Les mauvaises pratiques - F/1.4 - S01E44

F/1.4 - Sébastien Roignant
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1 Vues de vidéo·28 oct. 2024
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Il y a certains effets qui me donnent des hauts le cœur quand je vois des photos, qui radicalisent mon discours et m'amènent à dire ce genre de phrase : "La désaturation partielle, c'est le mal".
Par cet épisode, je vais essayer de vous expliquer pourquoi je pense ainsi et qu'est ce que l'on peut faire pour pallier l'utilisation de ces "mauvaises pratiques".
Pour des exemples de ces mauvaises pratiques rendez vous sur ce magnifique site : http://youarenotaphotographer.com/
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La clarté négative ?
C'est le mal !
Le tone mapping HDR ?
C'est le mal !
Les cadres autour d'une photo ?
C'est le mal !
La désaturation partielle ?
C'est le mal !
Bonjour, bienvenue dans F1-4.
Cette semaine j'ai envie de vous remuer un petit peu
et refaire un épisode d'argumentation.
Bah oui, dans l'intro je vous ai asséné mes vérités
et il va bien falloir que je vous explique
si j'ai pas envie de passer pour un con
qui croit détenir la vérité ultime.
Peut-être qu'à la fin de cet épisode
vous penserez encore que je suis un gros con
qui détient sa vérité ultime,
mais en même temps vous penserez ce que vous voulez.
J'ai lancé F1-4 dans le but de partager mes astuces,
pour partager mes techniques,
pour puissiez les intégrer peut-être dans votre workflow,
mais dès l'épisode 3 j'ai voulu aller plus loin
que des tutos techniques,
en vous partageant mon point de vue sur la photo
et en essayant d'en débattre avec vous.
Le week-end dernier j'étais à Cannes
pour un workshop portrait créatif
et j'ai rencontré beaucoup de photographes de la région,
région que je ne connaissais pas du tout.
J'ai pu partager de nombreuses choses avec eux
et vraiment je les en remercie parce que c'était vraiment super.
Merci les gars.
Et les filles aussi.
J'ai été confronté à certaines personnes
qui traitent leurs photos
avec des méthodes que moi je considère proscrites.
Nous avons pris du temps pour en discuter,
pour en débattre.
J'ai dû argumenter sur le pourquoi il ne fallait pas le faire,
pourquoi j'étais contre,
en présence de photographes qui ne pensaient pas comme moi.
On est souvent entouré de gens
qui pensent comme nous.
Donc du coup c'est facile d'argumenter avec eux
puisqu'en final on est sur la même longueur d'onde.
Et quand on arrive avec des gens
qui ne sont pas vraiment sur la même longueur d'onde que nous,
on est là, on est bien obligé d'argumenter,
on est bien obligé de trouver les bons mots
pour pouvoir convaincre si on veut convaincre.
Du coup c'était super enrichissant
car je me suis aperçu en leur montrant des arguments,
en leur montrant des nouvelles façons de faire
pour arriver à ce qu'ils souhaitent.
La raison de mon discours catégorique
de type la désaturation partielle c'est le mal
passait.
Et j'ai voulu donc partager avec vous
mes pensées dans cet épisode
consacrées aux mauvaises pratiques.
Avant de commencer mon argumentaire,
je tiens à préciser que je ne veux stigmatiser personne.
Ceci est bien sûr ma façon de penser
et n'engage que moi.
Il est politiquement correct de dire
chacun a le droit d'aimer ce qu'il veut
et tous les goûts sont dans la nature.
Si on se cantonne à cela,
en gros, tout le monde a le droit de faire ce qu'il veut
et de s'autoproclamer art.
Je fais de l'art.
Bon, pour être franc avec vous,
c'est un peu quand même ce qui se passe en ce moment.
J'ai plutôt envie de vous dire
tous les mauvais goûts sont dans la nature.
J'ai pas forcément envie de partir sur un débat de goûts
puisque le goût c'est quand même une affaire personnelle
tant qu'on reste dans du qualitatif.
Parce que oui,
le goût pour quelque chose de pas qualitatif,
comment vous dire...
Moi j'adore Nabila.
J'adore.
Elle est trop trop bien.
Elle a trop de goût cette nana.
Et...
J'adore.
Alors moi Danny Boon,
trop bien quoi.
Bienvenue chez les ch'tis.
Je me suis trop trop marré devant.
C'était juste quelque chose de...
De trop marrant quoi.
