Les sources de l'épisode : -Das R., Wexler P., Pirooznia M. & Elhaik E., « The Origins of Ashkenaz, Ashkenazic Jews and Yiddish », in : Frontiers in Genetics, Vol. 8, Juin 2017. -Elhaik E., « The Missing Link of Jewish European Ancestry: Contrasting the Rhineland and the Khazarian Hypothèses », Genome Biology and Evolution, Volume 5, Issue 1, January 2013, Pages 61–74. -Friling T. (dir.), Critique du post-sionisme. Réponse aux « nouveaux historiens » israéliens, In Press, 2004. -Kizilov M., « La Treizième Tribu : l’héritage fantasmatique des Khazars », in : Bruder E. (dir.), Juifs d’ailleurs. Diasporas oubliées, identités singulières, Albin Michel, 2020, p. 180-190. -Koestler A., La Treizième Tribu. L’Empire khazar et son héritage, Calmann-Lévy, 1976. -Piatigorsky J. & Sapir J. (dir.), L’Empire khazar. VIIe -XIe siècle, l’énigme d’un peuple cavalier, Autrement, 2005. -Sand S., Comment le peuple juif fut inventé, Flammarion, 2010. -Stampfer S., « Did the Khazars Convert to Judaism ? », in : Jewish Social Studies, Vol. 19, n°3, 2013, p. 1-72. -Szpiech, R., Conversion and Narrative. Reading and Religious Authority in Medieval Polemic, (Chap. 3, In the Shadow of the Khazars), Cloth, 2012. -Venton D., « Highlight: Out of Khazaria—Evidence for “Jewish Genome” Lacking », Genome Biology and Evolution, Volume 5, Issue 1, January 2013, Pages 75–76. Iconographie : Saltovo-Mayatsk | British Museum Khazara Art Gallery (khazarart.com)
il n'y a pas si longtemps j'ai dû interviewer un archéologue américain en anglais donc pour un
projet documentaire documentaire qui va sortir là dans pas longtemps je ferai l'annonce de la
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courant de cette sortie (GROSTRUC) je suis allée à cette interview en grosse confiance parce que
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j'étais très jeune bah c'est bon c'était acquis quoi l'anglais c'était super facile ce voyage là à
londres sa date de 2009 autant vous dire un paquet d'années et donc quand je suis arrivée devant ce
scientifique je n'ai pas perdu mes moyens mais c'était vraiment pas agréable c'était pas
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très sincèrement j'aurais aimé avoir connaissance de cette application pour préparer mon travail et
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profs leur expérience il est possible de trouver un tuteur spécifique dans presque
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D’où viennent les juifs d’Europe de l’Est ? Sont-ils des descendants d’Hébreux exilés
de force d’Israël ou des convertis ? Cette question qui vous paraît peut-être anecdotique
est pourtant au cœur de controverses acharnées entre historiens israéliens.
Et si je vous dis que les Khazars, un brave peuple de cavaliers nomades du Moyen-âge a peut-être
la réponse… Au premier abord ça a pas l’air fantastique hein, et pourtant ces fameux Khazars,
du fin fond de leurs steppes russes médiévales, continuent de faire couler énormément d’encre
en Israël. Leur conversion à la religion juive il y a bientôt 1300 ans gène beaucoup de monde
et va même jusqu’à remettre en question une grande partie du récit national israélien.
Aujourd’hui je vous propose de vous expliquer les termes d’un débat ultra-sensible. On va présenter
plusieurs points de vue, et bien sûr on ne va apporter aucune réponse définitive dans
cette vidéo. Je tiens quand même à préciser que tous les développements qui suivent ne sont pas
mon avis personnel, mais celui des auteurs sur lesquels je m’appuie. Vous trouverez
d’ailleurs tous les livres et articles consultés en description sous la vidéo.
