Maud Leblon est la Directrice Générale de l’association Règles élémentaires, la première association de lutte contre la précarité menstruelle et le tabou des règles. Elle a fondé la plateforme en ligne d’éducation menstruelle « Parlons règles » dédiée au 8-14 ans.
Présentée par Agathe Lecaron, La Maison des Maternelles est le rendez-vous quotidien consacré à la parentalité et petite enfance. Dans ce magazine, l’animatrice et les spécialistes qui l’entourent ont pour ambition de répondre aux interrogations des jeunes parents, proposant ainsi une émission de service. En toute liberté, de façon positive et décomplexée !
Bonjour, vous avez eu du mal à rentrer dans la maison ?
Oui, parce qu'il y a eu des inondations.
Bienvenue dans la maison des maternelles.
Je le disais, vous êtes la directrice générale de l'association Règles élémentaires,
première association de lutte contre la précarité menstruelle et le tabou des règles.
Vous avez donc fondé une plateforme en ligne qui se lance dès aujourd'hui,
d'éducation menstruelle dédiée aux 8-14 ans.
C'est très ciblé, ça a été mis en ligne depuis ce matin.
C'est la journée internationale pour les droits des filles en ce 11 octobre.
On a profité de ce jour-là pour vous inviter et pour parler de cette plateforme-là.
Moi, quand je vois une info comme celle-ci, on est en 2024,
je me dis mais qu'est-ce qui se passe ?
Les filles ne sont pas assez renseignées dans l'éducation menstruelle ?
Est-ce qu'elles manquent d'informations ?
Est-ce que c'est ça le but de la plateforme ?
Oui, elles manquent d'informations, je dirais même plus généralement au-delà des filles.
Je pense que tout le monde manque encore d'informations sur les règles
et c'est bien l'objet de cette plateforme,
c'est de pouvoir démocratiser et généraliser l'éducation menstruelle.
Ce qu'il faut savoir, c'est qu'elle fait suite à trois années où nous,
Règles élémentaires, on intervient dans les classes
auprès des jeunes garçons et des jeunes filles en mixité
pour parler de règles et pour éduquer sur ce sujet.
C'est en constatant l'ampleur des méconnaissances, des mythes,
mais aussi de l'impact que les règles ont sur la vie des élèves
qu'on s'est dit qu'il fallait vraiment trouver une solution
pour que ça dépasse les ateliers en physique que nous on peut mener
et que ça puisse servir au plus grand nombre.
Mais est-ce qu'il y a un tabou autour des règles ?
Oui, c'est une des raisons pour lesquelles on n'en parle pas.
Comment est-ce qu'il se crée ce tabou ?
Les raisons de la création du tabou, je pense qu'elles sont millénaires, historiques.
Chaque époque a ajouté son lot de tabous, de mythes, de méconnaissances
et de fausses informations sur les règles.
En tout cas, la réalité, c'est qu'aujourd'hui,
les informations sont très peu diffusées.
Il y a beaucoup de fausses informations qui circulent,
notamment sur les réseaux, sur Internet.
En tout cas, quand les informations sont vraies,
et il en existe encore quelques-unes,
elles sont souvent très parcellaires et très physiologiques,
mais elles n'abordent pas le sujet de manière globale
et elles ne visibilisent pas tous les vécus.
En tout cas, elles ne répondent pas aux questions des enfants.
Nous, ce qu'on constate dans les classes, c'est qu'on a beaucoup de questions
sur est-ce que c'est normal si, est-ce que je dois m'inquiéter si,
comment faire si, etc.
Toutes ces questions-là restent souvent sans réponse
parce que les enseignants, les enseignantes n'ont pas forcément
les informations, les formations, l'envie d'en parler.
Et les parents, c'est pareil.
Vous parlez des fake news.
Qui a intérêt déjà à sortir des fake news
et quels sont les types de fake news qu'on peut entendre sur l'éducation ?
Fake news, c'est peut-être un mot un peu fort
parce qu'on pourrait considérer qu'il y a une intention.
L'idée, c'est que les informations sont plutôt mauvaises,
de mauvaise qualité, erronées.
Il y a beaucoup de mythes, de recettes de grand-mère,
de choses qui circulent comme ça.
Vous pensez à quoi, par exemple ?
Par exemple, récemment, on a vu une information sur le fait
que boire du citron, ça arrêtait les règles, par exemple.
Ça, c'est des choses qui ont vraiment circulé,
qui ont fait vraiment le buzz, entre guillemets.
Ça, c'est une réponse assez simple.
Mais ce que je veux dire, c'est que ce n'est pas si grave
dans l'impact que ça, mais ce que ça veut dire,
c'est que quand on cherche vraiment une réponse,
on l'a entendu tout à l'heure avec Laetitia,
avoir ces règles, ça peut aussi avoir des conséquences
très problématiques sur la santé.
Et on sait que l'errance, par exemple, de diagnostic,
elle vient aussi de ces méconnaissances,
de ces désintérêts.
Mais plus généralement, l'éducation,
elle est nécessaire pour toutes et tous,
pour vivre bien une scolarité,
pour vivre bien en collectivité.
Les enjeux, ils sont aussi autour, évidemment,
de l'égalité filles-garçons,
de la lutte contre les discriminations.
Et il faut adresser le sujet de manière banale,
presque, on a envie de dire,
puisque ça reste quelque chose de tout à fait normal
d'avoir ces règles.
Et il faut juste qu'on en parle.
Oui, c'est une partie de la vie.
Ce qui est important de rappeler,
c'est que ce tabou ou ce manque d'éducation
est universel.
Ce qui ne touche pas qu'une certaine partie
de la population.
Et c'est vraiment...
