LE FANTÔME DES FORÊTS : Le Grand Retour du Lynx Boréal ? 🐾 ⎮ Documentaire animalier - AT

Animaux du monde
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30 Vues de vidéo·6 déc. 2024
Pelage épais et tacheté, touffes de poils prolongeant les oreilles, yeux jaunes scintillants et silhouette souple : l’unique grand félin d’Europe est reconnaissable entre tous.
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Titre : Le retour des espèces. Le lynx boreal.
Un film de Jean-François Barthod, Frédéric Febvre
© ARTE
Chaque année, la biodiversité de notre planète se réduit.
Des espèces animales et végétales s'éteignent à jamais.
Pourtant, le combat n'est pas perdu d'avance.
Ainsi, dans notre Europe, certains animaux sauvages reviennent alors qu'ils avaient failli disparaître.
La nature, dès lors qu'on l'aide un peu, possède une formidable énergie vitale.
Nous sommes sur le territoire de l'un des animaux les plus mystérieux d'Europe.
Ces quelques traces dans la neige trahissent la présence de notre unique grand félin, le lynx boréal.
Alain Laurent photographie le lynx depuis plus de 20 ans.
Des jours de recherche et des nuits de patience pour apercevoir sa silhouette sauvage et souple à la fourrure tachetée.
Une vision souvent furtive, mais qui marque le retour d'une espèce que l'on croyait disparue à jamais.
Le lynx est un animal de grande taille. C'est le plus grand félin qu'on ait chez nous, dans nos forêts.
C'est un animal qui mesure au garrot environ 50 cm. On peut dire qu'il a une taille entre le labrador et le berger allemand.
C'est aussi un animal qui n'est pas très lourd pour cette taille-là, qui pèse moins de 20 kg la plupart du temps,
mais qui a une stature svelte, un animal fin juché très haut sur des membres puissants, des grosses pattes,
qui lui permettent de se déplacer l'hiver sur de grosses couches de neige.
Toute sa morphologie l'atteste. Le lynx boréal est un familier de la neige.
Alain Laurent sait que l'hiver est une saison propice aux rencontres exceptionnelles.
Observer le lynx dans une ville naturaliste, en tout cas passionnée de cette espèce, ça paraît déjà assez incroyable ou rare.
Je me souviens d'un moment comme ça très fort, que j'ai pu vivre ici sur ce site en 2008.
On n'imagine même pas un jour croisé, c'est-à-dire un mâle et une femelle qui vont s'accoupler en plus en plein jour.
C'est vraiment un moment super intense d'avoir ces animaux à quelques dizaines de mètres devant soi,
de voir la force, la puissance du mâle qui traîne la femelle.
On a beaucoup de mal à réaliser ce qui nous arrive sur le moment.
Je ne peux pas m'empêcher d'y penser et de revivre cet instant.
Je suis vraiment très vigilant à chaque fois que je suis là parce que je m'attends à revoir le lynx au coin du bois ou quelque part sur un éperon rocheux.
C'est vraiment très profond ce contact.
Le lynx envoûte tous ceux qui ont eu la chance de le rencontrer.
Pour les autres, il est comme invisible.
Dans les forêts de l'Est, les lieux de sa présence en France, il reste extrêmement rare et discret.
Son territoire peut s'étendre sur des dizaines de kilomètres carrés et couvrir des milliers d'hectares.
Et ce sont ses proies qui en fixent les limites en fonction de leur densité.
Car le lynx est un grand prédateur qui chasse et qui tue.
Pour se nourrir, un lynx, dans la force de l'âge, a besoin d'un grand animal par semaine, un chamois ou un chevreuil.
A l'occasion, il peut se contenter de petits rongeurs, de lièvres, de renards.
Son mode de chasse reste dicté par son instinct de félin.
Le lynx agit en solitaire, souvent la nuit.
Il s'approche en se dissimulant au plus près de ses victimes.
La distance entre l'attaque et la mise à mort est généralement inférieure à 20 mètres.
Il saisit alors son gibier à la gorge et l'étouffe progressivement.
Une fois tué et après s'être nourri, il cherche à le dissimuler à proximité, puis l'abandonne.
Il n'en prélève que 2 kilos de viande par jour.
Aussi revient-il s'alimenter régulièrement.
Des empreintes autour d'un sentier, des proies entamées, une manière de tuer qui lui appartient.
Autant d'indices recueillis avec attention par tous ceux qui suivent l'animal pas à pas.