Avant de parler des Khazars, il faut revenir sur le récit traditionnellement
admis par les historiens du judaïsme. L’historiographie dominante en Israël
établit que tous les juifs d’Europe et du bassin méditerranéen sont des descendants des Hébreux,
le peuple antique qui a fondé la religion juive. Subissant différentes invasions,
ils auraient été exilés de force par des conquérants successifs,
en particulier l’empereur romain Titus. Cet empereur a fait détruire le Second Temple de
Jérusalem en 70 ap. J.-C., suite à une grande révolte, et aurait, pour marquer son triomphe,
réduit en esclavage tous les Hébreux. Vendus et dispersés dans tout l’Empire, ils auraient
toutefois conservé une identité commune, faisant d’eux un peuple juif en exil, une diaspora.
Car le dogme juif orthodoxe n’envisage pas que des populations aient pu se convertir au judaïsme.
Contrairement au christianisme ou à l’Islam qui se veulent des religions universelles et cherchent à
se répandre, le message du judaïsme ne s’adresse normalement qu’aux Hébreux et leurs descendants.
Le dieu unique est censé avoir fait une alliance avec eux, et leur avoir promis une terre en
échange de leur fidélité. Selon ce principe, seuls les descendants des Hébreux peuvent donc
pratiquer la religion juive, et revendiquer leur terre. Tous les juifs du monde seraient donc un
seul et même peuple. Les différences entre juifs, ashkénazes d’Europe de l’Est, séfarades d’Espagne
et du Maghreb ou mizrahims du Moyen-Orient, ne seraient donc que des variations superficielles,
conséquences de nombreux siècles d’exil. Voilà pour ce qui est du récit historique
tel qu’il est le plus souvent raconté. Mais ce récit a aussi eu des débouchés politiques.
Le mouvement sioniste est un élan commencé au XIXe siècle pour fonder un foyer national juif
dans la Palestine sous domination britannique, et il s’est basé sur tout ce qu’on vient de
dire. Les lointains descendants d’exilés Hébreux auraient, d’après leur histoire,
des droits légitimes pour retourner sur les terres de leurs ancêtres, la terre d’Israël. La migration
des juifs du monde entier vers ce nouvel Etat serait donc un juste retour des choses,
en même temps que l’accomplissement d’un destin biblique. C’est d’ailleurs toujours le principe
qui préside à l’immigration en Israël. Si une personne peut attester d’une ascendance juive,
elle est autorisée à venir s’installer dans le pays, ça s’appelle l’Alyah.
Parmi ces juifs candidats au retour en Israël, les plus nombreux sont les ashkénazes,
c’est-à-dire ceux qui vivent en Europe de l’Est et parlent la langue yiddish,
ceux qui sont au cœur du débat historique qu’on explique aujourd’hui. On estime qu’ils étaient
près de 9 millions avant le génocide perpétré par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.
Les juifs ashkénazes, sont réputés avoir migré vers l’Est de l’Europe au cours du Moyen-âge,
en provenance de l’ouest du continent et en particulier d’Allemagne, après avoir transité par
Rome. Même si cette émigration d’origine allemande n’est pas spécialement documentée par les textes,
la présence de vocabulaire majoritairement allemand dans la langue yiddish a servi de
confirmation évidente à cette théorie. Mais il y a aussi une autre théorie sur
l’origine des juifs ashkénazes, et c’est là qu’interviennent nos fameux Khazars.
Les Khazars sont un peuple turco-mongol d’Asie centrale, qui migre au sud du Caucase vers le
Ve siècle de notre ère. Ils étendent au VIIe siècle leur influence au nord des montagnes,
sur tout l’espace entre la mer Noire et la mer Caspienne, dans le sud de la Russie actuelle.
Les archéologues les ont identifiés comme la culture « saltovo-mayaki », reconnaissable
à son artisanat du métal, les boucles de ceintures et harnais de chevaux ouvragés
en sont les artefacts caractéristiques. Plus qu’un Etat sédentaire et centralisé,
l’Empire khazar c’est plutôt un pouvoir qui contrôle une partie des routes de la soie et
qui prélève une part des richesses transitant par son territoire. Les Khazars apportent aussi
à ce commerce leur savoir-faire, notamment dans la production de fourrures ou la capture d’esclaves.
