Jeanne Culture: Histoires d’immigration
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2 Vues de vidéo·7 oct. 2024
L'immigration à Portneuf au fil du temps: rencontres avec des acteurs clés. De l'accueil de travailleurs étrangers aux familles européennes des années 50.
Aujourd'hui à Genneculture, on parle d'immigration,
celle qui a eu lieu dans les années 50 et celle d'aujourd'hui.
Amélie Perreault, t'es ambassadeure de chez Vallée,
et on se retrouve aujourd'hui dans l'atelier de mécanique.
C'est super excitant, plein de choses à voir.
Tu accueilles beaucoup de travailleurs étrangers ici.
Comment c'est arrivé, cet accueil-là?
Oui, dans le fond, le processus a commencé il y a deux ans.
On avait vraiment un urgent besoin de main-d'oeuvre.
Dans le fond, on avait de la difficulté à trouver dans nos métiers spécialisés
en mécanique et en soudure, entre autres.
On a fait une mission de recrutement en virtuel à ce moment-là.
C'était à la fin de la pandémie et tout.
Et on a eu la chance de trouver nos premiers travailleurs immigrants
de la Colombie et du Mexique au départ.
Présentement, on est à huit.
Et le processus ressemble à quoi quand on est une entreprise
et qu'on a besoin de recruter?
Ça commence par où?
Il faut s'enseigner, bien s'entourer pour commencer
parce que le processus peut sembler très lourd.
On est beaucoup dans les procédures légales, entre autres,
de justification au gouvernement, tout ça.
J'ai eu la chance de faire part à une mission avec le gouvernement,
avec Québec international aussi.
Ils nous ont donné tout.
On avait accès à un avocat en immigration
qui nous explique toutes les démarches, les délais,
quoi vérifier pour que la démarche se passe bien avec les travailleurs.
Parce que pour eux aussi, c'est quand même une nouveauté.
Ils sont dans le néant, eux aussi.
Et vous, comme employeur, l'arrivée d'un contingent de travailleurs étrangers,
comment ça s'est passé avec les autres entreprises?
Ce qui est quand même intéressant dans le processus,
c'est qu'on a quelques mois avant qu'ils arrivent.
Donc, on peut commencer à préparer l'équipe.
Au départ, on avait une situation qu'on avait des travailleurs
qui ne parlaient pas tous un français à notre niveau, je veux dire.
Donc, on devait installer des applications sur les cellulaires
pour pouvoir traduire, se préparer.
On a traduit certains de nos vocabulaires
qu'on utilisait souvent en entreprise par rapport au nom de nos produits.
Se donner un peu d'outillage pour se sentir compétent
pour commencer à travailler.
Les chefs d'équipe ont super bien embarqué là-dedans.
L'équipe était prête.
On a renseigné aussi par rapport au pays
de lequel les travailleurs arrivaient pour dire leur réalité.
Pourquoi ils venaient ici? C'était quoi la motivation?
C'était vraiment de belles expériences.
Un petit village comme Saint-Alban,
est-ce que c'était les premiers travailleurs étrangers
qui venaient s'établir ici?
Il y en avait eu, mais il y a très longtemps.
25 ans, je vais vous dire, il y avait eu une famille.
Donc, c'était vraiment, on peut dire, une nouveauté ici.
C'était nouveau pour tout le monde, y compris la municipalité.
Ce qui était aussi particulier, c'est que c'était des travailleurs
qui venaient ici pour plusieurs années.
Ils travaillent à l'année aussi.
Donc, il y avait quand même une information à partager
auprès de la communauté.
C'est pas des travailleurs saisonniers,
c'est des gens qui viennent pour l'année,
dans le but de s'établir ici et de faire leur vie avec nous.
Comment tu as travaillé avec la municipalité,
avec l'école, par exemple?
Parce que je sais qu'il y a cinq enfants
qui se sont ajoutés à l'école grâce à l'immigration ici.
Moi, j'aime ça, parler aux gens le plus tôt possible
pour enlever toutes sortes de stress,
tous les petits détails qu'on peut faire du bien à connaître.
Parfois, les familles étaient intéressées
à partager une photo de l'enfant.
L'enseignant est content, il va recevoir l'enfant.
Il se prépare aussi par rapport à la réalité.