Mais évoquer la présence du lynx dans nos forêts, c'est d'abord raconter l'histoire de son retour.
Car l'animal avait totalement disparu de l'ouest de l'Europe depuis plus de 100 ans.
Menacé par le recul de la forêt et de ses proies, pourchassé pour son épaisse fourrure,
le lynx fut aussi victime de sa mauvaise réputation.
Ce prédateur avait le tort de concurrencer l'homme en prélevant une part de son gibier ou de son bétail.
En France, le dernier d'entre eux fut abattu vers 1880.
Pourtant, près d'un siècle plus tard, une poignée de naturalistes se prend à rêver.
Et si le lynx avait de nouveau sa place dans nos forêts ?
Convaincus, ils vont organiser le retour de l'espèce.
Au début des années 70, un groupe de passionnés du lynx dans toute l'Europe s'est constitué
et a entrepris la réintroduction du lynx dans tous les pays d'Europe de l'Ouest où il avait été présent avant son extermination.
Alors ça a été successivement la Suisse, l'Allemagne, la Slovénie et plus tardivement la France.
La France, le projet a été conçu dans les années 80.
Il y a eu une réunion très importante à Strasbourg en 78 animée par des gens comme Pierre Pfeffer,
comme Véronique Hérène-Schmidt, comme Christian Kemp surtout.
Et l'opération a pu concrètement démarrer en 1983, on a lâché les premiers lynx.
Cette opération était une grande première en Europe occidentale, on en a connu d'autres depuis
puisque c'était le retour d'un grand prédateur et qui en inquiétait quand même plus d'un,
tant dans le monde cinégectique que dans le monde agricole.
Le succès n'était pas garanti et finalement dans tous les pays où ça a été tenté,
avec des résultats variables, ça a quand même fini par aboutir à un résultat positif.
L'exemple vient donc de Suisse.
Des lynx y sont importés de l'Est, de Tchécoslovaquie, où l'animal est encore présent dans les Carpathes.
Capturés à l'état sauvage, une trentaine d'entre eux seront relâchés dans le Jura suisse.
La volonté des Suisses est alors de retrouver leur forêt sauvage d'autrefois,
en reconstituant sa faune complète avec ses prédateurs.
Il a fallu des catastrophes naturelles pour que l'homme, peu à peu,
prenne conscience du rôle protecteur des forêts et que la forêt soit protégée avec la loi sur la forêt.
Et puis il y a des personnes qui avaient une vision très futuriste de la conservation de la nature,
qui pensaient qu'une forêt saine ne devait pas seulement continuer à désanguler,
mais également les prédateurs qui ont existé par le passé.
Et c'est sur la base de cette idée de protection de la nature
qu'ont été réintroduits les lynx au début des années 70 en Suisse.
Protéger la nature et sa faune en réintroduisant un grand prédateur,
une démarche certes cohérente aux yeux des écologistes,
mais qui à l'époque provoquait de l'incrédulité, voire de l'hostilité.
Dans les années 1980, les amoureux du lynx ne sont encore qu'une poignée.
Isolés, ils n'ont que peu de chances de réussir.
Mais leur activisme va trouver un écho auprès des pouvoirs publics.
Il est clair que la réintroduction d'un grand fauve en France,
ce n'est pas un lion, ce n'est pas un tigre, mais quand même, c'est presque un loup.
Dans l'imaginaire des gens, il ne pouvait pas se faire sans appui,
on va le dire clairement politique.
Ce ministère a débloqué des fonds pour faire un travail d'information,
c'est extrêmement important.
Ce ministère a débloqué des fonds ensuite pour le suivi scientifique.
Alors il a joué son rôle pour cela.
Mais permettre la réintroduction d'un grand fauve en France
était à l'époque une décision courageuse,
et je salue très bas les gens comme Huguette Poggiardo, par exemple,
qui en a donné l'autorisation.
Il a fallu 11 ans pour convaincre la population et les autorités,
c'est-à-dire le ministère de la Protection de la Nature,
pour avoir une autorisation de lâcher les lynx dans les Vosges.
Car le lynx fait encore peur.
Nombreux sont ceux qui sont hostiles à son retour,
les éleveurs inquiets pour leur troupeau,
les chasseurs qui redoutent un rude concurrent,
ou encore de simples promeneurs effrayés à l'idée de croiser l'animal.
En revanche, pour les militants historiques de la cause du lynx,
comme Michel Fernex et Christian Kampf,
le moment est venu de porter un autre regard sur le félin.