Une nébuleuse de peuples soumis plus ou moins sédentaires leur paye tribut, et se range ainsi
sous la protection des cavaliers khazars. Jusque-là, rien de bien exceptionnel,
des dizaines d’autres royaumes de ce genre ont vu le jour en Eurasie durant ces trois
derniers millénaires. Seulement les Khazars au VIIIe siècle, contrairement à tous les autres,
adoptent le judaïsme comme religion d’Etat. Vers 740, c’est le roi khazar Boulan qui se
convertit le premier au judaïsme. Boulan aurait dit-on convié les représentants des trois grands
monothéismes à sa cour pour faire son choix et tranché en faveur de la plus ancienne et donc plus
respectable des trois religions, le judaïsme. Mais les considérations politiques n’ont pas dû être
totalement étrangères à sa décision. En adoptant le christianisme ou l’islam, le royaume khazar se
serait immanquablement retrouvé inféodé à l’un de ses deux voisins : l’empereur de Byzance ou
le calife de Damas. Ces deux souverains, chrétien et musulman, cherchaient à étendre leur domination
dans la région habitée par les Khazars, notamment en diffusant leurs religions parmi la population.
Le judaïsme fournit donc une opportunité remarquable, une troisième voie qui place
à égalité les Khazars avec ses deux rivaux. Cette conversion officielle d’un Etat entier
à la religion juive est un exemple unique dans l’Histoire. Toutefois ce bouleversement religieux
n’a pas forcément été accepté par la majorité de la population. Il subsiste dans le royaume
khazar une grande hétérogénéité religieuse. Le géographe arabe Al-Masudi écrit au Xe siècle
qu’il y a dans la capitale khazare sept juges : deux pour les juifs, deux pour les musulmans,
deux pour les chrétiens et un pour les païens, jugeant d’après les lois de chaque religion. Les
sources médiévales qui parlent des Khazars se contredisent d’ailleurs sur l’importance
de la conversion, certaines affirment que tous les Khazars sont juifs, d’autres, que
seule une minorité avait adopté cette religion. Quoi qu’il en soit, cet épisode de la conversion
des Khazars au judaïsme a fait émerger une seconde hypothèse historique. Il se pourrait bien que les
juifs ashkénazes ne soient pas des Hébreux exilés à Rome, puis en Allemagne, et enfin en Europe de
l’Est, mais plutôt des descendants de Khazars. Certains Khazars auraient migré progressivement
vers l’Europe centrale, peut-être poussés par les invasions mongoles, mais d’autres seraient
restés sur leurs terres et formeraient les communautés juives actuelles du Caucase.
Cette théorie, esquissée dès le XIXe siècle, a été formalisée et popularisée par l’ouvrage
la Treizième Tribu, d’Arthur Koestler, paru en 1976. Elle vient complètement remettre en
question les origines des juifs ashkénazes, et une partie de l’argumentaire historique du sionisme.
La théorie de l’origine khazare a été vivement critiquée. Plusieurs historiens se sont attachés
à montrer que les sources médiévales qui parlent de la conversion des Khazars sont problématiques.
Parmi eux, Shaul Stampfer, qui était professeur à l’Université Hébraïque de Jérusalem, a publié en
2013 un article qui conteste toutes les données sur lesquelles se basent l’hypothèse khazare.
Dans « Did the Khazars Convert to Judaism ? », Stampfer critique en particulier la principale
source à la disposition des historiens. Il s’agit d’une lettre du roi khazar en personne, un certain
Joseph, qui répond à une missive envoyée par un juif espagnol au Xe siècle. Hasdaï ibn-Shafrut,
médecin et conseiller juif à la cour du calife de Cordoue, a en effet appris qu’un royaume juif
existait loin à l’est, et décide d’en savoir plus. Il envoie vraisemblablement deux lettres,
la première ne dépasse pas Constantinople, mais la deuxième parvient jusqu’au roi Joseph.
La réponse du roi khazar qui nous est connue grâce à des copies ultérieures,
raconte alors la conversion de son peuple : La suite du récit décrit le pays et ses coutumes.