Parce que c'est un peu comme nous,
quand on a dû les accueillir,
on s'est préparé par rapport à la francisation, tout ça.
Bien, eux aussi devaient se préparer
et se sentir compétents et prêts à les recevoir par rapport à ça.
Même les services des loisirs de la municipalité,
super ouverture par rapport à ça.
Ils se sont adaptés très vite.
Vraiment, je pense que c'est la force des petites communautés
de pouvoir s'organiser ensemble rapidement
et que ça fonctionne.
Là, tout le monde est content
parce que tout le monde a eu des succès.
Autant les immigrants que nous,
tous les organismes ici locaux qu'on est allés recevoir.
Puis bon, on a un organisme dans Portneuf
qui s'appelle Accès Travail Portneuf
qui viennent aussi en aide aux entreprises comme vous.
Pour l'accueil, comment ça se passe, ce maillage-là?
Oui, ça, c'est un maillage essentiel.
On est vraiment chanceux d'avoir ce soutien-là dans la région.
Bien, à l'accueil, ils s'occupent d'eux
pour faire toutes les cartes d'assurance maladie,
numéro d'assurance sociale,
les petits détails comme ça dans l'accueil
et aussi avoir un autre point de contact autre que l'entreprise.
Ça leur fait une autre référence.
Parce que toujours demander à l'entreprise,
parfois, ça peut mettre un frein aux demandes, tout ça.
Là, ça leur fait d'autres personnes avec qui échanger.
Ils sont très présents, entre autres,
tout ce qui est côté aussi les accès aux soins de santé,
tout ça, renseigner par rapport à ça.
Rapidement, c'est des gens qui veulent s'établir ici,
qui veulent avoir une maison un jour.
Toutes les petits détails qu'on peut partager
par rapport aux dossiers de crédit,
qu'est-ce qui est important de faire attention
si tu veux avoir une maison ici éventuellement?
Toutes les chances qu'on peut donner de ce côté-là,
bien, pourquoi pas les donner en partant?
Amélie, je suis curieuse,
qu'est-ce que ça a amené ou changé
dans la dynamique de travail avec les employés?
Oui, vraiment.
Premièrement, ce qui fait du bien,
c'est que ça faisait longtemps qu'on était stable
comme entreprise, tout ça, côté main-d'oeuvre.
Donc, déjà, d'avoir de la nouveauté,
des nouvelles personnes qui veulent absolument se joindre à nous,
qui ont déjà une vibration par rapport aux produits qu'on fait,
au travail qu'on fait ici, c'est vraiment génial.
Puis aussi, ce qui est beau,
c'est toute la redécouverte de la langue qu'on fait,
notre langue française.
Parce que même si j'engage, par exemple, en Afrique,
des gens qui ont le français comme langue maternelle,
bien, c'est un français international.
Nous, on a vraiment nos particularités québécoises.
Puis on vient tous réapprendre un peu
pourquoi nos expressions ont lieu.
Entre autres, j'ai quelqu'un qui parlait « à c't'heure »,
on fait ça comme ça.
« À c't'heure », c'est le même.
« À c't'heure », c'est « à c't'heure ».
Ce n'est pas un mot.
C'est « maintenant », « à c't'heure ».
C'est une contraction, oui.
Exactement.
Donc, tu sais, ça, c'est super intéressant
de tout redécouvrir la langue.
Puis même, je trouve que le langage s'est amélioré
en entreprise.
On a un plus beau français, tout le monde.
Puis tant mieux.
Et là, Myla, on s'en va rencontrer Oscar,
qui est un de tes travailleurs étrangers.
Oui, Oscar qui est ici depuis maintenant presque un an et demi.
Il est originaire de la Colombie.
C'est un mécanicien avec nous.
On est vraiment heureux de vous présenter.
Oscar Pignaté, tu es arrivé il y a un an et demi à peu près.
Mais tout a commencé quand mon garçon est né.
J'ai pensé à la possibilité de donner une opportunité
de vivre dans un pays calme et tranquille.
Après ça, j'ai commencé à chercher des pays plus calmes,
plus tranquilles, avec une bonne qualité de vie.
Et dans toute la liste, j'ai trouvé le Canada.
OK.
C'est comme ça que j'ai commencé à me rechercher
pour trouver un travail, pour habiter et travailler au Canada.
Et toi, tu es mécanicien?
Oui, je suis mécanicien de machines lourdes.
