends, mais attends
attends Imad, attends, je vais te dire une chose
mais je l'ai pas chauffé, attends
mais je l'ai chauffé en quoi
la post-prod de son aussi a été un moment
assez important et décisif
qui a donné au film aussi une facture
vachement plus professionnelle
et quand on a eu le montage final du film et qu'il restait
encore de la post-prod à faire, on a rencontré
deux types
qui s'appellent Lionel et Olivier de la société
Anafi et qui ont vu notre film
à l'état brut et qui ont dit c'est vachement bien, on veut vous aider
à le finir au niveau du son
et donc c'est avec eux qu'on a pu travailler
et sans eux on aurait jamais pu améliorer le film
à ce point donc c'était vraiment des gens
qui ont rejoint le projet
et qui nous ont tendu la main, grâce à ça
La Règle du Jeu a pu prendre une vraie dimension long métrage
sortable au cinéma, avec le son cinéma
disons que c'était la première fois où quelqu'un
considérait La Règle du Jeu comme un long métrage
en dehors de nous
et donc ça c'est quand même sur un projet qui dure
le temps qu'il a duré
c'est une étape importante, c'est rassurant, ça remotive
Donc
une nuit de tournage
trois ans de post-production
on est fin 2015 et on sait enfin
de quoi parle le film
drôle, on rit jaune parfois
la profondeur de jeu des acteurs
le réalisme de certaines situations
et de certains dialogues
et le côté qui met très mal à l'aise aussi, qu'on vit un peu le truc
comme si on y était
C'est un support de débat et de discussion très intéressant à mon avis
Au début moi mon idée était très simple
le thème du film c'était
la vie en groupe et comment
parler de la vérité au sein d'un groupe
pouvait impacter les liens entre les uns et les autres
donc il y avait tout ce fantasme de transparence sociale
qu'on voit notamment sur les réseaux sociaux
il y a peut-être une lecture en filigrane des réseaux sociaux
mais vraiment, au sein d'un groupe, est-ce qu'on peut livrer son image
en pâture aux autres et s'en sortir indemne ?
Certains oui, certains non, donc c'était ça dont je voulais parler
C'est injuste, c'est faux
C'est basé sur rien
Le but c'était pas de se faire mal
Non, mais c'était un petit peu dérangeant
dérangeant mais sur des choses un peu plus concrètes
C'est l'objectif dès le début de toute façon
Le dispositif a été
mis en place pour pouvoir parler de ça
Mais il y a d'autres thèmes qui ont émergé naturellement
Oui, parce que les comédiens ont apporté eux-mêmes
leur personnalité, leur caractère, leur thème
et quand ils ont écrit les questions
et quand ils en ont discuté pendant le film
est venu naturellement des thèmes
plus sur notre époque
sur le fait de vivre ensemble, sur le communautarisme
le racisme, le terrorisme
le sexe, la politique
et tout ça
vraiment dans un esprit de comédie
dramatique, c'est-à-dire qu'on sent qu'il y en a
certains pour qui ces sujets sont légers, il y a beaucoup de naïveté
et puis beaucoup de gens qui le prennent au premier degré
donc ils ont enrichi le film
de leur thème à eux, de leur sujet
et on s'en rendait bien compte que le film nous avait échappé
qu'il était devenu organique
mais on a gardé tous ces thèmes-là
parce que ça faisait un film vachement de notre époque
Et d'ailleurs
un truc qui est rigolo c'est que le titre du film
n'a pas tout de suite été la règle du jeu
et que plus on avançait dans le film, dans le montage
plus il y a eu plein de titres différents
et chaque titre marquait un peu les étapes de compréhension
de notre propre film, c'est-à-dire qu'au début
on l'avait appelé Pandore
au rapport à la boîte de Pandore
d'où s'échappent tous les mots de la Terre
dans la mythologie
ensuite il s'est appelé
Tout ce qui se passe ici est très normal
qui est une réplique du film qu'on aimait beaucoup
C'est normal, tout ce qui se passe
est très normal, donc laisse béton
parce que très normal c'est hyper drôle
donc c'est dans le film, mais bon finalement on l'a pas gardé
on a eu Prochaine question
qui parlait un peu plus de
de quoi on va parler maintenant
On a eu très longtemps les chuchotements barbares
qui étaient bien parce qu'il y avait la notion de chuchotement
qui dit vraiment ces petits mots qu'on dit
comme ça, qui ont l'air de rien, et barbare en fait
ça veut dire qu'ils ont un impact hyper fort et on s'en rend pas compte
parfois on dit des choses qui blessent les autres, etc
mais bon, chuchotement barbare
c'était un titre un petit peu alambiqué peut-être
Ouais, puis finalement on est arrivé sur
sur La Règle du Jeu
Alors il y a déjà un film qui s'appelle La Règle du Jeu
qui est un film réalisé par Jean Renoir
et sorti en 1939
qui est le film, selon les critiques françaises
numéro 1
Le meilleur film français de tous les temps
La Règle du Jeu de Jean Renoir parle déjà d'un groupe d'amis
qui se disloquent le temps d'un week-end
qui passent ensemble à la campagne
donc il y avait vraiment cette filiation qui nous amusait
du huis clos entre un groupe
qui va se disputer
et donc c'est à la fois une référence
le fait de l'appeler comme ça très humble
genre le film de Jean Renoir est extraordinaire
et nous on est un petit film, mais il y a un peu de prétention
de dire voilà, on veut parler un petit peu de la même chose
et puis il se trouve que dans notre film
les personnages jouent à un jeu qui leur échappe
dont ils ne connaissent pas la règle finalement
ils se lancent dedans mais ils ne savent pas où ça va les emmener
donc la règle du jeu c'est d'un coup
on s'est dit ça va marcher de l'appeler comme ça
Donc voilà c'était un projet
qui nous a coûté énormément
en moyens humains
puisqu'on a passé 5 ans dessus
et en parallèle de ça
c'est un film qui ne nous a pas coûté très très cher
puisqu'on a eu un peu
une journée de tournage
On a tout fait pour limiter les coûts
parce qu'on n'avait pas beaucoup de budget
il y a juste un truc sur lequel moi je ne voulais pas du tout limiter les coûts
c'était
la musique de fin, du générique de fin
qui est une musique assez connue, que vous découvrirez pendant le film
et qui passe en intégralité
ça coûte plus cher en intégralité
et ça coûte plus cher quand c'est un générique
c'est le réalisateur et le producteur
et je voulais à tout prix
cette musique à la fin
parce que je trouve qu'elle parlait bien du film
elle reprend le côté
à la fois grave et léger
du film
donc on a payé les droits
et donc au final elle coûte l'équivalent
du salaire de 5 comédiens
mais elle est trop bien cette musique
et normalement vous l'aurez dans la tête en sortant du film
c'est l'objectif
j'espère que ça a été aussi intéressant pour vous à écouter
que pour nous à faire
je parle de la fabrication du film
cette vidéo est un peu la conclusion de 5 ans de travail
on est très content d'avoir fait ça
et on espère que
vous allez avoir envie de le voir
et si vous voyez la vidéo avant le 8 février 2017
sachez que le film sort en salle
dans une salle à Paris
au Saint André des Arts
le 8 février pendant un mois
vous regardez les séances
ce sera à 13h chaque séance
et sachez que nous on est là pour faire un débat
avec les gens du public, répondre aux questions
il y aura peut être des comédiens du film aussi qui seront là
donc vraiment venez voir le film ça nous fera plaisir
des bisous de l'amour
à très vite