Et c’est justement ce qui fait dire à Stampfer, que la lettre n’a pas été écrite par le roi. Il
juge en effet ce souverain très mal renseigné, ne citant pas les grandes villes de son royaume,
ne semblant pas connaître beaucoup de détails sur ses habitants ou ses frontières. Ces imprécisions
que certains avaient attribuées à l’altération du recopiage ou à des effets de style, disqualifient
complètement le document d’après Stampfer. Les autres textes analysés par Stampfer,
les sources des géographes arabes notamment, sont tous également rejetés. En étudiant le
récit de voyage d’ibn Fadlan qui annonce au Xe siècle que « les Khazars et leur roi sont
tous juifs », Stampfer conclut qu’il a dû se tromper ou qu’il a recopié sur quelqu’un qui
s’est trompé. Il est vrai que certains auteurs du Moyen-âge n’avaient pas réellement voyagé
dans les pays qu’ils décrivaient et qu’ils pouvaient parfois colporter des rumeurs.
On pourrait toutefois opposer à Stampfer que les informations que les marchands ont
rapporté pendant plusieurs siècles, ou les guerres répétées entre les Khazars
et le califat musulman seraient peut-être venues à bout de ces rumeurs. Mais pour lui,
la conversion n’a tout simplement pas eu lieu : Un avis très tranché et donc très favorable aux
positions sionistes. S’il n’y pas eu de conversion, c’est donc qu’il y a
bien eu un exil des Hébreux. Mais le débat est loin d’être terminé.
Le vaste mouvement du post-sionisme est à contre-courant de ce récit national juif
israélien. Développé au sein des universités du pays depuis les années 1990, par ceux que
l’on a nommé les « Nouveaux historiens israéliens », le post-sionisme questionne
les fondements de la nation israélienne. L’un de ses représentants les plus connus aujourd’hui est
Shlomo Sand. Extrêmement critique sur la politique israélienne actuelle, il dénonce la colonisation
des Territoires palestiniens, le militarisme, la conception ethnocentrique de la citoyenneté, etc.
Les travaux des « nouveaux historiens » ont surtout porté sur l’Etat d’Israël depuis sa
création en 1948, mais Shlomo Sand s’est aussi intéressé à l’histoire ancienne. Et
en particulier aux Khazars, qui ont le droit à un long passage de son best-seller : Comment le
peuple juif fut inventé. Sand y reprend la thèse d’Arthur Koestler sur l’origine des ashkénazes,
qui seraient les descendants des Khazars. Mais Shlomo Sand remonte aussi plus loin.
Sand affirme notamment que l’exil antique des Hébreux, dont on a parlé en début de vidéo,
est une invention qui sert à masquer que le judaïsme s’est propagé majoritairement par
conversion. En effet les traces historiques d’un tel exil, on parle nécessairement de dizaines de
milliers de personnes déracinées, sont difficiles à mettre en évidence d’après lui. Il y a bien-sûr
Flavius Josèphe, historien romain juif de Judée qui mentionne 97 000 prisonniers lors de la prise
de Jérusalem par les Romains, mais il parle aussi d’un million de morts lors de l’assaut,
ce qui paraît totalement excessif. Aujourd’hui, les historiens semblent plutôt s’accorder sur
une population de 60 000 habitants à Jérusalem à l’époque. Flavius Josèphe
a donc très probablement exagéré les chiffres pour illustrer la cruauté des légions romaines.
Il y a donc eu de nombreuses victimes et peut-être plusieurs milliers de prisonniers, mais sans doute
pas de là à exiler tous les Hébreux. Shlomo Sand rappelle pour sa part que les Romains
n’ont jamais pratiqué la déportation de tout un peuple. D’ailleurs pour un empire qui cherche à
percevoir l’impôt sur des terres cultivées, vider une province de sa population n’est absolument
pas rentable. Cela aurait de toute façon demandé des moyens logistiques hors de portée
des Romains de l’Antiquité. Et puis une autre grande révolte a lieu en Judée en 135 ap. J.-C.,
ce qui montrerait bien que les habitants sont toujours sur place soixante-cinq ans plus tard.