Le lynx n'est jamais dangereux pour l'homme,
il n'y a pas lieu de le craindre.
Et puis, la relation que nous entretenons avec la nature a changé.
L'idée de sa protection s'est imposée.
Dès lors, les conditions du retour se trouvent réunies.
La réintroduction du lynx dans les Vosges a été une triple affaire.
D'abord, le fait tout à fait normal que le lynx revienne.
La forêt a doublé en France, sa superficie.
Deuxièmement, l'objet pour lequel le lynx a disparu,
c'est-à-dire son pelage, sa fourrure,
ce n'était plus à la mode dans les années 1980-1990.
Et puis enfin, la réintroduction du lynx en France,
on a beaucoup préparé.
On a fait des conférences dans toutes les villes, dans tous les villages,
dans toutes les vallées.
Et on a été reçus de façon, en général, bonne,
avec des dialogues assez tendus avec le monde de la chasse.
Et finalement, j'ai été très impressionné d'avoir un chasseur
qui s'est levé et qui a dit
le lynx est aussi une bête essentielle de notre faune
et s'il y a des lynx chez nous, ça sera notre responsabilité.
J'ai dit que c'était une conclusion tout à fait valable
pour l'exposé que j'avais voulu faire.
C'est à ça qu'on voulait arriver.
De reste, c'est l'Office national de la chasse et de la faune sauvage
qui s'occupe du lynx actuellement dans toute la France.
C'est ce que nous aurions voulu dès le départ.
C'est au sein de cette structure dépendant du ministère de l'écologie
que l'on trouve les meilleurs spécialistes du lynx.
François Léger, tout comme Alain Laurent, est un passionné de l'animal.
Il a vécu les premiers moments du retour de l'espèce.
Dans les années 60, il y a eu des naturalistes mais aussi des zoologistes
qui ont imaginé le retour du lynx parce qu'effectivement,
on avait des populations d'ongulés, de froids qui s'étaient reconstitués,
des forêts qui étaient là.
Et pourquoi pas à ce moment-là, corriger l'heure du passé
et envisager le retour du lynx.
C'était l'idée généreuse des années 60-70.
Avec un peu de recul, on s'aperçoit que c'était un projet culturel.
C'était la première fois qu'on pouvait envisager le retour d'un grand prédateur.
À quoi ressemblerait, à quoi sert une forêt avec des cerfs, des oiseaux
et sans lynx, sans ours, sans loups même ?
Je pense que c'est une question qu'on pourrait très bien se poser aussi.
Pourquoi demander à nos amis africains de protéger les éléphants, les grands fauves
alors que nous-mêmes, nous ne sommes pas capables de préserver ces espèces,
ces grands prédateurs ?
Une fois convaincus les opposants de la première heure,
une fois obtenu le feu vert et l'aide des pouvoirs publics,
il restait à réussir les réintroductions.
En Alsace, François Léger et Alain Laurent retrouvent aujourd'hui,
enfouie sous la végétation, la cage rouillée qui servit à relâcher les lynx.
Oh la cage !
Oh le vestige !
Elle commence à être fatiguée.
Elle a 28 ans.
Elle date de l'époque des premiers lâchés, de 1983.
On a aussi lâché des lynx dans ces cages en 1984 et même peut-être en 87.
Il y a encore un dispositif là.
Alors ça, ça nous permettait, quand le lynx était dans la cage,
de passer un lapin vivant pour que le lynx puisse le tuer et le consommer.
Et les animaux restaient combien de temps ?
Alors là, les animaux, après être arrivés des Carpathes,
on les plaçait dans cette cage et il restait à peu près une huitaine de jours.
Sur ce plateau du Massif du Tenchel, on a lâché 13 animaux.
Ici, on a lâché, je crois, c'est 8 mâles et 5 femelles.
Et donc, en 1983, le premier lynx lâché massivogène a été lâché ici.
C'était Alex.
On ne voyait pas le grillage puisque la cage était entièrement couverte de branches de sapin.
Et donc, pour que le lynx, à l'intérieur, se sente bien d'abri.
On vérifiait chaque jour que le lynx se portait bien.
Et puis, au bout d'une semaine, on lui rendait sa liberté.
On ouvrait la porte, simplement, et on s'écartait.
Et on attendait que, spontanément, l'animal sorte.
Tout à fait.
Et souvent, on voyait l'animal qui partait doucement, tranquillement,
dans le chaos rocheux, là, et puis vers le Tenchel.