OK.
Et quand t'es arrivé ici à Saint-Alban,
comment t'as trouvé ça?
Oui, pour moi, c'est comme un rêve, une réalité.
C'est un rêve, oui.
Parce que ce n'est pas facile de laisser le pays
et d'arriver dans un autre pays.
Et quand j'ai arrivé ici, je me suis dit
que pour finir, je pouvais faire mon rêve en réalité.
C'est très joli.
Les personnes que j'ai trouvées sont très, très amables,
très gentilles.
Chaque fois que je connais plus de personnes
et de la culture du Québec, j'aime plus le Québec.
Vraiment? Wow!
Et là, t'es arrivé avec ta femme, avec ton garçon.
Ton garçon qui a commencé l'école l'année passée.
Oui, oui. Il a commencé l'école l'année passée.
Après six mois, ma femme est arrivée avec mon garçon.
Et ensuite, il a commencé l'école.
L'entreprise nous a aidés beaucoup pour l'intégration,
pour l'école, pour toutes les choses.
Parce que la famille s'est intégrée.
Merci beaucoup, Oscar.
Je te laisse poursuivre ton rêve ici.
OK. De rien, ça fait plaisir.
Après la Seconde Guerre mondiale,
les Pays-Bas ont une économie dévastée
et la population est en pleine croissance.
Ils ont un excédent d'agriculteurs,
car une partie des terres du pays ont été inondées
à cause de la destruction des digues par les Allemands.
De nombreux immigrants néerlandais
cherchent donc un avenir meilleur en Amérique du Nord.
Les autorités canadiennes signent alors
leur premier accord bilatéral d'immigration d'après-guerre
avec le gouvernement néerlandais.
Elles souhaitent accueillir des familles
et ainsi augmenter sa population rurale.
500 000 ressortissants néerlandais
quittent leur patrie à la fin des années 40
jusqu'aux années 1970.
94 000 d'entre eux viennent au Canada entre 1947 et 1954.
Plus de 80 % de ces personnes sont des agriculteurs.
La majorité des nouveaux arrivants s'installent en Ontario,
mais il y a une présence assez importante au Québec,
en Alberta, au Manitoba et en Colombie-Britannique.
La région pornevoise reçoit deux familles Houston
Ces derniers sont encore des agriculteurs
et ils sont reconnus parmi les meilleurs éleveurs
au monde de vaches Holstein.
Allô Jeanne!
Je pensais que tu allais me répondre en hollandais
un peu plus que ça.
Je te laisse faire, va sur tes bottes.
On va commencer en français.
J'avoue que mon hollandais s'arrête à bonjour
que je viens juste d'apprendre avec toi.
J'ai appris que dans Porneuf,
on a eu une migration hollandaise.
C'est très méconnu dans les années 50.
Oui, dans les années 50.
Tu fais partie des familles qui sont arrivées?
En 1951, c'était Léo Jacobs.
Après ça, en 1952, c'était Jean Houston.
Houston, c'est ta famille?
C'est le frère à mon père, avec la sœur à M. Jacobs.
Après ça, il y a eu Gérard Houston, mon père,
avec Élisabeth Thiessen en 1953.
Il y a eu Jansson aussi en 1953, Jean Jansson.
Puis il y a eu M. Guillaume, Jean Guillaume,
puis Élisabeth Williams en 1955.
C'était tous des gens de la même paroisse,
puis ils se connaissaient tous.
De la même paroisse en Hollande.
Il y a plein de photos de famille ici,
dans la pièce où on est.
J'ai vu tout à l'heure dans l'entrevue
une photo de toi bébé.
En fait, ce n'est pas toi, c'est un petit panier
dans lequel se trouve Minnie.
Oui, la petite Minnie.
Elle a traversé l'océan en bateau.
Explique-moi cette histoire familiale,
parce que c'est vraiment vraisemblable quand même.
C'est un film.
Nous autres, on est arrivés en 1953,
en juin 1953,
mais ils avaient commencé les préparations
pour s'en venir suite à ce que M. Jacob
disait mon oncle Jean Justin,
qui disait à mon père,
venez-vous-en.
Alors, ils ont commencé à faire les papiers
pour l'immigration, mais ils attendaient après moi,
parce que je n'étais pas encore venue.
Ils attendaient la naissance.