Et là encore, les historiens romains mentionnent bien une répression implacable, mais pas d’exil.
La question qui suit est dès lors inévitable : si la Judée ne s’est jamais vidée de ses habitants,
qu’est devenue la majorité des Hébreux qui serait toujours restée sur ses terres ?
Shlomo Sand estime que l’immense majorité d’entre eux s’est lentement convertie à l’islam. Les
conquérants musulmans appliquaient en effet un impôt aux « gens du Livre » (les dhimmis),
c’est-à-dire aux pratiquants des autres religions monothéistes. Cet impôt avait un
double effet sur ceux qui le payaient : il leur faisait reconnaître la supériorité du pouvoir
musulman et les incitait à embrasser l’islam pour ne plus le payer. On le sait, les incitations
financières sont souvent plus efficaces que les interdictions catégoriques. En effet,
au fil des siècles, beaucoup de chrétiens et juifs résidant dans les Etats musulmans
ont adopté la religion musulmane. Sand écrit :
Un retournement total du récit qu’on a présenté
au début. Les descendants des Hébreux seraient en réalité… les Palestiniens ! De quoi déplaire
à pas mal de monde en Israël. Surtout quand cette théorie est reprise par les
nationalistes palestiniens pour contester jusqu’à l’existence de l’Etat israélien.
On le voit cette histoire a des conséquences politiques particulièrement sensibles. Dans
une région du Moyen-Orient en conflit depuis plus de soixante-dix ans, la conversion ou non
d’un peuple nomade au Moyen-âge prend des allures de bombe identitaire et politique.
L’affaire khazare permet de bien comprendre la spécificité de la démarche historique et le statut
problématique qu’y occupe la vérité objective. Les sources sont soumises à interprétation et souvent
contestables. Avec un tel enjeu idéologique, on a tendance de part et d’autre à tordre le
récit dans le sens qui nous arrange. Chaque publication déclenche son lot de réfutations,
elles-mêmes réfutées par des études postérieures. On dénonce les manquements de ses adversaires qui
ignorent des sources, interprètent trop largement des passages évasifs, etc.
Et d’autres disciplines se sont invitées dans le débat. La génétique par exemple, a ajouté
son grain de sel. Généralement considérée comme une science aux résultats indiscutables, elle
peut pourtant orienter les résultats en fonction des échantillons choisis. L’étude d’Eran Elhaik,
publiée en 2012 dans Genome Biology[4] et qui allait dans le sens de l’hypothèse khazare,
a par exemple été décriée pour ne porter que sur un petit nombre d’individus. La
linguistique a aussi participé au débat. Le linguiste israélien Paul Wexler affirme que
la base de la langue yiddish, celle parlée par les ashkénazes, n’est pas l’allemand, mais le slave,
ce que d’autres contestent en retour. La recherche historique en Israël est,
vous l’avez compris, un sujet extrêmement inflammable. Tout le monde s’accuse de faire
de la propagande. Et parfois ça finit même devant les tribunaux. L’université d’Haïfa a par exemple
été assignée en justice en 2002 à cause du mémoire de maîtrise de l’un de ses étudiants
dirigé par l’historien Ilan Pappé, l’un des chefs de file des « nouveaux historiens ».
La justice a démontré que cet étudiant avait volontairement déformé des témoignages pour
accuser l’armée israélienne d’un massacre dans le village de Tantura pendant la guerre de 1948.
Le climat politique et idéologique est donc tellement dégradé qu’il rend tout débat serein
extrêmement compliqué pour l’instant. En bref, il paraît illusoire de voir prochainement un
consensus sur la question des Khazars. Mais peut-être que ce n’est pas si important après
tout. Peu importe ce qu’ont fait les Khazars il y a mille ans, aujourd’hui les peuples israélien et
palestinien doivent cohabiter, la majorité d’entre eux ne demandent que ça d’ailleurs. Peut-être
qu’il faut appeler les nationalistes des deux bords à ne pas prendre l’Histoire trop au sérieux,
et leur remémorer ce que disait Ernest Renan dans une conférence à la Sorbonne en 1882 :