Voilà, d'accord.
Alors, ces lynx sont venus, ils étaient en quarantaine aux eaux de Strava.
Ils sont venus dans ce qu'on appelle des sabots, c'est-à-dire des caisses.
Quand on a débarqué ces caisses à Orly,
le vétérinaire en charge de voir si les animaux étaient en bonne santé
s'est approché de ces sabots et, au travers de ces petits trous,
a vu que les lynx felaient et étaient bien agressifs,
il a dit « Oh, ils doivent être en bonne santé, ils sont beaux pour le lâcher, ceux-là ».
Alors, on ne les a pas tout de suite lâchés, car il s'agissait, en fait,
d'abord de leur construire un enclos pour les manipuler.
Il s'agissait, en fait, d'une part de les vacciner, les tatouer, les mesurer, etc.
Et ce sont toutes ces opérations qu'on a faites avec une petite équipe.
Car, outre le monde associatif extrêmement prenant,
les parties prenantes, avec à sa tête le Fonds mondial pour la nature,
le VVF France de l'époque,
ma foi, on était une équipe de techniciens, de scientifiques.
Donc là, il s'agit de l'un des premiers lynx.
Ici, on le mesure.
Ensuite, on va le peser.
Le meilleur moyen de peser un animal un peu groggy,
c'est de se peser avec le lynx dans les bras.
On leur a mis un collier-émetteur.
Et puis, évidemment, il fallait également les tatouer
pour savoir de manière claire quel lynx on lâchait.
Et puis, le grand jour est arrivé, ce jour du printemps 1983,
quand un lynx a sorti des grillages, de l'entonnoir qu'on lui avait fait,
non pas pour le mener dans un piège, je dirais,
mais au contraire, pour lui donner la liberté.
On voit qu'il a un collier-émetteur,
mais alors que de nos jours, c'est quelque chose de courant,
à l'époque, c'était déjà quelque chose de relativement technique
que de les suivre ainsi.
Il y aura par la suite près d'une vingtaine d'animaux qui seront lâchés.
Et hélas, beaucoup d'animaux seront braconnés.
Mais la conclusion ?
Les Vosges ont retrouvé l'un de ces symboles.
Et quel est mon bonheur, aujourd'hui, de voir des villages ou des villes,
de voir un parc régional prendre comme symbole le lynx,
comme ailleurs on prend comme symbole la cigogne, le flamand, le vautour.
Le lynx a repris sa démission symbolique.
Et puis, d'un autre côté, parfois, la population est viable.
Autant en Suisse qu'en France, les réintroductions sont couronnées de succès.
Après quelques années d'incertitude, les naturalistes peuvent se montrer rassurés.
Les forêts de l'Est sont denses et elles apportent au lynx de vastes terrains de chasse.
Assurée de sa protection et de sa nourriture, l'espèce se développe
et l'aire de répartition de l'animal commence régulièrement à s'accroître.
Petit à petit, le lynx retrouve sa place au sein de notre biodiversité.
Commence alors une nouvelle étape, tournée vers une meilleure connaissance de l'espèce.
Et comme pour tous les carnassiers, les proies fournissent des renseignements inestimables.
Lorsque Stéphane Regazzoni découvre un chevreuil mort, il enregistre soigneusement tous les détails de la prédation.
Son premier soin est de vérifier les causes de la mort et de s'assurer que le lynx en est bien le responsable.
Pour cela, il cherche les traces de strangulation provoquées par le lynx sur la gorge du cervidé.
Je vais faire la peau du cou pour trouver, normalement, si on a bien affaire à une attaque de lynx.
Je vais retrouver les hématomes et les perforations à la gorge.
On va avoir sans doute quelques perforations.
Parfois il y a deux trous, quatre trous et parfois il y en a une centaine.
Ça dépend comment l'attaque s'est produite.
Sans l'analyse de la peau du cou, il est strictement impossible de conclure à une attaque de lynx.
Parce qu'en fait, il y a d'autres prédateurs, d'autres charognards qui peuvent venir consommer la proie et laisser les mêmes symptômes sur la carcasse.
Mais Stéphane Regazzoni sait que la prédation des lynx ne se limite pas aux seuls animaux sauvages.
La victime du prédateur est parfois un animal domestique.
Ainsi, ce matin-là, il vient dresser le constat d'une brebis retrouvée morte.
Comme son troupeau a déjà été victime d'attaques de lynx dans un passé récent, l'éleveur croit connaître le coupable.