Ma naissance, c'est le mois de janvier.
Alors, aussitôt que je suis venue au monde,
les préparatifs furent en juin.
Donc, le bébé naissait en six mois à peu près?
Quatre mois.
Quatre mois, mon Dieu, d'avoir traversé l'océan.
On est partis le 26 mai, je crois,
et on est arrivés le 3 juin.
Est-ce qu'il y avait d'autres enfants?
Annie, ma sœur la plus vieille, avait deux ans.
Donc, la famille arrive ici,
arrive au port de Montréal?
Au Québec, nous autres.
Puis là, on a pris un taxi
pour s'en aller chez M. Berère.
On a resté là deux ans.
Mon père était jardinier, horticulteur là-bas
et il y avait beaucoup de fleurs à s'occuper.
Mais suite à ça,
leur idée, c'était d'avoir une ferme.
Alors, ils ont été au bureau d'immigration.
On peut voir
qu'est-ce qu'il y avait comme ferme
acceptable pour venir.
Puis, je sais qu'ils ont dit à mon père
« Regardez la liste, puis prenez-en un dedans. »
Puis là, il dit « Non, je veux voir la liste. »
Puis là, je sais qu'ils ont vu
la ferme Henri-Cahier, laiterie.
Puis pour lui, laiterie, ça voulait dire
qu'il y a plus que juste cultivateur.
Il y a de l'avancement. Il est plus visionnaire.
Puis là, M. Cahier, c'est ça.
Il y avait la ferme ici.
Il nous l'a offerte dans le temps.
Le 15 octobre, ils ont passé le contrat.
Puis le 20 octobre, on était ici.
Ma mère a décédé en 1960.
Elle avait 36 ans.
J'avais sept ans.
Ça, c'était comme un drame dans la famille.
Mon père tout seul avec cinq enfants.
Puis la soeur de ma mère,
qui était fille là-bas avec un enfant,
ils sont venus nous aider.
C'était notre matin.
Donc pour lui, c'était une bonne opportunité
de dire, « Bien, viens. »
Elle voulait venir aider aussi
ses neveux et ses soeurs.
Elle a immigré ici en septembre 1960.
Puis un peu comme la religion,
on dit qu'il faut se marier
si tu restes avec quelqu'un, quelque chose comme ça.
Ils ont voulu peut-être se marier aussi.
Ils se sont mariés en janvier 1961.
Donc, il a marié la soeur de ta mère.
La soeur de ma mère.
Ça fait qu'on a resté nous autres
toujours à parler le hollandais.
On a resté toujours avec la même famille.
On ne s'est pas sentis...
En tout cas, mon père ne s'est pas trop senti
dépaysé non plus.
Comme mon père a appris le français surtout avant.
Il avait suivi un an de cours de français
avec ma mère en Hollande.
Comment ça s'est passé?
Est-ce que vous étiez des extraterrestres
dans la région à l'époque?
On était des immigrants,
mais on était tous bienvenus.
On était tous bien accueillis, chaleureusement.
Je sais qu'au service à ma mère,
ça a l'air que tous les voisins,
tout le monde ici, en hollandais,
vous êtes bien ici.
Ils ont décidé de rester.
Donc, votre famille avait l'élevage de...
Les vaches Holstein.
On a tous travaillé.
On a tous tiré les vaches le matin.
On cherchait les vaches à 5h le matin.
Avant l'école, on venait à 4h.
C'était encore les vaches.
Elles sont tellement précieuses.
Minnie, tu es en train de peut-être
écrire un livre, si j'ai bien compris.
Oui, ça fait longtemps que je l'ai en mémoire à mon père.
J'avais demandé à mon père,
pourquoi, depuis toutes ces années
que vous racontez vos histoires,
vous les écriviez,
je veux savoir vos mauvais coups.
Moi, j'ai pris ça en main
et j'ai tout tapé ça.
Je suis arrivée ici parce que
mon frère, celui qui avait la ferme,
puis je suis née en prendre soin 2 ans.
À la fin du compte, je suis restée.
Lui, il me disait,
il a écrit son histoire ici,
tu vas la finir ici.
Alors, il y a peut-être un livre qui s'en vient en deux langues.
Possible.
Et là, pour terminer,
je vais apprendre mon deuxième mot en hollandais.
Merci, comment ça se dit?
Dank u wel.