Je vais tenter de vous démontrer
que certaines pratiques
que beaucoup d'entre vous sûrement utilisent
et que j'ai moi-même pu utiliser
ne rendent pas du tout,
mais alors vraiment pas du tout du tout du tout du tout
service à vos photos.
Et surtout que vous avez moyen d'en utiliser d'autres
pour avoir le même résultat,
pour le même effet recherché
et surtout avec un rendu extrêmement plus classe.
Quelles sont les pratiques que vous considérez comme le mal ?
Je vous ai posé la question sur la page Facebook de F1C4.
Vous avez été beaucoup à y répondre.
Voici donc quelques réponses
que je vous avais pu donner.
La désaturation partielle,
le vignettage positif,
le cadrage penché,
les cadres,
le sepia,
les signatures énormes,
la saturation exagérée,
le lissage de peau excessif,
le tone mapping,
qui est le HDR trop poussé,
le vignettage négatif excessif,
le flou rajouté,
ça le flou rajouté faut vraiment arrêter,
les effets vintage,
Photoshop,
bon là on va pas être copain avec celui qui a mis Photoshop
et je crois que c'est un menteur en plus,
les textures,
le tilt shift,
les photos posées.
Pour cet épisode je vais prendre,
pour exemple principal,
la désaturation partielle
car je trouve que c'est assez symptomatique de ce problème.
Alors Sébastien,
pourquoi la désaturation partielle c'est le mal ?
Parce que c'est un effet kitschissime à mort,
mais à mort, à mort, à mort, à mort.
Est-ce que vous avez vu des photographes reconnus l'utiliser ?
Non.
C'est un effet qui date d'il y a au moins 30 ans.
Il a été surutilisé et donc passé du côté kitsch de la force.
Question de goût vous allez me dire.
Et ben non.
Ben non.
Parce que c'est un effet simpliste.
Et du coup ça va me permettre de vous expliquer la différence entre simple et simpliste.
Le simple est souvent ce qu'il y a de plus beau,
mais aussi ce qu'il y a de plus compliqué à faire.
Prenons l'exemple d'un artiste de cirque.
Quand vous regardez son spectacle et que vous le voyez jongler,
porter sa partenaire,
la faire tournoyer dans les airs,
c'est tellement bien fait que ça paraît juste super simple
et que vous vous sentez capable de le faire.
Et pourtant derrière,
c'est des années, des années, des années, des années, des années de pratique intensive.
Le plus beau en fait dans tout ça,
c'est quand on ne ressent pas l'effort,
car on est happé dans le monde de l'artiste, dans son univers,
et on ne pense plus du tout au côté technique.
Et c'est là que la magie opère.
Le simpliste au contraire,
c'est quelque chose qui est à la portée de n'importe qui.
Depuis l'arrivée de logiciels tels que Picasa ou autres,
la désaturation partielle est à la portée d'un enfant de 3 ans,
voire même peut-être 2 ans.
Ou peut-être même 1 an quoi.
Maintenant un clic ça marche.
C'est comme Instagram.
En fait Instagram c'est quoi ?
C'est un format carré,
quelques effets automatiques,
et tout le monde se croit photographe.
La désaturation partielle est simpliste.
J'entends souvent dire
ok, la désaturation partielle c'est pas beau,
mais les clients aiment ça.
Je vais pas partir sur l'évidence même.
Montrez ce que vous voulez faire,
montrez ce que vous aimez,
montrez ce que vous voulez vendre.
Et du coup vous ne ferez jamais des choses que vous n'avez pas envie de faire.
J'ai 4 ans d'expérience professionnelle dans le monde de la photo,
c'est pas énorme,
mais je n'ai jamais eu affaire,
je n'ai jamais eu un client qui m'a demandé de la désaturation partielle.
Et si par hasard il y en a un qui me le demande,
je vais lui expliquer pourquoi je n'aime pas ça,
et pourquoi il ne faut pas le faire.
Ce n'est pas parce que des gens aiment quelque chose
que c'est forcément bon.
Regardez, il y a bien des gens qui aiment Christophe Mallet.
Est-ce que ces gens aiment vraiment par goût un produit,
ou est-ce que c'est parce qu'on leur dit qu'il faut l'aimer ?
Revenons au McDo.
Depuis l'épisode sur les tarifs,
j'aime bien prendre McDo en exemple.