Sur l'intervention chez un berger, l'objectif c'est de montrer si on a bien affaire à une prédation du lynx.
On procède comme pour la faune sauvage. En découpant la peau du cou, on va voir aussi retrouver les hématomes et les morsures à la gorge,
qui normalement sont à l'origine de la mort du mouton si c'est le lynx qui les a pris.
Si on ne retrouve pas tout ça, le lynx n'est pas mis en cause.
La trachée n'est pas touchée, il n'y a pas de couilles, les chairs ne sont pas percées, ne sont pas perforées.
Pas de perforation de la peau du cou, donc on est d'accord, pas une prédation.
Il n'y a pas vraiment de moyens de confondre une attaque de chien, une attaque de lynx et puis une mort naturelle.
Donc on s'entend bien de ce côté-là, on ne s'est jamais battu, il n'y en a jamais un qui a dit c'est le lynx, ce n'est pas le lynx ou vice versa.
Puisque là, ça se passe bien.
Donc ce mouton, il va partir à l'écaristage.
Alors vous, pour vous, je pense que c'est perte sèche.
Alors que dans le cas où le lynx aurait été la cause de la mort,
vous êtes indemnisé au prix de, je ne sais pas comment sont établis exactement les barèmes.
Bien indemnisé, il faut dire ce qu'il y a.
Ça nous est arrivé deux fois en 2009, à une semaine d'intervalle.
Et une fois au mois de juillet 2010.
Autrement, non.
La nature, c'est la nature.
On ne peut pas empêcher une bête sauvage de venir dans nos prés.
Quand les adultes sont bien implantés, ils sont assez expérimentés pour la chasse.
Ils prennent des proies sauvages facilement.
Ce qui fait qu'ils n'ont pas besoin d'aller s'attaquer aux cheptels domestiques.
On a très peu d'attaques sur les moutons.
Dans ce domaine, le lynx ne peut être comparé au loup, par exemple.
Pourtant, chaque attaque de bétail est strictement comptabilisée.
En charge du secteur des grands carnassiers, à l'Office national de la chasse et de la faune sauvage,
Eric Marboutin est l'homme le mieux placé en France pour recenser les problèmes posés par le prédateur.
En matière d'attaques de lynx sur les troupeaux domestiques,
en France, actuellement, on en dénombre environ une cinquantaine par an.
Elles sont essentiellement localisées dans le département de l'Ain et dans le département du Jura,
qui sont les coeurs de l'ère de présence historique de l'espèce en France.
La particularité avec le lynx, c'est que ces attaques sont parfois concentrées sur certains troupeaux,
ce qui fait que certains éleveurs peuvent supporter une pression de prédation plus importante que d'autres.
Pour évaluer la présence actuelle du félin, Eric Marboutin dispose en outre d'un outil d'étude et de recensement incomparable,
le réseau lynx.
Pour détecter la présence d'une espèce comme le lynx, qui est discrète par définition,
il va falloir qu'on ait beaucoup de gens sur le terrain formés à reconnaître les petits indices
que cet animal va nous laisser et qui stigmatise son passage.
C'est ce que nous on appelle un réseau de correspondants qui ont tous été formés par nos soins,
au cours d'un petit stage de trois jours,
et l'intérêt de ce réseau, c'est qu'il est composé de gens d'horizons très différents,
il y a des professionnels, il y a des particuliers, il y a des chasseurs, des naturalistes,
mais ils mettent tous en œuvre la même technique sur le terrain pour recueillir des informations de la même manière.
Et c'est ça qui fait la force de ce réseau, c'est cette homogénéité des méthodes mises en œuvre
qui nous permet à nous ensuite de pouvoir faire des bilans et d'étudier la répartition d'espèces en France.
Alors, autre critère, c'est la tête. Alors là, chez le lynx, elle est bien ronde,
elle est encadrée de favoris, que l'on voit ici.
Un lynx ne se confond avec aucun autre animal, à condition toutefois de pouvoir le voir.
A cause de son statut de prédateur, les pouvoirs publics entendent suivre de près la piste du lynx.
La gestion de l'espèce, le contrôle de ses populations imposent de patientes recherches sur le terrain.
Bien souvent, les animateurs du réseau lynx commencent par récolter de modestes indices.
Tu penses que c'est une crotte de lynx ?
Ben écoute, les dimensions correspondent bien, puis surtout, tu vois, ce que je constate, il y a du poil.
Il y a beaucoup, beaucoup de poil.