On peut le retrouver dans tous les milieux sociaux,
ou même dans toutes les castes,
ou toutes les origines.
Et c'est vrai que c'est important de le rappeler.
Là, vous lancez donc Parlons Règles.
C'est une plateforme mise en ligne aujourd'hui.
Qu'est-ce qu'on peut retrouver dessus ?
C'est des articles, des vidéos, des cours ?
Alors, la plateforme, on l'a vraiment pensée
pour répondre aux besoins qu'on a observés sur le terrain.
Donc déjà, c'est une plateforme
qui ne parle que de règles.
Donc ça, c'est assez rare.
C'est une plateforme qui est évidemment gratuite
et qui est adaptée aux 8-14 ans,
ce qui est aussi rare.
8-14 ans, pourquoi ?
C'est tout simplement la période des premières règles.
Nous, ce qu'on constate,
c'est que l'âge des premières règles avance,
chaque année, chaque décennie, on va dire.
Par contre, les informations, elles, qu'on reçoit,
elles n'avancent pas, voire reculent.
Les premiers cours autour des monstrues,
ça arrive à 5e, 4e ?
Oui, 5e, 4e en cours de SVT.
Après, il faut aussi imaginer
que c'est abordé sous le prisme de la reproduction,
ce qui est normal dans ce cas-là.
Mais ça ne parle pas vraiment
à la vie des enfants de 12 à 13 ans.
Leur question, ce n'est pas sur
comment nous reproduire à 12 ans a priori.
C'est j'ai des douleurs,
c'est quelle protection choisir,
est-ce que c'est normal ?
Encore une fois, si, si, si.
Donc, ce qu'on va proposer,
c'est des contenus adaptés aux jeunes,
donc principalement des vidéos,
qui va répondre, on va dire,
à la vingtaine de questions
qu'on a le plus souvent trouvées.
Et pour compléter ça,
on a aussi développé un chat,
donc un agent conversationnel,
comme on dit.
Par intelligence artificielle,
qui répond à 500 questions, c'est ça ?
Non, qui répond à toutes les questions,
mais qui est basé,
sa connaissance est principalement basée
sur les questions que nous ont remontées nos élèves,
puisqu'à chaque fois,
on leur propose de faire une question anonyme.
Et donc, nous, on a nourri ce chat
avec nos propres réponses,
déjà d'experts de terrain,
mais aussi les vraies questions des enfants.
Et donc, du coup, ça permet vraiment
de pouvoir avoir un spectre de réponses
beaucoup plus large
que ce qu'on trouve sur Internet,
et avec des réponses adaptées à leur âge.
Qui font ces vidéos ?
C'est des médecins ?
C'est des sages-femmes ?
C'est des gynéco ?
Les personnes qui ont fait les vidéos,
concrètement, c'est notre équipe de terrain.
Par contre, nous, on est vraiment en lien
avec des professionnels de la santé,
mais aussi des professionnels de l'éducation,
puisqu'il y a aussi toute une partie
qui est dédiée au relais éducatif,
et donc aux enseignants, aux enseignantes.
J'allais vous demander
si l'adresse formelle
pouvait être utilisée par les enseignants.
Il y a un onglet relais,
et je crois qu'il est destiné aux enseignants
et à ceux qui sont au contact
de ces jeunes filles,
pour essayer de les accompagner
et jeunes garçons,
sur l'éducation,
donc évidemment, il ne faut pas les oublier,
les jeunes garçons,
sur l'éducation menstruelle.
À la fois parce que l'école,
c'est le lieu le plus facile,
on va dire, pour adresser des jeunes
ayant mixité à fortiori,
mais aussi parce que l'impact
d'avoir ces règles à l'école,
il est réel.
On l'a dit encore une fois,
la moitié des élèves d'un collège
ont leurs règles,
mais le collège en lui-même
n'est pas du tout fait
pour accueillir des personnes
qui ont leurs règles.
Donc nous, on voudrait sensibiliser
plus largement à tout le système,
on va dire éducatif,
autour de ces enfants
et de ces élèves,
et en premier lieu,
les enseignants et enseignantes.
Mais bon, ils ont aussi
beaucoup de choses à faire,
ce ne sont pas des sujets
faciles à aborder,
donc on essaye de proposer
des solutions clés en main,
des séances de cours,
des ateliers,
des petits jeux,
pour essayer à la fois
de mener ces temps d'éducation,
mais aussi d'intégrer
la question des règles
dans leur quotidien.
Donc comment on fait
un exercice de maths
en parlant de règles,
comment on parle des règles
dans l'histoire,
parce que finalement,
on a dit que les règles,
ça traverse l'histoire.
Mais est-ce qu'il y a
un onglet précis pour les parents
ou pas du tout ?
Il y a un onglet pour les parents,
là c'est plus une forme de blog,
l'idée c'est aussi
de répondre aux inquiétudes
parfois des parents
ou aux questions,
à quel âge on peut en parler,
quels sont les bons mots,
quand dois-je m'inquiéter ?
De toute façon,
cette plateforme,
elle se lance,
vous l'avez dit aujourd'hui,
mais elle a vraiment vocation
à évoluer,
à se nourrir,
et surtout à atterrir
dans la réalité.
Nous on ne veut pas faire
un site internet
qui, une fois qu'il est en ligne,
ne sert à personne,
l'idée c'est vraiment
qu'on puisse travailler
avec les professionnels de terrain.
Ça s'appelle parlons règles,
vous allez sur Google,
vous tapez parlons règles,
vous tomberez forcément dessus.
Maud Leblanc, merci d'être venu,
c'est très important,
l'éducation sociale
est pour les filles
et pour les garçons.