Est-ce parce que McDo est bon qu'on aime y aller,
ou est-ce parce qu'on pense que c'est cool,
et qu'on stable des milliers de pubs depuis notre naissance,
qu'on veut y aller ?
Est-ce que McDo c'est vraiment bon ?
C'est bon, mais ce n'est pas bon du tout.
Parce que non, McDo c'est tout sauf de la vraie alimentation.
C'est de l'alimentation simpliste.
C'est un goût préfabriqué,
pour que vous l'aimiez facilement,
et pour vous faire revenir.
Comme le produit qu'ils mettent dans les chips.
Et sûrement comme dans les granola d'ailleurs.
On ne déguste pas un McDo,
on s'en empiffe.
Alors que pour quelques euros de plus,
on peut aller dans un restaurant qui fait aussi des burgers,
et prendre un vrai repas avec un cuisinier
qui a vraiment bien fait les choses,
qui a préparé la viande,
qui l'a bien grillée,
avec des vraies nuances dans la bouche.
Quand on va croquer une burger,
ça va être juste une explosion de sens dans la bouche,
une explosion de goût.
Si nous étions, depuis le plus jeune âge,
éduqués à la vraie bouffe,
à la musique de qualité,
au cinéma retravaillé,
et pas juste moins frais à TF1,
on s'apercevrait très vite
que ce qu'on nous sert la plupart du temps,
c'est juste de la merde.
Prenons un autre exemple, le vin.
J'y connais vraiment rien en vin.
J'aime certains vins,
j'ai appris à aimer certains vins,
que je trouve extrêmement bons.
On me donnerait une bouteille à 3000€,
je suis vraiment pas sûr que je l'aimerais.
Et si je prenais des cours,
et si je passais des dizaines et des dizaines d'heures
à éduquer mon palais,
à apprendre à sentir,
à apprendre à goûter,
je m'apercevrais peut-être que le vin
que là j'apprécie actuellement,
c'est en fait de la grosse piquette,
qui n'a aucune nuance,
et avec un goût du coup
extrêmement simpliste en bouche.
Et quelles sont les raisons
que les photographes avancent
pour faire de la désaturation partielle ?
Faire ressortir le sujet.
Vous, vous n'avez vraiment pas regardé
l'épisode 7 de F1-4.
Pour faire ressortir le sujet d'une photo,
vous pouvez utiliser
une balance des blancs différentes
entre votre fond et votre sujet,
une saturation, désaturation,
légère bien sûr,
le flou, à la prise de vue !
À la prise de vue le flou, bordel !
Le sombre et le clair.
Il y en a qui disent que c'est joli.
Bon bah là, je sais vraiment pas
comment vous expliquer que non,
ça n'est vraiment pas.
Alors vraiment, vraiment, vraiment pas,
c'est moche, c'est kitsch,
c'est comme l'ombre d'une alliance
formant un cœur sur la reliure d'un livre,
ou comme les photos de bébé tout nu
avec un bonnet sur la tête.
C'est rapide à faire
et ça ne demande aucune connaissance
sur Photoshop.
Mais c'est bien ça le problème.
C'est comme ces gens qui se disent
puristes de la photo
parce qu'ils ne retouchent pas
du tout la photo
et qu'ils les prennent directement
à la sortie de leur boîtier.
Mais c'est souvent juste
parce qu'ils ne savent pas retoucher
qu'ils n'ont pas juste pas envie
d'apprendre Photoshop,
qu'ils n'ont pas envie
d'apprendre la retouche
et du coup ils disent
bah non, c'est pas de la vraie photo
si tu fais du Photoshop.
Il y a la pratique à la mode
et la pratique universelle.
Et comment les différencier ?
En gros, vous le saurez
dans quelques années
si ce que vous avez fait
a pris un coup de vieux
ou s'il est toujours actuel.
Bien sûr, il peut y avoir
de bêtes utilisations
de tous les procédés
dont j'ai parlé au début.
Mais c'est utilisé par des gens
qui savent ce qu'ils font
et qui ont intégré le goût
pour le beau
et pour l'universel.
Prenons l'exemple
de la règle des tiers
pour le cadrage.
Si vous centrez votre sujet,
on va très très souvent
vous dire que ça ne marche pas.
Que votre sujet est trop centré
et n'exprime rien.
Ne pas centrer !
C'est une des règles
que l'on vous donne
lorsque vous débutez.
Que peut-on dire à ce moment-là ?
Non, mais tous les goûts
sont dans la nature.
Si j'ai envie de centrer,
laissez-moi centrer !