La section est de bonne taille.
Tu vois, il y a des extrémités concaves.
Effectivement, il y a vraiment beaucoup de poil.
C'est une trace de chat.
Oui, c'est en tout cas du fénin.
Les griffes ne marquent pas dans la neige, donc elles sont bien rétractiles.
On voit bien la dissymétrie par rapport à l'axe médian.
Aucune pelote digitale n'est située à la même hauteur.
Et la trace est bien ronde aussi, il y a quatre doigts, donc ça c'est franchement caractéristique.
7 cm de diamètre, les pelotes digitales bien espacées les unes des autres, et de la pelote plantaire, tu vois.
Quand on reçoit une fiche d'un observateur et des photos,
on commence par regarder sur la fiche ce que la personne a réellement vu.
Est-ce qu'elle a vu une seule empreinte, ou est-ce qu'elle a vu une succession d'empreintes, voire une piste ?
Évidemment, quand la personne a suivi une piste, ça n'a pas la même valeur.
L'information est beaucoup plus fiable.
Mais suivre la trace d'un lynx peut aussi s'avérer payant.
Lorsqu'une proie morte est découverte, il est alors parfois possible de photographier l'animal.
Les proies sont fort intéressantes parce qu'elles permettent d'utiliser une technique indirecte pour photographier l'animal.
En ce moment, entre le mois de février et mars, des pièges photos ont été répartis dans le massif du Jura,
donc sur le département du Doubs et du Jura, dans le seul but de capturer en images les lynx et de les identifier.
C'est un travail transfrontalier, puisque les Suisses sont en train de reproduire la même étude chez eux.
Ça nous renseignera probablement sur les différents animaux qui sont également transfrontaliers.
On va pouvoir confirmer que c'est bien un lynx qui a attaqué et consommé cette proie.
Ensuite, si on retrouve un adulte et un jeune sur la proie, on sait qu'on est en présence d'une mère et qu'on a eu une naissance également dans la région.
Et puis, depuis quelques années, grâce aux répartitions des tâches et aux formes des tâches sur les flancs des animaux,
on arrive à reconnaître les différents individus.
En fait, il y a un chemin forestier juste au-dessus. Il est 8h30.
Et en fait, probablement quelqu'un a dû passer avec un... ou à ski ou en voiture.
Et puis le lynx, en fait, se retourne. Il se questionne probablement. Il regarde ce qui se passe au-dessus.
Est-ce qu'il doit fuir à ce moment-là ?
C'est marrant la photo. C'est vraiment une très très belle photo.
C'est flagrant, tu vois.
Les cléchés obtenus permettent un recensement individu par individu.
Jamais deux fourrures ne sont identiques.
Avec ces tâches, chaque lynx porte sur son dos une véritable carte d'identité.
Donc ici, c'est le plus vieil individu qu'on connaisse dans le département.
C'était 2008 à Inde-Villers.
Après, on l'a retrouvé en 2009 à Charmaux-Villers.
Alors l'idéal étant toujours, bien sûr, d'avoir un beau flanc.
Des photos bien cadrées d'un flanc comme ça, c'est l'idéal pour reconnaître un individu.
On sait maintenant que quand on a une photo de lynx,
on peut aller chercher dans les photos qu'on a à près de 50 km à la ronde parce qu'on peut encore le retrouver.
Ça, c'est mars 2010.
Un habitant du village qui l'a pris dans son jardin.
Le lynx est passé juste derrière.
On s'aperçoit en zoomant un petit peu que le pelage, finalement, il est assez facile à reconnaître.
Ces correspondants de terrain ramassent donc des indices de présence
qui vont nous renseigner sur le fait que le lynx est là ou pas là.
Une fois qu'on a compilé tous ces indices de présence,
on peut réaliser des cartes comme celle-ci.
On a deux noyaux de présence régulière.
Un sur le massif jurassien, un plus petit sur le massif vaugien.
Et aux alentours, on voit représentées en bleu les zones où on a détecté récemment la présence du lynx.
C'est ce que nous, on appelle le front de colonisation.
Ça ne veut pas dire qu'ils vont s'y installer.
Peut-être qu'ils vont continuer leur route. Peut-être qu'ils vont mourir.
Mais en tout cas, c'est tout le potentiel de devenir de la population
qui s'exprime là par ce mécanisme de colonisation active.