J'aime ça !
Je ne l'ai jamais entendu.
Parce que la règle des tiers
est une règle respectée
depuis des centaines d'années.
Et force est de constater
qu'elle est quand même
sacrément utile et véridique.
Est-ce que ça empêche
les photographes
de centrer leurs photos ?
Non !
Je suis le premier à le faire.
Excessivement peut-être,
mais je suis le premier à le faire.
Cependant,
j'ai intégré la règle des tiers.
J'ai compris pourquoi elle existait.
J'ai compris
qu'est-ce que ça faisait sur la photo.
J'ai compris qu'elle était vraie
et qu'elle me permettait
de faire des photos meilleures.
Je l'ai pratiquée
durant des années.
Et maintenant,
le cadrage est devenu
pour moi instinctif.
Je dirais même simple, en fait.
Et je peux donc, du coup,
me permettre
de centrer mon sujet.
Mais est-ce que mon sujet
est vraiment centré, du coup ?
Est-ce que mes dizaines
de portraits centrés
le sont totalement ?
Le plus souvent,
comme sur cette photo,
la ligne des yeux
est sur une des lignes de force
ou sur un point de force.
Et donc,
donne un équilibre à ma photo.
Le problème
avec la désaturation partielle,
c'est qu'elle est utilisée
à 99,9% du temps
par des débutants
ou des gens de mauvais goût.
Du coup,
par des gens
qui n'ont pas intégré
les règles
que des centaines d'années
d'évolution de l'art
nous ont communiquées.
C'est des gens
qui arrivent dans le monde
de la photo
et qui disent
« Hé, c'est cool,
moi j'aime bien ça
et du coup,
je vais le faire
et ça va être bien. »
Non !
Pour conclure
et pour me contredire,
je dirais qu'il n'y a pas
de mal.
Le mal n'existe pas.
Il y a juste
des mauvaises utilisations
des outils
dont on dispose.
Quelqu'un a dit
en réponse
à la question
que j'ai posée
sur la page Facebook
qu'une photo
qui demande
plus de 5 minutes
de traitement
est une mauvaise photo.
Moi, j'ai envie
de dire l'inverse.
Une photo
que l'on traite
en moins de 5 minutes
est une photo
dont on n'a pas
extrait le potentiel.
Et le problème
de la plupart des effets
que j'ai recensés au début
et que vous m'avez aidé
à recenser,
c'est que c'est des effets
qui sont accessibles
et qui sont faisables
en moins d'une minute
pour la plupart.
Donc facile
et donc simpliste.
Ces techniques
sont utilisées
sans réel savoir-faire
et surtout,
surtout, surtout,
sans subtilité.
Il n'y a aucune subtilité
dans la désaturation partielle.
Mais aucune.
Ni dans la clarté négative.
C'est pas subtil.
C'est tout flou.
Le vrai et le beau
est très souvent,
mais pas toujours.
Mais très souvent.
Mais pas toujours.
Mais très souvent.
Mais pas toujours.
Mais très souvent, bordel.
Dans le travail,
la maîtrise
et l'expérience.
Et cela,
ça ne se fait pas en 5 minutes.
Je reste persuadé
qu'on peut utiliser
la désaturation partielle
du vignettage positif,
du tone mapping
pour en faire
de chouettes photos.
Par contre,
la clarté négative,
c'est vraiment, vraiment,
vraiment le mal.
Si vous pratiquez encore
ce genre d'effet,
je vous invite
à regarder vos photos,
à prendre du recul,
mais un vrai recul,
de fermer les yeux,
de les rouvrir,
évidemment,
et de vous demander
si votre traitement
est correct.
Si votre traitement
est simple ou simpliste.
Est-ce qu'il rend service
à votre photo ?
Est-ce qu'il est subtil ?
Demandez-vous
si votre traitement, aussi,
sera d'actualité
dans 15 ans.
Ce n'est pas grave
de l'avoir fait
ou de le faire encore.
De tout,
et de comprendre
pourquoi il faut essayer
de ne plus le faire.
Pensez à l'émotion vraie
et non pas à l'émotion préfabriquée.
Soyez subtil
et utilisez les techniques
avec douceur.
Et si,
après cet argumentaire,
vous avez encore envie
de penser
que je suis un gros con
hautain,
venez me le dire
dans les commentaires
et on en débattra.
Le débat est ouvert
et je vous dis donc
à la semaine prochaine.
Au revoir !