Si on utilise essentiellement les informations qui viennent des zones rouges,
puisque c'est cela dont on est certain que c'est permanent,
on va dire, en termes de présence de l'espèce,
on arrive, selon les méthodes, à une estimation de l'ordre de 120 à 150 lynx,
160 lynx actuellement en France.
C'est un ordre de grandeur, évidemment.
Il faut le prendre comme tel.
Ce n'est pas une donnée très précise,
mais il est très, très difficile d'obtenir une estimation précise
des effectifs d'animaux rares et difficiles à détecter, comme le lynx.
Mais on pense aux environ 250 animaux.
Il y aurait aujourd'hui, en Europe de l'Ouest,
quelques centaines de lynx, essentiellement en France, en Suisse,
dans le sud de l'Allemagne, en Italie du Nord et en Slovénie.
Une présence encore modeste.
Si le lynx est bien de retour, l'espèce reste fragile.
Chaque année, en France, environ dix lynx sont tués.
Certains sont braconnés,
mais la majorité d'entre eux se fait écraser par des voitures.
Sur un plus long terme,
les naturalistes craignent un possible appauvrissement génétique.
Du fait des réintroductions,
la population actuelle est issue d'un nombre limité de lynx.
Le risque de consanguinité, facteur d'extinction, doit être surveillé.
Et pour recueillir des données scientifiques sur le lynx,
rien ne vaut le piège à poils.
L'ancêtre du piège à poils, c'est le tas de bois.
C'est ce qui m'a amené ensuite à me poser des questions
sur la façon dont le lynx marquait son territoire.
L'idée de faire ces pièges à poils est née d'une observation sur le terrain.
Alain a eu la chance de voir beaucoup de fois des lynx en nature.
Il s'est aperçu qu'il y avait ce frottement jugal sur des souches,
sur des choses qui étaient apparentes dans l'environnement du lynx.
Le piège à poils, en fait, ça a été de simplifier, si on veut, le support
en proposant quelque chose de totalement artificiel au lynx,
c'est-à-dire un petit tapis en fibre de coco de 15 cm sur 15 cm,
situé à peu près à 70-80 cm hors sol,
où le lynx peut se frotter les joues,
puisque le lynx, pour marquer son territoire,
se frotte les joues uniquement.
Il s'est frotté juste au coin, en fait.
Surtout sur l'angle supérieur.
Le travail de terrain, il y a également un grand travail à faire
sous microscope au laboratoire.
On va rechercher différents critères propres à l'espèce
en contrôlant, on va dire, les écailles, la structure externe du poil,
mais également la structure interne par la médula,
en pratiquant également une coupe transversale.
Ces collectes scientifiques préparent l'avenir du lynx.
Favoriser le mélange de ses différentes populations ?
Envisager l'apport d'un sang neuf par de nouvelles réintroductions ?
Telles sont les réflexions en cours.
Mais il est des cas où l'urgence s'impose.
Nous sommes dans le Jura,
non loin de la frontière entre la France et la Suisse.
Ce jour-là, les membres d'une organisation spécialisée dans le secours au lynx,
le centre Athénas,
préparent activement le relâcher de deux félins,
Siam, une jeune femelle,
et Lax, un jeune mâle.
Les deux lynx ont été capturés tous deux à l'âge de 6 mois,
dans des circonstances différentes.
La femelle avait été signalée par des passants
qui avaient vu deux jeunes lynx désorientés au bord de la route
et qui, manifestement,
il s'avérait qu'après plusieurs observations,
ils étaient en difficulté et que la mère était absente.
Leur mère a vraisemblablement été tuée.
Trop jeunes pour survivre seuls,
Siam et Lax ont été capturés
et confiés à une mère de substitution,
Ludmilla.
A ses côtés, ils ont grandi en captivité.
Ludmilla s'est chargée de leur éducation.
Elle leur a appris le plus important,
à tuer leurs proies.
Une étape indispensable vers un retour à la vie sauvage.
A l'âge d'un an,
il est maintenant possible de les remettre en liberté.
Le jour J, la première chose à faire pour Gilles Moine,
le directeur du centre,
c'est d'endormir chaque lynx.
Depuis ses débuts, il y a quelques années,
le centre Athénas a dû procéder
à une dizaine d'opérations de sauvetage de ce type.
Le mode opératoire est maintenant bien au point.
Pendant les examens vétérinaires,
des photos sont effectuées.
Elles favoriseront une identification future de l'animal
grâce aux fameuses tâches de sa fourrure.
Gilles Moine place un collier émetteur sur le jeune lynx.
Il permettra de suivre son trajet
mais également d'obtenir des renseignements sur son comportement.
Lorsqu'un jeune lynx se rapproche avec insistance des hommes,
c'est généralement le signe d'un échec
de la tentative de réacclimatation à la vie sauvage.
Au bout d'un an, le collier émetteur se détachera automatiquement.
Les procédures imposées par les pouvoirs publics sont strictes.
Une consultation publique est même obligatoire
pour décider, ou non, de la remise en liberté.
Celle-ci s'effectue devant une assistance restreinte.
Le lynx n'est pas encore tout à fait un animal comme les autres.
Les lâchers effectués, les balises émettrices vont remplir leurs fonctions.
Un ingénieur, François Bayon, est chargé de suivre leur parcours en temps réel.
Et il constate que le pronostic avancé par Gilles Moine
sur les chances de survie des deux jeunes lynx semble juste.
Ici nous avons sur Google Earth la localisation de ces deux animaux.
Ici nous avons Lex, le jeune mâle,
qui, dès son départ, a commencé à circuler en milieu forestier.
Malheureusement, depuis 15 jours, les données satellitaires ne nous arrivent plus.
Donc on est un peu inquiets sur son avenir.
En revanche, sa sœur, en quelque sorte, Siam,
a été lâchée à environ 10 km du premier,
est descendue son ingranvé vers le sud,
puis est remontée à la frontière helvétique,
et se trouve actuellement au nord du lac Léman,
dans une zone moins boisée, un peu plus entropisée,
et circule assez peu, mais les données nous arrivent très proprement chaque jour.
Il y a une localisation qui se fait par mois au niveau satellitaire,
à partir d'un ordinateur comme celui-ci,
et sur le terrain, il y a toute une équipe qui se relaie en permanence
et qui, sur le terrain, vont rechercher à localiser l'animal
avec, vous savez, les fameux râteaux VHF.
Le cumul de ces informations permet d'avoir une précision assez importante
sur la localisation de l'animal.
Sur ce graphique, on voit très nettement, globalement,
que l'aire de répartition du lynx augmente en France
au cours du temps.
Si on regarde un petit peu plus dans le détail,
c'est-à-dire à l'échelle des massifs de présence de l'espèce,
on voit que pour le massif jurassien, en rouge,
on a une certaine évolution.
Pour le massif vaugien, par contre,
on voit bien que les petits bâtonnets ne grandissent plus
depuis au moins une dizaine d'années,
donc la population n'étend plus son air de répartition
depuis au moins une dizaine d'années,
et le fait nouveau, c'est l'apparition du lynx dans le nord des Alpes
par colonisation à partir du massif jurassien
qui alimente le nord des Alpes.
La piste du lynx semble maintenant plus profondément tracée
et le retour de l'espèce presque assuré.
Une autre conquête commence pour notre félin.
Il doit s'implanter sur l'ensemble des Alpes,
avec au bout la certitude d'un repère inexpugnable.
Une récompense pour tous ceux qui, un jour,
ont croisé sa route et sont tombés sous sa fascination.
Tous ceux qui l'ont vu, ceux qui l'ont observé,
ceux qui ont envie de le connaître, c'est une piqûre.
Quand on l'a vu, on est content,
alors c'est le rêve de beaucoup de gens,
mais une fois qu'on l'a vu, on a encore envie de le revoir.
C'est vrai que moi j'y ai été pendant des années,
c'était un peu mon but, je voulais le voir, le voir, le revoir.
Ce qui est extraordinaire aussi,
c'est de pouvoir suivre rien qu'une piste de lynx.
Même lorsqu'on est conscient
que le lynx est passé 2-3 jours avant nous,
on va retrouver son cheminement.
Et à force, on commence à penser lynx,
parce qu'il arrive d'anticiper
sur la façon dont l'animal va franchir un obstacle,
va gravir une pente.
C'est vraiment extraordinaire de pouvoir s'imprégner
de l'animal de cette façon-là.
C'est une présence extraordinaire.
C'est quand même le plus grand félin de chez nous
qui se trouve parmi nous.
C'est un enrichissement constant.
Et j'ai l'impression qu'il est ressenti comme tel par la population.
Il y a de temps en temps un groupe qui se promène
et qui voit le lynx, tout à fait par hasard.
Mais c'est chaque fois une bonne nouvelle,
c'est un bruit qui circule, c'est un événement,
il n'y a pas de doute, c'est un enrichissement,
c'est une forêt qui a gagné.
